‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 90 sur 135 · OLIE · texte numérisé non relu

OLIE

incapables d*une allenlion un peu soutenue; leur volonté est précaire, instable, et leurs affections totalement changées.

Il y a aussi chez eux des temps de paroxysmes et d'exacerbations, et alors il est facile de s'apercevoir que le délire est plus général qu*on ne le croyait d'abord ; ce qui a fait dire à Georget que , dans les monomanies , le malade est pi^^sque aussi déraisonnable que dans la manie. La seule différence que présentent ces deux états, c'est que dans Tun le malade s'occupe plus ordinairement de sa marotte , et dans l'autre l'aliéné extravague indifféremment sur toute chose.

Les auteurs ont ramené les principales espèces de monomanies aux suivantes : 1"* la monomanie ambiiieuie : on trouve parmi les aliénés de cette classe, des rois , des empereurs, des papes, des prophètes, etc. ; 2® la monomanie erotique : quand les aliénés sont dominés par un besoin indicible d'aimer ou d'être aimé; par le regret d'un amour auquel on a mis obstacle, etc. ; 3"* la monomanie religieuse : quand les malades sont tourmentés par l'idée des peines éternelles , ou par les prétendues ob* sessions du démon ; 4® la monomanie mélancolique : les aliénés sont en proie à une tristesse profonde; ils se disent abandonnés, trahis^par leurs proches; ii ne leur reste qu'à mourir, etc. ; 5« \vi monomanie hypocondriaque: les aliénés, d'ailleurs parfaitement sains, se croient attaqués de maladies incurables et toujours extraordinaires; s'ils sont réellement malades, ils exagèrent leurs maux au delà de toute expression, ou les interprètent de la manière la plus étrange : ainsi ils soutiennent que leur sang est altéré, décomposé, qu'un vice profond les ronge et les conduira au tombeau , etc. , etc.

Ces délires dominants existent chez beaucoup de malades; mais on a abusé , dans ces derniers temps, de la doctrine qui tend ainsi à circonscrire l'aliénation mentale, à la limiter dans un seul ordre de faits, surtout en ce qui concerne les tendances , les propensions à commettre certaines actions. Combien de fois, par exemple, n'a-t-on pas donné comme atteints de monomanie homicide les plus grands criminels ! d'autres comme atteints de la monomanie du vol y etc., etc. C'est l'absurde doctrine de Gall qui a conduit à faire toutes ces suppositions. Mais revenons à l'aliénation mentale, et voyons quelles en sont les causes les plus fréquentes.

De ces causes il en est qui prédi^osent seulement a la folie, tandis que d'autres amènent presque immédiatement son explosion. Parmi les premières, il faut ranger Vâge et le sexe des individus : la folie se déclare surtout dans l'âge des passions ardentes , de trente à quarante ans ; puis de vingt à trente, puis de quarante à cinquante. Nous devons placer à part les idiots et les déments : l'idiotisme s'observe nécessairement dans le premier âge , puisque cette affection est presque toujours congéniale, et que ces infortunés arrivent rarement à un âge un peu avancé; chez les vieillards on observe la démence sénile, genre de folie consécutif aux affections aiguës de l'encéphale , et qui peut même survenir par le seul effet des progrès de Tftge.

On remarque beaucoup plus d'aliénations chez les femmes que chez les hommes : on reçoit dans les hospices d'aliénés près du double de femmes. On a cherché à expliquer cette prédisposition par la plus grande susceptibilité du système nerveux chez les femmes, et par leur position dans la société.

L'hérédité joue un grand râle dans la production de la folie. M. Esquirol avait trouvé dans quelques établissements que la moitié au moins des individus atteints de folie avaient eu des parents aliénés. On croit avoir remarqué que Tinfluence de rhérédilé se fait plutdt sentir dans les classées riches que chez les pauvres, et on Texplique chez les premiers par les alliances fréquentes entre parents. Il est certain que le défaut de croisement dans Tespèce humaine ne tarde pas i amener une dégradation très-prononcée dans les familles.

L'influence du tempérament a été également notée j mais elle est beaucoup plus contestable.

On a plus particulièrement signalé les vices d'une mauvaise éducation, et avec raison : tout Tavenir deThomme moral dépend de ses conditions premières^ il est des faits d'observation très-curieux dans rétiologie de Talicnation mentale : ainsi il y a bf/aucoup plus d'aliénés parmi les célibataires que chez les personnes mariées , et cela s'applique aux hommes comme aux femmes; il v en a plus aussi dans les professions hbéraJes que dans les classes industrielles ; plus aussi en été qu'en hiver. On croit avoir remarqué que dans les différents pays l'influence du degré de civilisation, du mode de gouvernement et des croyances religieuses est beaucoup plus marquée que l'influence du climat. Cette observation parait fondée; néanmoins il aurait fallu distinguer ici. L'influence des idées religieuses est incontestable, elle est même en rapport direct avec certains genres de folie ; celle du mode de gouvernement est beaucoup plus douteuse. Quant à Tinfluencc du climat, c'est udc question qui n'a pas été suffisamment étudiée : on manque de documents; on en manque même pour ce qui tient à Tinfluence des progrès de la civilisation ; on a cité des faits oui ne sont rien moins que concluants ; on a dit que M. Desgenettes, médecin en chef de l'armée d'Orient, n'avait trouvé ue quatorze fous en Egypte dans l'hôpital du Caire; tandis qu'en 815 l'Angleterre en comptait plus de 7000 à Londres, et la France près de VOOO à Paris ! Mais quelle conclusion tirer de ce fait, si ce n'est que dans les pays plus civilisés on prend soin des fous, et qu'on ne les laisse pas libres comme en Orient?

Si j'en juge par ce que j'ai observé moi-même en Russie, la folie ne doit guère être moins fréquente dans les pays soumis au despotisme et peu avancés en civilisation que dans les gouvernements libres et policés.

Quant aux causes qui provoquent le plus communément l'explosion de la folie, elles sont assez nombreuses; on a plus particulièrement signale les chagrins domestiques, un amour contrarié, le fanatisme , l'époque critique pour les femmes et plutôt encore les suites de couches, les coups sur la tête, l'abus des boissons alcooliques, l'insolation , un travail intellectuel excessif, les veilles prolongées, une vive frayeur, le passage subit d'une vie aisée a une profonde misère, les remords , l'oisiveté surtout, le désœuvrement, l'ennui après une vie très-occupée, l'influence enfin d'une autre maladie, de Thystérie, par exemple, ou de l'épiiepsie.

Les causes agissent progressivement; mais leur elTet peut être brusque et instantané : on a vu la folie se déclarer en quelques heures, quelquefois à l'instant même, au milieu d'une pleine raison; une fois déclarée, elle se comporte comme nous l'avons dit plus haut. Il

noas reste à dire un mot seulement sur le traitement de Taliénation mentale.

 une époque même assez rapprochée de nous, les aliénés étaient traités avec barbarie; c'est Pinel qui les a fait sortir de leurs affreux cabanons 9 qui a fait tomber leurs cbainesy qui, enfin , a voulu le pre-: mier les traiter comme des malades. C*est a la philosophie qu*on doit Ces réformes : gr&ce à ses lumières, on a fini par reconnaître que chez ces infortunés il n'y a rien de surnaturel , rien de merveilleux; il y a simplement des lésions qui portent sur cette partie de l'organisme qui sert aux manifestations de la pensée , et que, partant, il y a tout sim* plement à traiter des organes malades ; mais comme les organes sont soumis à la double action des agents extérieurs et de Tesprit lui-même, comme principe d'activité , les médecins ont cherché judicieusement a combiner le traitement physique avec le traitement moral , de telle sorte que , s'adressant directement à l'esprit de l'aliéné , ils le font intervenir dans le traitement , et le mettent ainsi en mesure de réagir sur son propre organisme. F. D.

FONTENELLE (Bernard Le Bovier ou Le Botgerdb) , né à Rouen le 11 février 1657, mort à Paris le 9 janvier 1757. Si FontCDelle, dans ses volumineux écrits, a rarement traité des

Saestions de philosophie proprement dite» néanmoins sa vie, son carac- ^re et ses ouvrages sont tellement empreints du véritable esprit philosophique, qu'à ce litre, son nom appartient de droit à notre Dictionnaire. Sa vie . qui embrasse un siècle entier, l'a fait participer aux deux grandes époques de notre littérature : aussi peut-on dire qu'il y a deux hommes en lui, le bel esprit du xv!!"" siècle, et le philosophe du xvm*; le neveu du grand Corneille, et le contemporain de Voltaire; l'ingénieux écrivain d'un école un peu maniérée, et le dernier des cartésiens. II forme l'anneau intermédiaire entre les deux Ages. Témoin de toutes les révolutions de l'esprit humain accomplies dans ce vaste intervalle de temps, il y a pris lui-même une part active , et si sa nature l'a détourné d'un rôle agressif, il a toujours le mérite incontesté d'avoir le premier rendu la philosophie populaire en France.

Il avait fait d'assez brillantes études au collège des jésuites à Rouen ; mais il n'eut pas le même succès dans la logique, hérissée alors de termes barbares. Il dit lui-même : « Je pris mon parti de ne rien entendre à la logique. Cependant, continuant de m'y appliquer^ j'y entendis quelque chose ; je vis bientôt que ce n'était pas la peine d'y rien entendre, que ce n'étaient que des mots : je m'en tirai ensuite aussi bien que les autres. » Son père , avocat au pariement de la même ville, le destinant au barreau , il se fit recevoir avocat, et plaida même une cause qu'il perdit. Promplement dégoûté de cette carrière, il se décida à suivre son goût pour la littérature, et se rendit à Paris, auprès de son oncle Thomas Corneille, qui dirigeait alors le Mercure galant avec de Visé. La gloire du grand Corneille fut d'abord pour lui une amorce trompeuse; il débuta par des tragédies, et une epigramme de Racine nous apprend quel fut le sort de son Aspar. Le premier ouvrage où il réussit, ses Dialogues des morts, qu'il fît paraître en 1683, à vingtsix ans y sont parsemés de traits d'affectation et de foux goût. Trois ans

après y en 1686 , il publia ses Entretiens sur la pluralité des mondes, ou il e7[pose avec une heureuse clarté les découvertes de Galilée , et le système de Descartes sur les tourbillons. On y admira le talent de mettre les matières scientifiques à la portée de tous les lecteurs. On peut y relever encore quelque chose d*un peu prétentieux et de quintessendé dans le style; mais cette recherche mâne n'était pas sans agrément, et elle contribua sans doute à attirer le public, qui trouvait dans ce livre le système du monde , tel qu'on le connaissait alors, traduit en langue vulgaire. Déjà l'on y sent une certaine liberté de penser; la clarté des idées se réflédhit dans le langage , et l'on reconnaît l'empreinte du philosophe à quelques réflexions telles que celle-ci : « Il n'y a que la vérité qui persuade, même sans avoir besoin de paraître avec toutes ses preuves. Elle entre si naturellement dans l'esprit, que quand on l'apprend pour la première fois, il semble qu'on ne fasse que s'en souvenir. » (2« Soirée, à la fin.)

Voici un exemple de la sage circonspection de son esprit, et de la méthode prudente qui règle toujours sa marche, même dans ses ingénieux badinages. Au commencement de la 3* Soirée, à propos des conjectures auxquelles il vient de se laisser aller sur les habitants de la lune, il ajoute : « Il ne faut donner que la moitié de son esprit aux choses de cette espèce que l'on croit, et en réserver une autre moitié libre, où le contraire puisse être admis, s'il en est besoin. »

L'année suivante, Fontenelle mit en français V Histoire des oracles du savant hollandais Van Dale , c'est-à-dire qu'il donna un abrégé élégant et lumineux de ce traité, dont l'érudition , un peu diffuse, prit sous la plume de Fontenelle une forme plus appropriée au goût des lecteurs français. L'auteur lui-même en témoigna sa reconnaissance et s'exprima ainsi dans les Nouvelles de la République des lettres .• « J*ai lu avec bien du plaisir V Histoire des oracles, faite par un auteur français, où je suis copié fidèlement. J'approuve la liberté qu'il s'est donnée de tourner ce que j'avais avancé dans mes deux dissertations sur ce sujet, au génie de sa nation.... C'est peut-être un malheur pour la cause qu'il soutient avec moi, qu'il ne soit pas dans un pays de liberté; car je ne puis imputer à une autre raison le silence qu'il a gardé, oa les déguisements qui semblent l'avoir commandé sur des faits de conséquence. » Malgré les précautions prises par Fontenelle, malgré les déguisements dont s'enveloppait sa discrète ironie, l'ouvrage n'en parut

Sas moins très-hardi. Plus tard, il fut vivement attaqué par le j&uite laltus , qui soutint que les démons avaient fait des oracles , et qu'ils s'étaient lus à Tarrivée du Messie. Fontenelle n'eut garde de s'engager dans une controverse thcologique. « Je ne répondrai point au jésuite de Strasbourg, écrivait-il à Leclerc, quoique je ne croie pas l'entreprise impossible. Mais X Histoire de l'Académie des sciences me donne trop d'occupation , et tourne toutes mes études sur des matières trop différentes de celle-là. Ce serait plutôt à M. Van Dale à répondre qu'à moi; je ne suis que son interprète, il est mon garant. Enfln je n'ai point du tout l'humeur poléuiique , et toutes les querelles me déplaisent. J'aime mieux que le diable ait été prophète, puisque le père jésuite le vent, et qu'il croit cela plus orthodoxe. » Vers^ le même temps , il avait publié ses Doutes sur le système physi-

que des causes occasionnelles. Quoiqu'il profess&t une vive admiration pour Malebranche, qu'il appelle le plus grand génie de ce siècle , il critique ses idées par des raisonnements serrés , mais toujours avec mesure. Il prouve d'une manière irrécusable que le système des causes occasionnelles est contraire à la simplicité avec laquelle Dieu doit agir dans l'exécution de ses desseins. Ce morceau est un modèle de discussion. C'est en proposant ses doutes sur ce système , que Fontenelle dit avec une finesse si spirituelle : « Ce qui doit répondre de la sincérité de mes paroles , cest que je ne suis ni théologien , ni philosophe de profession , ni homme d'aucun nom y en quelque espèce que ce soit; que, par conséquent , je ne suis nullement engagé à avoir raison , et que je puis avec honneur avouer que je me trompais toutes les fois qu'on me le fera voir. » Ce petit écrit se termine par une réflexion dont le tour piquant relèveencore la justesse: «La vérité n'a ni jeunesse ni vieillesse ; les agréments de l'une ne la doivent pas faire aimer davan* tage, et les rides de l'autre ne lui doivent nas attirer plus de respect. »

Cartésien décidé, il resta toute sa vie ndèle à cette doctrine , mais sans aucun fanatisme. Aussi, dit-il quelque part : « Il faut admirer toujours Descartes, et le suivre quelquefois. » — a Ce grand homme, écrit- il ailleurs, poussé par son génie et par la supériorité qu'il se sentait, quitta les anciens pour ne suivre que cette même raison que lesanciens avaient suivie; et cette heureuse hardiesse, qui fut traitée de révolte, nous valut une infinité de vues nouvelles et utiles sur la physique etsur la géométrie. Alors on ouvrit les yeux, etl'ons'avisa dépenser.»

De tous les titres de gloire de Fontenelle, ses £/o^e« des académiciens sont sans contredit le plus réel et le plus durable. En 1697, il avait été nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. Ce fut pour s'acquitter de ses fonctions qu'il écrivit l'histoire de celte Académie depuis l'année 1666 jusqu'en 1699, et que pendant plus de quarante années il prononça les éloges des savants qui avaient appartenu à cette compagnie. Le recueil de ces éloges forme assurément un des meilleurs livres de notre langue. On n'y retrouve plus Tafféterie qui dépare quelquefois les écrits de sa jeunesse : là , sa manière est beaucoup plus simple; il sème toujours les aperçus spirituels, mais jamais aux dépens de la vérité, et l'expression dont il la revêt, emprunte une grâce particulière à son tour d'esprit fin et délicat. Il fallait une grande variété de connaissances pour apprécier convenablement plusieurs générations de savants, astronomes, mathématiciens, chimistes, physiciens, naturalistes, médecins, philosophes. Fontenelle donna le premier exemple de cet esprit encyclopédique, de cette universalité que Voltaire, après Jui, devait reproduire avec tant d'éclat. Il possède en outre l'art d'intéresser à la vie studieuse de ces hommes dévoués à la science ; il rend leurs découvertes accessibles aux gens du monde ; tour à tour Yauban, Cassini, Tournefort, Malebranche, Leibnitz, Newton, en un mot les plus grands génies de l'Europe, passent devant nous avec leur travaux et leurs systèmes, en nous communiquant une instruction aussi agréable que variée.

Ce qui caractérise essentiellement l'esprit de Fontenelle, c'est la justesse unie à la finesse. Il se rendit célèbre par le charme singulier qui s'attachait à sa conversation autant qu'à ses ^rits. Il avait été reco

à 1* Académie française le 5 mai 1691. Doyen des trois académies, on rappelait le Nestor de la litléralure, et il resta jusqu'à la fin de sa vie lomement de ces salons du xviii* siècle , qui méritent d*occaper une place dans Tbistoire, car ils étaient le siège d'une puissance nouvelle , l'opinion publique. Tout, jusqu'aux agréments de son style, qoi n'est pas toujours irréprochable, au jugement d'un goût sévère, a contribué a propager les lumières, et à répandre le goût de la raison.

Cet esprit philosophique que nous avons indiqué comme le véritable mérite de Fontenelle , il serait facile de le faire ressortir dans ses principaux ouvrages; il suffirait d'en extraire un certain nombre de maximes, d'observations justes, de réflexions à la fois fines et profondes, qui formeraient, pour ainsi dire, le code du bon sens, les règles de la méthode pratique, une sorte de métaphysique populaire, mise à la portée des gens du monde. On aurait ainsi le résumé, et comme la quintessence de sa philosophie. .

Dans sa réponse à Tévéque de Luçon , qui remplaçait Lamotte à l'Académie française (6 mars 1632) , il disait : a II s'est répandu depuis uu temps un esprit philosophique presque tout nouveau , une lumière qui n'avait guère éclairé nos ancêtres. » Cet esprit nouveau , qui devait faire la gloire et la puissance du xyui' siècle, se révèle de deux manières : en premier lieu par la méthode expérimentale, fondée sur l'observation des faits : « Comme on s'est avisé de consulter sur les choses naturelles la nature elle-même plutôt que les anciens , elle se Jaisse aisément découvrir; classez souvent, pressée par de nouvelles expériences que l'on fait pour la sonder, elle accorde la connaissance de quelques-uns de ses secriets. » {Hist. de VAead. des sciences, Préf.) En second lieu, par les progrès de l'esprit géométrique : « Les mathématiques servent à donner à notre raison l'habitude et le premier pli du vrai. Elles nous apprennent à opérer sur les vérités , à en prendre le fil souvent très-délié et presque imperceptible.... A mesure que ces sciences ont acquis plus d'étendue, les méthodes sont devenues plus simples et plus faciles. Enfin les mathématiques n'ont pas seulement donné une infinité de vérités de l'espèce qui leur appartient, elles ont encore produit assez généralement dans les esprits une justesse plus précieuse peut-être que toutes ces vérités. »

Son sens droit avait deviné l'éclectisme : « Tout le monde ne sait pas voir : on prend pour l'objet entier la première face que le hasard nous en a présentée.... Il n'est pas étonnant que l'on fasse quelques faux pas dans des roules nouvelles que l'on s'ouvre soi-même. L'esprit original, qui est ardent , vif et hardi , peut n'être pas toujours assez mesuré ni assez circonspect. » De cette manière d'envisager la marche des connaissances humaines, résulte comme conséquence naturelle la nécessité de la tolérance philosophique. « On voulut surtout qu'aucun système ne dominât dans l'Académie à l'exclusion des autres, et qu'on laissât toiyours toutes les portes ouvertes à la vérité. »

Et ailleurs : « Il y a un ordre qui règle nos progrès. Chaque connaissance ne se développe qu'après qu'un certain nombre de connaissances précédentes se sont dévcloppccs , et quand son tour pour éclore est venu.... Quand une science ne fait que de naître, on ne peut guère attrapper que dés vérités dispersées qui ne se tiennent pas, et on les

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prouve chacune à part, comme Ton pent^ et presque toujours avec beaucoup d'embarras. Mais quand un certain nombre de ces vérilés désunies ont été trouvées, on voit en quoi elles s'accordent , et les principes généraux commencent à se montrer , non pas encore les plus généraux ou les premiers ; il faut encore un plus grand nombre de vérilés pour les forcer à paraître. Plusieurs petites branches que l'on tient d'abord séparément mènent à la grosse branche qui les produit, et plusieurs grosses branches mènent au tronc. »

a Un avantage d'avoir saisi les premiers principes serait que l'ordre se mettrait partout de lui- même , cet ordre qui embellit tout, qui fortifie les vérités par leur liaison. »

N'a-t-il pas parfaitement caractérisé Leibnitz, lorsqu'il l'appelle un esprit universel, non pas seulement parce qu'il allaita tout, mais encore parce qu'il saisissait dans tout les principes les plus élevés et les plus généraux , ce qui est le caractère de la métaphysiqtte?

Fontenelle, dans un de ses éloges (celui de Duhamel) , parle de raisonnements philosophiques qui ont dépouillé leur sécheresse naturelle, ou du moins ordinaire , en passant au travers d'une imagination fleurie et ornée, et qui n'y ont pris cependant que la juste dose d'agrément qui leur convient. Ces paroles s'appliquent très-bien à lui-même, et il se trouve avoir donné ainsi l'idée la plus fidèle de son propre talent.

FORBERG (Frédéric-Charles), né en 1770 à Meuselwite, près d'Altenbourg, fut un ami très-dévoué de Fichte, et un défenseur ardent des opinions de ce philosophe. Il s'attacha d'abord aux idées de Kantet de Reinhold , et ce fut sous cette influence qu'il publia une dissertation intitulée de Msthetica transcendentali , in-S*", léna, 179S; un autre petit écrit sur les Motifs et les lois des actions libres, in-8**, ib. , 1795 (ail.) ; et divers morceaux qui ont paru soit dans le Recueil de Fiilleborn (12 cahiers in-8% ZûUichau etFreystadt; 1796-1799), soit dans d'autres journaux philosophiques. Mais, peu à peu, il se laissa séduire par la doctrine de Fichte, et écrivit, en 1797, dans un journal rédigé par son nouveau mattre et par Niethammer, des Lettres sur la nouvelle pliilosophie. Bientôt après parut l'ouvrage qu'il publia de concfert avec Fichte, et qui leur attira à tous deux une accusation d'athéisme : Développement de Vidée de la religion, par Frédéric-Charles Forberg, précédé d'une introduction de Fichte sur le Principe de notre croyance à un ordre divin qui gouverne le monde, in-S**, léna, 1798 (ail.). Enfin, de môme que Fichte , Forberg se défendit contre cette accusation dans une Apologie relativement à son prétendu athéisme, in-8% Gotha, 1799. Depuis ce moment Forberg se retira de la scène philosophique et s'occupa exclusivement des diverses charges qui lui furent confiées.

FORCE. Ce terme exprime l'idée de substance active. Ofi ne peut, du reste, mieux le déGnir qu'en empruntant les paroles de Leibnitz, qui le premier l'a introduit et consacré dans la science : « Pour éclaircir l'idée de substance , il faut remonter à celle de force ou d'énergie , dont lexplication est l'objet d'une science particulière appelée dynamiquf^.

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