PREMIERE PARTIE
conformation, si tous qualifiez cette chose de grossière. Il en est de même d'une grosse pierre par rapport à une pierre grossière. «L'artiste convertit la pierre grossière en un superbe édifice. > Bàbth. En disant de gros souliers , tous désignez une espèce de chaussure dans laquelle le pied paraît moins petit , qui est forte et capable de braver Thumidité et de longues, courses ; des souliers grossiers sont grossièrement ou maladroitement faits ) personne ne s'en soucie.
Grossier signifiant une imperfection de forme et rappelant la façon d*un ouvrier maladroit, finit par se prendre généralement en mauvaise part; et d'un autre côté, comme c'est un adjectif dérivé d'un autre, il se dit, surtout au figuré, de choses qui ne sont pas précisément et qu'on ne peut pas appeler groues , mais qui sont comme grosses ou pour ainsi dire groues : une femme a la taille grossière j les traits grossiers; vapeurs grossières , aliments grossiers , plaisirs grossiers , peuple grossier, discours grossier» mensonge grossier^ idée grossière.
TERMINAISONS 1ER bt SUI.
Aventurier, aventureux.
ATENTDRIER, AVENTUREUX. Qui se Jette dans les aventures , qui ose , qui hasarde. Homme aventurier ou aventureux , c'est-à-dire hardi.
L'un est pour l'exécution et la conduite ce que l'autre est pour le caractère et l'entreprise; car, à proprement parler, Vtxventwrier aventure, a l'habitude de faire des aventures ; et Vaventureux est plein d'aventure ou d'esprit d'aventure, a le goût des aventures. L'homme aventurier mène une vie aventurière; l'homme aventureux a l'humeur aventureuse»
L'un de ces termes qualifie par l'habitude active, l'exercice, le métier; l'autre par la plénitude d'une qualité inhérente au sujet. Une vie aventurière se passe à jouer un rôle dans un grand nombre d'aventures; une vie aventureuse se passe à entreprendre sans cesse de nouvelles choses. Un voleur exerce son génie aventurier en mettant en œuvre sa coupable industrie (Las.) ; un spéculateur exerce son génie aventureux en faisant des calculs et des projets téméraires. Il y a des mots aventuriers (Labr.) qui paraissent subitement et que bientôt on ne revoit plus ; des mots aventureux serait une expression plus que singulière; car on peut dire à la rigueur que des mots s'aventurent, se hasardent, mais non pas qu'ils sont portés aux aventures par goût ou par inclination.
TERMINAISONS 1ER bt ÀBIS, Ouvrier, ouvrable.
OUVRIER, OUVRABLE. On dit également jour ouvrier , et jour ouvrable.
Ce sont , néanmoins, deux locutions difl'érentes.
On travaille pendant les jours ouvriers : ce sont les jours des ouvriers , comme le ton p^tlosophe est le ton des philosophes; l'esprit courtisan, l'esprit des courtisans. « Je suis belle les dimanches, et négligée les Jours ouvriers.^ Siv.
« Voilà le plaisir de Leurs Majestés catholiques tous les jours ouvriers.» S. S. — Il est permis, par les lois de l'Église , de travailler pendant les jours oumrables. c Elle oublia ce beau calendrier rouge partout (autrefois les jours de fêtes sur les calendriers étaient marqués en rouge) et sans nul jour ouvrable. » Laf. « Je permettrai aux paysans de cultiver leurs champs les jours de fêtes. Les jours ouvrables ne sont point les jours de la débauche et du meurtre. > Volt.
Le premier de ces adjectifs a donc rapport au fait, et le second au droit, de travailler ou d'oiivrer^ comme on disait autrefois.
TERMINAISONS 1ER n ÀŒ.
Mobilier, mobiliaire.
MOBILIER, MOBILIAIRE. Qui appartient ou est relatif aux meubles , ou choses mobiles , mobilia , employées au service d'une maison. Nous disons également , chose , succession , avance , richesse mobilière ou mobiliaire.
La diff'érence n'est pas aisée à établir , à cause de la quasi-identité des deux désinences.
Quoique le français ier traduise quelquefois le latin arts , comme il a été dit ci-dessus , quoique, d'autre part , la désinence aire soit souvent donnée aux mots français , correspondant à des mots latins en arius, nécessaire, necessarius; contraire, eontrarius; téméraire , temerarius; tumuUuaire, tumultuarius; néanmoins ier a plus d'analogie avec arius et aire avec arts. Ce qui le prouve, c'est que les Latins terminent en arius les noms de métiers et en arium les noms de lieux qui , en français, finissent par ter; farinarius, farinier; eaprarius, chevrier; salinarius, saulnier; columbarium , colombier; vivarium , vivier. Or, arius paraît être pour aricus, c'est-à-dire que la dernière syllabe ius est une aibréviatîon d' t'eus et doit, par conséquent, indiquer un rapport essentiel , générique , de nature. De sorte que mobilier et mobiliaire sont entre eux , comme si le premier se terminait en ique , et le second en al.
Ce qui est mobilier a un rapport tel avec les meubles, qu'il est de leur nature , qu'il appartient à leur genre ; à tel point que , devenu substantif, ce mot désigne l'ensemble des meubles , comme herbier signifie une collection d'herbes ou de plantes. Ce qui est mobt7tatre a un rapport aux meubles moins prochain ; il est regardé comme meuble , bien qu'il ne soit pas un meuble proprement dît.
« Les lits , les tables , les chaises , sont proprement des effets mobiliers; ils sont la chose même, des meubles : l'argent , les obligations , les récoltes coupées sont proprement mobiliaires ; ils ne sont pas meubles, mais on les assimile aux meubles. La richesse mobilière est en meubles; la richesse mobiliaire est en effets de tous genres , ou meubles , ou rangés dans la classe des meubles. » ROUB.
Une imposition mobiliaire est relative aux meubles; une imposition mobilière serait une imposition de meubles , tout comme des dispositions mobilières seraient des arrangements de meubles , ce que ne signifie pas la locution , dispositions mobiliaires.
SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL
TJSRUINAISON BRE.
Cette terminaison vient de la latine her ou brtf : célèbre, ccle&er ou eeUltù; lugubrt , lugtibris. Elle est fort semblable, sinon identique, à la désinence adjective des Allemands har^ qui dériTe de l'ancien Terbe hùren , porter , le même , sans doute, que le grec fépttv. D*où il suivrait que bre en français , her ou hrU en latin , comme har en allemand , ferait signifier aux adjectifs que le sm'et qualifié porte, c'est-à-dire porte en soi, contient, ou porte devant soi, présente ce qui est exprimé par leur radical. Célèbre , qui porte gloire , xkéoi 7<pMv, luqubn, qui porte deuil, liicl«m ftrtnê : mvtiebrts , de femme , qui présenta ou représente la femme , qui en a Tair , qui la sent ou qui lui convient : muliehrù forma , air efféminé.
TSRIONAISONS BRE R ÀIBE, Saluhrw^ nlviaire. Fun9)rB , funéraw.
SàUJBBM^ 8AUJTAIRB. En latin, iàluher ou salubriSy et salutaris; bon pour la santé, Mohu.
Ce qui est salubré , talutem fort , c'est-à-dire porte en soi la santé-, ce qui est saJvlatre, se rapporte à la santé. Salubre indique sur le bienêtre du corps une influence plus entière, plus commune , plus constante , et il sert à qualifier Veau, Vair, la nourriture, dont on fait avantageusement, et de manière à se bien porter, un usage continuel*, il les représente comme chargés de santé qu'ils communiquent. Salutaire ne fait point image : c'est un terme abstrait, par lequel on détermine la propriété intrinsèque qu'ont cer< taines choses, les remèdes (Volt.), certaines drogues (/. /.), le fer d'un chirurgien (Id.), les plantes, par exemple, de faire revenir à la santé* quand on est malade. Buvez d'une eau qui n'est pas laltÊbre , vous vous porterez mal, vous tomberez malade ; buvez d'une eau qui n'est pas salutaire, quoique prescrite comme telle, vous continuerez à vous mal porter. « Je ne manquais point, à mon lever, de courir sur la terrasse humer l'air salubre et frais du matin. » J. J. « Je suis surpris que des bains de l'air salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de la médecine et de la morale . » Id.
De plus, salubre signifiant avec la santé un rapport prochain , positif, de tous les instants , ne se dit qu'au propre; et le rapport marqué par salutaire étant vague, éloigné, abstrait, extraordinaire, cet adjectif s'emploie aussi pour exprimer qu'une chose est bonne indirectement pour la santé ou qu'elle est bonne sous d'autres points de vue. Des eaux salvbres . quand on en boit , contribuent à la santé. Ce n'est pas précisément ce qu'entend Bossuet, lorsqu'il dit que le Nil portait partout la fécondité avec ses eaux salutaires. Respirer l'air laiutotrede la liberté (J J.).
FUNEBRE, FUNÉRAIRE. Relatif aux funérailles ou à la mort , funus.
Funèbre , funus ferens , prx se ferens , qui porte la mort devant soi, qui présente un aspect de mort , de funérailles , est une épithète propre à dépeindre tout ce qui accompagne les funérailles,
et par extension tout ce qui a un air de mort : pompe, appareil, spectacle, honneurs, ornements , chant , convoi , funèbres; images funèbres, oiseaux funèbres. « Louis le Grand veut que ma &ible voix anime toutes ces tristes représentations et tout cet appareil fun&>re. » Boas. « Des flambeaux fun^es éclairaient le Champ-de- Xan.» D'Al. «Un père , à qui la mort vient d'enlever ses enfants , les accompagne jusqu'à U sépulture; sa douleur même se platt à se nourrir du long appareil de leur pompe funèbre. mUahu. « On reconnaît le génie de Grébillon à ces lueurs /^fUbret qu'il (kisait briller dans la nuit tragi» que ; oa sent que l'horreur était son élément. » Lah.
Tandis que dans les airs mille cloches ému«s, lyun/mnibne concert font relenUr les nues. Bon.. Tel que l'astre du Jour écarte les lénébree.
De la nuit compagnesySMi&r«r. Rag.
J'aurai soin du convoi, de la pompe/ifnè^r#9 Et n'épargnerai rien pour la rendre célèbre. Rign.
Funéraire^ qui concerne les funérailles, et non pas, comme funèbre^ qui appartient aux funérailles, est un mot moins expressif ou plus abstrait, parce qu'il marque avec les funérailles un rapport moins essentiel , moins présent. Funèbre peint, funéraire signifie : ce qui est funèbre vous frappe par un aspect de mort; ce qui est funéraire est froidement signalé à votre esprit comme ayant telle destination ou étant de telle sorte: urne funéraire (Mabm.), frais /un^airet (Acad.), muséum de monuments funéraires (Biaum), style funéraire ou style des épitaphes (Volt.). Funéraire est un terme , non pas de poète , mais plutôt d'antiquaire , de légiste ou d'intendant. Rollin, ayant parlé de divers usages rapportés dans l'Iliade , ajouta ; « Nous aurions à faire d'autres observations sur les cérémonies funéraires. •» Le plus proche parent d'un homme qui vient de mourir confie à quelque ami les détails funéraires (Beaum.).
TERMINAISON ESQVE.
Pédanê, pédantesque. Courtisan ^ eaurtisanesque.
Désinence empruntée de l'italien. Elle est beaucoup plus fréquente dans cette langue que dans la nètre : elle y termine quantité d'adjectifs , parmi lesquels plusieurs ont aussi des désinences correspondant à ique , à o^ , ou à tl ; angelesco , angelico ; papeseo , papale ; frateseo , fratik. Elle est faite , sans aucun doute, à l'imitation du latin ietUy a^um, et partant elle a le même sens, si ce n'est qu'étant d'origine italienne, elle ne convient pas , en italien , au langage grave et sublime, comme ses analogues ieo , aie ou ile. En français, il y a plus; non-seulement elle manque de noblesse, mais elle marque quelque chose de bizarre, d'étrange, pour la forme ou la grandeur, que ce soit un agrément ou un défaut dans le sujet : témoin burlesque, grotesque , pittoresque , romanesque, gigantesque', tudesque, soldatesque. Chevaleresque rappelle la chevalerie, ses mœuri M ses aventures extraordinaires ; moresque et arabesque , des monuments de l'art des Moros ,
no
PREHIËW PARTIR :
des Arabes, gracieux par leur Tariété. Barha^ resque , également tiré de TitaHen , fait exception; mais il n'exprime pas une qualification commune ^
PÉDilNT^ PÉDANTESQUIZ. Sa quoi il y a <fiu pédaotisme ou de la pédanterie.
Pédant exprime la qualité à la rigueur et se dit plutôt des personnes ou par rapport aux personnes. « Une pédaaUe personne. » Mol. Siècle pédant (BtiDBFF.), esprit pédant (S. S.). « La piété afiteUieuse et tendxe de Fénelon ne se montrait Bi pédante ni austère. > D'Al. Mœurs pédantes (Volt.}- « La pééafâe Tille de Génère. » In. — fédantesque , qui se rapporte i ce qui est pédant ou d'un pédant , atténue , affaiblit le sens du premier mot, et par conséquent convient mieux pour les choses, pour celles surtout qui sont théoriques ou littéraires. « Tous les livres écrits depuis quelque temps respirent je ne sais quoi de sombre et de pédantesque» » Volt. Savoir(AcAD.), éisudition (d*Al.)) diatribe (In.), style (Volt.), recherches (Id.), préceptes (I. 3.)tpédantetqu€S.
Quand ces mots se disent tous deux des choses, pédantesque est moins ibrt : il dénote un défaut moins odieux que risible , un défaut de forme et superficiel plutôt qu'intérieur et inhérent au caractère.
On distinguera de même courtisan de courtisanesque, « Amortir, parmi la noblesse, l'esprit eouriiean, x» J. J. Avoir des manières courtisanesqvee , c'est-à-dire qui sentent le courtisan.
TERMINAISONS ESQUE bt IQlfE.
JEiomanesque , romantique.
RCHIAIŒSQUE, ROMANTIQUE. Qui tient du roman.
Ce qui est romanesque est étrange , et à ce mot s'attacKe toujours une idée plus ou moins marquée d'ironie , d'invraisemblance et d'incrédulité; il fait songer à une suite ou à un tissu d'aven tures surnaturelles, ou il marque le goût qu'on a pour ces sortes de faits. Romantique est une qualification sérieuse et en bonne part , qui n'annonce rien de bizarre , de fantastique , d'extravagant, mais une ressemblance plus ou moins grande , sous le rapport de la beauté, entre un site réel et ceux qui sont décrits dans les romans.
Su entendant raconter une histoire merveilleuse , vous vous écriez : cela est romanesque , on a peine à y croire; et en apercevant un vallon qui plaît par la variété de ses aspects : voilà qui est romantique! « Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de Genève. » J. J.