‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 100 sur 426 · PRÉFIXÉS AD ET DÉ · texte numérisé non relu

PRÉFIXÉS AD ET DÉ

Annoncer^ dénoncer. Assigner, désigner,

ANNONCER t DÉNONCER. Porter à la connaier sance de quelqu'un quelque chose de nouveau, quelque chose qu'il ne savait pa»j agir de ma^ niera à le lui apprendre.

Dans annoncer, annuniiArs, ad wmtiare, la particule ad ne produit aucune nuance bien aenr sible. Elle marque simplement la direction de l'aaUon vers la personne i laquelle on commu^

nique l'idée d'un fait, à elle inconnu jusque-là. Hais la particule déterminative dé modifie notablement le sens du radical. Au lieu que les choses mêmes peuvent annoncer , les personnes seules dénoncent. Et encore les personnes ne sont dites proprement dénoncer que quand leur action est expresse, rigoureuse, positive, faite d'autorité.

Un Journal ou un journaliste annonce la guerre ; un ambassadeur la dénonce. Annoncer la pluie ou le beau temps ; dénoncer l'armistice ou un excommunié. Dans l'antiquité, on a pu croire que les oiseaux annoncent l'avenir (Volt.); sous l'ancienne loi , Dieu faisait dénoncer par des prophètes sa colère ou sa vengeance (Boss., Fân.). Le curé d'une paroisse annonce , au prône , les places d'église qui sont à louer ; un évèque s'armant de toute son autorité dénonce aux pécheurs scandaleux que , s'ils endurcissent leurs cœurs , il procédera contre eux selon toute la rigueur des canons (Ëoss.).

Le plus souvent, l'action de dénoncer est une déclaration faite , non pas d'autorité , mais à l'autorité, c'est une dénonciation y une accusation, une délation. Alors dé n'est pas seulement déterminatif, précis, rigoureux, mais ablatif et privatif ; car dénoncer signifie dans ce cas quelque chose de défavorable, de fâcheux, de dommageable pour la personne signalée à la justice ou à une autorité quelconque. « Les Athéniens dénoncèrent Anaxagoras devant les magistrats, et l'accusèrent publiquement. Quand on vint lui a$inoncer que les Athéniens l'avaient condamné à ^Jttort, il n'en parut point plus ému. » F&n.

ASSIGNER, DÉSIGNER. Fixer, marquer; un lieu , par exemple.

Assigner est attributil^: il exprime qu'on applique telle chose à quelqu'un pour sa part. Désigner est déierminatif et fait bien comialtre : la chose désignée est démontrée, décrite, dépeinte, de façon qu'on ne peut s'y tromper. En Egypte , chaque profession avait son canton qui lui était assigné (Boss.); David avait désigné le lieu du temple que bâtit Salomon (Id.). La place qui vous esto^^fi^e est vôtre, vous devez l'occuper; il «8t impossible que vous confondiez avec une autre la place qui vous est désignée. Un officier assigne A une sentinelle le poste qu'il lui affecte , auquel il l'attache, l'adapte ou l'ofsujettit; quand on invite à un rendez-vous , il faut avoir soin de désigner \b lieu et le temps. — En un mot, on assigne en donnant; on désigne en indiquant avec

PREFIXES AD bt EX.

Atténuer^ exténuer,

ATTÉNUER, EXTÉNUER. Rendre maigre, diminuer l'embonpoint et les forces.

On emploie dans le même sens en latin olleiHMire et extenuare, dont le premier, suivant Gardin , dit moins que le second. C'est aussi le sentiment de l'Académie : ti Atténuer ^ affaiblir, diminuer les forces, l'embonpoint; eseténuer^ causer un grand affaiblissement. » Dans le premier* ad est inchoatif , et signifie conuaencer à.

se mettre ou se prendre &, porter atteinte; es, dans le second, indique qu'on fait sortir le sujet de l'état normal ou qu'on lui soustrait sa substance ou ses forces. V atténuation n'est donc qu'un commencement d'exténuation. « Les jeûnes, les veilles , les fatigues atténuent; les débauches et les maladies exténuent. » Acad. Par suite déjeunes austères, les chevaux d'Harpagon, dans l'Avare de Molière, sont devenus des idées, ou des ftmtômes, des façons de chevaux, c Cela me fend le cœur de les voir ainsi exténués ^ « dit maître Jacques. Atténués aurait dit trop peu. Mais atténuer est le mot propre dans la phrase suivante de RoUin : « Gléopfttre fît semblant de mourir d'amour pour Antoine , et atténuait dans cette vue son corps, ne prenant que très-peu de nourriture. >

Ensuite, atténuer, comme amaigrir, montre la cause à l'œuvre , attaquant le sujet et le minant peu à peu; au lieu qu'exténuer n'est relatif qu'à l'effet, et s'emploie beaucoup mieux au passé qu'au présent. « Une armée exténuée de lassitude et de faim. » Volt. < On voyait la malheureuse Arachné, dont tous les membres exténués se défiguraient et se changeaient en araignée.» Fbh.

C'est parce qu'il marque une action douce et modérée , qui diminue au lieu de retirer les forces , qu'atteTnuer se dit en parlant des crimes , des fautes , du mal , dans le sens de , les rendre' moins graves. Des auteurs, tels que Bossuet, Fénelonet J. J. Rousseau se sont improprement servis d'exténuer pour exprimer cette idée. Aujourd'hui l'usage, comme le remarque avec raison l'Académie , est définitivement pour atténuer. Le sentiment seul de la valeur propre aux deux préfixes aurait dû toujours prévenir toute méprise sur ce sujet.

PREFIXE DIS.

Simuler^ dissimuler. Position , disposition.

Diojxdis, particule latine qui se place toujours au commencement de certains mots composés , correspond, pour la forme et le sens, au grec 2ia {discemo , Siaxp Cva>), et quelquefois à Suç , avec peine , difficilement. Du reste , di et dû viennent certainement de duo , deux , tout comme en grec Zià et 80; de 8uo, racine identiquement la même.

D'après son origine, la prépositive dont il s'agit ici doit donc marquer dualité et non unité. Ainsi, dtTemme, grec SfcXYi(i.(ia (Si;, deux fols; Xa|ji6àvciv , prendre) , argument par lequel on offre à un adversaire le choix entre deux propositions, représente sa valeur primitive. Il en est de même de diphthongue , sylUbe qu'on prononce en taisant entendre le son de deux voyelles.

A l'opposition de la dualité et de l'unité se rattache sans peine celle de la séparation et de l'union, de la diversité et de l'identité. C'est effectivement la modification que dis a coutume d'imprimer à la signification de beaucoup de mots dont il fait partie; seulement, l'idée de dualité se trouve quelquefob avoir perdu de sa précision , et la particule peut se traduire par , (Ttci et de là, de côté et d^autre, en tous sens. Disséminer, dissiper, c'est répandre çà et là, de tous les côtés;

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