‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 21 sur 426 · F«f. |»age eil · texte numérisé non relu

F«f. |»age eil

1 Voy. {Mfge 414.

Z- Yoj. page 223.

i Voy. page 445.

XUV INTRODUCTION.

totalement, ils ne se trouveraient point dans le dictionnaire , ou on les traiterait deux à deux, trois à trois, dans des articles séparés. Mais, d'une part, déterminer les valeurs respectives de certains mots d'une famille sans tenir compte des autres , c'est se condamner, non pas seulement à faire un travail incomplet, qu'il faudra recommencer tôt ou tard, mais encofe à établir entre les seuls mots considérés des différences hasardées. En effet, il se peut qu'on attribue à ces derniers des caractères qui appartiennent visiblement aux autres, et que, faute d'avoir ceux-ci en même temps que ceux-là sous les yeux, on ne s'aperçoive point de la méprise; il se peut aussi qu'un des mots négligés, marqué d'une certaine nuance, eût éveillé l'idée d'une autre nuance analogue ou opposée dans Tun des mots examinés, où elle n'apparaît point & cause de l'absence du premier. Inconvénient non moins inévitable, si, voulant être complet, on se décide à comparer tous les mots d'une famille, mais deux à deux, trois à trois séparément. Dans les deux cas, on se prive volontairement de la lumière que ces mots se renvoient les uns aux autres et on tient éloignés des éléments dont l'esprit ne saisit bien les rapports qu'autant qu'il les voit ensemble.

De là le devoir du synonymiste à l'égard des travaux de ses prédécesseurs. S'il veut les mettre tous à profit, et qu'ils soient nombreux, partiels, divers, ceux*>ci relatifs à certains mots d'une famille, ceux-là à d'autres; ceux-ci d'un philologue, ceux-là d'un autre, qui n'a point connu les premiers, qui n'y a point eu égard ou même s'est proposé de les contredire , il ne lui reste à prendre qu'un seul parti^ c'est de rassembler tous ces fragments, pour en former un tout, après les avoir soumis à un remaniement général sous la direction d'une pensée unique qui les concilie et les coordonne. Sans doute, il serait plus commode et moins hasardeux pour le succès d'entasser pêle-mêle dans une compilation tous ces essais disparates, et de s'en faire l'éditeur irresponsable ; mais que gagnerait le public à cet assemblage, si ce n'est de trouver l'incohérence, la confusion et le désordre au lieu de l'ordre, de la distinction et de la clarté qu'il est en droit d'attendre? Pour nous, nous avons mieux aimé travailler à une œuvre de combinaison et de fusion, en disposant par familles les mots synonymes, à l'exemple de Gondillac, et en utilisant d'une manière indépendante toutes les observations éparses de nos devanciers. Que cette classification par familles fût pour la deuxième partie du dictionnaire des synonymes, tout comme la classification systématique des synonymes grammaticaux pour la première, une nécessité; que les travaux antérieurs dussent aboutir à l'une et à l'autre innovation; que cette double innovation, en donnant à la science une face tout autre, assure à sa méthode plus de certitude , à ses résultats plus de vérité et d'utilité, c'est ce que prouve évidemment, comme on a pu le voir plus haut, le simple historique des travaux qui ont eu pour objet la synonymie française.

Nous avons donné des règles pour aider à reconnaître les mots vraiment synonymes. Nous avons insisté sur l'obligation de coordonner ceux-ci, d'en former autant de familles qu'il y a d'idées générales où ils se rencontrent. Il est eiisuite un troisième point qui mérite d'être signalé avec un égal soin et à l'égard du-

INTROiyUCTKm* XLV

qod le synoDjmiste ne saurait se permettre la moindre négligence : c*est que chaque fitmille doit être définie d*abord par l'indication de Tidée générale, cornmnne à tons les mots qui en font partie.

Sans celle précaution, c'est-à-dire,- si on ne commence par indiquer la ressemblance des mots» par s'en pénétrer, on s'expose à s'égarer dans leur distinction, k perdre de yne la Traie difficulté, à oublier le rapport sous lequel les ' motsâonnéssenipprochentet demandent à être distingués, et insensiblement on en Tient à les considérer sous un rapport sous lequel ils ne se ressemblent point du tout et sous lequel il n'est pas à craindre que personne les confonde. On appelle également matière et sujet ce dont on traite ou dont on parle , ce dont on s'occupe ou dont il est question dans un écrit, dans un ouvrage, dans une dispute, dans un dîscouTS ou une conTersation. Si, pour expliquer la différence, vous TOUS contentiez, avec Girard, de remarquer ce que tout le monde voit de reste, que la matière est ce qu'on emploie dans le travail, et le sujet ce sur quoi on travaille, au lien démontrer, conunelefait Roubaud, en quoi diffèrent les deux mots, même quand celui de matière signifie comme celui de sujet ce sur quoi on travaille, vous vous méprendriez étrangement sur la tâche du synonymiste, et il en résulterait pour le lecteur une mystification des plus désagréables. Avec la belette, ennemie des souris, la chauve-souris soutient qu'elle n'est point souris, et elle prétend n'être point oiseau devant la belette irritée contre les oiseaux. C'est une rusée. Le synonymiste ne doit point l'imiter, s'il veut être de bonne foi avec Im-mème et avec le lecteur. Qu'il fasse voir que la chauve-souris, étant souris, se distingue néanmoins des animaux de la même famille, et qu'étant oiseau, elle a parmi les oiseaux des caractères particuliers. Deux mots synonymes étant donnés se trourent entre eux dans le rapport de deux cercles conjoints (fig. 3, p. xixix). Gardez-vous de supposer dans votre explication que leur rapport est celui de deux cercles séparés (fig. 2, p. xxxix), car personne n'aurait besoin de votre distinction, vous vous donneriez une peine inutile.

C'est âute d'indiquer expressément l'idée commune aux mots synonymes, que nos philologues les plus éminents en cette matière n'ont pas su éviter le danger dont il est question. Moyennant cette précaution, Girard se serait aperçu qu'il n'est aucunement besoin de daire voir ce qui sépare les mots affecter et se piquer, car ils sont trop différents pour que personne coure risque de les employer l'un pour l'autre, affecter exprimant une action extérieure, celle de manifester une prétention par des manières recherchées, étudiées, singulières, habituelles, choquantes, tandis que se piquer désigne quelque chose d'intérieur, veut dire avoir fort à cœur une prétention, avoir au dedans de soi la confiance qu'on possède quelque avantage, qualité ou talent. Ailleurs, ayant à distinguer les verbes appeler einomsner, au lieu de les considérer dans le sens où ils sont synonymes, c'est-àdire où tous deux s'emploient pour dire ou donner un nom , il se borne à marquer ce qui les caractérise quand ils ne sont point synonymes, quand l'un ^^nifie, dire le nom pour faire venir à soi, ou même inviter à venir à soi sans 'lire le nom, tandis que l'autre s'entend de l'action d'imposer un nom, de dési-

XLVI iNTMnucmK

gner par le nom. Ce n*efl pas là instndre le lecteur; c'est lai dotmer le cdisuge; ce n'est point résoudre lA question, ma» Tâoder, parce cpf on n^a pas pris- sein de la poser d'abord. Le même synonymiste commet la mftme fanla aïox articles décider et juger, déeMon e^rés^fbttion, Umrd dipeêMt

En négligeant de déterminer les traits de resBemblance desifiotd ayniiaymess on tombe aussi d'ordinûre dans un înconvAment qat n'est guère mains f&eheur et qui consi^ à mettre dains les explications quelque okose de loudie et de ^»« gue. Les explicationssont trop étendues, elles embrassent toute la compréhension des mots donnés, au lieu d'arrêter résprit sur le seul point de Tue oti ils sem-blent se confondre. U en résidte pour le tecteur une id6e confuse, plQ9 coixfase quelquefois qu'avant ladistinctiûB;; ne sachant pas dans* qpiel sens les mot^SGmf: synonymes» peut-il comprendre «ttanent cenuneBt Sa diffèrent néanmoBMT dans le sens même où ils sont sysonymesY Et pour emprunter un exemple k l'homme le plus émin^it qui se soit occtrpé de eesredievdies, c'est la cause pour laquelle l'article lUmitm ât cMmlre de M. Guisot laisse à désirer son& le rapport de la clarté.

Parmi les synonymistes fjran(ais, Gérard, Rombaxul et Gondillac signalent rare^ ment l'idée commune aux termes à comparer. Loin de se soumettre povr sa part à cette exigence, il arrive sou'vent à li. Guicot de retoncfaer, comme' inntîles sans doute, les définitions de Beainzée. Beauasée, esprit logicien et pratique avant tout, mettant au-dessus de tout, l'ordre et l'utilitë, est le seul acvec Leroy qui ait senti combien il importe de fixer tout d*alKird Fétat de la quesfion en déterminant précisément en quoi et sous quei rapport se retfsemblMt et vent être- con^ dérés les mots qu'on entreprend de disthigiier : tous les articles signés de M commencent par une défimtioB. De même le Dictiommire allemand d^Sberhard ne contient pas un seul ffr(xapt de termes synonymes qm né porte en tête et ne présente d'abord am lecteur kur titrer commun de parenté;

Au reste, Beauzée, Leroy et Bberhard ix'oist fait en cela que suivre, le sachant ou à leur insu^ une des idées du fin et judicieux d^Alembert. Après sa réception à l'Académie française^ Girard se proposa de donner de ses Synonymes une édition perfectionnée; et,.selenid'A]emberty so» savant panégyriste, «-si la mort ne l'avait empêché d'exécuter un projet si utile, il eftt sans doute exposé d*abevd à la tête de chaque article, comme il l'a Mt dant quelques^-ons, le sens gén^ai commun à tous les mofts qui pacaisaeni synonymes^ et. qu'il est assez difficile de bien fixer* »

Les familles luie fo» formées et définies, ii s'agit de* savoir dans quel ordre il^ faudra les ranger. La perfection consisterait à les disposer de manière que chacune se trouvÀI entre les deux avec lesquelles elle aurait te plus d'analogie, c'est* à-dire, dont les termes ressembleraifflit assea aux siens (piantam sens pour ^'>on fût tenté de les regarder comme synonymes. L'affinité qni lie ainsi essentiellement les familles les unes aux autres s'apercevrait sans peine, grâce à leur rapprochement ; et il suifirait, pour: en saisir les diflSîrenxses, de jeter un coup d'œii sur les définitions placées à kmr tête. lei encore c'est Beauzée qui a donné

Yaemfie en enstgrant de classer les articLcs de Girard d'après leur analogie oa leur oppositloii,. donble point de lae qui peut servir » dit-il, à jeter quelque lumière sur les db|ets qpa'ou traite. Mais» tout bien considéré, cet ordre ne saurait être smn à la tifpma : on A'aniTecait an s'y conformant qu'à un enchaînement plos ou moins factice et sjstéinati<pie. D'abord par quelle famille commenceraiton? Aucune raison iii^i décisive ne pourrait déterminer en faveur de celle-ci on de cdle-là^losaite» apisès avoir ordonné de la sorte trois ou quatre familles de s3rnonjme5 analogues, on n'en trouverait souvent plus qui eussent avec elles de rapport un pea prochain; le fil se romprait alors nécessairement; de IréquuBQÈes scJuliaw» de continuité seraient inévitables. Beauzée a senti, mais non pas résolu la difficulté. De tous les articles de Girard celui qu'il place le premier est celui qui vient le premier dans l'ordre alphabétique, et c'est aussi à l'ordre alphabétique qu'il a reoours quand il éprouve l'embarras de n'av(ttr pl«& de ûuoiOeB un peu semblables aux précédentes : il ne cherche point à difgsimalfr la lacune en établissant de& rapports forcés; il commence une tant aoÊee séoe de synonymes. Or, puisqu'il faut toujours en revenir à Tarbîtraîre et à Taficidentel, et que l'apprécialiûn des rapports entre les familles dépendant de lamajiîÈre de voir de chacun doit être diverse et incertaine, autant raut s'en tenir iaTariaUementi pour le dassem^t des flamilles, à l'ordre alphabéfù|Q0. Quuid on ^ w soin d'énoncer d'abord l'idée générale caractéristique de diaqœ fanûUe, ï y a peu d'inconvénient à tenir séparées celles qui ont entre eUe&laplus grade analogie; car» s'il arrivait & quelqu'un de confondre les tennes «^partenaat au unes et aux autres, il n'aurait, pour se détromper, qu'à coosotter les défiaitioni initiales des unes i^ des antres, ce qui est toujours facile» quelque distance «pi'on ait mise entre elles.

Maintenant, comme panai les mots dont se compose chaque famUle, il y en a loujoura qui commencent par des lettres diflËrentes, dépendra-t-il entièrement du synoBrjBBîste, en fiûsant passer au premier rang celui-ci ou celui-là, de placer la famiUa entière à telle ou telle lettre? En théorie et à la rigueur ce serait lui accorda- one trop grande liberté. Tout mot n'est pas également propre à figurer à la tête d'une famille; œ doit être le privilège exclusif de ceux qu'on emploie le plus communément et qui expriment le genre dont leurs synonymes désignent les espèces ou les variétés. : ainsi tous les termes qualificatifs d'un homme qui a une trop grande ou trop bonne opinion de soi-même doivent fonner une famille qui aura pour chef wrgueilkuxj et non pas présomptueiêx, ni vahiy ni /kr, ni (urêgamt, ni tel autre mot que ce soit. Toutefois, cette règle est assez pen importante, et» ponr notre part» nous ne l'avons pas toujours observée» n bai âjoutev aussi qu'on aurait souvent bien de la peine à décider lequel de deux ou de plusieurs mots synonymes est le plus dépourvu de nuance spéciale, et le pihis courant oale phis fréquemment u^lë.

Mais c'est assez parlu: de méthode par rapport à l'ensemble, il faut mainte* nant en traiter par rapport aux détails. Après avoir réglé le travail préparatoire et d'organisation qui constitue la première partie de la tâche im-

XLVllI INTRODUCTION.

posée au synonymiste , il faut aussi prescrire la manière dont il doit procéder pour opérer entre les syîiçnymes de chaque famille des dislinclions toujours vraies .

Or, les synonymes dont se compose chaque famille peuvent être de trois sortes, eu égard à la nature de leurs différences : ou grammaticaux, comme variation et variété^ imposition et impôt , improuver et réprouver; ou étymologiqueé, comme bête et $ot^ esprit et génie; ou tout ensemble grammaticaux et étymologiques, comme douleur et souffrance j fortuné et heureux ^ découvrir et révéler.

Les synonymes grammaticaux se divisent à leur tour en deux espèces, les uns simples, les autres composés, suivant qu'ils difTèrent par une seule circonstance grammaticale, le commencement, la terminaison, le genre, le nombre, l'arlicle, etc., ou bien par plusieurs de ces circonstances à la fois. Les synonymes grammaticaux simples sont examinés dans la première partie de ce Dictionnaire, laquelle est proprement un traité. Nous avons ci-dessus indiqué la méthode à suivre pour en découvrir sûrement les différences, et ces différences étant effectivement ^posées, décrites et justifiées dans Touvrage^ui-même, la deuxième partie, qui est plus particulièrement un dictionnaire, ne fera que les rappeler, au besoin, se bornant à renvoyer pour les détails à l'endroit du traité où elles se trouvent. Que si dans la première partie avaient été omis quelques synonymes grammaticaux simples, les règles de dictinction qui y sont établies fourniraient toujours le moyen d'en saisir promptement les traits caractéristiques. Il suffit également de consulter ces mêmes règles pour trouver en quoi diffèrent, quant à la signification, les synonymes grammaticaux composés. Yeut-on savoir, par exemple, les nuances distinctives de bassesse et d'abaissement ^ i*asst^ettissemene et de sujétion j on y parviendra sans peine par la connaissance des valeurs assignées dans le traité à la particule prépositive a ou ad et aUx désinences ment et esscy d'une part, ment et ton, de l'autre. Sur quoi il est à propos de remarquer que les synonymes de cette sorte, du reste peu nombreux, tirent leur principale ' et souvent leur unique différence d'une seule des circonstances grammaticales qui les caractérisent extérieurement , l'autre ou les autres n'exerçant sur leur acception aucune influence notable. C'est pourquoi plusieurs, tels que quitte et acquitté^ insigne et signalé, sanglant et ensanglanté^ où la valeur de la particule prépositive a été négligée, ont pu être admis dans le livre consacré aux synonymes grammaticaux simples.

Passons enfm à la méthode de distinction applicable aux synonymes étymologiques ou à radicaux divers. Et d'abord, la divisant en deux parties, Tune d'investigatioîi, l'autre d'exposition, suivant qu'elle apprend à trouver les différences ou à les faire connaître et comprendre, commençons par la considérer sous le premier point de vue.

Si le dictionnaire ordinaire définissait convenablement les mots, il serait facile de les distinguer, même alors qu'ils se rencontrent en une idée commune. Comme les définitions en contiendraient la valeur essentielle, en comparant, en développant et en pressant les définitions de deux ou plusieurs mots synonymes,

INTRODUCTION. XUX

ï (pthpB degré qu'ils le lussent, on parviendrait toujours à reconnaître en chacun une spécialité de signification. Car ce qui convient au tout convient né- Gesssnrement à la partie, ou, autrement dit, on peut juger d'une acception particulière d'un mot par son sens général. Deux termes synonymes sont entre eux comme les cercle  et I (fig. 4, p. xxxix) : ils ont une partie commune G; mais malgré cette rencontre de leur compréhension, la partie commune se ressent des caractères particuliers à cliacun des deux termes en vertu de sa valeur natardle; elle a un tour, un air, un aspect différent suivant qu'on l'exprime par Tan ou par l'autre. Le sens, tel qu'il résulterait d'une bonne définition, par cela même qu'il serait essentiel, devrait se réfléchir et se retrouver dans toutes les acceptions du mot.

Hais k cet égard, loin que le synonymiste puisse compter sur les dictionnaires orâ&naires, son travail doit avoir, entre autres effets, celui de suppléer à leur insuffisance et à leur inexactitude. Puisque les dictionnaires font défadt en ce qui concerne les valeurs propres et naturelles, c'est au synonymiste à y pour- Toir, et c'est k quoi il doit travailler avant tout, puisque c'est de là seulement que peut jaillir la lumière. Donc il examinera chaque mot en lui-même, isolément, s'efforçant d'en découvrir la signification essentielle, et le moyen qu'il emploiera d'ordinaire sera l'étymologie. L'étymologie, en effet, donnant le sens primitif et radical, lequel est presque toujours identique au sens propre ou essentiel, conduit à de bonnes définitions, point de départ nécessaire de toutes les reeVieTcbes qui ont pour objet les synonymes de ce genre. Telle est la méthode de Rouband : elle consiste, comme il le dit lui-même, « à tirer les différences qui distinguent les termes synonymes de leur sens propre et naturel par 1q moyen defé(ymologie- »

n y a deux sortes d'élymologie qu'il ne faut pas confondre : l'une, positive et réservée, se tient, autant que possible, dans les limites de la langue à laquelle appartient le mot donné ; l'autre, aventureuse et conjecturale, lui cherche des^ analogues dans les langues étrangères, d'où elle tire des inductions presque toujours butastiquies. La première a été pratiquée par Dœderlein, la seconde par Kouband; et ce qui prouve déjà combien la première est préférable à la seconde, c'est le succès inégal de ces deux philologues pour ce qui regarde la partie étymotogique de leurs ouvrages. Au reste, on s'explique aisément pourquoi leur valeur n'est pas la même. Toutes choses égales d'ailleurs, l'opinion qui rapporte un moi ^ un autre mot de la même langue est toujours plus probable que celle qzz/Je tire d'un mot d'une autre langue, surtout si cette dernière est très-ancîenoe, comme le sanscrit ou le celtique; car rien de plus concevable et de umeox attesté iûstoriquement que la transformation et le développement des . mots de chaque langue en particulier, tandis que souvent les rapports de parenté sont obscnrs et douteux entre telle langue moderne et telle langue anôame dont on la rapproche. Ensuite, les deux dérivations fussent-elles vraisemblables au même degré, la première fournirait une instruction plus sûre, on pourrait plus hardiment conclure du sens originel ou primitif au sens essentiel m. vuBÇ. d

L INf»rMIGTH»f.

OU propre. En eff^, les mots éprouvent souvent de gr&Tes changements en passant d'une langue k une autre. Ainsi, nos mots AumanUé et industrie n'ont plus le sens des JB0I& latins humaiûtas et tndM^rîa, d'où ils tirent leur origine.

Ce n'est pas à dire cependant que les mots conseryent une signification invariable tout le temps qu'ils scmt employés dans la même langue : ils s'altèrent moins fréquemment, moins profondément, mais ils s'altèrent; ce qu'ils représentent à une certaine époque n'est plus exactement ce qu'ils représentaient à une époque précédente : autres temps, autres mœurs et autres usages ; autres mœurs et autres usages, autres acceptions attachées aux mots qui s'y rapportent. Nos expressions, bel esprit ^ honnêtes gens, brave homme^ gentil, prude^ libertin, pé-dant et pédagogue n'ont pas toujjows eu leur signification d'à présent. C'est pourquoi, lorsque le synonymiste est arrivé à une étymologie certaine, soit en recourant à une langue étrangère, soit en restant dans les limites de la même langue , il né doit faire servir k valeur primitive à déterminer la valeur propre qu'après avoir vérifié la premi^e par l'histoire du mot, par la connaissance des modifications qu'il peut avoir subies à différentes époques.

L'étymologie met en possession du sens essentiel et naturel tout d'un coup et comme d'emblée ; mais on peut aussi le trouver a posteriori , à l'aide d'un procédé moins expéditif ; on peut, en rassemblant et en comparant les différentes acceptions et les applications usitées d'un mot, parvenir & saisir ce qu'elles ont de commun, c'est-à-dire l'idée propre et essentielle de ce mot, puis faire servir la notion ainsi obtenue à caractériser le mot dans une acception spéciale où il tend à se confondre avec un aulne. C'est toiqoiirs aller du clair, du connu et du certain à l'obscur, à l'inconnu et à l'incertain en expliquant la partie par le tout, en établissant, dans utie définition préparatoire, un type, une idée dont les traits essentiels doivent être empreints dans le mot, quelles que soient ses applications.

Il y a plus : il n'est pas besoin, pour avoir le sens d'un mot dans une certaine application , de l'examiner dans toutes les antms, afin d'apercevoir ce qui s^ trouve de commun et d'en former l'idée ou le type dont le mot est le signe ; il suffit parfois d'en constater la valeur précise dans une seule de ces autres applications, et alors, au lieu d'éclairer la partie par le tout , une acception particu* lière par la signification générale, on écUire une partie par une autre, on interprète une acception singnli^e par une autre, se fondant sur les rapports communs que les acceptions d'un même mot ont nécessairement ensemble. C'est ainsi qu'à chaque instant on puise dans la considération du sens propre et physique des indications relativement au sens figuré et moral ; d'autres fois même le contraire a lieu, c'est le figuré et le nooral <pû révèlent le$ caractères distinctifs du propre et du physique.

EnjSn, un dernier moyen d'instruction consiste dans la ccouiaissance des onomatopées, c'est-à-dire des mots qui rappeUent, par leur son, les objets ou les acliûAs qu'ils désignent. Viais, outre qu'il eat Darennit praticable, on ne doit

INTRODUCTIOR. LI

s*en sarvir qu'avec une grande précaution , car il n*en est pas qui prête darantage k rarbitraîre et aux conjectures forcées.

Ce travail préparatoire aclieTé, chacun des mots synonymes pris séparément ayant ëlè ramené à sa Taleur propre, ou tout au moins éclairé par Tune de ses acceptions, la distinction doit s*opérer avec une grande facOité. Un simple rappTOchement fera ressortir les influences diverses exercées sur Fidée commune par des termes dont les propriétés seront désormais évidentes : il ne restera phis qu'à justifier et à corroborer par Fusage les différences ainsi obtenues.

L'usage parlé ne saurait ftdre autorité : ou il est insaisissable, ou rien ne prouve que celui que chacun est à portée de recueillir soit le plus général et qu'il ait des chances àe durée. « C'est aux bons auteurs, a dit Montaigne, d'enchatner et de clouer la langue à leurs libres ^ » Au point de vue où nous noys sommes placé, nous ne pouvons ftdre cas que de l'usage écrit. Nous travaillons pour finstruction des eonlemporains, en puisant nos leçons dans les monuments d'une hngae fixe, soit qu'elle doive Icmgtèmps encore continuer à être en vigueur, ou bien se défigurer promptement au point de devenir simplement classique et de n'être plus étudiée qu'à titre de langue morte. Tous les écrivains que nous consultons ont Yécu avant le Ttv siècle ; en deçà du xviii*, nous ne reconnaissons point de guide, si ce n'est le Dictionnaire de l'Académie pour ce qui regarde les phrases usuelles qui ont cours depuis longtemps. Du reste , avec cette manière toute positive et tout empirique de concevoir la tâche des synonymistes, remploi des citaâons acquiert une importance qu'il ne pouvait avoir jusque-là. U ne s'agît plus, comme an temps de Girard, de deviner par goût, et à force de saga*^ àté, Vusage actuel, mais de constater par la pratique des grands maîtres, et les pièces en main, Fusage ancien, qu'il soit ou non passé présentement; il s'agit de lairc pour la langue française ce que Dcederiein yicnt d'exécuter avec tant de bonheor pour la langue latine. En assurant à cette étude le caractère et l'avenir d'une science, Roubaud et M. Guizot ont tu combien elle devait s'appuyer sur des exemples tirés des écrivains classiques ; mins à cet égard , le dernier n'a donné que le précepte, et si le premier y a joint l'application, ce n'a jamais été d'xme manière large et générale ; il était trop préoccupé des détails de.l'étymologie et de sa polémique avec les précédents synonymistes, pour produire autre diose que des essais en tout genre.

rusage peut être ou commun ou particulier, ou renfermé dans des phrases et des locutioQs partout reçues et employées , ou emprunté de tels ou tels auteurs célèbres. Comme il rend au philologue un service inégal sous ces deux formes, î! convient d'en traiter séparément.

L'usage oonnnun fournit une instruction plus décisive ; il ne vient pas seule*

1« < fl CMt «ktalnuMiit •*«» Unira k maiiièM dent las 1m>di aateun ont parlé une langiit; «t |Mid «Q a m nonbra «uffiaant d'êataun approu? es , la langue ast fixée.... Il ne aemble que , lon- 91*00 a eu dans on siècle on nombre suffisant de bons écmains, devenus classiques, il n'est plus gaère permis d'employer d'autres expressions que les leurs , et qu'il faut leur donner le même sens* (A bien dans peu de temps le siècle présent n'entendrait plus le siècle passé. » Tolt.

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