‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 13 sur 426 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

est ëfident qu'il j a entre les deux mots des deux langues une correspondance parfeite. On ne consultera pas non plus sans fruit le même écrivain relat^vemeul aux différences à établir entre assister et être frisent^ et entre beaucoup d'autres synonymes pour nous jusqu'à présent indistincts.

Toilà donc ce que devint le riche héritage de synonymes transmis par le XYin* siède au xix*. Au point où en était cette étude , il eût fallu les fondre dans on dictionnaire, tel que l'entendait Beauzée, c'est-à-dire, dans un livre bien oiidonné, où ils fussent tous rangés en familles en raison de leur idée générale. On ne le fit pas. On se contenta d'en donner la collection sans utilité pour le pablic, déguisant sous Tordre alphabétique le plus complet désordre. Mais rœavre d'orgamsation, qui devait mettre en valeur tous ces travaux partiels et dirers, ne pouvait être plus longtemps ajournée. Le besoin en était devenu d'autant plus grand, d'autant plus sensible, que, le nombre des synonymes expliqués augmentant, i] se trouvait aussi plus d'articles qui se rencontraient, se contredisaient on faisaient double emploi. Je n'ai pu manquer d'éprouver ce besoin, moi surtout qui, outre les essais déjà connus et ce qu'y ont ajouté M. Guizot et Laveaux, ai eu à ma disposition les synonymes de Gondillac et ceux de Leroy , sans compter les synonymes latins de Dœderlein , les italiens de Romani et les allemands d'Eberhard , dont on peut souvent faire et dont on n*a jamais tenté de foire à notre langue une heureuse application. En conséquence, j'ai pensé que, mettant à profit tout ce qui avait été produit en ce genre, en France principalemenl, je devais substituer enfin à une compilation informe, composée de pièces de rapport et contenant des articles disparates, contradictoires, dont les auteurs suivent, les uns une pratique , les autres une autre , un livre fait sur un même plan et d'une seule main, lequel se distinguât surtout par l'ordre et par la distribution régulière des mots.

Reprenant la tâche à ce nouveau point de vue, et la considérant d'abord d'une manière générale, j'avais pour premier devoir d'en reconnaître les parties, de me demander si tous les synonymes sont du même genre et peuvent être traités de même.

m. Quelles sont les principales espèces de synonymes, et à combien de sortes de recherches donne lieu par conséquent Tétude de leurs difiérencesf

Les synonymes se divisent en trois classes , eu égard & la nature de leur différence, et à la source d'où elle se tire. Les uns n'ont pas le même radical, et la diffîrence s'obtient par la considération attentive de la signification primitivement inhérente au radical de chacun d'eux. Tels sont : Abattre^ renverser ^^ ruiner, détruire; Paresse^ indoletice^ nonchalance ^négligence; Appas^ attraits^ charmes. Les autres ont le même radical, mais différemment modifié parce qu'ils sont soumis à des influences grammaticales différentes ou parce qu'ils n'ont pas le même commencement ou la même terminaison , et l'on arrive à saisir leur dif- Icrence en déterminant la valeur de ces diverses modifications. Exemples : dé-

XXVI INTROTUCTIOR.

tailf détails; ffraù^ graine; eher^ chéri; commmaer à, tom/Mfncer de; passer ^ dépasser^ surpasser; caquet^ caquetagey caqueterie; grogneur^ grognon^ grognard. Les derniers eafin, qacHqu'ils ressemblent aux premiers en ce que d'ordinak*e ils ne contiennent pas la même racine , et aux seconds en ce qu'ils n'ont pas la même forme graoEunaticaJe, ne doivent leur diJQTérenoe principale d'acception ni à l'un ni à l'autre de ces deux caractères, mais bien à ce que tirant leur origine de langues qui jouissent dans la nôtre d'une plus ou moins haute estime , ils appartiennent à différentes sortes de langages , sdentîfique ou commun, poétique ou prosaïque , propre ou figuré* A cette classe se rapportent hypothèse et supposition; hyperbole et exagération ; épithète et adjectif; sacerdoce et prêtrise; Euménides et Furies; épigraphe^ inscription et écrifteau.

Les synonymes de la première classe ne sont soumb à aucun principe général de distinction. Gomme les radicaux yarient suivant les exemples particuliers, la dSférence trouvée entre tds synonymes ne donne aucune lumière sur celle qui doit exister entre tels autres. En ce qui les concerne te synonymiste doit procéder de manière à les prendre et à les traiter par groupes séparés, et donner le résultat de ses div^^es recherches partielles dans un dictionnaire où , faute de mieox, sera suivi l'ordre alphabétique, comme on l'a pratiqué dans tous les travaux de ce genre publiés jusqu'ici. On peut bien , à l'imitation d'Eberhard et de M. Guizot, prescrire une méthode générale d'mvestigation pour tous les synonymes de cette espèce, les plus nombreux et les seuls dont les phik)logues se soient sérieusement occupés, mais non pas les réduire en catégories dans lesquelles chaque exemple comporte la même règle de distinction que le précédent et éclaire à son tour sur la différence qui se trouve dans le suivant.

Il n'en est pas de même des synonymes delà seconde classe. Geux-oi ayant le même radical ne peuvent différer qu'en raison des modifications que ce radical éprouve dans l'un d'eux ou dans tous, soit en vertu de la diversité des circonstances grammaticales où ils sont placés, soit en vertu de la diversité de leurs préfixes ou de leurs terminaisons. De là la possibilité, la valair de ces modifications assez peu nombreuses étant connue , de faire servir la différence trouvée dans un exemple particulier à la distinction de tous les autres qui présentent la même modification comme seul élément de différence. Ainsi , cteux mots synonymes ayant le même radical, sont l'un du masculin, l'autre du féminin, comme grain et graine^ mont et montagne^ cerveau et cervelle, ou l'un au singulier, l'autre au pluridi, comme détail et détaOs^ ruine et ruines, ou l'un adverbe et l'autre expression adverbiale, comme prademmefU et avec prudence , littéralement et à la lettre , en réunissant beaucoup de synonymes qui extérieurement ne diffèrent que par cette même modification, du genre, du nombre, etc., on arrivera par leur comparaison à découvrir l'influence générale de cette modification sur le sens , et on en induira une règle sûre pour la distinction de tous les synonymes de même radical et dont la différence dépend de cette seule modification. De même, deux mots synonymes ayant le même radical se terminent, l'un en ment^ l'autre en IJon» renoncement et renonciation^ par exemple : si je

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