EXPÉRIENCE
oa un objet existant , qu'il cherche à expliquer, dont il entreprend la description , et dont il a pour but de tracer les lois, Torigine et la destination.
Ainsi les faits réels , actuels, sont avant toute autre chose le chemin qui conduit notre intelligence à toute science, à tout savoir dans la sphère des objets qui sont accessibles à la raison humaine. L'étude et la connaissance des faits, voilà ce qu'on nomme Texpérience; elle est, on le voit , le point de départ nécessaire de toute science.
Pour faire la science d'un objet, il faut recueillir tous les faits qui s'y rapportent, tous les phénomènes qui en émanent, de quelque ordre, de quelque espèce qu'ils soient; les bien constater, en préciser les caractères, en reconnaître les lois, et arriver par ce moyen à la d^ur verte de leurs causes et à la détermination de leurs conséquences.
On verra mieux toute l'étendue de ce qu'on nomme l'expérience , si on réfléchit que tout dans ce monde existant dans l'espace et dans le temps , peut être considéré conmie un fait; et que, par exemple, La pensée et l'existence humaine sont à ce titre des laits comme tous les autres.
Pour tirer de l'expérience tout ce qu'elle contient, on emploie le procédé intellectuel que la logique appelle induction, et qui consiste à aller du particulier au général. Dans ce but, on examine les faits recueillis et constatés, on en décrit les circonstances, on élimine celles qui sont variables et accidentelles, et on obtient, par la coordination des circonstances qui sont essentielles à la production d'un fait (qui l'accompagnent toujours chaque fois et partout où il a lieu) , la loi même de ce fait , c'est-à-dire sa formule la plus générale.
Si ensuite on entreprend de vérifier cette loi , en se servant à cet effet de la connaissance que l'on en a pour reproduire les faits eux-mêmes en reproduisant leurs circonstances essentielles, on fera ce que l'on appelle une expérimentation.
On voit , par ce qui précède , la certitude qui s'attache à une pareille méthode. Le point de départ est ce qu'il y a de plus vrai et de plus positif, puisque c'est la r^ité elle-même. El dans le travail de Tesprit sur cette réalité , c est la raison qui intervient et qui applique à des réalités constatées et certaines les principes mêmes de notre constitution intellectuelle; par exemple, les idées nécessaires qui nous font affirmer, sous les phénomènes, la substance, et au delà des faits qui commencent d exister la cause efficiente qui les produit; et encore les procédés de l'abstraction et de la généralisation, les diverses espèces de raisonnement, et le prmcipe des causes finales.
Par cela même que la raison intervient avec l'expérience dans la formation d'une science , on reconnaît facilement qu'il n'est pas de science qui soit purement expérimentale. L'expérience donne le particulier; la raison y cherche et y découvre le général ; et c'est cette découverte qui élève les données de l'expérience à la hauteur d'une science. L'induction , qui est le passage du particulier[au général , est un procédé rationnel. De sorte que, d'un côté, la méthode expérimentale s'appuie sur la réalité , et de l'autre elle emprunte à l'intelligence , qui intervient dans la formation de la science, quelque chose de la certitude nécessaire des principes de la raison. Lorsque, par exemple, la phy-
sique est parvenue à expliquer, par la loi de la gravitation universelle y les mouvements des corps célestes ^ et les anomalies apparentes qu'offrent à la surface de notre globe les corps qui, au lieu de tomber, s'élèvent en l'air; la physique, dis-je, à obtenu le plus grand résultat que puisse donner l'induction; elle est arrivée en même temps à la plus haute certitude qu'il soit possible d'atteindre dans les sciences dont la réalité est l'objet.
Il y aura donc des sciences où l'expérience jouera un plus grand rôle que dans d'autres, et des sciences où l'intervention de la raison aura plus d'effet que les données de l'expérience. Mais, dans toute science, il y a place pour les faits et la raison , parce qu'il n'est pas de science qui ne se rapporte à un objet réel, et qui, en même temps, puisse être faite autrement que par la raison. Ainsi, la physique, la chimie, la botanique, la zoologie sont des sciences inductives ou expérimentales, parce que les données de l'expérience y sont, plus que dans d'autres sciences, l'objet et le fondement de la connaissance. Dans la physiologie, les données de la raison jouent un rôle plus considérable; il y en a davantage encore dans la morale et dans la théodicée ; et peut-être les mathématiques sont-elles la seule science déductive, parce qu'elles ont pour objet, non des faits ou des réalités existantes, mais de simples conceptions de l'esprit.
Cette intervention des principes rationnels dans la formation des sciences inductives suffît pour montrer que la méthode expérimentale a pour but d'atteindre le général et l'universel, et qu'ainsi elle diffère radicalement de l'empirisme , qui veut que l'expérience se suffise à elle-même, et qui, de la sorte, bon gré mal gré , réduit tout savoir à la connaissance du particulier, c'est-à-dire anéantit, à proprement parler, la sdence.
D'un autre cêté, tout système philosophique qui nie la nécessité de l'observation, qui repousse la méthode expérimentale, et qui veut faire la science sans l'intermédiaire des faits, s'aventure, par cela même, dans le champ infini des hypothèses. Du moment qu'au lieu d'examiner ce qui existe, pour en chercher l'explication à l'aide des facultés intellectuelles que Dieu hous a données, on se pose à soi-même certains principes absolus dont on essaye ensuite de déduire tout le reste, on n'arrivera jamais à cette même réalité qu*il s'agit de connaître , c'està-dire à l'homme et au monde , et à Dieu , leur cause suprême. Plus, dans cette voie, le philosophe sera fidèle à la logique et aux lois du raisonnement, plus il restera dans la sphère des pures hypothèses, et en dehors de la réalité. En admettant même qu'il eût le bonheur de rencontrer de prime abord, dans un de ces principes qu'il se pose à lui-même pour point de départ, une vérité large et féconde, elle n'en conserverait pas moins son caractère hypothétique, puisqu'elle ne s'appuierait pas sur la réalité; et, comme conséquence dernière, celui qui l'aurait embrassée devrait se résigner à en ignorer éternellement la démonstration , et partant à priver ses connaissances de cette certitude qui est la légitimité de la science. F. R.
EXTASE [U(tr<iaiç]y mot à mot, changement d'état, déplacement, destitution^ déposition. Cette expression ne se trouve point dans la
langue philosophique avant Philon et les alexandrins. Mais depuis lors elle doit en faire nécessairement partie , parce quelle y représente un fait considérable, certainement fâcheux a bien des égards, mais dont la science doit tenir le plus grand comple.
Bien compris, le mot d'eœtase sufQt à lui seul pour expliquer le mysticisme tout entier, et pour en faire sentir les mérites et les.défauts, la grandeur et les aberrations. L'extase est le but de tout mysticisme, sans exception ; et les moyens par lesquels on s'y élève , les théories qu'on en tire, constituent le mysticisme dans toute son étendue , avec ses bizarreries si souvent signalées, ses folies qui révoltent le sens commun, ses descriptions ténébreuses, ses élans, son enthousiasme, et tous ces caractères étranges qui séduisent les plus libres esprits, et frappent le vulgaire de surprise et parfois aussi d'admiration.
Changement d'état veut dire un état nouveau de Tàme succédant à rétat ordinaire où elle se trouve le plus habituellement chez la plupart des hommes. Ainsi donc, la recherche de l'extase est la recherche d'un état surnaturel , privilégié pour quelques-uns ; et cet état, précisément parce qu'il est surnaturel , doit être rare d'abord , et ne peut ensuite qu'être d'une très-courte durée. Il faut faire violence à la nature pour le conquérir, et par cela même on ne le conserve que de rapides instants. Voilà l'idée générale de l'extase. Mais il est fort difficile, comme l'ont remarqué tous les mystiques, de bien faire comprendre ce qu'elle est à qui ne l'a pas éprouvée; et aussi tous les mystiques ont demandé, quand ils ont essayé des descriptions régulières et complètes de ces singuliers transports , qu on eût tout d'abord foi à leurs récits : et ils avaient raison. L'extase place l'homme dans un monde qui n'est plus le monde où vivent le plus grand nombre des hommes. Ce monde est parfaitement réel; mais le vulgaire qui n'a jamais essayé d'y entrer, le nie, et dès lors le mystique passe, malgré ses affirmations les plus positives et les plus claires, pour un rêveur et un halluciné, dont le ténnoignage n'est pas même discutable. Le mystique s'indigne de cette fin de non-recevoir qu'on oppose à ses sublimes visions, où il prétend atteindre Dieu lui-même; et l'incrédulité qu'il trouve autour de lui le rejette d'autant plus violemment dans ce monde exceptionnel qu'il s'est créé, et où il se complaît.
La physiologie admet l'extase, et la science ne doute point de ces états si surprenants où tombe parfois l'âme de l'homme ; mais la physiologie, tout en accordant ce fait, n'y voit que des phénomènes purement physiques, surtout des phénomènes involontaires; et par cela même la physiologie ne comprend pas plus le mysticisme que ne le comprend le vulgaire qui en rit. Au contraire pour le mysticisme, l'extase est surtout un état moral qu'on prépare, il est vrai, et qu'on obtient par des inlluences physiques; mais c'est un état parfaitement volontaire, précisément parce qu'on l'obtient et qu'on le prépare par les plus patientes et les plus minutieuses observances. On ne traitera point du tout ici de l'extase physiologique. C'est au médecin et non au philosophe d'en connaître.
Voici les degrés principaux par lesquels on arrive à l'extase, si nous nous en rapportons a tous les mystiques qui l'ont décrite. Comme la vie ordinaire se compose d'action et de pensée, il s'ensuit ^ par une cun*
séquence nécessaire , que l'espèce de vie nouvelle qui constitue Textase ne doit avoir ni action ni pensée ^ car elle ne serait plus dès lors un changeaient d état. Il faut donc éteindre Faction, et l'éteindre dans ses nuances les pkis diverses et les plus délicates. Il ne s'agit pas seulement de celte action extérieure toute corporelle qui exige le mouvement physique 9 l'exerlion des forces naturelles. Celle-là évidemment doit être proscrite la première : car c'est elle qui nous met en contact avec nos semblables , avec la nature; en un mot , avec le monde qu'il s'agit précisément de fuir et de changer. Ainsi, point d'action au dehors , immobilité du corps, telle est la première condition. Les relations avec l'extérieur ainsi rompues, se trouvent supprimées du même coup toutes les passions, tous les intérêts, tous les soins que le monde provoque, et qu'il exige. L'âme peut y gagner sans doute, et elle n'a plus chance de se souiller à ces contacts et à ces orages. Mais aussi avec le monde ont disparu les devoirs qu'il impose, et sans lesquels l'âme isolée, et privée d'une noble excitation, va bientôt tomber dans cette indifférence et cette inertie dont on essayera plus tard de faire des vertus, mais qui, de fiait, ne sont que le commencement de la mort qu'elle se prépare.
Mais passons : voilà donc le monde répudié, et le corps réduit à l'immobilité et à l'inaction. Mais le corps n'est pas soumis pour cela. La solitude a ses passions et ses tempêtes , tout comme le monde. Il faut les vaincre aussi ; et de là une seconde phase où l'âme essaye de monter, combattant les passions qui l'agitent encore et qui ne viennent plus que délie seule, ou tout au moins de son union avec le corps. C'est une lutte nouvelle et bien pénible^ et c'est ici que se placent ces austérités et ces mortifications de toute sorte, extravagantes toujours, frayantes quelquefois, auxquelles les mystiques de tous les temps, de toutes les nations, de toutes les religions et de toutes les philosophies même, se sont toujours livrés. On peut le demander à l'histoire des ascètes dans rinde, à celle des alexandrins dans le monde grec, aux solitaires de la Thébaïde chrétienne , aux moines de tous les couvents.
A ce second degré en succède un troisième où s'achève la défaite du corps. Après les passions qui le bouleversent, il faut faire taire aussi les sens eux-mêmes, parce que les perceptions qu'ils transmettent à l'âme, toutes pures, tout inoffensives qu'elles peuvent être, la troublent encore et lui êtent cette sérénité et cette paix inaltérable qu'elle poursuit. Il faut donc éteindre les sens, et ce n'est pa^ sans une peine extrême que l'esprit arrive à ce résultat dernier, qui doit enfin le réduire à lui-même et le séparer du corps auquel il est joint, apr^ avoir séparé le corps du monde où il vit
A ce quatrième degré, l'âme n'a plus qu'elle seule à (Considérer et à vaincre ; car tout combat n'est pas fini : elle est hbre déjà des intérêts mondains, elle est libre des passions, elle est délivrée même des sensations; mais ne lui reste-tr-il pas des idées, et ces idées ne sont-elles pas capables encore de troubler par leur diversité même la tranquille unité où elle tend? Oui, sans doute; il faut éliminer de l'âme les idées, comme on en a éliminé successivement les sensations , les passions, les préoccupations extérieures. Il faut donc réduire l'âme à elle seule, c'està-dire à la substance même que modifient les idées et les sensations. Voilà la simplification tant recommandée par les alexandrins (âirXoMVK),
el qu'ont recommandée sons d*aatres noms tons les mystiques quels qu'ils soient.
A ce degré suprême , l'Ame est bien près de l'extase^ mais elle n'y est pas tout à fait : un dernier effort, et elle y touche. Cet effort , elle le fait y elle anéantit tout ce qui lui reste, c'est-à-dire jusqu'à la conscience de soi-même, jusqu'à la notion de son existence dégagée, simplifiée, comme elle l'a faite. Voilà Textase obtenue, conquise; l'àme s'est suicidée, elle est morte pour quelques instants, une demi-heure tout auplus , dit sainte Thérèse, qui a poussé cette pratique de l'extase jusqu'à ses plus périlleuses limites, et qui n'a pas craint, pour l'atteindre, de se mettre en danger de mort, c'est elle-même qui l'affirme. Que se passe-t-il alors dans l'àme réduite à cet indéfinissable état? c'est ce que personne ne pourrait dire précisément; mais c'est à cet instant d'anéantissement et de mort que les mystiques croient avoir les plus claires et les plus admirables visions , et qu'ils se transforment pour s'unir ou même pour s'identifier à Dieu.
Ainsi quatre degrés principaux pour arriver à l'extase : 1** détachement du monde; 2^ défaite des passions; 3** anéantissement des sensations; k"* abolition des idées même qui restent encore à l'àme réduite à elle seule par ces simplifications successives; enfin l'extase, proprement dite , qui est la destruction passagère dQ toute vie matérielle et spirituelle en nous.
Les mystiques ont très-diversement décrit cette conquête successive de l'extase. L'imagination de chacun d'eux s'est donne large carrière, non pas seulement pour expliquer les progrès de l'àme dans cette route et cette vie nouvelle, mais aussi pour prescrire les pratiques diverses par lesquelles l'àme peut assurer sa marche et sa victoire dans ces obscurs et pénibles sentiers. Le caractère, la position sociale, le tempérament, les habitudes, les manies même, les préjugés de toute sorte, ont exercé dans tout ceci une influence qu'il est parfois assez difficile de démêler, mais qui n'en est pas moins réelle. 11 faut, en général, s'arrêter fort peu à ces détails où l'on courrait risque de se perdre; et une fois qu'on connaît bien le but que le mysticisme poursuit, tous ces préliminaires de l'extase se comprennent et se classent d'eux-mêmes, avec la juste importance qu'ils ont. Ce dont on doit se défendre surtout ici, c'est à la fois et de prendre tous ces détails trop au sérieux, et d'en sourire. Le but du mysticisme a quelque chose de grand et de saint même. Il ne faut donc pas le tourner en ridicule; mais le mysticisme, en s'isolant de la vie telle que Dieu l'a faite à la plupart des hommes, détruit aussi tout ce que cette vie a d'admirable; et , par conséquent , il faut prendre garde a tout ce qui l'altère, et surtout à l'extase qui l'anéantit sous prétexte de la purifier.
Mais il serait par trop absurde que tant de travaux , tant de souffrances, tant de soins n'eussent qu'un but aussi vain que l'extase. L'extase est bien l'objet que poursuit le mystique ; mais ce n'est pas pour elle-même qu'il la recherche et la conquiert avec tant de peine. Il y a donc, ou du moins on suppose, dans l'extase, autre chose que l'extase toute seule; les mystiques ne s'en sont pas cachés. L'extase est un moyen d'atteindre directement à Dieu, de se réunir directement à lui. Voilà le secret de toutes leurs préoccupations; voilà l'attrait puissant,
irrésistible, qai les précipite dans cesabimesoù la nature tout entière vient mourir, où la pensée et Faction s'anéantissent, et où l'homme se réduit à celte vie de mort qui détruit en lui toute grandeur, en détruisant toute activité. Dieu senti, goûté, vu face à face, possédé dans un sublime transport, conquis par ces labeurs intérieurs de l'âme, voilà le prix inestimable de tant de douleurs courageusement souffertes, de tant de sacrifices si magnanimement accomplis. Sous une forme ou sous une autre, voilà le mobile tout-puissant du mysticisme; voilà la divine récompense qu'il promet à ses adeptes, la couronne qu'il promet à ses martyrs, et que parfois, si l'on veut bien Feu croire, il leur a donnée. On comprend dès lors fort aisément l'ardeur passionnée des mystiques dans ces pratiques que le vulgaire peut trouver insensées, mais qui pour eux ont une si haute et si douce signification. Dans ces austérités qui mortifient la chair et l'écrasent, le vulgaire ne voit que des folies ridicules ou coupables; le mystique y voit la route qui mène au ciel. De là tout le dédain des mystiques pour les grossiers esprits qui ne les comprennent pas; de là aussi le dédain non moins grand du vulgaire pour les mystiques qui comprennent si singulièrement la vie , et qui commencent par détruire l'homme pour le rendre plus digne de Dieu.
Mais si tous les mystiques croient atteindre Dieu par l'extase, il y a cependant ici entre eux des différences considérables qu'il ne faut pas omettre. On peut trouver Dieu de deux manières : ou en s'unissant à lui^ ou en devenant Dieu soi-même. Qu'on ne sourie point : les mystiques sont allés souvent jusqu'à ce dernier point de la folie humaine , et c'est l'extase qui les y a poussés. Ainsi de lextase pratiquée par tous , tous ne tirent pas des conséquences semblables; et la diversité des théories sur les résultats de l'extase tient à la diversité même des croyances avec lesquelles on s'y livre : quand les mystiques sont orthodoxes ^ comme, par exemple, les saints et les docteurs de l'Eglise catholique , saint Bonaventure, Gerson, sainte Thérèse, et tant d'autres, que trouvent-ils dans l'extase? L'union avec Dieu , comme on la tronve d'ailleurs , d'après la plus pure orthodoxie, dans la prière et dans l'oraison. Mais qui dit union avec Dieu entend encore la relation de deux êtres distincts : l'être même de Dieu, et Têtre humain qui s'unit à lui. La personnalité humaine est donc respectée par cette première classe de mystiques, en ce sens, que, s'ils Téleignent par les pratiques, ils ne Timmolent pas du moins à la personne divine. La personnalité divine est aussi , par cela même , également respectée , puisqu'on la distingue ; et que c'est à elle que l'âme humaine tend à se réunir. On ne saurait nier que parfois le langage des mystiques les plus orthodoxes , et spécialement celui de sainte Thérèse, ne puisse prêter à une interprétation moins favorable; mais il faut être indulgent en ceci, et s'en tenir moins au sens douteux de quelques expressions qu'à la pensée générale qui ne peut laisser la moindre équivoque. Sainte Thérèse veut se marier spiritueUement à Dieu, comme saint François de Sales : elle ne prétend pas se confondre ni se perdre en lui. Tous les mystiques qui ont gardé les limites de la foi s'arrêtent aussi à ce point délicat.
Mais quand la foi ne les retient plus , soit dans le sein des religions positives , soit en dehors de toute religion, les mystiques vont beaucoup plus loin; et, pour n'en citer qu'un seul exemple, Plotin , et avec lui