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ÉVIDENCE

Mais il y a aussi les manifestations propres i^ cette foule d'existencei qui ne se laissent qu'entrevoir et vaguement sentir. La qualité qui les révèle a été com|)arée à ce demi-jour qui suffit bien pour faire soupçonner la présence de certains corps dans l'espace, mais qui ne les éclaire pas assez pour en faire paraître nettement les nuances et les contours; aussi y à ce degré, cette qualité perd le nom d'évidence, et les objets qui en sont revêtus ne sont plus dits évidents , mais simplement possiblit.

De ce degré infime au degré suprême dont nous avons parlé , les choses présentent dans leur manifestation une infinité de degrés intermédiaires , qu'il serait difficile , peut-être même impossible, et , en tout cas , inutile de noter ici un à un. Les objets qui se manifestent ainn d'une manière incertaine sont dits probables, et plus ou moins probables , suivant qu'ils s'approchent ou s'éloignent de l'évidence proprement dite.

La connaissance est le résultat du rapport dans lequel l'être intelligent se trouve avec la réalité qui agit sur lui. Cette action détermine en nous, non-seulement la connaissance, mais certains états de conscience, certains sentiments sut generis, qui accompagnent toute connaissance, et qui sont avec la manifestation de la véHté, avec l'évidence^ dans le rapport de l'eiïet à la cause. Si les objets ne possèdent qu'au plus bas degré la qualité qui doit agir sur l'être intelligent, ou si l'être intelligent n'est ni bien préparé , ni bien disposé pour recevoir l'action de la vérité, le résultat de cette action imparfaite, la connaissance est à son plus bas degré, ainsi que le sentiment qui raccompagne; elle est si incomplète et si faible, qu'elle mérite à peine le nom de connaissance; et nous nous sentons flotter dans un état d'indécision qu'on appelle douté. Si , au contraire, les objets se sont montrés à nous d'une manière nette, précise, déterminée, la connaissance est complète; elle saisit pleinement Tobjet et ses attributs, et nous nous sentons inébranlables et fixés dans un état de calme et de repos qu'on nomme certitude. Si un degré inférieur à Tévidence , si la probabilité seule s'est montrée à nous , nous croyons , il est vrai , mais nous n'affirmons pas, nous hésitons, et nous voyons encore quelques chances contraires ; au-dessus du doute , nous ne sommes pas encore dans la certitude; nous sommes dans cet état variable qu'on appelle l'optmon. Ainsi, le sentiment qui accompagne la connaissance est , comme elle , dans un rapport parfait avec l'action par laquelle les choses se manifestent, et il y a autant de degrés dans ce sentiment , qu'il y en a dans la manifestation des objets qui l'ont provoqué ; à V évidence parfaite répond la certitude; à la simple pcasibilité, le doute; aux degrés innombrables de la. probabilité , les innombrables gradations de ï&pinûm.

L'évidence proprement dite et la simple possibilité sont deux extrêmes, absolus, sans degrés et sans variations : au-dessus de l'évidence il n y a rien; au-dessous de la possibilité, rien non plus. Avec la possibilité, l'affirmation et la négation sont également admissibles; si une chance se présente d'un côté , quelque faible qu'elle soit, la possibilité cesse et la probabilité commence. Mais, à quelque degré que s'élève la probabilité, s'il reste une chance, l'évidence n'est pas encore. Elle est entière, ou elle n'est pas. 11 en est de même de ces états qui répondent en nous à toute manifestation de la vérité. La certitude est

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an extrême , le doute un aotre ; au delà de la certitade il ne peut rien y avoir; il n'y a rien non plus au-dessous du doute, rien que Tignorance, qui n*a pas la conscience d'elle-même. Voyez Certitude.

D est facile de voir que les diverses espèces d'évidence que nous avons reconnues plus haut forment comme deux grandes classes. Dans Tune d'elles y l'évidence est directe et immédiate , c'est-à-dire que les objets qui la possèdent agissent directement sur nous , et que la connaissance qui en résulte ne suppose aucun travail de notre part, mais seulement la foculté de recevoir l'action de l'évidence; telle est Tévidenoe des phénomènes de conscience^ des objets qui tombent sons les sens, des axiomes. Dans l'autre , l'évidence est recherchée, et suppose, de notre part, un travail plus on moins long. Quoique les objets la possèdent , et quoique nous soyons capables de la recevoir^ elle n'agirait pas immédiatement sur nous, et n'apparaîtrait pas si nous ne nous soumettions à son action et ne nous disposions mieux à la recevoir, si même nous ne la provoquions et ne la forcions à se montrer. Telle est l'évi* dence des vérités de raisonnement, des vérités scientiGques. La première frappe tous les hommes, même ceux qui ne le veulent pas; la seconde ne se montre qu'à ceux qui la cherchent, et devient le partage exclusif de ceux qui possèdent les vérités intermédiaires sans lesquelles on ne saurait l'apercevoir. Il semble que, par ce travail et par l'emploi de nos facultés , nous formons nous-mêmes l'évidence , la portons hors de nous, et la prêtons à des objets qui ne l'avaient pas. Mais c'est une illusion dont il faut se garder, et nous ne devons pas conclure, avec Fichte , que l'évidence n'est que le fait de l'être intelligent, qui projette sur chaque réalité un rayon de la lumière qu'il a en lui. L'activité que nous déployons ne crée pas l'évidence dans les objets, elle ne crée pas même le fait subjectif de la connaissance. Nos facultés intellectuelles sont passives, éminemment passives; par leur moyen nous recevons l'action objective de l'évidence; mais cette action est hors de nous et appartient à une autre existence que la nôtre. Quand nous ne sommes pas bien disposés pour la recevoir, nous pouvons, par notre activité personnelle , nous placer dans une situation plus favorable ou mettre les objets eux-mêmes dans un meilleur jour. Mais la lumière qu'ils nous envoient, ce n'est pas nous qui la créons, et, quoi que nous fessions pour l'apercevoir, le succès ne répond pas toujours à nos efforts; la vé* rite ne relève pas de nous.

Remarquons, en terminant, que la signification donnée par nous au mot évidence n'est pas la seule qu'il ait reçue. Quelques cartésiens l'employaient dans un sens subjectif et la définissaient : Perceptio clora et dUtincta convenientiœ aui repugnantiœ idœarum inter se; d'autreh disaient que Vévidence est cette intuition qui nous fait voir le véritable rapport de deux idées entre elles, et ajoutaient qu'on la reconnaît à Yidentité. Ces définitions, indépendamment du tort qu'elles avaient de prendre le caractère de certains jugements pour un caractère essentiel et général, avaient un double sens qui, bien que facile à distinguer, a pourtant donné lieu à des questions oiseuses. J. D-J.

EXPERIENCE. Quelque chose que l'homme étudie , quelle que soit la science qu'il veuille construire ^ c'est toujours une réalité, un fait

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