TERMINAISON MENT
Cher^ chèrement. Juste, justement. Ferme, fermement. Fort, fortement. HatU, franc, net; hautement, franchement, nettement. Vite, vitement. Soudain, soudainement. Exprès , eapressément. Clair, dairement. Droit, directement. — Certes , certainement. Comme , comment.
Les adverbes français se forment des adjectifs par l'addition de la terminaison tuent. C'est ainsi que sagement y sensément, oouirageusement , ont été faits de sage , sensé, courageuse. Il y a toutfois des exceptions. Plusieurs de nos adverbes reproduisent exactement l'adjectif quant à sa forme, et n'y ajoutent rien. Tels sont cher , ferme . fort , juste, haut^ franc, net, inte, droit, dans les expressions : Tendre cher , tenir ferme , fn^er fort^ Tenir juste à Theure, parler haut, franc, net, aller vite ou droit. Or , il arrive parfois qu'à un même adjectif correspondent deux adverbes, l'un n'ayant d'autre forme que celle de l'adjectif, ei l'antre pourvu de la terminaison adverbiale commune, ment. De là une source particulière de
arm^ tkakç.
synonymes; car ces adverbes de même origine et de même radical ont d'ordinaire la plus grande analogie pour le sens. Il n'est pas facile, par exemple , d'apercevoir en quoi diffèrent cher et chèrement , dans , vendre ou payer cher ou chèrement; juste et justement, dans, voilà juste ou justement ce qu'il faut; franc et franchement, dans, parler franc ou franchement; droit et directement, dans, aller droit ou directement au but. Et ainsi de beaucoup d'autres.
Entre les synonymes de cette espèce, toute différence doit dépendre de la valeur inhérente à la particule ment , qui seule empêche les deux adverbes d'équivaloir tout à fait pour la forme.
Or, qu'elle soit adverbiale ou substantive, cette désinence entraîne pour le radical , auquel elle se joint , la même modification de sens. Elle lui donne avec le verbe un raj^ort particulier; elle lui imprime un certain caractère de contin> gence et de subjectivité. Sans cette terminaison, l'adverbe n'a de rapport qu'avec l'adjectif; il en partage l'objectivité : avec cette terminaison , il devient verbal, pour ainsi dire, ou temporel, phénoménal , relatif à une action et au sujet qui la lait. Si bien que nous retrouyons entre les synonymes dont il s'agit ici l'opposition reconnue par Phiton et Aristote entre le substantif et le verbe , savoir , celle de la permanence et de la contingence , de l'être et du phénomène , de la substance et de Taccident, de l'idée et du fait. Pour être extrêmement abstraite et générale, cette distinction n'en est pas moind applicable et féconde. ^
GHBR , GBArEBIBNT. A haut prix. On dit presque indifféremment , vendre , acheter , payer cher ou chèrement une marchandise, et au figuré, un avantage quelconque , une victoire , par exemple.
Mais cher indique une estimation de la chose en soi , eu égard seulement à sa nature , à sa valeur réelle , et indépendamment de tout événement , de toute action. A ce qui se vend chèrement il arrive de se vendre cher; l'adverbe chèrement exprime un fait , et de là vient qu'on ne dit pas qu'une chose coilte chèrement, comme on dit qu'elle coûte cher. Ce qu'on achète ou paye cher ne vaut pas ce qu'on en donne : c'est là une qualification essentielle et objective qui caractérise. Ce qu'on achète ou paye chèrement , on fait l'action de l'acheter ou de le payer cher; on a le tort de le faire , on peut se le reprocher , on y est poussé par tels ou tels motiû , on n'en est pas empêché par tels autres.
On dira en général , sans égard aux temps ;ni aux lieux , et comme à priori , qu'un soldat doit chercher à vendre cher sa vie ; « Les chrétiens auraient pu montrer qu'ils savaient vendre cher leur vie. » Boss. Mais on rapportera en historien qu'une chose a été vendue ou achetée chèrement: c Le cardinal de Retz , en ébranlant l'univers ^ s'attira une dignité qu'à la fin il voulut quitter comme trop chèrement achetée. » Boss. — « On ne saurait jamais acheter la paix trop cher. 9 Fén. a Les fidèles allai^t jusqu'aux extrémités de l'empire pour acheter chèrement les cendres des apôtres.» Id. — cOn ne peut acheter la vérité
PMMIËRE PAKTIB :
trop cher, » Volt. « Cramer vient d'acheter ehèraffKfH une très-belle znaison d» canpafpde. » Id.
JD6TB, JUSTEMENT. Eiaotement, précisément
Jttttê est objectif et n'a rapport qu'à la propor tien , considérée en soi et quant à Vidée : cette chaussure va jtute à mon pied. JttstemetU est contingent et subjectif: il exprime le même rapport, non comme étant, mais comme se faisant, comme phénoménal : « Je vais trourer Agathe; la Toici jut$ement,9 Rigii. Il est arrivé jtute à Theure du dlaer se dira quand on n'aura égard qu'à la coincideace de l'arrirée et de l'heure du dîner Vous arrivez pÊStemeRt à l'heure qu'il &ut, fait penser aussi au fait d'arriver, aux di^ositions , à la conduite , au mérite ou au tort de celui qoi arrive.
Deux passages de Molière suffiront pour ezpU quer et confirmer oette distinction. « Voici tout juste un lieu propre à servir de seine , et voici des flambeaux pour éclairer la «omédie. » Tout juite y et noB-juttemmi; car un Ueu n'est pas une chose qui se fiisse, qui se passe, qui arrive. Mais, par la raison contraire, on dira avec le même auteur : « Voici ivgiement un làcheurl il ne nous fallait plus que celai »
8t on dit parler et répondre/titft, pluiôtquejt^x^' tewietU , c'est qu'on songe à la nature des paroles et de« réponses , et non pas au fait de les eiprimer.
FBUiE , FERMESONT. B'une manière fsme, solide , avec force.
F&nM n'est relatil qu'à l'effet; il' ne donne ridée ni d'un agent ni de son action : une chose tient ferme dans la muraille; et, à ki plae» de ferme, fermement serait ici tout à &it impropre. Maie on dira bien : attachez celte chese fermemani, c'est-à-dire faites VaéStimi de Hatta^her, avec l'intention et la force nécessaires pour qu'elle tienne soljdemeftt.
Ferme ne se trouve guère av«e un verbe aolil, si ce n'est avec t«iif, tenir ferme, parée <|a'en tenant ferme , on ne produis pas de gnnde actimi apparente, et cette locution dTalUeurs ne foit penser qu'à l'effet, à la soMdité, à la fiâté, à. la résistance. « Les nations repoussées dans le nord 7 tiendraient ferma. » Monraso. On disait autrefois (aire ferme , au Meu de tenir ferme, c Le régi-ment de Diesbach et un autre faisaient ferme contre une année victorieuse. «Volt. G'éitaiiuae majuiàre vicieuse de parler.
lORT. FORisaiSNi:. D'une mani^ tote et vigoureuse.
L'un est pour l'idée et caractérise; l'autre est pour le fait et dépeint. U faut frapper /brt à la porte d'un sourd. « Si la sensation, dit Malebranche, touche l'âme assez fort^ l'âme la juge àeam son propre corps. » Et ailleurs , il dit : « Nos passions agissent très-^brlemeiU sur noua. » Un discours agit fortement sur quelqu'un, mais pae assez fort pour le faire changer de conduite.
Dans fort , la force est considérée en soi., quani à son degré intrinsèquement trop bas qu trop élevé , et quant à l'effet qui s'enaait; daaa fotrte^ fnent , die est considérée par ^pport à sa mar nifèstation et à sea impresaion senaihk et pcé^ sente.
■AUT, FRANC , TIET; HADTBIRIfT , FRAlfOB- MENT , NETTEMENT. On parle ^eti^, franc , nel^ comme on parie hautement, franehement^ nettementy c'est-à-dire, sans crainte, sans dégmsemeist, d'une manière ouverte et résolue.
Mais les qualités , exprimées par les adverbes à forme adjective, sont moins particulières au sujet qui parle que quand elles sont exprimées par les adverbes terminés en ment. Parler haui^ franc , net , c'est papier un l^ogage haut , franc, net; mais c'est là une qualification extérieure qui ne s'tend guère au delà des paroles, de Fair et du ton. Au contraire, hamtement, flranehement et nettement «'emploient pour exprimer la manifestation de sentiments propres à celui qui parle. C'est pourquoi , la netteté constituaat une qualité extrinsèque , commune, et la franchiee une qualité intérieure et particulière , on fit plutftt parler net que parler nettement, et parier /hmcKement plutôt que perler freme. Franc, à la place de /ronefceineiK, dans la phrase suivante de MoUère, par exemple , ne conviendrait en aucune sorte : « Rien n*est plus condamnable qu'un ami qui ne vous parle point /Voneftemeiit. »
VITE, VtTBMENT. Sans déUi. Aller, courir, ikire quelque chœe vite ou vitement.
Vite est objectif et n'a rapport qu'au fait qui arrive en pou de temps; aussi se dit^il très-bien des choses : cette horloge va trop vite; le plaisir finit «ils; le temps va eu. coule vite; cela partit plttsiHte qu'un trait (Siv.). Vitement est su^ectif et se rapporte à un ageni; dent il dépeint Vem* preeeementott la pvompftitude : il ne se dit que dea persomM». « JEe n'oublierai jamais la hftte que vous aviax de vous divertir «tiameni, avalant les jours gvae comme une médecine^ pourvous trouver promplamant dans U repoade earénae. » Skv. Quand vous allez ou que vous agissez vite , as» sez eu. trop «ite , veue arrivez ee voixe. asiien est faite tôt, assez ou trop tôt; quand vous allez ou que vous agissez vitenmntf veus vous montrez vite ou prompt.
Vitement se dit surtout avec un veâw à l'impératif : çà , payez-nous vitement (Mol.), achevez vitement Cln.), dites vitewient (S. S.), venea vitement (Sév.), c'estrà-dire hâtez- vous ou dépèchez-voua de nouâ payer, d'achever, de dire, de venir.
Nous entendons vite une chose (Siv.), cda ne dépend pas de nous : nous offrons vitement un siège aune personne qui entre (Rbgn.), cela témoigne de netre part, une attention empressée.
SOUDAIN , fiûUDABSBMBNT. D'une imaî^ soudaine, iastaatanée.
Seuàaiu est conme eentm une formule abstrait 3 qui signifie ausskôt, et s'exprime pae comme sou4aiù%ement ujm manière d'agir ou une gualtte du s«4et portée à tel ou tel degré : oa na dit pas . plus, modns, aussi eimdeMi, mais plus moiiis eu aussi «oudowemMl. «C'est le deetia des h^tens de se ruiner à conquérir des paya qu'i^jiMileaLt aottdet». » Mosxx8(^!« U reçutl'ondr^ ^tottdain il partit.» AfiAD»
«Un des regards de. Mentor «rzètait tout à coup Télémaque dans sa plus grande impiétaosité; Neptuna n'apalae point plua MmdmnemmU Ua
SYNONYMES QUI «TNt EE K&K RADICAL.
noires tempêtes. * Tt^. Nepfane û'apaîse point plus soudainement^ c'est-à-dire n'est pas plus sondaib ou plus prompt à apaiser, a De ee tnansport de donlenr je tombai soudainement , selon ma cautome , dans un assonpissement proibnxl. » Fèn.
Soudain marque une circonstance de temps, mais sans dépeindie le sujet en rappelant une de ses dispositions habituelles , et il a cela dt particulier qu'il suppose* <f ordinaire, comme aussitôt^ un £ait antérieur.
EXPRÉS, EXPRESSAmOiT. Avec Intention, de propos délibéré.
Exjprès signifie à dessein; et erpressément ^ arec un dessein formel, tout particulier, avec insistance. C'est la différence qu'il faut mettre entre ces deux termes dans le passage suivant de Bossuet : « Souvent nous nous appliquons expressément à imaginer quelque chose , et souvent aussi il nous arrive d'exciter exprès et de fortifier quelque passion en nous-mêmes. »
Exprès marque la fin de l'action , et expresse' ment la manière d'agir de l'agent, la fermeté de son vouloir. Il est venu 6«pr««pour demander cet emploi (AcAB.). «Les animaux sont incapables de rien apprendre des hommes qui s'appliquent pipressément à les dresser.» Boss. «Dieu est ezpress^menl déterminé à nous refuser 660 gyftces.» BouBD.
CLADl, CLAQUEHENT. D'une manière claire, lumineuse ou évidente.
On voit datr dans une afbire, et on voit ctairement les intentions de quelqu'un. La première de ces expressions représente la clarté objectivement , dans les choses vues; laseconde la représente subjectivement dans la personne qui voit. 11 n'y a plus d'obscurité dans une cbose où l'on voit clair; on ne Toit rien clairement qu'à force de clairvoyance. Celui qui parle clair dit des choses claires; celui qm parle clairement est clair en parlant.
Quand on raisonne faux, le raisonnement, le résultat de l'opération est mauvais, ne vaut rien; quand on raisonne ou qu'on a raisonné faïusement ÇPasc.), on se trompe ou on s'est trompé , on commet ou on a commis une erreur en raisonnant.
DROIT, DIBECTEIIENT. En ligne droite, par le plus court chemin , sans s'écarter.
Le premier de ces adverbes est objectif et qualifie ôtérieurement , indépendamment de l'action et de l'intention du sujet; le second est subjectif et signifie une manière volontaire d'aller drotl , dont on peut demander compte à l'agent. Celui qui ne va pas droit au but , a besoin d'être remis dans la voie ; celui qui ne va pas directement au but , s'amuse , biaise , prend des détours. Là, vous n'avez égard qu'à la manière d'aller, en soi, absolument ; ici , vous considérez le fait d'aller ainsi et le sujet qui va ainsi.
n est à remarquer que la même règle de distinction convient à plusieurs autres adverbes synonymes , tels que certes et certainement , comme et oommenf . Quoique certes et comme ne soient pas des adjectifs, ils peuvent néanmoins passer pour des radicaux simples, dont sont composés certaisument et commenl par la simple addition
de la terminaison ment, datts teqvrtle eeulle encore réside tout élément de diffirenee.
CERTES , CEVrAnSHCfr. En Térité , ians
mentir, assurément.
Certes est une sorte de fbrmitle aiftrmative générale dont on se sert pour donner à ses paroles une force objective absolue , ef qui équivavi presque à un jurement, liais il n'exiMime pas, conune certainement, une convietion personnelle au sujet, une assertion qu'il soit prêt à soutenir, dont il accepte la responsabilité. Ba employant Tad^ verbe certes, on prétend énonœr une vérité qui n'a pas besoin de garaatie , qui ne soailVe pas de contradiction et dont on est si certain qu'on ne daigne pas la supposer contestable. C'est pourquoi on l'emploie à tout propos et sans conséquence , et c'est pourquoi il a toujours quelque chose de doctoral et d'un peu pédantesque. Déjà Labruyère le trouve vieux, mais il lui reconnaît de la force sur son déclin. « Certes, il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu.» Labr.
Certes f plus je médite, et moins je me figure
Que voDS m'osiez compter pour votre créature. (Àgrippine à Burrhus). Rac.
flc Certes , mon père , lui dis-je , on ne saurait trop estimer un si beau fruit de la double probabilités vFam. «Tout se fait par raison dans les arbres , mais, certes, cette raison n'est pas dans les arbres. » Boss. « Certes, c'était lors de la prise de Constantinople par Mahomet II qu'il eût fallu des croisades.» Volt.
Mais dans les passages suivants, où il s'agit d'assertions particulières sur des faits particuliers, certes, à la place de certainement, serait impropre. « La prétendue lettre du roi de Prusse est certainement de d'Alembert. » J. J. «Certotnement la cause de ces changements ne vint pas de moi. » lo.
J'aurai certainement grande joie à le Toir. Mol. « Ai-je, dit le malade, tout^la force nécessaire pour me servir de mes jamoes? — Non certainement , dit le médecin. » Pasc. « J. G. a dit : qui a des oreilles pour ouïr , qu'il écoute : certatnement il ne parlait pas à des sourds, mais il savait qu'il y en a qui en écoutant n'écoutent pas. 9 Boss. « M. l'archevêque de Paris et M. l'évêque de Heaux ont certainement lu ces manuscrits. »PiN.^ Dans toutes ces phrases, certaine^ ment revient à, je vous le certifie, au lieu que certes signifie proprement , cela est certain objectivement, en soi, absolument, indépendamment de l'assertion de tels ou tels.
GOMME, GOMMENT. De quelle façon ou de quelle manière.
L'un est objectif ou relatif à l'effet; l'autre est subjectif ou relatif à l'action. En conséquence on dira , voyez comme cette chose est faite , et comment elle se fait ou s'est faite; voyez comme il travaille, c'est-à-dire examinez son travail ou son ouvrage, et voyez comment il travaille, c'est-à-dire regardez-le travaillant ou à l'œuvre. ec Vous connaissez l'envie , vous savez comme ce vilain monstre est fait. » Volt. « Il faut que vous vous promeniez, sans faire semblant de rien; elle ya Tenir , sans faire semblant de rien.... Toilà