‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 22 sur 426 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

ment à l'appui des différences trouvées, il peut aussi en faire découvrir qui jusque-là demeuraient cachées. Lorsqu'on connaît la différence générale de deux termes synonymes, on sait dans quels cas on doit employer l'un et l'autre exclusivement.* Mais réciproquement, si on parvient à constater des cas où l'un soit de rigueur et l'autre impossible, avec un peu de réflexion on apercevra Tidée accessoire qui rend le premier seul capable de figurer d^gis ces cas, et partant, sa valeur propre en général. C'est pourquoi il faut rechercher avec soin les idiotismes, les phrases &ites et les locutions proverbiales dans lesquelles entre un mot donné : comme il ne peut y être remplacé par aucun synonyme, le sens entier de la phrase en révélera la raison, et cette raison révélera le caractère propre du mot. Ainsi, on dit communément : Qui aime bien châtie bien, et l'usage ne souffre pas que dans cette locution on substitue imnîr à châtier: d'où il est permis de conclure que la raison de ce privilège attribué à châtier se trouve dans son vrai sens, qui est apparemment, infliger une peine pour rendre meilleur et empêcher de retomber en faute. On dit, des tours d'odreis^, et non, des tours de capacité ou ^habileté : donc V adresse signifie un trait, quelque acte particulier, tandis que la capacité et Vhabileté ont rapport à de longues séries d'actes, à la conduite de toute une affaire compliquée ou de tout un ordre d'affaires. On ne dit point, agir indolemment et paresseusement^ comme on dit, agir noncAalamment et négligemment : c'est une preuve que Yindolence et la paresse font qu*on n'agit pas, tandis que la nonchalance et la négligence font qu'on n'agit pas convenablement. On est indifférent. on insensible à quelque chose; on ne dit pas de même, apathique ou indolent à quelque chose : donc Yindifférence et Yinsensi- Mité ont quelque chose de plus déterminé, de plus accidentel, de plus relatif et Y apathie et Yindolence sont plus générales et absolues; ce sont plutôt des défauts du caractère, des qualités permanentes, considérées en elles-mêmes et indépendamment de toute appUcatidn. On a de Yantipathie^ on prend en aver^sion : par conséquent, Tune a son principe dans le tempérament même, et l'autre tient à des habitudes contractées, à des associations d'idées; on s'en rend compte, on voit quand et pourquoi elle a commencé.

En consultant l'usage particulier, on veut seulement s'assurer et faire voir que les bons écrivains ont employé les termes avec les différences qu'on vient de leur assigner; moyen de vérification dont il faut bien peser la valeur. Si un auteur estimé place une expression de manière à lui donner visiblement la nuance proposée, il en résulte, en faveur de la réalité de celle-ci, une forte présomption, étant probable que l'auteur a fait un choix, a agi de dessein formé. Néanmoins, comme cela n'est que probable, comme peut-être, dans les mêmes circonstances, le même auteur ou un autre, au su ou à l'insu du synonymiste, s'est servi plusieurs fois d'une autre expression, ce que le lecteur peut toujours soupçonner, les citations ne sont tout à fait concluantes que quand les termes synonymes s'y trouvent ensemble avec les rapports d'opposition qui viennent d'être mis entre eux. On a distingué, je suppose, tonnerre et foudre, sermon et prédication ^ stature et taille, service et bienfait, en disant qne le tonnerre est le

IKTRODUCTION. Lttl

bmii qae fiiit \e fluide électrique dans certains orages» et la fimdre le fluide électn((ue Ixû-mème en tant qu*fl produit certains effets, celui de frapper, de renrerser , de briser ; que le sertMn l'emporte sur la prédication en apprêt et en solenmVè ; que la itaiure est par rapport à la taille quelque chose d'extraordinaire; que le service rient d'un inférieur, et le bienfait d'un supérieur. C'est ce que pourront ensuite confirmer des passages tels que ceux qu'on trouYera rapportés aux articles Tonnerre %\ foudre S Sermon ci prédication^ ^Stature et taille\ Service, bienfait y etc.^; passages dans lesquels des écrivains considérables ont employé les deux mots en leur attribuant manifestement les nuances distinclîves qui Tiennent d'être marquées. Voilà les exemples auxquels il faut s'attacher par préférence : eox seuls ne laissent aucun doute sur le sentiment de l'auteur dont le témoignage est invoqué.

A. la vérité, Tusage conunun l'emporte toujours sur l'usage particulier, par la raison que, en matière de langage, l'autorité de tous vaut toujours mieux que Vàutorité d'un seul ou de quelques»uns. Toutefois, lorsque l'usage particulier est aussi formel que nous venons de le supposer, il mérite qu'on en tienne grand compte, et alors il peut aussi passer non-seulement pour un contrôle, mais encore pour un moyen de découverte qu'il faut employer concurremment avec les premiers, l'étymologie et la considération d'une, de plusieurs ou de toutes les applications du mot, autres que celle qui est en question. Beauzée a donc tort, à notre avis, de partager la t&che qui a pour objet la formation d'un bon àkWoimaiTe des synonymes entre deux classes de savants, les uns assignant avec précision, comme Girard, les caractères distinctifs des synonymes, les autres recueillant les preuves de fait, que leurs lectures pourront leur présenter dans nos meilleurs écrivains, de la difiërence qu'il y a entre plusieurs synonymes de notre langue. Ce sont là deux opérations très-souvent nécessaires l'une à l'autre, qui doivent être faites simultanément et par les mêmes hommes. Mais il a raison d'ajouter qu'il faut s'attacher suriout aux phrases où les auteurs n'ont pensé qu'à s'exprimer avec justesse, et qu'il faut spécialement compter sur les auteurs les plus philosophes, et préférer ceux de leurs ouvrages qui sont les plus phflosophiques. D'où il suit que les poètes doivent avoir, sous ce rapport, un crédit restreint : la plupart, comme chacun sait, regardent moins souvent, dans le chois des mots, à leur justesse, qu'à l'harmonie, à la mesure et à la rime'.

Une lois que les différences sont trouvées et justifiées, il s'agit de les présenter

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