II
Ainsi 9 si Ton en croit Callen, la folie tiendrait dans tons les casa une prétendue inégalité d*exciteinent du cerveau; suivant Pinel, le caractère de cette maladie serait essentiellement nerveux, il n'y aurait aucun vice dans la substance du cerveau; tandis que, suivant Fodéré, il y aurait un vice : mais ce vice serait dans le sang des aliénés. Gall et Spurzheim y voyaient une inflammation de l'encéphale; Esquirol, une lésion des forces du cerveau , et Broussais une irritation da même organe.
Ces hypothèses , on doit le pressentir, n'étaient guère propres à rendre raison des phénomènes de Taliénation mentale ; il est évident que dans une affection telle que la folie, pour arriver à une théorie rationnelle , il aurait fallu aller au delà des faits qui relèvent de la pathologie, et même au delà des faits purement physiologiques; il aurait fallu se placer au point de vue de la psychologie. C'est ce que feu M. le professeur Royer-Collard avait parfaitement senti quand il a prié M. Maine de Biran de vouloir bien l'aider de ses lumières dans cette grave et complexe élude de l'aliénation mentale. M. Royer-Collard avait remarqué que les médecins n avaient pas tenu un compte suffisant des données psychologiques ; que la plupart de ceux qui avaient écrit sur l'aliénation mentale étaient de celle école sensualisle qui avait supprimé un des deux termes du dualisme cartésien au profit de Tantre, et que parlant, ils avaient considéré les actes de l'esprit comme des produits du cerveau, ou comme de simples transformations de la sensation.
M. Royer-Cdlard ne pouvait s'adresser à un homme plus compétent
Îue M. Maine de Biran. C'est à cette occasion que fut composé, entre 821 et 1822, le mémoire intitulé ; Considérations sur les rapports du physique et du moral , pour servir à un cours sur Valiénation mentale. Cet ouvrage est, d'après M. Cousin, la meilleure production de l'auteur et la dernière exposition de sa pensée {Voyez l'édition qu'en a donnée M. Cousin en 1834., avec une préface fort étendue). Esprit original et profond , M. Maine de Biran avait fait une longue élude de la physiologie de Stahl, de celle de Haller, de Cabanis et de Bichat , cl il avait donné le premier signal de la réaction philosophique contre la doctrine du xviii' siècle : il était revenu au dualisme de Descartes; mais il lui avait donné plus de précision, plus de force encore, grâce à ses éludes physiologiques. La définition cartésienne, en effet , avait quelque chose de vague , et quelques disciples, exagérant le spiritualisme du maître, avaient fini par tomber dans une sorte de mysticisme. La pensée, le cogito de Descartes nous avait révélé notre existence morale, notre vraie personnalité; mais les deux attributs essentiels de l'àme ou du moi, sentir et vouloir, n'étaient pas nettement formules. M. Maine de Biran, dans ses considérations sur la volonté, avait cherché à remplir celle lacune, et nul n'était plus propre que lui à venir en aide aux physiologistes; aussi, dans cotln grande question de l'aliénation menlaie, il avait parfaitement établi que, pour en trouver les véritablos caractères, il fiillait les cherc])(T d:ins les rapports du moral et du physique de l'homme, cl ces rapports, il les avait exposés de la manière la plus nctle et la plus satisfaisante.
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LeibnilZy le premier ^ avait judicieusement distingué les simples impressions organiques qui relèvent de la physique générale , des sensations qui relèvent de la physiologie ^ et des idées qui relèvent de la psychologie : trois ordres de faits dont il faut également tenir compte dans rétude des opérations de Tintelligence.
Quand l'organisme^ en effets vient à être impressionné par les agents extérieurs, il apporte à T&me des sensations ^ et c'est à l'occasion de ces sensations que la puissance personnelle entre en exercice et se développe. C'est donc dans la nature de ces relations qu'il fallait chercher comment, en certains cas, il peut y avoir de tels désordres, que l'homme finit par tomber dans l'aliénation mentale.
L'homme est environné d'agents qui impressionnent continuellement son organisme; et lui-même, comme puissance intellectuelle, réagit perpétuellement sur ce même organisme; il en résulte que si celui-ci, par son côté extérieur, est en conflit avec les agents physiques, par son côté intérieur, il est en conflit avec l'âme ou le moi. C'est ce que M. Cousin a parfaitement exprimé , lorsqu'il a dit, en exposant la doctrine de Leibnitz : <c L'univers entier ne m'atteint qu'à travers l'organisme. 9
L'âme toutefois ne sent pas à troners les organes, efle ne sent dans tous les cas que ses organes : quel que soit en effet le mode d'acftion des agents extérieurs , ils ont constamment pour effet d'amener dans les organes un changement, une modification quelconque, et c'est ce diangement, cette modification que nous sentons.
Prenons Tœil pour exemple : quand la rétine est dans un repos complet, il y a ténèbres; il y a, au contraire, sensation de lumière quand , soûs l'influence d'un excitant extérieur, elle entre en mouvement : donc, toutes les apparences de corporalité tiennent à l'intensité diverse de ce mouvement, et les couleurs elles-mêmes ne sont en réalité que des variations de vitesse des ondes éthérées.
Les organes des sens ont donc, pour fonctions essentielles de recevoir des agents extérieurs et de communiquer au cerveau des modifications telles que le moi trouve en eux les éléments des diverses sensations. Mais il peut arriver, même dans l'état normal, que^ sous l'influence d'un excitant, d'un stimulant tout autre, un sens soit impressionné et donne à Pâme des sensations non moins distinctes : amsi» un choc, un coup sur l'œil peuvent exciter, au milieu d'une profonde obscurité, une sensation de lumière. D'autres fois, l'âme accuse des sensations dans un organe qui aura été enlevé j d'autres fois enfin, l'âme est poursuivie , non-sedement pendant le sommeil, mais pendant la veille par de véritables hallucinations qui restent compatSiles avec la raison la plus intacte.
Qu'est-ce qui distingue alors l'homme raisonnable de l'aliéné? Comment reconnaître que la raison persiste en lui? Le psychologue seul est en mesure de le dire : il prouve que l'homoie reste eompos sui; qu'il se dislingue parfaitement de son organisme. Dans ces conditions, l'homme sait que ses organes le trompent, il a ce conscium .• il sent que ses organes , au lieu de lui apporter à lui esprit, la vérité, lui apportent l'erreur^ quelquefois même, dans l'état de rêve, ce consàium persiste; l'esprit n'en croit pas dors ses organes. *M. Maine de Biran avait bien
va Tanalogie de toutes ces qoeslkmsy et Q expliquait par la même théorie lelat de veille et de sommeil , de rêve et d'aliénation : poor lui, la t^Uis, c'est le temps de la \\e pendant lequel s'exerce plus oa moins la volonté; le êomumeil, dans ses di\ers de;grés, e^t laflEiiblissemenl de la volonté, le wmmuU ahêolu en est labolition complète; pendant les rêves , la volonté ne lient plos les rén<^ L'école physiol^qœ i laquelle appartient Burdach a cherché, de son côté, à* prouver que si l'état de veille, chez l'homme, consiste dans le double conflit que Forganismo vivant entretient, d'une part, avec les objets extérieurs par le moyen des sens, et, d'autre part, avec le mot ou l'âme, par le moyen des centres nerveux : dans letat de sommeil complet, il y a suspension de ce double conflit, les organes des sens étant fermés aux excitants extérieurs, et Tàme n'étant plus en relation avec l'organisme : dans l'étal de rêve , il n'y a de suspendu que le conflit extérieur; les agents environnants ne peuvent plus impressionner les sens; mais le moi peut, jusqu'à un certain point, rester en relation, en conflit av^ec les centres nerveux, et alors il trouve dans des organes fermés au monde extérieur des sensations distinctes; il y a dans ces organes pers'istanceou reproduction des changements que les objets extérieurs suscitaient dans l'état de veille. Cette dernière circonstance parait fondée et peut donner, jusqu a un certain point, l'explication de tout un ordre de faits particuliers à l'aliénation mentale , c'est-à-dire des kaU»einatiom.
Ce qui rendait incompréhensible la production des hallocinations dans les théories sensualistes , c'est qu'il y a, dans ce cas, toutes les apparences des sensations, sans excitant, sans objets extérieurs ; mais nous venons de voir que ceci a lieu dans l'état de rêve, avec la même incohérence et la même bizarrerie , sans que l'àme en éprouve aucun étoonement. Chaque appareil de sensations spéciales étant destiné à reproduire, à répéter ce qui se passe au dehors , il doit suffire d'un simple ébranlement de l'organe, d'un simple mouvement moléculaire pour donner lieu aux mêmes actes : la'réliiie pourra reproduire ainsi, et comme en miniature , pour ainsi dire , toutes les scènes du monde extérieur, et il y a dans l'oreille moyenne tuut un système d'organes qui entrera en vibration pour répéter les sons naguère produits au dehors. On conçoit ainsi comment un mouvement quelconque peut faire entrer les organcs^en jeu et donner lieu à toutes les sensations auditives ou visuelles, en l'absence des excitants normaux; une simple congestion sanguine, un mouvement insolite du sang, fera également que tel malade, au milieu d'im profond silence, entendra des fruits divers, des sons musicaux, des paroles suivies ; que, dans robscurilé la plus complète, il sera ébloui par de vives clartés, ou obsédé par des apparitions.
Mais ceci ne suffit pas pour constituer l'aliénation mentale : on peut avoir des sensations fausses, complètement erronées, on peut même, ainsi que je Tai dit plus haut , avoir de nombreuses hallucinations , sans être fou . Quand est-ce donc qu'il y a folie ? Si l'école exclusivement organique veut être conséquente avec elle-même, elle est arrêtée ici ; il n'y a pas moyen, en s*en tenant à ses principes, de sortir de cette difficulté. L*école psychologique, aucontraire, examine dans ces cas
comment se comporte le moi dans ses relations avec les organes des sensations spéciales , et elle dit qu'il y a folie toutes les fois que le malade ne peut plus régulièrement inférer de ses sensations et de ses actes la conscience de sa personnalité, et que par cela seul il est alienus a se»
L'halluciné n*est pas fou, quand il esi compos sui , quand il n'en croit pas ses organes; mais il peut se faire qu'il ait la conscience d'une folie imminente, qu'il s'en effraye; qu'il sente que ses organes le mattrisenl; qu'ils vont amener, pour ainsi dire, le naufirage de son intelligence. S'il est fou, au contraire, il ne peut plus faire ces distinctions , si ce n'est dans de rares moments de lucidité. Le fou s'identifie avec ses sensations , il ne peut les chasser, les écarter de son esprit : il est maîtrisé, et comme absorbé par elles; sa personnalité n'existe plus, et, comme le dit M. Maine de Biran; il est dès lors rayé de la liste des êtres intelligents.
Dans l'état sain, c'est le moi ou la volonté qui règle les relations avec les organes, c'est la raison qui tient, pour ainsi dire, les rênes ; dans l'aliénation, l'esprit est dépende, c'est l'organisme, altéré matériellement , qui a changé l'ordre des relations. Il y a encore aperception immédiate des sensations vraies ou fausses , et production de mouvements ; mais ce n'est plus le mot qui règle ces aperceptions : que le moi le veuille ou ne le veuille pas, cette aperception a lieu, et souvent en l'absence de tout stimulant extérieur. Et de même, pour les mouvements, ce n'est plus la volonté qui les règle, qui les coordonne. De là l'état connu sous le nom d'agitation; de la cette instabilité si remarquable des idées et de la volonté.
Dans l'état de rêve, nous l'avons déjà fait remarquer, il y a quelque chose de semblable; mais au milieu des associations les plus incohérentes d'idées et de volitions , le moi peut dans certains cas rester compos sui. A qui n'est-il pas arrivé de sentir, pendant un rêve pénible, qu'il est le jouet d'étranges hallucinations, et que pour y échapper il faut revenir à la vie naturelle ? On sent que, pour mettre fin à ces fausses et effrayantes situations , il faut rouvrir ses sens au monde extérieur. L'école physiologique allemande en avait conclu que si, dans les rêves, l'àme se laisse aller aux idées les plus incohérentes , que si elle accepte les sensations les pins folles, c'est que des deux conflits qui constituent la vie normale des êtres intelligents, un seul persiste, celui que l'àme entretient avec ses organes , et que la polarité est suspendue : les objets extérieurs, n'agissant plus sur les organes, ne peuvent plus rien surlesintuitions; ils ne règlent plus , ils ne coordonnent plus les sensations. En adoptant celte hypothèse , on pourrait dire que , dans les différentes espèces de délire, les choses se passent dans un ordre inverse : c'est l'àme, en effet, c'est le mot qui finit par s'effacer, comme force personnelle et agissante; l'organisation matériellement altérée a fini par aveugler cette même intelligence, et par suspendre aussi la polarité.
Quand le mot reste lucide et libre , il se rit en quelque sorte des terreurs , des déceptions de son organisation physique : comme Turenne, il gourmande sa carcasse qui tremble devant le danger ; il est le témoin impassible de tons ses désordres , il les juge , en mesure la portée; mais il arrive un pointoù lui-même commenceà s'en effrayer, c'est lorsqu'il sent que les rênes vont lui échapper et qu'il va tomber dans une véritable
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aliénation ^ il cherche d*abord à en sortir comme d*an rêve pénible : il Uùlf par exemple, robscorité; il redoute de fermer les yeux, parce qa'il
sait qae Téclat du jour peut seul dissiper les fontAmes qui le poursoiyent; mais les organes s'altérant de plus en plus, le délire s'établit et 3 y a destruction de la liberté morale; or, cette liberté étante comme le dit tt. Haine de Biraui notre vraie personnalité, le même coup qui frappe en nous emporte Thomme et ne laisse qu'un automate sans con* science, et partant sans responsabilité.
Dans l'ivresse, qui est un délire passager, les choses se passent encore de la même manière : à mesure que le cerveau se pénètre d'un sang
gtéré par des princines alcooliques, l'&me ou le mai s'aperçoit que sa l)^é va s'anéautûTt Le moi fait des efforts pour réagir sur son organi* sation; nmis celle-ci l'entraîne, l'absorbe entièrement, et l'homme n'existe plus : c'est encore un automate privé de conscience et de res* ponsabilité. Ainsi ce qui constitue essentiellement l'aliénation mentale, c'est, comme le dit l'école psychologique, l'abolition de la liberté morale, de la personnalité; c'est cet état dans lequel le mot n'est plus eompoê m». Les fonctions organiques et même intdlectuelles peuvent encore afiirs s'exécuter, mais sans que nous y participions, sans que nous en ayons ni la conscience, ni la responsabilité : nous devenons étrangers à nous-
Eêmes, nous sommes hors de nous; c'est l'aliénation, la démence et la lie , dont les divers degrés sont les degrés mêmes de la perte de la liberté. Ce qui fait qu'il n'y a plus dlntelligence, puisque raperception et la voUtion, qui en forment les principaux caractères, n'existent plus.
Mais d'où vient qu*il y a une telle perturbation dans les rapports des oreanes avec le moi? d'où vient qu'il y a inaction de cette force personnelle dans les intuitions et dans les mouvements organiques? Je l'ai déjà dit : c'est que des altérations organiques obstruent, empêchent, aveuglent l'intelligence; l'aliénation serait donc dans la théorie physiologique allemande, comme un rêve retourné : dans les rêves, il y aurait désordre, incohérence, bizarrerie dans toutes les idées, parce que l'un des deux conflits est suspendu , parce que l'organisation par son celé extérieur n'est plus en relation avec les objets environnants, parce que las organes des sens sont fermés aux excitants extérieurs, et que ce cêté de l'organisme n'est plus impressionné par les stimulants physiques. Or, comme il est tel degré d'aliénation mentale dans lequel le mai peut n'avoir aucune espèce d'action sur le cerveau, soit par suite d'altérations congéniales, comme dans l'idiotisme, ou par des altérations accidentelles, comme dans certains cas de manie, il faudrait en conclure que le conflit intérieur serait alors aboli ou suspendu, l'organisme par son cêté intérieur n'étant plus en rapport normal avec Tâme ou le moi. Ce serait l'inverse de ce qui se passe dans un sommeil troublé par des songes, oe qui nous faisait dire tout à l'heure que Taliénation ainsi comprise est comme un rêve permanent et retourné.
M. Maine de Biran avait bien vu que ceci a lieu dans certains genres de folie. Dans l'idiotisme , dit-il , le moi sommeille , pendant que les organes sensitifs sont seuls éveillée ; l'état de démence, ajoute-t-il, correspond encore à celui où le cerveau produit spontanément des imagt^s , tantôt liées» plus souvent décousues, pendant que la pensée sommeUlfi on jette de temps en temps quelques âdairs passagers.
Et de même, dans le délire général , T&me raisonnable el libre est sans action sur l'organisme; elle sommeille : les images (comme le dit encore M. Maine de Biran) prennent alors d'elles-mêmes dans le centre cérébral les divers caractères de persistance, de vivacité, de profondeur, et par le seul efTet des dispositions organiques.
J'ajoute que ce sont les dispositions organiques qui ferment en quelque sorte le sens intérieur à l'action du moi, qui annulent ses effets et paralysent sa puissance. Si donc, dans l'état de rêve, Tàme veille dans un corps endormi, dans l'état de folie générale complète, c'est la pensée qui sommeille dans un corps éveillé. Qu'on n'aille pas objecter que chez les fous la conscience, le sentiment du mot n'est pas aboli , qu'il persiste au contraire assez souvent, nous répondrons que dans les cas dont on parle il n'y a pas un état de complète aliénation. Ceux qui soutiennent, avec Georget, que même dans les cas où le délire est le plus général, le sentiment de la conscience persiste, ceux-là même sont forcés d'avouer que dans les délires les plus bornés, l'esprit perd toute liberté. Or, pour nous, là ou il n'y a plus de liberté, il n'y a plus de raison, il n'y a plus de personnalité. Lisez ensuite toutes les descriptions de folie, et vous verrez qu'à mesure que les symptômes prennent plus d'intensité, le moi s'efface; dans les exacerbations , dans les crises^ tout est confus dans les idées : ce sont des cris, des chants désordonnés, une agitation perpétuelle , et nulle trace de conscience.
D'après tout ce que nous avons dit, on doit voir que pour nous les causes de la folie sont toutes matérielles ; ce sont des lésions organiques qui seules peuvent ainsi paralyser la pensée , et nous ne concevons pas comment on apu supposer des lésions qui porteraient ou sur la pensée elle-même, ou sur des facultés, ou sur des fonctions dites essentiellement nerveuses. Nous sommes encore à nous demander comment des médecins ont pu attribuer tous les phénomènes de la folie à des causes autres que des altérations dans l'organisation du système nerveux , et comment des hommes , d'ailleurs éminents , ont voulu les faire dépendre de modifications qui n'auraient porté que sur des forces vitales. Hasiam était, suivant nous, dans le vrai, quand il disait que c'est uniquement dans les changements que peut éprouver l'organisation du cerveau, qu'il faut chercher la cause des diverses espèces de folie ; mais il faut tenir compte des altérations les plus légères , de celles qui portent sur la consistance du cerveau, sa coloration, son poids , etc. , comme de celles qui portent sur sa structure interne. Les rccherches auatomiques étant faites dans ce sens, on dira bien rarement, comme l'a remarqué Georget, qu'on n'a rien trouvé dans le cerveau.
Maintenant qu'il nous paraît bien prouvé que la cause efQciente de la folie consiste dans des altérations toutes matérielles, devonsnous nous demander si ces altérations sont toutes de la même nature, si toutes consistent, comme le soutenait J. Franck, dans un état d'inflammation du cerveau ou de ses annexes, ou dans une atrophie de cet organe, dans un endurcissement, etc., etc.? A cela nous répondrons qu'une semblable supposition ne pouvait être faite qu'à lépoque où des systèmes exclusifs régnaient en médecine, et où toutes les maladies étaient ramenées à un ou deux genres d'altérations. Âa-
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jourd'hai que r«analomie pathologique a révélé et la variété des altérations organiques et la spontanéité de leur développement dans le sein de tous les tissus , nous ne devons plus en être à faire ces hypothèses: la réalité des altérations anatomiques dans le cours de la folie, est un fait qui ne saurait être nié, et il nous parait en être de même de la diversité de nature de ces mêmes altérations. Quant aux symptômes de Taliénalion mentale , j*ai déjà dit que l'histoire en est assez bien connue. On sait qu'à raison de ses manifestations , on a distingué plusieurs genres de folie. Les anciens les avaient ramenées i deux grandes divisions : la mante et la mélancolie. Dans le premier cas , il y avait délire général avec propension à la fureur; dans le second, délire exclusif avec propension à la tristesse. Sauvages , multipliant les espèces, avait distingué la démence, la manie j la mélancolie et la démonomanie. Pinel avait mis plus de philosophie dans les distinctions : il avait judicieusement divisé la folie en quatre grandes classes d'affections : sous le nom à'xdiotiime, il comprenait tous les cas dans lesqods on remarque une stvpidité plus ou moins prononcée, un cercle trbsbonié d'idées et une nullité complète de caractère; la manie était caractérisée par un délire général, une grande irascibilité et un penchant trèsmarqué à la fureur; la mélancolie par un délire exclusif, avec abattement, morosité et penchant au désespoir; enfin, la démence par une simple débilité des opérations de l'entendement et des actes de la volonté.
Esquirol n'a fait aucun changement important dans cette classiGcation; il a seulement substitué au mot mélancolie celui de monomanie, qui a été adopté avec empressement surtout dans les affaires d'expertises médicales.
Nous n'insisterons pas sur les symptômes qui dénoncent la manie générale, ni sur ceux qui caractérisent les diverses monomanies; on sait quels sont les désordres intellectuels offerts par les malades, l'incohérence et la bizarrerie de leurs sensations, les erreurs de perception qu'on remarque en eux; il sufGt d'être entré une seule fois dans une maison de fous , pour savoir jusqu'où peuvent aller les différentes formes de délire. Chez quelques-uns , la folie est tranquille, calme; mais souvent il y a des exacerbations , des paroxysmes; et alors, comme emportés par l'indignation , ils vocifèrent continuellement, ils apostrophent ceux qui les surveillent ou les visitent. La fureur peut être portée au plus haut degré et accompagnée d'une agitation que rien ne peut calmer : la face est rouge et animée, les yeux étincelants, la bouche sèche; ils montrent à la fois et une extrême incohérence dans les idées, et une agitation excessive; quelques-uns brisent et déchirent tout ce qui leur tombe sous les mains.
Le plus souvent il y a privation de sommeil chez les aliénés, ou du moins le sommeil est rare et incomplet ; on en a vu qui restaient des mois et des années entières sans goûter un moment de repos.
Quant aux monomanies, nous avons dit qu'elles sont caractérisées par un délire exclusif; mais, il faut le dire, ce délire n'est pas tellement circonscrit que les malades raisonnent judicieusement sur tous les autres sujets; dans tous les cas, on remarque qu'il y a altération générale, bien que pics légère. Ainsi presque tous les monomaniaqoes sont