‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 213 sur 426 · TERMINAISON IDE · texte numérisé non relu

TERMINAISON IDE

En latin iâus, a, um. Les adjectifis ainsi terminés sont à base nominale. La chose au nom de laquelle ils s'ajoutent, ils la désignent comme ayant la qualité marquée par leur radical : humide, qui a de l'humeur; sapide, qui a de la saveur; rigide, qui a de la rigueur; ludde, qui a de la clajté , latin lu» , ucis; et ainsi des autres. Ils sont placés entre deux substantifs , l'un concret, d'ordinaire en eur, latin or, qui sert à les former, l'autre abstrait en té, latin tas, qu'ils servent à former , et qui a une signification semblable à la leur. Par exemple, en latin, acor, aâdus, aeiditas ; timor, timidus, timiditas; stupor, stupidus, stupiditas. Ce qu'il faut surtout remarquer , c'est qu'ils ne sont point entés sur le verbe qui leur correspond quelquefois quant & l'origine , et que leur sens n'en dépend éu. aucune sorte : tels sont timidus , stupidus , fucidus^ à l'égard de timere, stupere^ lucere.

C'est-à-dire qu'ils sont bien en effet à base nominale. De là leur ressemblance avec les adjectifs en eus, sauf l'idée de plénitude, et de là l'existence en latin de synonymes en osus et e& idus : fumosus, fkmidus; Kerbosus, herbidus.

TERMINAISONS IDE bt ÀBLt.

Valide , valable,

YALIDB, VALABLE. Qui a les conditions requises par la lot pour produire son effet : un contrat fait par un mineur n'est pas vaUds oa valable. ,

Ce qui est valide , a telle qualité, la valeur; ce qui est valable, est devant avoir tel effet, celui de valoir. A un acte vaUde , il n'y arien à ajouter ^ pour qu'il ait toute sa force ; un acte valable sera reçu , accepté; à cet égard , il n'y a rienà craindre. De sorte que vaUde fait considérer la chose en elle-même , comme étant revêtue de toutes les formalités nécessaires, et valable la représ^te hors d'elle-même, en rapport avec l'avenir et l'effet qui s'ensuivra, celui d'être admise. L'ua est de droit, l'autre de fait au ftitur. Ce qui est valide est bon , il a toutes les qualités qu'il iant; ce qui est valable est bon, il ne manquera pas d'avoir son effet.

Valide convient mieux quand il s'agit d'une chose qui a une valeur absolue, essmtielle, qui doit être reconnue sans condition, partout et tonjours, c Depuis que J. G. a fait du mariage un sacrement, et qu'il lui en a donné la vertu , ce sacrement porte avec soi un caractère d'immutabilité. Est-il une fois reconnu valide , c'est pour toujours. » BouBo. — Valable, au contraire, ^ propre à attribuer une valeur de tait, relative, admissible seulement dans certains cas , par rapport à certaines choses ou à certaines personnes. « Lorsque le père n'instituait ni exhérédait son fils , le testament était rompu ; mais il était valable , quoiqu'il n'exhérédât ni instituât sa fille. > MoMTESQ. « Quelques ecclésiastiques indignes de leur profession, supposèrent de faux titres; ils tirèrent de la poussière de vieux testaments, nuls selon les anciennes lois , mais valables selon les nouvelles. > Volt* — Une chose est valide ou ne l'est pas; une chose est valable devant Dieu ou devant les honunes , devant tel ou^ tribunal. « Puis-je présumer alors que votre pénitence ait eu cette bonne foi, cette sincérité qui la doit rendre valable devant Dieu? » Bourd.

Valide, latin validus, est un terme de jurisprudence qui ne se dit guère que des contrats ou autres actes; hors de là, il s'emploie surtout dans le langage de l'Église en parlant des sacrements. Mais valable appartient à la langue commune. « Cette pureté, ne vous peut être d'ellemême un titre valable pour ne pas communier souvent. » Bourd. « Si les oraisons des saints pour nous étaient valables par elles-mêmes, quelle serait notre hardiesse de demander qu'elles fussent reçues ! » Boss. Valable, et non valide ^ sert à qualifier des choses qui n'ont aucun rapport au droit ni à la liturgie , telles que des raii sons, des excuses, des conclusions. « De tan| d'assertions il n'y en a point dont on puisse tire^

SYMOmniES QUI ONT LE MÊME RADICAL.

contre mon sentiment quelque eonelusion vola-

TERMINAISON IME.

Terminaison imitée de la latine, imus, a, «m, et destinée à marquer le superlatif : iUustristinte ^ richissime^ c'est-à-dire très-illustre, trèsriche. Dans notre langue , tout analytique , où la plupart des rapports sont représentés par de petits mots séparés, et non par des modifications ou des flexions du mot principal, nous exprimons presque tous les superlatifis latins, en tmtu, par l'adjectif simple , précédé de très, fort , bien. II y a toutefois des exceptions , minime , infime , nprlme, et autres. En lui-même, imus, a^um^ est un adjectif ayant une acception propre; iî sig^nlfie ce qu*îl y a dans une chose de plus profond ou de plus élevé , son extrémité haute ou basse : tmum marSy le fond de la mer.

TERMINAISONS IME bt EUR.

Intime, intérieur,

VTTIME, INTÉRIEUR. On se sert de ces deux mots en parlant des parties d'une chose, qui sont en dedans y intra , par opposition à celles qui sont en dehors, extra : on étudie ou on connaît la nature intime et la nature intérieure de l'homme *, le sens intime , le sentiment intérieur.

Mais si tnCime est un superlatif et signifie , le plus en dedans , intérieur n'est qu'un comparatif, et signifie , plus en dedans qu'une certaine autre chose, cette coutume des Latins, de terminer les comparatifs en or, venant sans doute de la noblesse inhérente chez eux à cette désinence. Nature tR/tm^ derhomae, revient donc à, nature de l'homme jusque dans ses profondeurs , ses replis et ses recoins ; la nature intérieure est simplement opposée à la nature extérieure , au corps. Sans de profondes observations , Molière et llabroyère ne seraient pas parvenus à connaître la nature intime de Thomme : la psychologie a pour objet l'étude de notre nature intérieure; et Tanatomie , celle de notre nature extérieure.

En appelant la conscience, sens intime^ on veut faire entendre combien cette manière de sentir s'éloigne de V extérieure , de celle qui s'opère au moyen des organes , on veut spiritualiser le mot sene; mais, comme celui de sentiment exprime déjà par lui-même quelque chose de spirituel , il n'est pas besoin de l'accompagner d'une èpithète aussi rigoureuse, et on se contente de l'adjectif intérieur,

TERMINAISONS IME (ITIME) IT ÀL.

Légitime, légal

LÉGITIMB, LÉGAL. Conforme aux lois. Racine , lex j egis , lot.

La tem^naison de légitime ^ conmie celle de narxiime et de ^wilimus en latin, est exactement la même que la précédente ime, devant laquelle on a mis . par euphonie apparemment , la syllabe â. Or ime vient du latin imus , a , tim , qui signifie le haut, et par conséquent à la fin des mots

STU. FltAKÇ.

le superlatif, puis le bas ou le fond , puis une extrémité quelconque, le bout ou le bord. De sorte que légitime veut dire, qui est au bout, au bord ou le long de la loi , qui y touche , qui ne s'en écarte pas; marititM^ qui se trouve tout à côté ou au bord de la mer; finitimus, qui se trouve tout à ,<ait sur les confins , ^nes , qui est I voisin , limitrophe.

j Une chose est légiÀme , qui se tient tout prë;; I de la loi , et ce rapport avec la loi est essentiel : , une chose est légale , suivant la force de la ter- , minaison , quand elle n'a avec la loi qu'un rap- ' port éloigné, un rapport de forme.

I « C'est le droit qut rend la chose légitime; I c'est la forme qui rend la chose légale. Une puis I sance est iUégitime si elle exerce la force sarx.i j droit , contre notre droit ; une élection est illégale^ si l'on n'y observe pas toutes les conditions requises par la loi. La disposition de vos biens , quoique légitime et conforme à la loi de la pro-^ priété, n'est pourtant valide qu'autant qu'elle' est faite d'une manière légale. Une condamnation bien légale n'est pourtant pas légitime , si elle tombe sur un innocent. L'intérêt légitime de l'argent est celui qu'on est en droit de prendre selon les principes de la morale ou de la justice ; l'in térèt légal est le taux établi par la loi. » Roub. On peut avoir contre quelqu'un de légitimes sujets de plainte sans avoir le moyen d'intenter une action légale contre lui.

oc Gabriel dit à Daniel que le libérateur amènerait la justice étemelle, non la légale, mais l'étemelle. » Pasg. A la place à*étemelle , légitime produirait la même opposition. Car non-seulement légitime a plus de rapport à l'essence de la loi , et légal k sa forme , mais encore légitime marque plutôt conformité avec la loi naturelle , l'équité , la raison , et légal conformité avec la loi positive : désir légitime , incapacité légale.

Page 1