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plemeni une idée : car aucune idée ne poarrail Tembrasser. Il m'apparaît nécessairement comme on être y et non pas comme une forme ou une loi de mon intelligence : car c*est là précisément ce qui constitue son caractère distinctif, de ne pouvoir pas se manifester tout entier dans les limites de ma conscience et de mon intelligence , d'être un objet de foi y et non pas un objet de compréhension. Pour atteindre le principe de la foi 9 sans lequel il n*y a rien d'infini, il faudrait donc commencer par supprimer le moi, c'estrà-dire la conscience. Or, la conscience , de quelque point de vue qu'on la considère , n'est pas seulement le caractère distinctif de notre existence, mais la condition générale de la pensée : car on ne pense pas sans savoir que l'on pense.
Ce n'est pas encore tout. En même temps que je crois à l'infini, qui est au-dessus de moi, je me. distingue du fini, qui est hors de moi. Le monde extérieur m'apparatt aussi tôt que ma propre existence; mais il ne m'apparalt qu'à travers mes propres idées, et je ne puis le regarder comme quelque chose de réel , qu'à la condition de cnÀrt à ces idées , ou de les faire participer de cette vérité objective et absolue , de cet être infini et en soi, qui est l'objet immédiat de la foi. Il est évident, par exemple, que si je ne crois pas à l'espace, au principe de causalité, à la notion de substance, la nature extérieure disparait complètement à mes yeux. Or, qu'est-ce qu'on appelle croire à toutes ces choses, sinon leur attribuer une part d'existence et les regarder comme des manifestations réelles de l'être en soi? C'est, par conséquent, le même acte d& foi qui nous révèle simultanément ce que nous avons le plus d'intérêt à croire et à connaître. Dieu, la nature et l'Ame humaine. Ces trois termes de l'existence sont liés dans notre esprit de telle sorte qu'il nous est impossible de rejeter l'un sans rejeter également les deux autres. Les seuls rapports que nous apercevions entre eux sont d'une nature qui nous force à les unir sans les copfondre, à les distinguer sans les séparer. Ainsi , puisque l'infini est au-dessus de moi , je vois clairement que son existence est distincte de la mienne-, mais je ne peux pas me concevoir séparé de lui , dont la présence se manifeste dans la raison et dans la foi. De plus, puisqu'il est l'être en soi, c'est-à-dire le seul être vraiment digne de ce nom, la source et le principe de toute autre existence, tout ce qui est en moi est une participation de son essence impénétrable; rien ne m'est venu du néant. Je le distingue pareillement de la nature extérieure, tout en croyant que la nature extérieure tient de lui , et est par lui tout ce qu'elle est. Mais lorsque , au lieu d'affirmer ces rapports tels qu'ils nous sont donnés immédiatement par la raison, on lente de les expliquer ou d'y introduire, comme dans les matières ordinaires, la lumière de l'évidence , alors on les confond ou on les supprime. Tantôt on laisse de côté l'infini pour n'admettre que le fini : alors on tombe dans l'athéisme. Tantôt, au contraire, c'est le fini qu'on retranche» pour n'avoir à s'occuper que de l'infini : alors on prend parti pour le panthéisme. Quelquefois on a cru remédier à la (Ufficulté en transformant, sous le nom de matière, le fini lui-même en un principe, non-seulement distinct, mais séparé de Dieu et nécessaire, c'est-àdire éternel comme lui : cette doctrine a reçu le nom de dualisme. On démontre très-bien que le dualisme, le panthéisme et l'athéisme sont des systèmes insoutenables; mais on ne va pas au delà, on n'explique
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pas le fait de la créaUoD ( Voyez ce mot) y on le croit y sons peine d*ètie en révolte avec soi-niéme , et de se perdre dans un abîme de contradictions.
Le mystère qni s*étend do sein de Tinfini sur la création embrasse paiement le problème de notre destinée , soit dans ce monde , soit aillears , et se réfléchit de la métaphysique dans la morale; il faut donc savoir là aussi faire la part de la foi , et se passer de celle évidence logique qui n'atteint que des abstractions, qui ne pénètre jamais au sein de la réalité et de la vie. C'est bien vainement, en effet , que nous chercherions à comprendre ou à nous représenter par des idées précises ce que nous serons , ce que nous pouvons être hors des conditions présentes de notre existence, une fois séparés de ces organes dont le développement se lie si étroitement à celui de nos âmes, dont le concours, soit direct, soit indirect , est si nécessaire en ce moment à rexercice de toutes nos facultés. El cependant, quand nous écoutons les convictions spontanées de notre conscience, si clairement manifestées dans l'histoire ; quand nous comparons les misères et les bornes étroites de notre vie actuelle à l'horizon immense qu'ouvrent devant nous nos désirs , nos espérances, nos facultés et nos devoirs ; quand nous songeons surtout qu'en dépit de la dignité où ces devoirs et ces facultés nous élèvent dans l'ordre moral , qu'en dépit des droits absolus et du caractère inviolable qu'ils nous donnent, nous sommes dans l'ordre physique livrés à la merci des moindres accidents ou des plus vils caprices de nos semblables, il nous est impossible de ne pas croire à une autre vie avec autant de sécurité que nous croyons à celle-ci. Mais, cette autre vie étant complètement en dehors de l'expérience et ne pouvant se comparer que d'une manière très-éloignée à notre existence présente , la conviction dont elle est Tobjet ne sort pas des limites de la foi. Elle nous révèle ce qu'il y a d'inûoi, d*incoDnu et de mystérieux en nous, comme la croyance dont nous parlions tout à l'heure nous révèle ce qu'il y a d'infini, d'inconnu au-dessus de nous et au-dessus de tous les êtres. N'estce pas , en effet , toute la substance du dogme de l'immortalité, de nous promettre au delà de la tombe une existence sans terme et sans fin , qui dépasse nos espérances et nos désirs actuels, comme elle dépasse nos idées? Toutes les fois qu'on a voulu faire un pas de plus et tenté de substituer la clarté de l'évidence à l'obscurité de la foi, il est arrivé la même chose que dans la question des rapports et de l'origine des êtres : on a nié ce que l'on croyait expliquer. Ainsi les uns ont conçu notre destinée à venir sans souvenir et sans conscience, c'est-à-dire qu'ils font mourir avec le corps la personne humaine , sous prétexte d'établir son immortalité ; les autres nous ont rendu sous ce nom toutes les misères et tous les ennuis de la vie présente. On a vu même quelquefois ces deux systèmes, la métempsycose et l'immortalité sans conscience, se réunir en un seul. Nous pourrions en citer un exemple bien rapproché de nous; mais, réunis ou séparés , ces deux systèmes sont en contradiction avec la croyance qu'ils prétendent éclaircir et avec les faits qui la rendent irrésistible.
La foi , considérée toujours du même point de vue, comme un principe naturel et commun à tous les hommes, ne s'exerce pas seulement dans le champ de la spéculation, elle trouve aussi sa place et son em-
ploi légitime dans la pratique de la vie^ dans le gooTernement de Tîndivida et de la société. Sans elle, point d'éducation possible, pas d'autorité durable dans TEtat, pas de traditions , et partant pas d'unité morale dans le genre humain. L'éducation, en effet, repose tout entière sur ce fait, que nous croyons spontanément à la vérité en ellemême , à la raison en elle-même, et, lorsqu'elle n'a pas eu le temps de se développer en nous , nous recueillons avec avidité les enseignements de la bouche de nos semblables, mieux instruits ou plus âgés que nous ne le sommes. Cesi ainsi que la parole des précepteurs et des parents est toujours pleine d'autorité pour l'enfance. C'est ainsi que, dans les sociétés encore jeunes, tout ce qu'on raconte au nom des anciens, même les fables les plus absurdes, tout ce qui est écrit, tout ce qui s'appuie sur une tradition quelque peu éloignée, est accepté pour vrai : c'est ainsi qu'on répand parmi les masses ignorantes des vérités nobles on utiles que leur intelligence accepte sans les comprendre. Ce n'est qu'après de tristes expériences, ou quand nous avons acquis la certitude d'avoir été trompés, que le doute et l'incrédulité commencent ; mais la foi est le premier mouvement de l'âme humaine. Aussi, ce qu'il y a de mieux à faire pour conserver dans toute sa force ce précieux mobile, c'est de ne l'employer que dans les limites de l'utile et du vrai ; c'est de ne pas demander aux esprits une soumission qui répugne à la dignité humaine, et de mesurer 1 empire qu'on veut prendre sur eux au degré de culture où ils sont parvenus. Les mêmes observations s'appliquent au gouvernement de l'Etat, dont la tâche, à certains égards, a tant de ressemblance avec l'éducation. Pour conduire la société à sa fin et agir sur elle d'une manière durable et profonde , le pouvoir ne sufQt pas , il faut aussi de l'autorité, et l'autorité, dans quelque sphère qu'elle s'exerce, repose sur la foi. Il faut avant tout la croyance que le pouvoir sur lequel la société repose, quand ce pouvoir s'exerce dans les limites de ses attributions, est une chose éminemment sainte et vénérable par elle-même ; il faut aux peuples la conviction qne ceux qui ont mission de les conduire sont choisis parmi les plus éclairés et les plus dignes ; il faut que les lois pour lesquelles on réclame leur obéissance, et surtout les lois fondamentales dont découlent toutes les autres, aient des racines profondes dans les idées et dans les mœurs, qu'elles s'identifient, en quelque sorte, au moyen de l'éducation , avec l'esprit public. Il parait difficile au premier aspect de mettre ces conditions d'accord avec les habitudes politiques des nations modernes, avec cet esprit de critique et de libre examen qui s'étend indistinctement à tout, aux institutions comme aux hommes, aux assemblées comme aux individus; mais les nations modernes , à peine sorties des luttes par lesquelles elles ont conquis leur émancipation , ne seront pas toujours en proie à cet esprit de défiance qui les anime aujourd'hui contre toute espèce d'autorité et de pouvoir. Quand le passé ne sera plus décidément qu'un souvenir et que l'idée de le restaurer au profit d'une caste ou d'une autre ne pourra plus entrer dans une intelligence saine, alors la liberté et le pouvoir, tout en se contenant l'une l'autre, cesseront de se regarder comme des ennemis; se voyant plus respectés, les gouvernements se respecteront eux-mêmes davantage, et la foi pourra renaître dans l'ordre politique sans porter atteinte à la liberté ue la parole et de la pensée. Enfin;
malgré lous les sophismes mis en œuvre dans ces derniers temps pour nous montrer que les hommes , abandonnés aux seules ressources de leur intelligence, ou privés du secours d'une révélation surnaturelle, ne peuvent arriver qu'à des opinions individuelles et contradictoires ^ il y a en nous une conviction inébranlable que la même raison éclaire le genre humain , que la même vérité se révèle à lui , mais à des degrés divers selon les ciïorls qu'il a faits, et selon le temps qu'il a eu pour la chercher; que, nonobstant les intérêts et les passions qui le divisent, la même justice, le sentiment des mêmes droits et des mêmes de* voirs est au fond'de sa conscience. - Deux hommes, dit Fénelon {Traité de V existence de Dieu y 1'' partie, c. 2), qui ne se sont jamais vus, qui n'ont jamais entendu parler l'un de 1 autre, et qui n'ont jamais eu de liaison avec aucun autre homme qui ait pu leur donner des notions communes, parlent aux deux extrémités de la terre sur un certain nombre de vérités comme s'ils étaient de concert. On sait infailliblement par avance dans un hémisphère ce qu'on répondra dans l'autre sur ces vérités. Les hommes de tous les pays et de tous les temps, quelque éducation qu'ils aient reçue, se sentent invinciblement assujettis à penser et à parler de même. Le maître qui nous enseigne sans cesse nous fait penser tous de la même façon. » Ce n'est pas Jà un fait dont Texpéiience nous a donné ou puisse nous donner la preuve ; c'est une foi indestructible et spontanée comme celle que nous avons en notre existence et dans l'existence des êtres en général ; et cette foi , beaucoup plus que la ressemblance des formes extérieures ou l'identité d'origine, est le fondement de la fraternité humaiqe. C'est sur elle que reposent en définitive toute autorité, toute tradition, tout l'intérêt de riiisloire elle-même; car pourquoi ce commerce que nous entretenons avec le passé, pourquoi œtte cra'mte que nos œuvres et nos pensées ne soient perdues pour l'avenir , si nous n'étions pas sûrs intérieurement que le même esprit , la même raison se développe chez tous les hommes à travers les âges, qu'il y a des principes communs d'où Ton peut partir pour faire accepter à tous les mêmes conséquences. C'est cette foi dans l'universalité de la raison qui dominait à leur insu les philosophes du xvm' siècle, qui leur inspirait cet amour ardent de l'humanité, qui leur faisait prendre avec tant de passion la défense de ses droits , dans le temps même où, niant son unité matérielle, ils refusaient de la reconnaître pour l'héritière d'un même sdng et la postérité d'un même couple.
Nous avons déjà montré comment le principe dont nous avons parlé, isolé de tous les autres principes de notre nature et pousse à l'exagération par des exagérations contraires , a donne lieu à plusieurs systèmes philosophiques peu éloignés de nous. Nous avons signalé particulièrement l'opposition qui existe entre la doctrine de Kant et celle de Jacobi : l'une nous représentant les idées, et l'autre la foi, ces deux éléments nécessaires de la raison humaine. Sur un théâtre plus vaste , dans l'histoire générale de l'humanité, la philosophie et la religion nous offrent à peu près le même spectacle. La philosophie aspire surtout à l'évidence. La religion vit de mystères et de foi. Mais la philosophie est sous l'empire d'une illusion, lorsqu'elle espère introduire partout la lumière de l'évidence y et embrasser dans son horizon le
champ ioat entier do la vérilé. C'est en vain qae de loin en loin elle éblouit le monde par un de ces vastes systèmes où elle prétend avoir mis à nu le secret de toutes les existences ; le monde ne la croit pas, et serait désespéré de la croire : car un des besoins les plus universels et les plus irrésistibles de notre nature , c'est d'avoir foi en Imconnu^ en Fincompréhensible^ c'est-à-dire en TinOni; c'est de croire que la vérité et le bien sont inépuisables. Les défenseurs du principe religieux ne se trompent pas moins lorsqu'ils prétendent que la foi doit être entièrement distincte et hors de la raison. Le mot de TertuUien ^ Credo quiaabsurdum,^e\xi bien, comme les systèmes phOosophiques dont nous venons de parler, subjuguer un instant par son audace ; mais Tesprit ne peut se contenter longtemps d'un pareil motif de soumission : et quant à invoquer le témoignage de la raison contre elle-même ou à lui faire signer sa propre abdication, c*est une tentative que des écoliers seuls peuvent renouveler aujourd'hui. La raison, comme nous pensons l'avoir démontré, ne saurait se passer de croire; mais par cela même, la foi ne saurait se passer de réfléchir; ce qui signifie qu'elle a besoin de motifs pris en nous et dans les lois de notre nature intellectuelle, qu'elle doit jaillir comme une source vive du fond de notre âme, au lieu de venir seulement du dehors comme un fardeau imposé par une main étrangère.
FQLIE. Les médecins ont cherché de tout temps à déGnir la folie ou l'aliénation mentale ; mais le point de vue auquel ils se sont placés ne pouvait leur permettre d'en donner une définition jationnelle : les uns se sont bornés à dire que la folie est une maladie apyrétique du cerveau, avec lésion des facultés intellectuelles, oubliant de dire en quoi consiste cette lésion des facultés intellectuelles; d'autres, croyant entrer beaucoup plus avant dans la question , ont ajouté que les fous ont des idées , des passions, des déterminations (/t/jTfrenre^ des idées^ des passions et des déterminations du commun des hommes; mais en quoi précisément consiste cette différence? C'est encore là ce qu'ils ont oublié de nous dire. D'autres enfin ont ajouté que les malades, dans cet état, conservent en général la conscience de leur propre existence ; mais qu'ont-ils entendu par là? Ont-ils voulu dire que les fous conservent le sentiment, la conscience du moi, de la vraie personnalité? Si telle a été leur pensée, ils sont tombés dans une étrange erreur, comme nous chercherons à le prouver tout à l'heure; mais il est plutôt à croire qu'ils n'ont pas compris la portée de cette assertion. La plupart, et il est facile de le voir par leurs descriptions de la folie, la plupart ont méconnu les caractères du mot ou de l'àme, et la nature de ses relations avec le corps ou l'organisme. C'est probablement à l'isolement dans lequel les médecins se sont tenus à l'égard des philosophes qu'il faut attribuer ce qu'il y a d'incomplet dans tontes les histoires médicales de la folie. Les médecins, en effet, ont parfaitement exposé les symptômes des différentes espèces d'aliénation mentale, ils en ont décrit avec soin les altérations organiques ; mais ils ont négligé de chercher la raison de ces phénomènes, et quand ils ont voulu remonter aux causes prochaines de la folie , à sa nature essentielle^ ils se sont livrés aux hypothèses les plus invraisemblables.