‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 190 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

« L'obstination de fermer ma porte aox quidams cajoleurs et pîeureux. » J. J.

ENNUYEUX, ENNUYANT. Qui ennuie.

L*un énonce une qualité de nature, Vautre une quaKté de fait; le premier qualifie le sujet en raison de ce qu'il est, et le second en raison de ce qu'il fait ou dit.

Condillac en juge ainsi dans le passage suivant: c n me semble qu'on dit ennuyant en parlant d'une chose ou d'une personne au moment qu'elle ennuie, et qu'on dit ennuyeux quand on parle du caractère qui la rend propre à donner de l'ennui. H est ennuyant signifie, il ennuie actuellement; il est ennuyeux signifie, il est fait pour donner de l'ennui. »

Ce qui prouve bien, d'ailleurs, que ennuyeux exprime une qualité inhérente au sujet, c'est qu'on le fait quelquefois substantif; ce qui n'a jamais lieu pour ennuyant.

Ajoutez que ennuyeux marque plus d'ennui, ou un ennui plus profond, plus fort, qu'ennuyant. « Fatigué de l'excessive longueur d'une marche pompeuse , Vespasîen dit qu'il était bien puni, par cette ennuyante cérén^onie, de la faiblesse qu'il avait eue de désirer à son âge l'honneur du triomphe. » Koll. « Soyez sûr qu'il n'y a rien de plus ennuyeux , de plus fastidieux que tous les écrits et tous leurs auteurs. »

DUDBFP.

OUTRAGEUX , OUTRAGEANT. Qui outrage.

Ces deux termes qualifient en faisant connaître, l'un ce qu'est le sujet, l'autre ce qu'il fait. Roubaud les a parfaitement distingués en leur appliquant la règle de distinction ci-dessus établie.

« Outrageux^ dit-il, formé du substantif outrage, espèce particulière d'offense, désigne la nature de la chose , sa propriété ou son caractère, l'effet qu'elle doit par elle-même produire ; elle est faite pour outrager, xî'est le propre de la chose d'offenser cruellement. Outrageant , participe présent du verbe outrager , converti en adjectif verbal , exprime l'action d'outrager , le fait , l'effet de cette action ; elle outrage , on en est outragé , offensé cruellement. Ainsi , un discours, un procédé outrageant fait un outrage : le discours , le procédé outrageux fait Outrage. »

Outrageux qualifie en soi , quant à la nature ou à l'idée, et s'emploie bien dans le dogmatique. <c II est de la bonté du prince de réprimer les médisances et les railleries outrageuses. » Boss. c Ne nous laissons jamais emporter à des dérisions outrageuses. « In. a On appelle zèle ce qu'il y a dans la médisance de plus outrageux et de plus calonmieux.» Bourd. « Est-il un crime plus outrageux au Saint-Esprit que le scandale?» In. c. Il faut savoir douter, et ne jamais s'exprimer avec une insolence outrageuse.i» Volt. — Outrageant qualifie un fait ou en raison d'un fait , et est surtout d'usage dans les récits, dans l'historique. «Souvenez-vous des outrageantes paroles dont a usé M. Jurieu, en m'appelant déclamateur et calomniateur. » Boss. « Il fallait que la main ( de Wiclef et de Calvin) traçât sur le papier tout ce que le cœur avait conçu de plus outrageant et de

plus insultant (contre l'Eucharistie). » Boiru>* « V^wtraigeante lettre qu'il m'a écriAe ^ que je vous ai renvoyée.» Volt,

Qni peol m'iuroir écrit « libdle 9utragetau? Dor. « Pourquoi me tenez-vous cet outra§êmU discours? 9 Lbb.

Du nesle , outntgffliur , plein d'ovlrage , dit pins qo^'mOngemU , qui outrage; aussi le premier estil seul applicable aux personnes : infinies et <mtragwx chevaliers (Lbs.) ; im ennemi insolent et outrageux (Boss.). Oufrage&nt ne oonvient qn'au choses, parce qu'il est plus foible, et qve les choses n'ont pas la pléiiitiide de l'outrage, ne peuvent ètie la sovrce de l'outrage, mais peuvent seidement l'sroir par commanicatioii. BADIEUX, RAYONNANT. Qui jette des rayeas. JtOdieuK marque plus d*éclat : le corps radieux est tout rayonnant de lunûère. L'effusion abondante de la lumière rend le corps radieux; et l'émission de plusieurs traits de hiraière le rend rayonnant. Le soleil est rodteur & son midi; à son coucher il est encore rayonnant.

En second lieu , le mot radieux manque la propriété , la qualité de la chose , et le mot rayonnant, le fait présent. Un corps lumineux par luimême est plus ou moins radieux; et quand il répand sa lumière, il est plus ou moins rayonnant. Radieux exprime l'état ou la nature, quelque chose de constant. « Boufflers , au comble des honneurs , de la gloire , de la confiance , n'avait qu'à demeurer en repos , à jouir d'un état si rodteua?. »S. S. Dans le Lutrin , Sidrac raconte qu'autrefois il y avait dans le chœur un vaste lutrin qui cachait le chantre , Tandis qu*à l*TOtre banc le prélat radieux. Découvert au grand jour, attirait tons les yeux. «La tête et le cou du paon se dessinent avec grftce sur ce fond radieux ( formé par sa queue qu'il relève). » B uff.— Bayonnant désigne un fait, un accident, quelque chose qui arrive. « Tel ftit le discours de Julie à son lit de mort; ses yeux brillaient d'un feu surnaturel, elle paraissait rayonnante. » J. J. « Il délivra Tâme du purgatoire : l'âme lui apparut rayonnante et en habit blanc. » Volt.

Au figuré , on dit un visage , un air radieux ou rayonnant, pour signifier qu'on voit éclater sur le visage, ou dans Tair, la joie, la satisfaction. Mais l'un indique une satisfaction plus solide, plus pleine et plus constante, comme celle qui résulte de la santé; l'autre, une satisfaction plus vive et plus passagère , comme celle qui provient d'un accès de joie ou d'exaltation.

Enfin radieux est un terme absolu qui s'emploie seul et se comprend de lui-même ; au lieu que rayonnant est relatif et ordinairement suivi d'autres mots qui le déterminent : rayonnant de lumière , rayonnant de gloire , de joie , de grâces et de beauté (Féh.) , une femme rayomianle de diamants (Uarm.).

LANGOUBEUX, LANGUISSANT. Qui est dans un état d'abattement et de faiblesse.

Le langoureux est tout plein de langueur; le languissant languit. On dira d'un convalescent qu'il est encore un peu languissant , et d'un au-

SYNONYMES OUI ONT U M&ME RADICAL

tre, qu'il est encore toat Umgowêua. Tous appeliereK kmgomvua^ celai gui parait toujours

Mais œmrae langomrêux est peu usité au propre, c'est an figuré surtout ^e les deux mots ont besoin d'être distin^és.

Or, dans cette acception « tefi^oiirsuff, en Tertu de la terminaison de son radical , langueur, signifie presque toiyours qui outre ou affecte la laùaguenr: d'autant plus que de l'idée de plénitude à celle d'excès et d'aiTectation le passage est tout naturel. On a l'air languissant, et on prend l'air Jan^aurmu; un malheureux qui souffre tous demande assistance d'un ton languissasU; un mendjaal rasé tous demande Taumdne d'un ton Imgrewvics. Un écrivain et des vers Umgwistants soaX froids , manquent de ligueur : « M. Huet trouTe ïénelon trop langnutant,» Volt. Un écri- Tain et des Ters langoureux sont fades et pleins d'une tendresse feinte ou exagérée. La paresse est ianguiêianU (Labogb.) ; Fénelon reproche à Racine ses héros langoureux*

Même différence entre lof^yoursiuement et l«iiguissammeni.

AMOUKBUX , AJIUNT. Celui qui -aime une femme.

Vamoureuag est plein d'amour; Vamani lai l'action d'aimer, aime ouTertement, au su de tout le monde. Ce qu'on considère dans l'un , c'est la plénitude du sentiment , la réalité de la passion -, et, dans l'autre, c'est le fait notoire, patent, de s'attacher par choix à telle persomie. Amoureux désigne une qualité du tem^ament, un penchant dont le terme amant ne réreille point l'idée. On ne peut empêcher un homme d'être amoureux; il ne prend guère le titre d'amant qu'on ne le lui permette.

Amoureux rappelle davantage le substantif amour^ et représente aTec plénitude cette qualité comme inhérente au sujet; amant se rapproche plus du Terbe aimer , et marque simpleoient le ikit de prendre telle femme, qui y consent, pour objet de son amour et de ses assiduités , ou de ses assiduités seulement.

Dans beaucoup de tragédies on Toit une héroïne aimée tout à la fois par deux personnages: Tun qui aspire ouTertement à sa main, et dont elle coimaît et accepte la tendresse, c'est son amant; l'autre qui soupire en secret, et dont elle rejette les sentiments aussitôt qu'elle en est instniile; ce dernier est l'amouretiâp. Ainsi dans le Cid Bodrigue est Vamant de Chimëne, et don Sanche en est amoureux; c'est même ce qui esX formellement indiqué dans la liste des personnages. De même, dans Jffbraee, Curiace et Yalère par rapport à Camille; dans Cinna, Ginna et If axime par rapport à fimilie ; dans la Bérénice de Racine , Titus et Antiochus par rapport à Bérénice ; dans Britannieus , Britannicus et Néron par rapport à Junie; dans les Frères ennemis^ Hémon et Créon par rapport à Antigène; etc.

On est plus ou moins amioureux, parce que ee mot exprime une qualité; on n'est pas pins ou moins amoTit , comme on n'est pas plus ou moins ^oux^ parce que ces deux derniers mots signifient des titres.

TERMINAISONS EUX Et IF.

Oiseux , oisif. Impérieux , impératif.

Eux marque la possession pleine , abondante , permanente, habituelle, d'une qualité, et t^ la simple possession d'une propriété active ou passive. Il suit de là que les uns qualifient en caractérisant, et les autres sans caractériser; c'est-àdire que les uns expriment une manière d'être constante, et les autres un état actuel, passager. De son côté, t/ rappelle toi^ours de quelque &çon l'idée d'activité et de puissance , soit qu'il ait plus de rapport que son synonyme avec un Terbe correspondant , soit que , comme lui , il ait un nom pour base.

OISEUX, OISIF. Termes qui annoncent également l'inaction des êtres acti&, et l'inutilité des choses.

En parlant, des êtres actifs ou qu'on r^rde conune tels , oisif s'emploie proprement pour exprimer que, au lieu d'agir, ils ne font rien, ils sont actuellement sans occupation ou dans l'inaction. Quand on leur applique la qualification d'oûeuc , ce qui est plus rare , on les représente comme ayant l'habitude, le goût de l'oisiTeté, comme croupissant dans l'inaction. De sorte que avec du loisir ou est oisif, et avec de l'oisiveté oiseux. Oisif rappelle par opposition , de même que passif, une puissance d'agir dont on ne fait pas usage; oiseux, étranger à cette idée, désigne , en vertu de sa terminaison , l'habitude , le goût , la qualité ou l'état permanent , l'inertie.

En parlant des choses , oiseux à son tour est le mot propre ; il se dit de toutes les choses pleinement inutiles , qui ne sont bonnes à rien ; et oisif, toujours pourvu de l'idée de puissance, se dit seiûement de celles qui ont un principe d'activité , qui sont propres à quelque chose , qui ont la puissance de serrir à quelque chose , et qu'on néglige pourtant d'employer. Goûts, ornements oiseux; disputes , questions , occupations , considérations, paroles, épithètes oiseuses. La valeur est oisive pendant la paix ; il y a bien des talents oisifs; l'argent est om/ dans im coffre. Lafontaine dit au sujet des richesses :

Quand ces biens sont oisi/t, je Uens qu'ils sont frivoles.' La vie oiseuse est stérile , ne produit rien de bon ; la vie oisive se passe à ne rien faire au lieu de se passer à agir; l'inutilité fait l'une et l'inaction l'autre.

IMPÉRIEUX, IMPÉRATIF. Ils se disent du ton et de l'air d'un homme qui commande. Impé^ rieux, d'tmpen'icm, empire, plein d'empire; impératif, du verbe tmpcrare, imperatum, commander, qui a la force ou la puissance de commander.

Donc, d'une part, impérieux marquera un empire plus plein, plus absolu, plus habituel» plus despotique; et, de l'autre, imp^att/ exprimera simplement la signification, la valeur, la force des gestes et du ton. Un maître , un supérieur, ont d'ordinaire l'air et le ton tmp^teua;. Les domestiques et les enfants doivent savoir comprendre l'air impératif des maîtres et des parents. « L'éléphant distingue le ton impératif f celui de la coÛre et de la satis£Eiction.> Buff*

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