FÉNELON. S
de ce traité; il Test d*abord et surtout par la méthode , débutant par une apologie de la raison , au détriment de l'imagination et des sens , et s'imposant comme règle suprême d'affirmer et de nier de chaque chose tout ce que son idée claire enferme ou exclut, et de n'en affirmer ou de n'en nier jamais que cela. C'est, avant tout, à l'idée fondamentale sur laquelle repose toute Ibéodicée vraie, je veux dire à la notion de Tinfini, que Fénelon applique ce principe. Il éclaircit, par une discussion lumineuse, cette notion obscure pour l'imagination et les sens ; puis il en déduit , avec une admirable souplesse, tons les attributs qu'elle recèle , et qui, dégagés de son sein, en attestent la fécondité : l'infini est simple, indivisible, sans parties; on n'en peut rien retrancher, comme on n'y peut rien ajouter; il n'y en a qu'un seul ; il est infini en tout genre ; il est immatériel et sans formie, et c'est pour cela qu'il échappe à l'imagination , qui le détruit en voulant le saisir. Si nous en savons clairement taqt de choses, comment nier que l'idée en soit présente à nos esprits? Parlerait-on ainsi d'une chimère?
Fénelon assure ainsi d'abord les fondements de la théodicée cartésienne ; puis il fait plus , il creuse plus avant , et rencontre à une profondeur nouvelle un sol plus ferme pour les établir. Sans changer la nature de lu preuve de Descaries et sans en diminuer la force , il l'appuie sur la notion à priori de l'être nécessaire, antérieure en effet dans la vraie histoire de notre intelligence à la conception de l'inGni et du parfait, d'où parlait Descartes : «Etre par soi-même, c'est la source de tout ce que je trouve en Dieu ; c'est par là que je reconnais qu'il est infiniment parfait.... Or, si je ne suis pas par moi-même, il faut que je sois par autrui ; et si je suis par autrui , il faut que cet autrui qui m'a fait passer du néant à l'être soit par lui-même , c'est-à-dire soit nécessaire. »
L'être nécessaire une fois affirmé, au nom de l'autorité suprême de la raison , la dialectique fait le reste , et le raisonnement tire de l'idée de la nécessité de Dieu, tous ses attributs qui y sont compris; d'abord son infinitude et sa perfection : ce qui a l'être par soi existe au suprême degré , et, par conséquent , possède la plénitude de l'être. On ne peut atrteindre au suprême degré et à la plénitude de Têtre que par Tinfini : car aucun fini n'est jamais ni plein ni suprême, puisqu'il y a toujours quel^ que chose de possible au-dessus. Donc , il faut que l'être par soi-même soit un être infini. Il faut aussi qu'il soit simple et un , puisque rien de composé ne peut être ni infiniment parfait, ni même infini; puisque, d'autre part, s'il y avait deux êtres nécessaires et indépendants l'un de l'autre , chacun d'eux serait moins parfait dans cette puissance partagée qu'un seul qui la réunit tout entière. Il est de plus immuable : car étant par soi, il a toujours la même raison d'exister et la même cause de son existence, qui est son essence même ; et il n'e^t pas moins incapable de changement pour les manières d'être que pour le fond de l'être : les modifications sont des bornes de l'être; l'infini n'en peut avoir aucune, et, par conséquent, n'en saurait changer. Indivisible et permanente, son existence n'a ni commencement, ni milieu, ni fin; il est éternel, sans être dans le temps; il est immense, sans être en aucun lieu. .
Fénelon, après avoir ainsi éclaire! et approfondi la théodicée de Descartes ^ tempère ensuite ce qu'il y a, dans tout ce rationalisine, de trop