‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 232 sur 426 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

S'il ftiQC <fM TOI bornés TeaUlent me eonsolar, Et Jotqa'à mon néant daignent se ravaler,-

(Tartofe parlant à Elmire.) hf,

«La licence des opinions des hommes les élèye tant5t au-dessus des nues, et puis les ravale aux antipodes. » Mostaign. c Une secte ranàlait si fort J. G. , qu'elle le mettait au-dessous de Melchisédec. » Boss. « Il a fallu que la majesté du fils de Dieu se ravalât jusqu'à la pauvreté d'une étable , jusqu'à l'ignominie de la croix , jusqu'aux agonies de la mort, jusqu'à l'obscurité du tombeau , jusqu'aux profondeurs de l'enfer. » lo.

Dégrader^ dépriser et déprimer ont cela de commun , qu'ils se rapportent à la sorte de hauteur ou d'élévation d'où on oblige de descendre.

Dégrader y c'est précisément ôter le^rode ou le rang. On dégrade , au propre , un of&cier ou un magistrat qu'on destitue de son emploi pour un manquement à l'honneur, par exemple. Au figuré, il en est de même : les personnes qu'on dégrade sont élevées en dignité , ont un rang , un nom , de l'éclat , une haute position sociale ou d'opinion. « Ce serait dégrader l'Evangile de le regarder comme la religion du peuple et une secte de gens obscurs. » Mass. « C'est la mode aujourd'hui de dégrader les grands hommes. » Volt. c Les gens de lettres ne doivent pas dégrader la noble indépendance de leur état. » D'Al. « H ne ▼oyait que trop combien l'ignorance dégrade et ternit les noms les plus illustres. » In. a Tibère déclara que la même douleur qui convenait aux états et aux familles ordinaires, dégradait les princes et un peuple roi. » In.

Dépriser et déprimer marquent une action qui attaque , affaiblit ou rabat , non pas le rang ou La dignité , comme dégrader , mais le prix , la valeur ou le mérite. Une personne ou une chose dégradée est déchue, n'est plus éminente; une personne ou une chose déprisée ou déprimée n'est pas estimée autant qu'elle vaut On dégrade la divinité , la majesté royale , les personnages illustres, nobles, considérables; on déprise ou on déprime des marchandises ou toute personne qu'on travaille à décrier, dont on amoindrit la réputation. — D'ailleurs , on dégrade par des faits; on déprise et on déprime surtout par des discours : vous vous dégradex par une lâcheté , par vos mœurs ; vous vous déprisex ou vous dép^mex en ne parlant pas de vous assez favorablement , en ne vous louant pas assez.

Dépriser , ôter du prix , priser moins ou peu , n'a pas la même force que déprimer de deprimere, presser ou pousser pour faire aller en bas. On déprise en ne reconnaissant pas aux choses ou aux personnes tout leur prix , et cela quelquefois faiblement , indirectement , sans le vouloir. « Le xcérite des plus saintes actions est toujours déprisé dans la bouche des mondains par les soupçons dont ils noircissent les intentions. » Mass. « Je ne parie pas ainsi pour dépriser le mâle et puissant génie de Corneille. » Volt. «Permettezmoi quelques réflexions en faveur de la langue française, que vous paraissez dépriser un peu trop. » In. a L'ironie où l'on blâme en louant , où . en admirant on déprise , revient à chaque instant dans le langage ordinaire. » Marm . a Ils ne lui \

pardonnèrent jamais d'avoir^ par sa conduite,

déprisé hautement, quoique involontairement, la leur. » J. J. — Mais on déprime par un jugement formel, avec une intention marquée d'opprimer, de détruire dans l'opinion, avec une grande envie de nuire. « On trouve dans cet écrivain une affectation d'élever saint Chrysostome pour déprimer saint Augustin.» Boss. «Quand le Deux-cents travaille à déprimer le Conseil général , il travaille à sa propre ruine. » JT. J. «Le public souriait à cette foiûe d'ennemis obscurs qui s'efforçaient de vous déprimer. » Mark. « Attaché à déprimer Métellus , Marius lui reprochait de prolonger la guerre. » Conn.

AvUir et humilier ont rapport au sentiment particulier que produit l'action exprimée par les verbes précédents. Avilir^ de vtiû, vil, abject, c'est mettre dans un état d'abaissement, de dégradation, de déchéance tel, qu'on inspire aux autres un sentiment de mépris; et kumUier^ du latin humus, terre, c'est prosterner, mettre à terre, d» façon que la personne ainsi traitée éprouve un sentiment de confusion. Dans le Mariage de Figaro , le comte Almaviva n'est jamais amli, quoique souvent humilié (Bbaum.): Une parait dans aucune position déshonorante , mais son amour-propre reçoit plusieurs mortifications. Ce qui nous aicilit nous diffame , nous couvre de honte ou d'opprobre; ce qui nous /tusntit^ nous affecte péniblement , nous afflige. Le lâche s'avilit ; le pénitent s'humilie.

ABANDONNER, DÉLAISSÉE. On abandonne et on délaisse une personne malheureuse en s'éloignant d'elle , au lieu de l'assister.

On abandonne ce qu'on a , et par conséquent les siens , ses parents , ceux auxquels on est uni par des liens intimes , ceux qu'on devrait naturellement protéger ou secourir. «J. C. meurt d'une mort honteuse , trahi par un des siens , renié par l'autre, et abandonné de tous.» Pasc. a Ayez courage , ma fille ; votre époux ne vous a point abandonnée dans votre maladie. » Boss. a Le prince de Danemark , gendre de Jacques , enfin sa propre fille , la princesse Anne , V abandonnèrent, » Volt.

Athalik.

Vous êtes sans parenu?

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