TERMINAISONS AL BT EUX
MaXinal, maltiuuo;.
MATIlfAL, MATINBUX. Ils qualifient quelqu'un par rapport à l'heure de son lever.
Mais la qualité est exprimée par maUneux avec plénitude; c'est-à-dire comme habituelle; car c'est là le sens que donne au radical commun la terminaison complétive eux.
Je ne vois nulle part ma belle maiineustf
Quel caprice aujourd'hui la rend si paresseuse ?
De9t.
L'ioe d*im jardinier se plaignait au Destin
De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore.
Les coqs, lui distit-il, ont beau chanter matio. Je suis plus matineux encore. Laf.
De son côté, matinal marque avec le matin un 1 siinple rapport, et un rapport passager, accidentel ; en sorte que ce mot se dit de quelqu'un qui s'est levé matin, à qui il est arrivé un jour de se lever matin. « Mon réveil fut ce jour-là aussi matinal que celui de l'aurore. » Marh. « J'étais depuis six jours dans cet état violent , lorsqu'une bonne femme, aussi matinale, mais moins ^Ue que l'aurore , me fit éveiller pour me dire Se la suivre. » Las.
La langue latine offre des exemples d'oppositions semblables. Exitialis, funeste, qui pourrait bien mener la chose à sa ruine ; exitiosus , plein de danger, amenant sûrement la ruine. Nitalis, de neige; nivalis dies, jour où il neige; nicosus, abondant en neige ; ntt?o<a Scythia^nivosa hiems. Nemoralis, de forêt; antrum nemorale, antre placé dans une forêt . nemorosus, couvert de forêts , nemoro^i montes, montagnes dont des fo-
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
rets eouronnent le faite. Furialû , qui ressemble aux furies; fiino5ii«, qui est possédé par les fu-
TERMINAISON IQVE.
DroU caïuNi, dnit canonique. Colère , coUrigm, Un y imiqiM.
Cette temûnaison dérive du grec nioc et du latin icus. *Hpotx6c, heroicut, héroïque; ico>ixfxoi, poiitiaUj politique; laroptxâc, historieus, hittoriquej çufftxo^ , physieus , physique; 91X090foioçj philosophieus y philosophique; icoit)tix6;, pœticus , poétique, 11 ne faudrait pas conclure de ces exemples que tous les adjectifs grecs en ixo; se retrouvent en latin et s'y retrouvent avec la désinence ieus , et que tous les adjectifs latins en icus aient en grec des correspondants et des correspondants terminés par txo;. Sous ce rapport, les deux langues sont indépendantes Tune de l'antre, malgré leur parenté évidente : on chercherait aussi vainement en latin des formes équivalentes à o-e»|taTixo;, ^vxpi-à;, àvaXvnxô;, Viye- {Lovtxô;, &vSptxô;, 4>^«xo;» qu'en grec des formes équivalentes à ctvtcvs, puhlicus, modicus^ lu- Mcus j aniiquus. En français , la désinence ique répond tantôt au grec txoc, tantôt au latin icus, tantôt à tous les deux en même temps; le plus souvent même l'adjectif qui finit par ique , bien que formé sur une base grecque , est d'invention française et non calqué sur un adjectif ancien. Quoi qu'il en soit, et sans prétendre assigner au grec ixo; et au latin tcu« une signification toujours aussi restreinte et aussi précise , nous pensons qu'en français la terminaison adjective ique se distingue par les caractères suivants.
Elle a d'abord avec la terminaison al une ressemblance incontestable. Elle marque comme elle un rapport entre la chose dont on parle et celle qui est signifiée par le radical de l'adjectif. Une action ^^rotque est une action de héros , qui convient à un héros , qui a rapport au héros « considéré comme un type; un traité philosophique se rapporte ou a trait à la philosophie ; mélancolique , qui a un rapport avec la mélancolie , qui y est enclin. Le tout est de déterminer précisément la nature de ce rapport , car par là se trouvera déterminée la valeur toute spéciale de la terminaison ique , et par conséquent préparée sa distinction d'avec les autres terminaisons plus ou moins équivalentes.
Si al est relatif à la forme , ique Test à la matière. Celui-ci regarde ce qui entre dans la composition , les éléments. De là vient que les noms d'un très-grand nombre de sciences finissent en ique , comme physique , arithmétique , logique', acoustique, rhétorique, éthique, c'est-à-dire sciences qui ont pour objet , qui travaillent sur la nature , çvoiç , sur le nombre , àpiO(Mc , le raisonnement, IcTfoç, etc. De sorte que l'adjectif fait connaître la nature du contenu de ces sciences. Mais ce n'est encore là qu'une indication.
En général , l'adjectif en ique caractérise ce ou celui qui participe et en tant qu'il participe aux qualités intrinsèques, essentielles, génériques,
de ce ou de celui qui est marqué par son radical. Un homme apathique, caustique, cynique, despotique, énergique, impudique, mystique, est, non pas dans un rapport de juxtaposition, de forme ou de fin , mais dans un rapport de participation à l'égard de V apathie, de la causticité ^ du cynisme , du despotisme , de V énergie , de l'impudicité, de la mystidté. Une chose comique ^ angéliqusy authentique, chimérique, classique, didactique, historique, inique, scientifique, est à l'égard du type représenté par le radical de ces adjectifs comme l'espèce relativement au genre, elle en reproduit les caractères essentiels : dans une chose comique , vous retrouvez les traits constitutifs du comique , dans une figure angëlique , ce qui compose l'idéal d'un ange sous le rapport de la figure, dans authentique, les caractères de l'authenticité , et ainsi des autres. Une question ou une science philosophique se rapporte à la philosophie quant à ses caractères essentiels; on la reconnaît à ses traits principaux pour être du domaine de la philosophie. Ce n'est plus une ressemblance de forme , un rapport de juxtaposition ou de fin , mais une identité de nature y d'essence. De même héroïque , athlétique , pindarique, homérique, anacréontique , marquent une conformité essentielle à un type qui est le héros, l'athlète , ou à un genre fondé par Pindare , Homère , Anacréon.
Voilà pourquoi l'adjectif en ique , en cela différent de l'adjectif en al , est d'ordinaiî-e formé d'un substantif féminin abstrait, marquant ua genre : poétiqw , de poésie ; analogique , d'ana« logie ; énergique , d'énergie ; magique , de magie ; allégorique , d'allégorie ; et ainsi d'une foule d'autres. Voilà pourquoi avec beaucoup d'entre eux on peut et on doit sous-entendre le mot genre : comiqw , dramatique , cynique , didactique, satirique j académique, aphoristique ^ alcaique.
En un mot , al désigne un rapport éloigné , extrinsèque , formel , résultant de la considération extérieure de la chose. Ique désigne un rapport prochain , intrinsèque , matériel ou essentiel , faisant connaître de quelle nature est la chose, à quel genre elle appartient , à quel type elle est conforme, ou ce qui entre dans sa composition, son objet. Les adjectifs en al ont d'ordinaire pour base un nom de lieu , de temps , d'homme en dignité , d'objet ayant une certaine forme ; les adjectifs en ique dérivent d'un substantif féminin abstrait en te , ou d'un nom d'homme considéré conune créateur d'un type ou d'un genre. Les uns expriment conformité pour le lieu , le temps , la forme , la fin , ou Vextérieur , de quelque façon que ce soit; les autres, conformité pour la nature , l'essence , l'ensemble des propriétés intrinsèques.
Le sens propre de la terminaison ique mis en lumière, il faut commencer par distinguer les adjectifs qui la possèdent d'avec ceux de leurs synonymes qui leur ressemblent tout à fait sous le rapport grammatical , si ce n'est qu'ils ne la possèdent pas. Quelle différence y a-t-il donc, par exemple , entre colère et colérique, droit canon et droit canonique; entre un et unique, quand