‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 231 sur 426 · DE LA LANGUE FBAKÇAISE · texte numérisé non relu

DE LA LANGUE FBAKÇAISE

DEUXIÈHE PÀRTIB.

siNtinus A UNUiix unis.

A, •* EN, DAHB. Prépositions qui serrent à marquer le lieu.

A le fait considérer comme un point , comme un but; en et dans le représentent comme une étendue capable de renfermer, comme un contenant. On dit au sommet, au pied , à l'extrémité, ait bout , etc. ; et, en bouteille , dam la bouche , etc. Vous Toyagez à cheyal , et en voiture ou dans la Toiture la plus commode qu'il y ait. Le prêtre monte à Tautei; il monte en chaire ou dans la chaire. Dire qu'une personne est à la prison ou à la TÎUe , c'est faire entendre qu'elle y est allée , qu'elle en a fait le but vers lequel elle a porté ses pas; mais qu'elle soit en prison ou dans la prison, en yille ou dans la ville, cela indique qu'elle est , qu'elle se trouve entre les murs de la. prison ou de la ville , et non dehors. Vous allez à Itaples , Naples est le terme restreint , l'endroit indivisible auquel vous tendez ; vous allez en Italie , doiu le royaume de Naples ; l'Italie et le royaume de Naples sont des espaces où vous allez entrer, des enceintes au milieu desquelles TOUS allez être comme le prêtre en chaire ou dans la chaire. — • En général , on le voit , à s'emploie de préférence quand il est question de villes, en et dans quand on parle de tout un pays : c'est que les villes sont moins étendues, se conçoivent plus aisément comme des points. Cependant l'usage est de dire , par exception , aller auo; Indes, à la Chine, au Japon, au Pérou, au Brésil, au Mexique, et c'est apparemment parce que ces centrées , vu la distance , offrent à l'esprit l'image d'espaces étroits , de termes plutdt que de contenants.

En et dans diffèrent aussi , quoique ce soient deux prépositions également significatives, non de la situation seulement comme à , mais de l'intériorité ou de la contenance.

En a un sens général et vague ; dans y un sens particulier et précis. De là vient qu'avec en on met rarement l'article , et qu'avec dans on le met toujours. « Il s'est retiré en Sicile daiu une cabane. » Volt. Etre en disgr&ce , dans la disgrâce du prince; en temps de guerre, dans le temps de la guerre. Être en Jirille , travailler en chambre , n'exprime rien que d'indéterminé, un rapport abstrait d'opposition entre 'le lieu où on se trouve et un autre où on pourrait être : qui est en ville n'est pas chez lui ; qui travaille en chambre ne travaille pas en boutique ou en société d'autres ouvriers. Mais dans la ville, dans la chambre, se dit en parlant précisément de telle ville, de telle chambre , entre les murs de laquelle on est renfermé. Être en prison; dans la prison de la Force, dans une prison malsaine. S'établir ev France, dafif la France méridionale. J'aime à me promener en voiture; je me promenais dans ma voiture , dans une belle voiture lorsque je vous aperçus. En bataille est théorique, idéal; dans la bataille , effectif ou réel : une armée rangée en bataille doit se mouvoir avec facilité; il est arrivé à tel général, tel jour, de perdre un bras dans la bataille. En guerre on est moins heureux qu'en paix; dans la guerre de trente ans, Gustave- Adolphe se signala par sa valeur. On vit en liberté , on est en fureur , on tombe en léthargie ; mais on vit dans une entière'libertô , on est dant une fureur extrême , on tombe dars

une profonde léthargie. Un homme en peine est inquiet , dans une situation WevpritincêTtaimB o». indécise; un -homme dans là peine est posiliviement malheureux à cause de sa pauvreté ou de ses chagrins.

A l'égard du temps, même différence. A marque une époqve , uft polat t Je rçvîindrai é d|ux heures , à Bddi , à Pâqpieft. — J^ et étn$ lésipient un espacft d^ t«np3« «0 temips compris eotne des bornes ; seulement en est vague et dans précis. Je reviendrai en deux heures, j'emploierai deux heures à revenir , mais sera-ce aujourd'hui , demain, dans tel moii on telle aiïxiée, e'eit ce qui n'est point spécifié, Je reviendrai détns deux heur res , c'est-à-dire après que deux heures se seront écoulées à partir de ce moment-ci. Le mouvement diurne de la terre s'opère en vingt-quatre heures , mais que ces vingt-quatre heures soient ou doivent être prises dans telle ou telle portion de la durée , c'est ce qui reste dans le tague ou dans le doute; au contraire, quand on ordonne à quelqu'un de quitter le pays dans les vingtquatre heures, non-seulement en assigne un espace de temps, et non pas un point, mais encore on détermine à quel endroit fixe de la durée il commence, savoir au Qionent où Teiiliqe «al donné ou reçu.

A, SUIVANT, SELON (CONFORMÉMENT). Prépositions qui expriment un rapport de convenance. On dit également à la rigueur (Acad.) , et suivant la rigueur des lois (Acad.); d la mode de Bretagne (Acad.), et, suivant la mode de Bretegxte (REGIT.); à sa fanteiaie (Acad., P. R., Mol.), et. selon ma fantefue (Acad., Rkov.); à notre gré (Acad.), et eefofi notre gré (Acad., BoDRD.); à mon aeas ou dmoa «vis (Acad.), et teiom mon sens , ou selon mon avis (Acad.).

A diUère de la mène manière et de tiitinml et de «elefi. Ceet de toutes les préposâtioDs la phis vague , la plus indéterminée , la moins epéeificative. (Voy. première partie, p. 64 , 58 , 69 et 69.) Comme synonyme de suivant e( de selon , on ne l'emploie que dans un petit nombre de i^ixvses, et en un sens tout général , au lieu que suivant et selon sont d'un usage plus fréquent et ne se prennent que dans un sens particularisé. Ainsi on dit traiter à la rigueur (Acad.) , et traiter ou juger suivant la riguenr des lois (Acad.); à la mode de Bretagne, et suivant la mode étrange de Bretagne , qui connete , etc... ; je me rétntcte , à l'exemple, et, «uteonf le louable exemple d'un tel; chacun juge et arrange les choaes à sa fantaisie , et tel homme a jugé cet ouvrage et arrangé cette affaire selon ta Ikntaisie du moment, ou selon une bizarre fantaisie; on apprécie une chose à sa manière (Acad.), et selon sa manière de voir ou de penser (Acad.); à mon «vie, «t «ehn mon avis défà formellement exprimé , vous avez mal fait; diacun peut , à aon ehoiz , et eeien son lifon ehoix, partir ou luster; d votre oempte, et selon votre compte arrêté hier , je aérais votre débiteur.

Il est vrai qu'^m dit bien à la manière ordinaire, d Tancienne manière, à la nouvelle mode. Maie c*eet là le plus haut degré de particulariaation de ces locutions dont à fait partie; et, on

le voit assez , la manière et la mode sont bien pmx spé«ifiéei VlooqB par les mots qui les accom> gagnent Pour les déterminer davantage , il faut remplacer à par suivant ou par selon : suivant ou selon la manière ou la mode si ridicule d'autrefois de faire , etc.

If aipeurs . même quatd au teaitf et #f Im ne sont pas wivis Ae déterminjtffs , H« perticnlarisent davantage; ili expriment une covrenanee ou une conformité plus rigoureuse. A son tour, dans des phrases conmie celles-ci, il faut que chacun parle à son tour, signifie seulement que tous ne doivent pas ngir è la fois , ou que chtoun doit avoir son tour, et ne pas être piivé du pomreir de faire une cer^ taine chose ; suivant ou selon son tour , comme suivant ou selon l'usage , la coutume , la règle , la loi , indique qu'en faisant quelque chose on doit se conformer i un ordre expressément établi : à la chambre des députés , chacun des orateurs inscrits pour ou contre une proposition parle selon son tour. — « Apollon de Delphes, conculté sar la manière dont on devait honorer les dieuK, r^vndit que chacun devait le faire à la manière et selon les cérémonies qui se pratiquaient dans son pays, s FéN.

Suiv^sU^ mZm* <— « Je ne connais point, dit Roubaud, de synonymes plus indistinctement employés que ceux-là. »

Suivant , en suivant , rappelle le verbe suivre. On ne doit se servir de cette préposition qu'avec un verbe actif, et en parlant de choses dont on i peut dire , qu'on les suit , qu'on s'y conforme. On fait une chose fuemiU les prcjeU^ le «les&ein, les pensées , les idées , les vues , le eovseil 4^ quelqu'un , màMmt teUe maxime ou teUe règle. Selon^ quelle ^'en joit rétymobgie, marque uBeconvenanoe fuekenque, et non pae sealememt 4me coniMsnité à laquelle on atteint ou on e'efibree d'atteindre en agiannt. On fait ou on agit tutuofit telle cboee; un est ou un fait arrive ae(on telle choae. On est aaeis selan son rang (Lap.) , servi selon sen désir (Baou.); «n voit arriver un fait selon un oracle «u une prophétie (Boss.). « Selon toute apparence y je passerai l'hiver ici. » J. J. «e Les apôtree étaient des hommes, selon le reproche de Jésua-Chrifit , insensée et lents à croire. » Boobd. « David, cet homme sslon le coeur de Dieu. • Bœa. Gala est selon bms souhaits (Lay.), sekm mon goût (FÉs.). c Ty trouve une société «elon mon cesur. > /. 1. Dans eei dermere azemples , eut vont serait tout à tàii impropre.

On dit pUitAt swivani la doctrine, l'opinion, le système de tel auteur; oe eoat choset que l'on suit ; et , sshm tel auteur^ seion Hérodote ou sakt Thomas; il s'agit alors de citer simplenBent, et point du tout de ae déclarer pour ou contre. « jG^eien les libertins, l'homme.... Suivani oe système , en ôtant toute réelle liberté , on se débarrasse de tout mérite et de tout blâme. » Fin. On dit eelen rhébren, selon la Vulgate, lors^'on veut seulement rapporter un texte ; mais s'il était question d'en suivre un , snivasU serait le mot propre. Quelqu'un qui écrirait la vie de Jésus- Christ pourrait le faire suivamt l'évangile de saint Mathieu; nuis d'ordinaire on. dit, sous forme purement énonciative, l'évangile selon saint Ma-

SYNONYMES A lAOlCAXnC DIVERS.

tiin, Mlm «dm Lbb.^. «« sentwsieft OQ ftnsan mIm 1b itoe ftr e& on les r^gnde. L'eq^itse faBBsnrt «iftralner ^r Ja vo*iimté à nnsidérar ]& Um ^m plttt i Miie-ci, Tègle ÙRAsbleBKnt a crofâtiot ^utoonC l%aBlintion de la Totoidé. » Pasg.

GqpenAuitaikii «'«siploie aatsiœ particalier, eomne «iitMftf poor désigner une eonformité de condttile os d'action. On dit égaieiaeiit agir on faire gael^ae ebose seton «t ^uivmt une loi (Base. , FÉM. , Boil. , Lat . , UoHnsQ.) , im usage (lop., Rac. , ToLT.) , «le contuflM (Boas. , Ffo. , Vo^Oi atte règle (Boas., Fia., Pak., Bonan., Mal.), un principe (P« R., Baoan.), des besoins (Fia. , MoKTBao.).

Dana ce cas wekm est plos absote, pas positif, plus rigoureux; et Muivcmt laisse plus de liberté et d'incenitnde. C'est l'opinion de Roubaud, contraiTe à odle de Gtntrd, qu'il a pleinement réfuté sar ce point.

On agit proprement sékm an ordre, on y obéit : K Je resLK toi» guérir «elon Tordre qnimous & été donné. » (Un médecin à M. de Pourceaugnac.) Mol. On agit suwmt un conseil , on le suit : « Et tuivant le conseil de son médecin, il demanda à ûieu les forces qu'il confessait n'avoir pas .sPasc. On agit seiem la kd, et suwant une maxime qu'on s'impose à soi-même : < Socrate se lit une loi de suirre dans la pratique tout œ qae la droite raison exigerait de lui. Ce fin smomU cctie maxime qu'ayant été mis au nombre des sénateurs, et ayant prêté le serment de dire san avis selon les lois, il refusa censtamment de souscrire à un arrêt injuste. ^ Fêb. Notre corps se meut ê^on notre volonté , et notre ime est diversement modifiée Muivant les difiérents états du corps : « Si le corps est mû au commandement et selon la volonté de V&me, l'âme est troublée, l'âme est affligée et agitée en mille manières, ou fâcheuses ou agréables , suivaut les dispositions du corps. » Boss. — On agit sdon la raison (Boss.), telan la nature (J. J.), seion le devoir (Fbn.); ils obligent : on se conduit de telle manière êuwani la rencontre (Boss.), suivant Toccasioa (CoaN.), suivant son goût ou son génie (Mol., Rsgn.), suivant l'exemple : ils engagent. — A chacun selon sa vertu (Boss.) , se dit absolument , à la rigueur ; récompenser suivant le mérite (âcad.) , indique une proportion moins exacte. — « Nous mourrons tous, sdon la loi de la nature; c'est une nécessité inévitable. Un jeune homme doit survivre à un vieiUaid, suivant le cours ordinaire de la nature. > Roua. — Bt comme tmvant revient à, en suivant j si oa satl , on diï^ plutôt sèkm tel auteur lorsqu'on en adopte les pensées, lorsqu'on en invoque l'autorité , et taioanl tel auteur , quand oa est d'un avis contraire , ou simplement dans le doute. «Depuis ce temps Thistoire d'âgypte commence , selon Hérodote , à avoir de la certitude.» Boss.« C'est , suivant l'opinion commane, un bel esprit , c'est un esprit fin , c'est un esprit délié. » Mal. « De sorte que, suivesit cette doctrine, hii dis-je, cette grâce est suffisante «uis Vôtre. » Pasc. «J'avoue, suivant l'histoire qu'on en raconte et que je suppose sans l'examiner , que.... » FÂa.

Dans ceUe acception, étendue de suivant à ceton,

suivmd «t sete <Mit peur sfaoayne ws^ttmément; ear on dit bien agir tonfSrmément à un u&ge {LAF.),i une rèç(le (Féîï.), à sa raison (In.).

Kais canfvnnémem att saljeetir : îl a ra^^art aa soin qu'im prend et au mérite qu'on a de se confinMT, de s'aswiettir à quelque elHBe. Il est principaiement aiité au palak. Il ne s'ettkploie qu'en parlant d'actioas votontaires et mondes. Les minéirauK eristalUssot , non pas eteiferm^aienlà oertaiHes régies, mais Mkm ou mivsmt oertaiaes réglée. On agit , non pas coafonai^ment à la nécessité, mais selon la nécessité^ et suivant ks besoins du moment. Selon l'usage ou suivamt l'usage, mais non conformément à l'usage, les ouvriers s'enivrent le dimanche. Agir coafof vnëment A an usage, à une règle, à la raison, c'est le faire par choix, avec soumission, afin d'être et de manière à être irréprochable.

ABii88BR, ~ BABAIS6BR, RAVALER, ^ BÉGRAim , BÉFBISBa, DÉPRIMER , — AVILIR , HUmUBR. C'est, en parlant des personnes au figuré ou an moral, en diminuer la hauiear, les faire descendre, les mettre dans un état inférieur ou moins élevé.

L'action d'abaisser est douce , modérée , laote quelquefois. De tous ces verbes abaisser est celui qui exprime l'idée commune de la manière la plus simple , la plus faille et la plus généiate. Coudé était toujours égal à lui-même , sans se hausser pour paraître grand , sans 9>*abaisser pour être civil et obligeant (Boss.). Porsenna, proieateur de Tarquin, abaissa sa hauteur devant le sénat de Rome en demandant à traiter avec lai (Volt.). Le peuple de Robm put abaisser les patriciens sans se détruire lui-même (Montebo.). Dans un dialogue, I^ënelon fait dire par Richelieu à Hazarin : « Avaz-vous achevé d'al»0i<jer les grands?»

RaMffer et favakr signifient l'un et l'autre abaisser beeuooup , aoais Tua quant à l'actioa , l'autre qvaat à l'eflbt.

Rabairter, c'est abaisser beaucoup, c'est- àdîre avec fbroe; car c'est, selon la valeur de la particule te , abaisser encore davantage , de pbis en ptt&, avec effort ou redoublement.

Que sais-jeî 3'al peaVêtre avec trop de chaleur

RgÂaitfé ses présents , ou blinné sa douleer. Rac. a La passfon de rabaisser l'orgueil et l'insolence des Tyriens engagea Sésostris à prendre leur ville. »FÉa. « Elle affecta de rabaisser ma pièce.» J. 1. « Il y a mille vertus que vous tâchez malignement de rabouter. » Boa an. « Tout ce que Dieu élève , le monde se plaît de le robatfter. » Boss. (V'oy. dans la premièrB partie , Abaisser, ror baisser,^. 108 et 109.)

na/vaUr, c'est abaisser beaucoup , c'est-à-dire jusqu'au dernier degré ; car c'est mettre , non pas seulement à terre , mais dans la vallée , non pas seulement bas , mais très-bas , au-dessous du sol.

Quoi! to ne vois donc pas jusqu'où l'on me ravmlâP (Agrippine dans Britarmieus.) Rac

llariez-vous , ma lœur, à la philosophie ,

Qui donne i la raison Vempire souverain ,

SouneUant à ses lois la partie animale , .

Dent r^ppélit craisler aax bètes nous ravale, Ita..

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