TERMINAISON ET
Aigret, aigrelet, Maigret, maigrelet, Grasset, , grassouillet.
Qu'elle termine des adjectifs ou des substan-
tifs , cette désinence est diminutive et familière comme on le voit, pour les adjectifs, par k mots, pauvret, propret, joliet, seulet, cLoAth Hais cette terminaison diminutive pent être, comme en général toutes celles du même genre, ou simple ou composée : elle est simple dans la exemples que nous venons de citer; elle est composée dans grandelet, rondelet, verdelet j caria syllabe el , qui précède et , marque déjà une diminution, puisqu'elle se ramène à eau, qui imprime au sens des substantifs cette sorte de modification. Ainsi , du latin agnus a été lait (ignel ou agneau, premier diminutif, et d'agnel, agnelet. ce qui a donné un diminutif à la seconde puissance; de même que le mot loup a servi à former louvet , resté comme appellatif , et qu\^ par l'addition d'une nouvelle désinence diminutive, est devenu louveteau. Or, il arrive quelquefois à un même radical de prendre à la fois les deux terminaisons , la simple et la composée ; d*où résultent deux adjectifs synonymes. U s'agit de savoir en quoi ceux-ci diffèrent.
AIGRET, AIGRELET. Un peu aigre, légèrement aigre.
L'aigreur est encore moins prononcée dans ce qui est aigrelet que dans ce qui est aigret, i cause du caractère doublement diminutif, attaché au premier de ces mots. Un fruit aigret est sur , non franchement aigre ; un fruit aigrelet ne fait que picoter le palais et la langue , sa saveur est à peine sensible et ne peut aller jusqu'à plaire ou à déplaire beaucoup. Hais peut-être aussi faut- il considérer el comme faisant partie du radical, si bien que aigrelet qualifierait seulement les choses petites ou en petite quantité , qui sont petitement aigres.
Le seigle au goût aigrei. Lat.
« Le fruit de l'épine-vinette a un petit goât aigrtlet. » AcAO. s Pardonnez , mes divins anges , i cette petite digression un peu aigrelette, s Volt.
MAIGRET , MAIGRELET. Diminutifs de maigre.
Maigrelet annonce ou une plus petite maigreur, ou une petite maigreur dans un petit sujet . dans un enfant ou dans une personne chétive. c il y a donc un Pagnon de moins sur le globe. Ces gros petits crapoussins-là s'imaginent qu'il n'y a qu'à boire et manger; ils crèvent comme des mouches, et nous maigrelets , nous vivons. » Volt.
GRASSET, GRASSOUILLET. Diminutifs de gras.
Mais grassouillet est diminutif d'un diminutif, car telle est déjà la valeur des désinences ouil, ouïe , tt^ , eille , ille , comme c'est celle du latin, ulus et illus. Grassouillet marquera donc la qua^ lité d'être gras dans un petit sujet. Dans ÏÉnéiàt travestie, Ënée fait présent à Serges te d*une esq clave très-bien nourrie , qui allaite à la fois dead enfants; elle était
D'un visage noir et grasset , Et sentait un peu le gousset. Sc&bx. a Celui auprès de qui j'étais était un petit ragot] grassouillet et rond comme une boule, j» Ham.
TERMINAISON AVD.
Lourd, lourdaud.
Terminaison presque de tout point semblai>le j
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
]â terminaison ard, BUe est nationale; elle n'a point été empruntée ni imitée des lances anciennes. On la trouye à la fin de plusieurs noms' propres, tels que Arnaud, Renaud, Beriaud, ThiboMd , et les substantifs féminins abstraits qui en dérivent sont en erie : badatid , badauderie; nigaud, nigauderie; trigaud, trigauderie; ribaud, tibauderie; et, de même, dabauderie, ravauderie et minaudeTie supposent des primitifs en aud. Totalement dépourvue de noblesse , elle ne convient qu'au discours familier, parfois même au langage du peuple. — Sa valeur, propre dépend de son origine. Elle sert à faire connaître les personnes sous un rapport petit , bas , méprrsable, à leur attribuer des qualités de campagnard, de gens grossiers et mal élevés. Aux exemples déjà donnés on peut joindre : jntaud, maraud , mortcaud , grimaud , salaud , tàligaud. — Comme toutes les terminaisons despectives, et en particulier ard et dire , elle est en même temps, et peut-être primitivement, diminutive. Sourdaudy latin surdaster, comme qui dirait sourdâtrâj à demi sourd; noiraud ^ noirâtre; rougeamdy un peu et grossièrement rouge ; courtaud^ petitement court, un petit court, un petit homme court et gros; ifitnaudmes , de petites mines.
LOURD , LOURDAUD. Qui manque de légèreté , de facilité , d'adresse et de grâce.
L'un est une qualification essentielle et se dit p\\it5t de l'esprit , l'autre une qualification extérieure et se rapporte moins au fond qu'à la forme, à l'air, au maintien. On est lourd par nature, lourdaud faute d'avoir été formé aux bonnes manières ou convenablement exercé. « Un gros lourdaud de valet. » Laf.
TERMINAISONS ÂUD bt £7.
FiWÈudj fineî.
FU9AUD t FUIET. Mots dont on se sert familièrement pour désigner un homme qui a de la finesse.
Finaud est une qualification plus commune et plus familière encore que finel; finaud est le nom d'un chien de chasse dans Molière. Cette qualification convient à un homme qui semble tout rond , qui n'a pas l'air d'y toucher , qui trompe par nne apparence d'ingénuité, de bonhomie, au moins les esprits ordinaires, et sait toijjours, comme on dit, tirer son épingle du jeu. C'est une ûnesse un peu agreste , qui suppose un gros bon sens et de l'esprit naturel, plutôt que de l'art et du manège.
Finet est proprement un diminutif; il marque ou bien de la subtilité , de l'esprit d'insinuation , ou bien , comme le veut Trévoux , un commencement ou un peu de finesse , une finesse inédiocre et contre laquelle on se met aisément en garde. « L'abbé Trublet voulait savoir comment cette impression s'était pu faire, et, dan^ son tour d'esprit finet et jésuitique , me demandait mon avis SUT la réimpression de cette lettre , sans vouloir me dire le sien. » J. J.
TERMINAISON STRE.
En latin stris. Illustre j d'ilbutrU; champêtre, pour champestre, de campestris; équestre, d'equestris; terrestre, de terrestris; pédestre, de pedestris; sihestrey de silvesiris; sans compter les exemples latins qui manquent de correspondants en français , comme palustris , marécageux, de paltu , marais. Cette désinence tire son origine du supin straium du verbe *(emerc , placer, étendre : elle signifie placé, posé, fixé. lUustris, in luce stratus , ou in Ittce positus, comme dit fort bien Dœderlein , mis ou qui se tient dans la lumière ; campestris , campi ou in campis strattu , posé, fixé à la campagne; et ainsi des autres. Et comme stemere a le plus grand rapport avec stare, se tenir debout, la terminaison stre équivaut à ste, du supin statum. Ainsi agreste et champêtre, céleste et terrestre, de même que les adjectifs latins d'où ils dérivent, ne difl'èren^ absolument que par le radical.
TERMINAISONS SISŒy IQUE et AUD.
Rustre y rustique, rtMtaud.
RUSTRE, RUSTIQUE, RUSTAUD. Qui est sans grflce , qui déplaît par défaut de politesse , qui a toute la grossièreté des gens de la campagne ; de rus,ruris, campagne. Oa dit également, avoir l'air ruf tre , rustique ou rustaud , la mine rustre , rustique ou rustaude.
Les différences se tirent de- ce qu'il y a de spécial dans la composition et la terminaison de chacun de ces mots. Avec le radical commun ils contiennent, savoir, le premier, seulement la syllabe stre qui équivaut à ste , et les deux derniers d'abord la syllabe ste, ensuite, l'un, la désinence ique , l'autre la désinence aud.
De sorte que nutre , par rapport à ses synonymes , peut passer pour n'avoir pas de terminaison significative. Il doit donc marquer le défaut commun absolument , c'est-à-dire , d'une manière plus pleine, plus complète, d'une part, et, de l'autre, comme plus foncier, plus inhérent au caractère. D'ailleurs, bien que stre revienne à ste, la rudesse de la lettre r de la première dé ces deux syllabes doit produire dans rustre un efiet étranger krustique et k rustaud. En un mot, le nuire se distingue par sa rudesse , il est farouche et bourru; ensuite, il est tout à fart nutique, c'est-à-dire, pour le fond, pour l'humeur, ce qu'est le rt»taud pour l'extérieur. « Est-ce l'intempérie du climat qui arma en un jour plus de cent mille nôtres dans les environs de Paris at)rès la bataille de Poitiers , qui les déchaîna dans la moitié de la France, et leur inspira cette rage appelée la jacquerie? » Volt. « Chef de bandits et ensuite de corsaires, rustre et grossier dans ses mœurs et dans son langage, Sextus Pompée.... » RoLL. « C'était un jeune homme rustre et violent. » J. J.
Ahl que n'ai-Je un mari d'une aussi bonne mine !
Au lieu de mon pelé, de mon riutre..*. Mol.
Rustique, d'où vient rusticité, est le terme générique ; il exprime simplement entre la personne qualifiée et les champs un rapport qui peut servir
PHEHKRE PARTIE
à la carac^^er, m» aiuômoer «i défaut d'une, manière aussi expresse et aussi tranchée; il a pUitôt.pour accessoire la force que la mdaâse ou la grofisièreté des manières, ou du moios la nuiioUé du ruitique se fait jnoins aeolir aux eutNs que celle du rustre , et elle consiste moins que celie du rvutaud k ignorer les belles mamèse6«t À violer les bienséances. «.La Ocèse , vaincue |Mir les Homaixis , les ninquit à son tour en «OQoananiquaat £<hi go4t.pour la délicatesse des «wraf es de Tart i ce fieuple , qui jttsque-l avait été grossier ;et ruttiqite mut ceX JOEticle. » Rûll. «Mariuseutettoutie bon et tout le jnauTais d'une < éduîcatiûn rustique. * Ia. « X'impudicité ne perd- «g1J« pas son ncon d'impudicité pour prendre celui de galiffifeerie; et n'avons-nous pas yu le monde politraiter de sauvages et de rustiques ceux qui n'Avviftnt point de telles attaches? « Boss.
Le tuftoMd est pour la forme ce qu'est le nufrrpour ie fond : c'est un manant , vn gros franc paysan , ou plutôt un campagnard qui a conservé tout l'air et les manières de son état , qui manque égaieBKnt d'éducation et d'usage , .au Ueu que le ru«(re , homme bien élevé peut-être , est essentiellement rude et rébarbatif. « Si votre fils est bien fort, l'éducation ruskuude est bonne; mais is'il est délicat , j'ai ou! dire à Brayer et à Bouridelot qu'en voulant les ùire robustes an les fait «Drts. a> Sbv. « Qe langage un peu rustaud est piéftrable encore k ce style plus recherché , dans lequel les deux sexes se séduisent mutuelie- .ment et se familiarisent décenument avec le vice.» .J.J.
Ce que le rustre est par caractère et en con- ' dttite, le rustaud l'^st par l'extérieur et dans les formes. Le rustique choque jnoins que l'un et l'autre.