‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 147 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

n'est qu'une esquisse dessinée avec du charbon sur le mur d'une hôtellerie où Ton couche une nuit. » Volt. » En Egypte , les maisons étaient appelées des hôtelleries, où l'on n'était qu'en passant. » Boss.

TERMINAISONS SRIE et MENT.

Chwhoierie, chitchotement,

CHUCHOTERIE, CHUCHOTEMENT. Action de chuchoter , c-est-àrdire de parler bas à l'oreille de quelqu'un pour n'être pas entendu d'autres personnes.

La terminaison lerie étant fréquentative , marque une plus grande abondance de paroles , une suite de chuchotements , ou un chuchotement prolongé. — Mais la principale différence entre ces deux mots provient de ce que cette même terminaison désigne, non-seulement l'action comme ment , mais encore le résultat de cette action , l'ouvrage qu'elle produit : chuchotement détermine le genre de bruit, et chuchoterie le genre d'entretien. Le chuchotement peut ennuyer et importuner; la chuchoterie peut intriguer, parce qu'elle implique une intention de se cacher , et a rapport au sujet même dont on s'entretient en chuchotant. Ce qui déplatt dans le chuchotement , c'est le fait et l'air : lorsque J. J. Rousseau passait dans les rues , il croyait remarquer « un chuchotement ricaneur. > Ce qui déplaît dans la chuchoterie y c'est le discours. « Elle avança son visage comme pour me parler à l'oreille. Je tremblai qu'on ne cherch&t du mystère à cette chuchoterie. » J. J.

TERMINAISONS EBIB BT AGE.

Pillerie, pillage. Badinerie, h<idinage. Bavaràerie , hcmrdage. Badoterie , radotage. Babàcherie , raJbdchage. Etc. Lainerie , lainage.

Ces terminaisons , toutes deux communes et peu nobles , désignent également l'action et son résultat. Mais l'une est diminutive , l'autre collective et compréhensive ; l'une présente l'idée en petit , Tautre en grand. Les noms en erie s'emploient souvent au pluriel pour signifier les divers traits , les faits ou les tours particuliers , les différents cas où l'action se réalise , où un défaut se manifeste. Les noms en âge tiennent plus de l'absolu; ils ne s'emploient guère qu'au singulier pour représenter la chose comme un tout considéré en lui-même et qui est d'une certaine nature. Un discours plein de rabdcheries n'est que du rabâchage.

PILLER lE, PILLAGE. Action de piller et perte qui en résulte.

Tous les synonymistes , Condillac, Laveaux et Leroy , qui ont traité ces deux mots , leur ont trouvé les mêmes différences. Le pillage porte sur des objets d'un plus grand prix , il est plus désastreux et entraine plus de dég&t. — li est commis , d'ailleurs , par des soldats , par un corps d'armée ; au lieu que la pillerie est l'action de pillards , d'un ramas de voleurs armés , de séditieux ou d'émeutiers , par exemple , qui ne font que piller de tous les côtés. « Les premières prédica-

tions de nos réfonnés toent suivies parlent de sédition et àepilleries. » Boss. « Avant -hier, on roua un violon qui avait commencé la danse (une révolte à Rennes) et l^piUerie du papier timbré.» Sir.

BADIIfERIB, BADINAGB. L'idée commune à «s deux mots est celle qu'ils tiennent du verbe badiner j d'où ils dérivent l'un et l'autre.

Mais hadinage exprime le genre et hadinerie uh trait : le hadinage , une hadinerie. Jamais on ne dit d'une manière absolue la badinent. -> < A examiner la cadence du vers phaleuque, on dirait qu'il est lait exprès pour le hadinage et pour l'amusement. » Roll. « L'esprit de hadinage. > S. S. « Le talent de plaire aux femmes consiste dans une espèce de hadinage. » Mon tbsq. — « Le portrait de Mme de Mirepoix (en vers, par Montesquieu) est une hadinerie qui fut faite à Lunéville pour amuser une minute le roi de Pologne. •

MONTBSQ.

Toutefois , si on ne dit pas la hadinerie absolument, on dit bien un hadinage comme une hadinerie. Mais alors hadinage signifie une action ou une manière d'agir; et hadinerie, un produit, ce qui résulte du hadinage. Un hadinage est une occupation ou une manière de faire : faire des vers, c'est s'amuser à un charmant hadinage (Volt.); une hadinerie est la chose qui provient du métier de badiner , en quelque sorte. Je n'aime pas ce hadinage, c'estA-dire cette manière ou cette action de badiner : je n'aime pas cette hadinerie , c'est-à-dire ce qui vient d'être dit ou fait en badinant. Un auteur a unbodtno^e, c'e5t4dire une façon particulière de badiner :

Imitons de Marot Télégant hadinage. R<»l. Mais ce qu'un auteur a composé en badinant est une hadinerie. « La métamorphose de la perruque de Chapelain en compte est une hadinerie qui n'a jamais été achevée. » Boil. « Des personnes un peu sérieuses traiteront de hadineries le procès du chien et les extravagances du juge (dans \e&Flaideurs) ; mais enfin je traduis Aristophane.» Rac. *

Ajoutez à cela que hadinerie indique quelque chose de plus petit que hadinage : les hadineries sont des enfantillages ou des puérilités. « Etre paré, courir de çà et de là, se déguiser, se masquer , sont des jeux d'enfants ; nous nous rions de leurs hadineries. » Boss. « On remarque dans les amitiés sensibles des soins , de petites libertés , ou pour les mieux nommer, des hadineries et des puérilités. > BouRD.

On distinguera de même hemarderie et havardage. Bavardage est général et tout relatif à la forme : le havardage; le ha^ardage des commères (ACAD.) , des provinces (S Av.) , des académies (J. J.), de la conversation (In.). Mais ha^arderie est particulier et se rapporte au fond , à la matière. « Le maréchal me prit en particulier avec ses havarderies. » S. S. « Marc-Tulle Cicéron, dans ses havarderies éloquentes, dit quelque part.... » Volt. « Voici ma ha/carderie académique (un discours académique). » In. Ce que vous venez de conter là est du havardage , et une havarderie. — Que si havarderie , au lieu de marquer, comme d'ordinaire,' un fait, un trait, dé-

SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL

âlOS

$ig:ne ane disposition habituelle , il la représente €omme fréquentative, comme une sorte de démangeaison. « Si un hérétique s'était souillé d'un crime pareil à celui de Théodose, avec quelle complaisance tous les historiens déploieraient contre lui leur hafMrderie! > Volt.

Pareillement, une radoîerie est un trait de radotage. < Ma fiUe, il faut que je vous conte : c'est une radoUriê que je ne puis éviter, s SÉv. < Ma tragédie n'est pas un jeu d'enfant, mais elle tient beaucoap du radotage. » Volt. ^ îiabàchage signifie ie défaut, et ràbâeherie ce qui en provient. Ensuite, rabddiage indique quelque chose de moins petit et une moins grande répétition des mêmes choses. « La Guerre de Genève est un rabâchage de la PueeUe. » Dodbff.

Appliquez la même règle de distinction à caqueterie et caqueîage , daîbauderie et dabaudage , badauderie et badaudage (Acad., 1692, J. J.)i flagornerie et flagomage (Bbaum.) , filouterie et filoutage (Volt.) , etc.

LAINERIE, LAINAGE. Marchandises de laine. Laineriey par sa terminaison si familière aux petites industries, rappelle plus particulièrement l'art ou le travail de l'ouvrier; tandis que la terminaison de lainage suggère seulement l'idée détendue, de grande collection. Le commerce des lainoiges est le commerce des choses de laine , en général ou en gros; le commerce des laiMr\e$ est celui des ouvrages, des draps, des étoffes faites avec de la laine. Le lainage comprend les laines brutes comme celles qui sont travaillées , et même ces dernières n'ont reçu qu'une façon en grand, qui n'est pas descendue aux détails, qui n'a point été appliquée aui petits objets, qui a peu modifié, par conséquent, la matière première. Enfin, lainage, comme plus absolu, a plus de rapport à la nature, au genre de matières; et lainerte, comme relatif, en a davantage à la façon, au genre d'ouvrage.

TERMINAISONS EJŒE et ADE.

Fcuifaronnerie ^ fanfaronnade.

FANFARONNERIB , FANFARONNADE. Action de faire le fanfaron, ou ce que dit le fanfaron, vanterie en paroles.

Âde , comme âge , signifie quelque chose d'étendu, de compréhensif , et, quand il s'agit d'action, quelque chose qui se répète. Et c'est pourquoi la substantifs en erie , la plupart fréquentatifs, ont des synonymes de l'une et de l'autre terminaison. Mais, en ce qui concerne erie et ode dans les deux mots pris pour exemple , erie marque un défaut dont on fait métier ou profession , dont on a l'habitude , ou un trait qui en dérive; ode .exprime une simple action consistant en gestes ou en paroles, qui apparaît et frappe beaucoup, car la terminaison ade est trèsloin d'être diminutive comme la terminaison erie. On trouve insoutenable la fanfaronnerie d'un homme qui fait de continuelles fanfaronnades.

Une goiconnade , une arlequinade , une pasqui- Node, une cajmeinade^ ne supposent pas qu'on soit gascon, arlequin, pasquin, capucin; de même la fanfaronnadi est d'un homme qui fait

le fanfaron, tandis que la fanfaronnerie caractérise un homme qui est fanfaron. « Le duc deVillars avait une valeur brillante , avec une fanfaronnerie poussée aux derniers ex6ès et qui ne le quittait jamais. 9 S. S.

Page 1