‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 86 sur 135 · FIGURES · texte numérisé non relu

FIGURES

tione, sive M, Fictni viia, auetore J. Corsio ejvs familiari et discipnlo, Pise , 1772. — Schelhoro , Comm. de vita , moribus et scriptis MarsUii Ficini, en tête des œuvres complètes de Ficin, édition de Bâle, 1561, 2 vol. in-f», et de Paris 1641, 2 vol. in-^. — Sieveking, Histoire de Vacad. platonicienne de F/oremî«, in-8", Gooëttingoe, 1812 (ail.). — Tiraboschi , 5rorïa délia letter. ital., 13 vol. in-4«», Milan, 1772-1782'; et toutes les histoires de la philosophie, particulièrement Buhle, qui dans le second volume de son Histoire de la philosophie moderne, a consacré à Ficin un article d'une immense étendue. D. H.

FIGURES. Voyez Syllogisme.

FILANGIERI (Gaëtano), né a Naples, en 1752, soldat, homme de cour sans être courtisan , philosophe animé au plus haut degré de Tamour de l'humanité , se Ot une grande réputation par son livre de la Science de la législation. Ses premières études ne furent pas fort remarquables*, mais ce fut moins sa faute que celle de la mauvaise méthode qu'on suivait en Tinstruisant. Il fit des progrès plus rapides dans les sciences que dans les lettres. Toutefois , ce n était pas encore là sa vocation intellectuelle. Sa famille, lui croyant un goût prononcé pour les sciences morales et politiques, lui fit faire son droit, et le destina au barreau. Mais, malgré de brillants débuts dans cette nouvelle carrière, les aridités du droit positif, le j)eu d'intérêt de la plupart des questions qu'il présente, son rapport avec les principes philosophiques de la science, principes qui ne font point partie des législations, mais qui en sont supposés ou méconnus; les vices des législations civiles et criminelles alors en vigueur: la nécessité de les faire ressortir, de les faire disparaître des coaes des nations civilisées; Tinfluence des écrits de Montesquieu et de Beccaria, influence qu'il fallait étendre et corroborer; enfin le noble besoin de rendre à son pays et à l'humanité le plus signalé des services en provoquant des réformes profondes dans la législation : toutes ces causes i^unies portèrent Filangieri à délaisser Tétude pratique des lois' toutes faites, et à ne s'occuper que des lois à faire pour corriger ou perfectionner les premières. La mort, qui vint le surprendre en 1788, au milieu de ses travaux, ne lui a pas permis d achever son monument ; mais ce qu'il nous en a légué fait vivement regretter le reste. La partie de cet ouvrage qui concerne l'instruction criminelle est peut-être la plus remarquable, et nous ne doutons pas qu'on n'en pût profiter encore dans les pays les plus avancés en matière de législation pénale.

Les autres parties présentent peut-être moins d'intérêt, surtout pour les nations qui ont le bonheur d'être, comme la France, régies par des lois libérales et justes. Aussi l'ouvrage de Filangieri ne peut-il être apprécié à sa juste valeur qu'en se reportant à l'époque où il a vu le jour, qu'en se rappelant que la législation féodale régissait encore toute l'Europe, et que les barons italiens, en particulier, étaient autant de petits despotes dans leurs terres. Machiavel, Gravina, Vico, Beccaria luimême , ou n'avaient pas été compris , ou n'avaient produit qu'une admiration jusque-là stérile. Cette fois les préjugés et les intérêts, qui en sont la conséquence y s'émurent vivement. A peine les deux premiers

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volumes curenl-ils paru, qu'on essaya d'empêcher la publication de Touvrage. Mais Tauteur, ouvertement protégé par son souverain y continua son livre. Il se démit de ses emplois militaires et de ses charges de cour, et se retira à la campagne dans les environs de Naples^ aûn d'être tout entier à son œuvre. «Je n'ai pas entrepris ce travail pour mon avantage particulier, écrivml-il à un ami y mais uniquement pour le bien des hommes. Quant à moi , je me suis proposé de vivre loin des fkflaires. Je n'écrirais pas si les erreurs y les vices qui accablent la société ne m'en imposaient le devoir. Cet affreux spectacle est toujours présent à ma pensée. Veuille le ciel ra'accorder le bonheur de remédier en quelque manière à tant de désordres! Puissent les princes eux-mêmes exaucer mes vœux pour la gloire de leur nom et pour la félicité de leurs peuples! »

La Science de la législation a été traduite dans presque toutes le^ langues de l'Europe. Gallois la publia en français en 7 vol. in-S'*, 1789 à 1791. Une autre édition, avec des notes de Béry-Constant , en a été faite en 6 vol. in-S*", 1822. La traduction espagnole d'Antoine Bodio est très-incomplète; mais, malgré les omissions que le traducteur avait jugé prudent de faire, le tribunal de l'inquisition n'en a pas moins condamné et la traduction et l'ouvrage original. J. T.

FISCIIABER (Gottlieb-ChrisUan-Frédéric), né à Gœppingen, en 1779, mort à Stuttgart en 1829, après avoir été répétiteur au séminaire théologique de Tubingen, puis professeuf de philosophie et de littérature ancienne au Gymnase supérieur de Stuttgart. II a laissé les écrits suivants , tous conçus dans le sens du kantisme , dont il embrassa le parti avec chaleur contre le système de Fichte : Du principe et du problème fondamental du $ysthne de Fichte , et idées pour en donner une nouvelle solution , in-8% Carlsruhe, 1801; — Ves époques du génie dans r histoire, in-8**, ib., 1807; — Une appréciation libre des principes philosophiques énoncés, etc., in-8'*, Stuttgart, 1817 (cest la critique d'un ouvrage à la fois philosophique et politique de M. de Wangenheim); — Manuel de logique , ïnS'^'y ib., 1818; — Droit naturel, in-S"", ib., 1826; enûn il a publié aussi un journal philosophique, dont les quatre premières livraisons ont paru à Stuttgart de 1818 à 1820. — Tous les ouvrages de Fischaber sont en allemand. X.

FLUDD (Bobert) , en latin de Fluctibus, naquit à^Milgate, dans le comté de Kent, en 1574, sous le règne d'Elisabeth. Il embrassa d'abord le métier des armes, qu'il quitta bientôt pour l'étude des lettres et des sciences. La philosophie, la théologie, la médecine, les sciences naturelles, et surtout les deux sciences imaginaires connues sous les noms d'alchimie et de théosophic , fixèrent tour à tour son esprit ardent et avide de connaissances. Non content de chercher la vérité dans les livres , il voulut observer de ses propres yeux la nature et les hommes. C'est dans ce but qu'à Texemple de plusieurs enthousiastes de la même école, il passa une partie de sa vie à voyager. Il visita la France, TAllemagne, l'Italie, se liant partout avec les savants les plus illustres et s'instruisant dans leurs entreliens. Aussi doit-il être compté parmi les boo^pies le^ plus érudits et les plus célèbres de son temps , au jugement

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même de Gassendi, son adversaire {ExereiiaU in Fluddan. philosopha, V'' partie, c. 2). De retour en Angleterre, Fludd se fit recevoir doc* teur en médecine à l'université d'Oxford , et s'établit à Londres pour y exercer sa nouvelle profession. Il mourut, dans cette dernière ville, le 8 septembre 1637.

Le fond de sa philosophie est à peu près le même que celui des opinions de Paracelse et de Cornélius Agrippa : on y reconnaît à la première vue le même mélange des idées Kabbaiisliques, des chimères de Talchimie, et des traditions moitié néo-platoniciennes, moitié hébraïques, déposées dans les prétendus écrits du Mercure Trismégiste. Mais tous ces éléments divers, que ses prédécesseurs et ses maîtres s'étaient contenté de recueillir et d'opposer avec enthousiasme à la science de leur temps, Robert Fludd, en les complétant par son érudition, les a combinés entre eux, les a fondus en un vaste système, où les aperçus les plus, hardis de certaines doctrines de nos jours se montrent à côté des extravagantes ambitions et des rêveries les plus décriées de la société des Hose-Croix. Ce système, comme on doit s'y attendre d'après le peu que nous venons de dire , c'est le panthéisme le moins déguisé, un panthéisme presque matériahste, présenté sous le masquedu mysticisme, et avec le secours de l'interprétation allégorique, comme le sens véritable de la révélation chrétienne.

Dieu est le principe, la fin et la somme de tout ce qqi existe. Tous les êtres dont Tunivers est peuplé, et l'univers lui-même, sont sortis de son sein , sont formés de sa substance , et retourneront en lui , quand le temps et le but de leur existence seront accomplis. Ils ne sont que les formes diverses plus ou moins parfaites , plus ou moins durables , dans lesquelles le principe infini des choses se révèle à lui-même, et se rend visible dans la création, d'invisible et de caché qu'il était. A proprement parler, la création n'a pas commencé; Dieu, toujours semblable à luimême, n'a jamais été un instant sans agir, sans créer, sans manifester toute sa puissance; mais il peut, il doit être considéré sons un double point de vue : tel qu'il est dans son essence absolue, dans le foyer le plus reculé de son éternelle existence, et tel qu'il se montre dans l'univers ou dans l'acte incessant qui lui a donné l'être.

Le Dieu caché de Robert Fludd n'est pas autre chose que l'Ensopb de la Kabbale, ou l'Unité ineffable de l'école d'Alexandrie, ou le Père inconnu du gnosticisme. C'est cet état de la nature divine, où nulle distinction ne parait encore , où nulle qualification n'est possible, où tous les contraires , l'être et le non-être , la lumière et les ténèbres, l'activité et l'inertie, la contraction et l'expansion, le bien et le mal, sont effacés et anéantis dans la plus parfaite identité. Nous venons de reproduire presque littéralement les expressions mêmes de Robert Fludd, expressions qu'il n'a pas inventées, et que Ton retrouve deux siècles après lui dans les deux plus célèbres systèmes de l'Allemagne {Philosoph. mos., sect. i, lib. iv, c. 5.)

Lorsqu'on dit que Dieu s'est manifesté oo qu'il est sorti de sa solitude pour créer l'univers, cela signifie qu'au sein de' cette unité incompréhensible dont nous venons de parler, la lumière s'est séparée des t&èbres , l'être en acte de l'être en puissance, et la volonté commençant k agir de ce qui est le contraire de la volonté , de l'inertie, da la réus*

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tance y à laquelle Flodd a donné le nom de nolonté divine (nolunUts dimna). Le premier de ces deux principes , plus particulièrement représenté par la lumière, c'est Dieu se concentrant sur lui-même pour se répandre ensuite dans Tunivers sous des formes inGniment variées; le second, particulièrement représenté parles ténèbres, c'est le vide, c'est la négation, c'est la simple possibilité que Dieu laisse hors de lui

!)ar cette concentration de sa substance, ou Texercio^ actuel de sa voonté , et tous ces caractères réunis ne sont pas autre chose que la matière à son premier état, avant qu'elle ait reçu l'action de la lumière, le vacuumet inanede l'Ecriture sainte.

De l'action simultanée et de la combinaison de ces deux choses sont nés successivement tous les éléments, toutes les qualités dont l'univers se compose. Les premières de ces qualités sont le chaud et le froid : le chaud, qui appartient naturellement à îa lumière, et qui produit à son tour le mouvement; le froid, pareillement inséparable des ténèbres, et source de Tinertie. Le chaud et le froid séparés l'un de Tautre produisent le sec; enûn , en se combinant et en agissant Tun sur l'autre f^ar le contact de la lumière avec les ténèbres, ils donnent naissance à 'humide. On sait quel rôle jouent ces quatre qualités dans la physique d'Aristote, dont Robert Fludd, en plus d'une partie de son système, subit encore l'influence , malgré le mépris qu'il affiche pour la philosophie péripatéticienne , et son désir de lui substituer une philosophie entièrement fondée sur la révélation. Il nous fait voir en même temps

Îue les principes par lesquels il entreprend d'expliquer l'universalité es choses ont un caractère moins métaphysique qu'on n'aurait pu le supposer d'abord, et que son panthéisme, comme nous en avons déjà fait la remarque, penche beaucoup plus vers la matière que vers l'esprit. Les qualités physiques que nous venons d'énumérer ont concouru et concourent éternellement avec les deux principes dont elles émanent h la formation des éléments. Le premier de tous, c'est l'air invisible qui remplissait l'abtme, sorte d'intermédiaire entre la lumière et les ténèbres , que Fludd nous représente comme l'élément universel , mais dont il nous laisse ignorer et la nature et l'origine. L'air invisible, pénétré par les rayons de la plus pure lumière, est devenu l'éther ou la substance du ciel ; condensé par le froid qui sort des ténèbres , il est devenu l'eau , il a produit cette masse liquide que nous voyons, dans le récit de la Genèse , prendre la place des ténèbres et du vide. L'eau à son tour, comprimée par le souille glacial de l'air, est devenue la terre et les minéraux contenus dans son sein; la lumière, se combinant avec les éléments grossiers du globe terrestre, a engendré le feu sublunaire, agent de corruption et de putréfaction ; de même qu'en se mêlant à l'air invisible, elle a produit l'éther, antre espèce de feu, plus subtil et plus actif, principe de la génération et de l'organisme, véhicule de la vie dans toute l'étendue de l'univers. £n6n la lumière, dégagée des ténèbres, c'est la vie elle-même, c'est la pensée, c'est l'intelligence, c'est la volonté dans son essence la plus pure, c'est le moteur universel et la forme de tous les êtres, c'est l'âme du monde dont sortent par voie d'émanation et à laquelle retournent incessamment toutes les Ames particulières {Philosoph. mos., sect. i, liv. m et iv). Ainsi les choses créées, sous quelque forme qu'elles se montrent à nous, et à quelque

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rang qu'elles appartiennent , ne sont qu'an mélange de lumière et de ténèbres y ou d'intelligence et de matière : deux principes ennemis en apparence, mais primitivement confondus et parfaitement identiques dans le sein de TinGni. Seulement , parmi ces créatures ^ les unes ont une plus grande part de lumière, les autres de ténèbres; chez d*autres, la lumière et les ténèbres ont des proportions égales : de là, la pyramide, ou , comme nous dirions aujourd'hui , Téchelle de.s êtres. La terre est, de tous les éléments, celui qui contient le moins de substance lumineuse; mais elle en contient, et c'est ce que nous appelons la chaleur centrale. L'eau, comme le prouve sa transparence, en renferme davantage; aussi a-t-elle déjà une certaine activité, uile certaine force de destruction qu'on ne trouve pas dans les masses inertes qui forment la terre ; l'air, immédiatement en contact avec la substance éthérée dont se composent les astres , et traversé en tous sens par leurs rayons, est déjà un principe ou un agent de vie; car il est nécessaire à la végétation des plantes et à la respiration des animaux ; enfin le feu qui , par sa nature, est le plus rapproché de la lumière, est aussi le plus actif de tous les éléments et le plus indispensable à la vie; mais , comme nous l'avons déjà dit, il faut distinguer le feu central de notre globe, le feu sublunaire, instrument de d^omposition et de destruction, du feu céleste ou de Télher qui forme un cinquième élément , et passe pour le véhicule propre de la lumière. L'élher n'est pas, à proprement parler, un corps , mais un terme moyen, une sorte de médiateur entre les corps et la force vivifiante dont ils sont tous pénétrés, c'est-à-dSre l'Âme du monde. Aussi quelques philosophes hermétiques , au lieu de deux principes sortant éternellement du sein de Tunité primitive, en ont-il^ reconnu trois : Tàme du monde, la matière ou les ténèbres, et Tesprit, par lequel ils entendent la substance éthérée.

Voilà les matériaux de la création tout prêts; nous allons voir à présent comment ils se combinent et se coordonnent pour former l'ensemble de tous les êtres, c'est-à-dire le monde. Selon Robert Fludd, qui ne fait que répéter sur ce point l'opinion des kabbalistes , il y a quatre mondes étroitement unis et subordonnés l'un à l'autre : le monde archétypique , où Dieu se révèle à lui-même et qu'il remplit de sa substance sous la forme la plus élevée; le monde angélique , habité par les anges et les purs esprits, par les agents immédiats de la volonté divine ; le monde stellaire, formé par les étoiles, par les planètes, par tous ces grands corps dont l'ensemble est nommé le ciel; enfin le monde sublunaire , c'est-à-dire la terre et les créatures dont elle est peuplée. Mais ces quatre mondes peuvent facilement se réduire à trois , dont les noms et les attributions ont également leur origine dans la kabbale : nous voulons parler du monde archétype, du macrocosme et du microcosme, c'est-à-dire de Dieu, de la nature et de l'homme.

Quant au premier, Fludd se borne à reproduire le système kabbalistique des dix séphiroths. Dieu, après s'être concentré sur lui-même comme nous l'avons vu tout à l'heure; après avoir séparé des ténèbres la lumière qui constitue son essence, s'est manifesté à sa propre vue sous dix formes différentes qui sont les conditions générales de l'existence et de la pensée. Mais ces dix formes, ces dix modes absolus de la nature divine peuvent aussi se ramènera trois : d'abord Dieu n'existe

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