Deuxième partie
«on exprime proprement une qualité. Vambigutté j des mots (P. R.); Ift prétendue ambiguité des règles de la loi divine (Mass.). Équivoque , au con~ traire, désigne un fait, un trait particulier; c'est pourquoi ce mot se dit surtout bien au pluriel et sert à former un verbe, équivoquer. « Cette déclaration (des protestants) est pleine à* équivoques, > Boss. «Prévenir les chicanes et les équivoques, » ID. a Cette méthode (de tout définir) suffit seule pour bannir toutes sortes de difficultés et d'équivoques. » Pasc. — « Calvin blâme Vambiguité de la confession de foi des Bohémiens.... Mais on avait tout de Bucer par des équivoques.* 3oss. — On dirait bien Vambigutté de cette équivoque est causée par telle chose; ce discours ou ce livre est plein d'ambiguïté et plein d'équivoques, c Si on suivait exactement la prononciation , cela apporterait beaucoup plus de commodité aux étrangers pour apprendre notre langue , que Vambigutté de quelques équivoques ne donnerait d'incommodité à eux ou à nous. » Desg. « Il n'y a point d'esprit dans V équivoque.,.. Vambigutté, en quoi consiste son caractère , est moins un ornement du discours qu'un défaut. » Boue.
Ensuite , ambiguité et ambigu sont plus généraux que le substantif et que Vs^d}eciiî équivoque. Équivoque vient d'xqua vox^ parole égale, et ne se dit à la rigueur que des paroles et de l'expression. Mais ambiguité et ambigu s'appliquent aussi à d'autres choses; un songe ambigu (Boss.) ; un gouvernement ambigu (Mohtbsq.), c'est-àdire en partie aristocratique et en partie monarchique; des espèces ambiguës^ des productions irrégulières, des êtres anomaux (Buff.). a V ambiguité de position dans le bec de cet oiseau (le bec-croisé) est encore accompagnée d'un autre défaut. » Id. « La robe du doue (espèce de singe) , variée de toutes couleurs , semble indiquer Vambiguité de sa nature. » In. — « Lorsque les preuves sont équivoques , les titres ambigus , les indices douteux , le genre judiciaire est susceptible d'éloquence. » Marm. « En attaquant i'^qutvogu«, je n'ai pas pris ce mot dans toute l'étroite rigueur de sa signification grammaticale , le mot d'équivoque en ce sens- là ne voulant dire qu'une ambiguité de paroles; mais je l'ai pris comme le prend ordinairement le commun des hommes, pour toutes sortes d'ambiguités de sens , de pensées et d'expressions. » Boil.
Une troisième différence , et la plus considérable , consiste en cç qu'on peut donner à ce qui est ambigu toutes sortes de sens, au lieu que Véquivoque n'en admet que deux. A l'égard des choses ambiguës , on est dans l'ignorance , on ne sait que penser; à l'égard des choses équivoques, on ne sait si c'est le sens qui se présente d'abord ou bien si c'en est un autre qui est le véritable , on court risque de se méprendre. Par cela seul que des lois ont besoin de commentaires, elles sont ambiguës; des lois ne sont équivoques que quand elles offrent deux sens entre lesquels elles ne décident pas. Il faut éclaircir ou expliquer ce qui est ambigu , comme ce qui est obscur , énigmatique, mystérieux; il faut définir, marquer avec précision ce qui est équivoque. Une bonne exposition ne contient point d'aninguité; un bon
raisonnement ne souffre point d^équivaque. Parler sans ambiguité, c'est parler nettement (Boss., Sâv.), sans voile, sans ambages (latin anibages, d'où ambigutu et ambigu) \ parler sans équivO' que^ c'est parler distinctement (Mal., Dest.), tenir un discours qui ne soit pas égal, qui ne signifie pas également une chose et une autre. Il n'y a rien de clair dans ce qui est ambigu ; il y a un sens très;-clair dans ce qui est équivoque. mais ce sens peut être trompeur.
Vous y seres , ma fille, dit Agamemnon à Iphigénie , en lui parlant du sacrifice qui se prépare. Parole équivoque , et non pas ambiguë , puisqu'elle présente tout d'abord un sens ikcile à saisir. — Ordinairement , on est plutôt ambigu y malgré soi, ou par négligence, et équivoque y parce qu'on le veut bien. «Oue peut-on croire d'un livre dont l'auteur , après y avoir promis une entière précision, etunèloignement de toute équivoque , n'en a pu venir à bout et le remplit d*ambiguUés? » Boss. «Ces réponses obscures ou équivoques des oracles , sous le voile desquelles les esprits de ténèbres achaient leur ignorance , et par une ambiguùé étudiée se ménageaient une issue, quel que dût être l'événement. » Roll. Cependant il se peut qu'on recherche aussi volontairement ruindtyità^'; mais c'est pour esquiver, pour sortir d'embarras, en s'enveloppant, en ne disant rien, au lieu qu'oa n'est équivoque que pour faire prendre le ciiaiige, ou tromper en mettant en avant mn sens très-clair qui n'est pas celui qu'on a dans l'esprit.
Sous un certain rapport, ain&i(n*il^ enchérit sur équivoque. On se fait au moins une idée decequi est équivoque^ seulement cette idée peut être fausse; ou bien on s'en fait deux idées entre le:$queUesi on ne saurait choisir. On ne se fait aucune idée de ce qui est ambigu. « Il y a de Vamàiguité, lorsque le double- sens qui résulte de l'équivoque ou de l'amphibologie rend le discours fort ol* scur.»CoHD. «Abuser de Vambigutté des mots.... Nous ne restreignons pas le mot d'ambiguité aoi seuls mots qui sont grossièrement équivoques ^ ce qui ne trompe presque jamais : mais no ai comprenons par Ut tout ce qui peut faire changa de sens un mot, surtout lorsque les hommes m s'aperçoivent pas aisément de ce changemeni. parce que, diverses choses étant signifiées par U même son , ils les prennent pour la même chose. . . J'apporterai quelques exemples de cette ambt9«iit< qui trompe quelquefois d'habiles gens. 9 P. Ri Le cochon a des caractères équivoques , des c» ractères av%bigus , dont les uns sont apparents ej les autres obscurs.... Il est en tout d'une natun équivoque ^ ambiguë (Boff.). « Réponses équivO' ques et ambiguës que les grands seuls savent si bien faire pour se dispenser d'accorder ce qu'il ne peuvent refuser sans se déshonorer. » Yk&^
Le double-sens retsemble beaucoup à Véquir4 que, etdiflère comme elle de Vambigutté. I>o^ bU^ens et équivoque désignent le même délaui une sorte d'ambiguOé, celle des écrits ovl d^ discours qui laissent ou font balancer l'espï entre deux sens ou deux idées seulement, «i règne par tout le livre des Maximes dessaisUs v double-sens^ une équivoque perpétuelle qui Cal
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
flotter l'esprit entre deux écueils, entre deux hérésies. » Boas. « Dans la première lettre vous trouverez que U. de Cambrai reconnaît un dotthk-ten* dans son livre , qui, dit-il, est tellement ^outenable Tun et Tautre , qu'à Rome même on ^'est partagé U-dessus. C'est convenir clairement (\ue VéquitoqM règne dans tout l'ouvrage. » In. s Lorsque par le sens le rapport est hien décidé , il n'y a plus d'équivoque , et c'est une critique minutieuse et de mauvaise foi , que de trouver un donble-tens dans une phrase aussi oetle que celle-ci : Scipîon doit....-» Marm.
Vais si Véquivoque est le plus souvent volontaire, le dovble-stns l'est toujours; c'est toujours un subterfuge auquel on a recours pour ne pas se compromettre , pour faire entendre une chose pendant qu'on en a une autre dans l'esprit. Les prêtres du paganisme usaient de dcyiMe-sens quand ils faisaient prononcer aux oracles des réponses à double entente , qu'on pouvait suivant les circonstances interpréter dans un sens ou dans l'autre :
Aio te, jgaddm, Jtonmtfli» Ptmeerê potsê,
Ce fui Un ( l'Équivoque), qui partout fis parler les
oracles :
resl par ton doubU-sen* dans leur discours Jeté ^>u'ils surent, en mentant, dire la vérité, Kl , sans crainte rendant leurs réponses normandes , Ocs peuples et des rois engloutir les offrandes. Bon.. Tout oracle est douteux, et porte un douhle-^tnt, Lav. B* autre part , àoiMe-^en* est un mot tout français : on s'en sert pour exprimer des jeux d'esprit, des plaisanteries, des allusions, des tours d'adresse , quelque chose de fin , de spiri- Cuel ou d'enjoué. Le lendemain du jour où le Tartufe avait été joué pour la première fois, on allait le rejouer, et l'assemblée était très-nombreuse. Mais il arriva un ordre du premier président du parlement portant défense de jouer la pièce. Molière s'avançant alors vers les spectateurs , leur dit : « Messieurs , nous allions vous donner le Tartufe , mais Monsieur le premier président ne veut pas qu'on le joue. » Voilà un doublesens. Mais r^qutvoque est moins innocente; elle est ordinairement méchante, basse, odieuse ou -)bscène. Pascal reproche aux jésuites de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes de leurs adversaires par les malicieuses subtilités de leurs nouvelles iquiw>ques; et Bossuet trouve que Molière a rempli tous les théâtre des éq^oques les plus grossières. Des raots à doubie-sens n'ont pas la gravité des mots équivoques. « Saint Jérôme obligeait la sainte fierge Eustochiom à s'interdire certaines libertés iont on ne se fait point communément de scru- Hile : les rendez-vous dérobés, les visites fréruentes , les mots couverts et à double-sem , les ettres enjouées et mystérieuses, les démonstraions de tendresse et les privautés d'une amitié taissante. » Bouan.
Atnphiboioffie venant du grec est un terme echnîque , un terme de grammaire , employé ans récole seulement et presque inusité dans le ingag^e commun , où il aurait une teinte pédan- Esque. «Voici un passage où vous trouverez à la (is anaphtTrologie et solécisme. » Volt. Dans ses
sn. f Kasç.
commentaires sur Corneille , Voltaire , entre autres fautes de langage , reproche souvent à notre grand tragique des amphiholiigits. Laharpe s'en sert assez souvent aussi dans son Cour^ ds littérature. U y dit , par exemple : « Tel est , dans ces sortes de phrases , l'inconvénient de la particule de , que souvent elle est susceptible par ellemême du sens actif et passif, et que, pour éviter Vamphtbologie , il faut avoir soin de déterminer l'un ou l'autre. » De son côté , d'Alembert appelle V amphibologie une équivoque grammaticale. « Il n'y a point d'écrivain qui ne se soit permis quelquefois ces légères amphibologies que la nature de la langue française rend presque inévitables. J'aurais pu traduire pour éviter cette équivoque grammaticale: il rappela....»
kftE FAIBLE, CŒUR FAIBLE. ESPRIT FAIBLE. Ces trois expressions marquent difliérentes sortes de faiblesse.
Vâme faible est sans ressort , sans vigueur, sans empire sur elle-même, et, relativement aux autres» susceptible de toutes les impressions, facile a ébranler, à entraîner.
Le ccBur faible, suivant les deux acceptions figurées du mot cœur, est trop tendre, ou bien pusillanime , sans force dans le péril contre les difficultés et les obstacles.
Vesprit faible n'a pas la force de discuter ce qu'on lui propose à croire , embrasse les opinions sans examen.
La mollesse de la volonté fait Vdme faible; l'excès de sensibilité ou la lâcheté , le ccBur faible; la crédulité, Vesprit faible.
Les âmes faibles se laissent trop aisément mener ou gouverner; les cœurs /aidJes, trop aisément toucher ou décourager; les esprits faibles trop aisément persuader.
Les hommes absolus voudraient bien avoir toujours affaire à des âmes faibles; les séducteurs et les poltrons à des cœurs faibles; les imposteurs à des esprits faibles.
« Dbs dmes faibles et susceptibles de toutes les impressions. > Bouan. « Des Ames servîtes et mercenaires (celles des domestiques) , des dmes faibles et sans éducation, faciles à tourner au maL > In. « Des dmes faibles, toujours prêtes à recevoir les impressions d'une fureur étrangère.» Volt. ^«Lâches chrétiens, qui, par une faiblesse de cœur, par une crainte servile , lorsqu'ils devraient exercer leur zèle pour Dieu, abandonnent indignement ses iatérêts. » Boa an. « Le courage manque, les vains prétextes viennent flatter un cœur faible et ébranlé. » FAw . — « Saint Paul croyait, et ce n'était pas un esprit faible. » Bouan. « Ils disent que tous ceux qui rejettent cette doctrine sont des ignorants et des e^jpnts faibles. » FÉN. « Tant que Tertullien défendit la vérité , il montra du génie : dès qu'il écrivit pour l'erreur . on ne vit plus en lui qu'un esprit faible , faux et crédule. » Conn.
AMOUR, — GALAIVTERU, COQUETTERIE. Dans le sens de chacun de ces mots se trouve contenue l'idée du goût ou de l'attrait d'un sexe pour l'autre.
Mais d'abord l'amoiir est une afEiiire de sentimant, au lieu que le cœur n'est pour rien dans
It
DEUXIÈME FA^RTIE :
)a galanterie et la $oqvte{teriê. «Ce qui se trouve le moins dans la galanterie , c'est Vamour. a> La- HOCH. « Les femmes croient souyent aimer, encore qu'elles n'aiment pas... Elles se persuadent qu'elles ont de la passion, lorsqu'elles n'ont que de la coquetterie. » Id.
Vamour est sérieux : il attache fortement , et suppose dans l'âme une impression profonde. La gcàanUrie et la coquetterie sont enjouées et badines : on les regarde d'ordinaire comme des gentillesses (Boss.) ou des amusements. Tibulle soupire Vamour; Ovide tient les propos de la^ Imnterie et de la coqitetterie. VavMur vous dépeint ses tourments ; la galanterie et la coquetterie vous content des fleurettes. La tragédie admet Vamour; mais elle exclut la galanterie et la coquetterie comme indignes de ses personnages. On a reproché à Racine d'avoir substitué dans ses pièces le langage de la galanterie, et quelquefois même de la coquetterie , à celui de ]lamour (Volt.). « Notre théâtre fut accusé d'être une école continuelle d'une gcdanterie et d'une coquetterie qui n'a rien de tragique,... Gomeilie a mis de petites coquetteries ridicules dans la bouche de Cléopfttre.... L'origine de cette langueur , de cette faiblesse monotone venait de ce petit esprit de galanterie , si cher alors aux courtisans et aux femmes. » Id. « Si Ton 7 prend garde, Yamour^ dans beaucoup d'ouvrages dont la terreur et la pitié devraient être l'âme, est traité comme iL doit l'être en. effet dans le genre comique. La gaUmterie , les déclarations d'amour, la coquetterie, la aaiveté, la. familiarité, tout cela.na se tnuw que trop chez nos héros et nos héEclnes de Bome et de la Grèce. » Id.
Vamour livre notre cœur sans réserve à me seule personne qui le remplit tout entier et le rend indiffèrent, à toutes les autres beautés de r^miïKfs. lA galanterie ei la eequelterté voltigent scnecme, et jamais. éUe» ne. se fixent teliement sur un objet , qu'elles ne promeut auoun goût aux autres. .
Enftn, l'ometir est souvent le frein du viee et s'allie d'ordinaire avec les vert». La gaèanterie et la coquettrie sont des vices, des désordres; car elles tendent à leur propre satis&ctioa par le mensonge, c C'est de lieurs vices (dss femmes) et dee nôtres , de la poditesee des hommes et de la coquetterie des femmes, qu'est née cette gâtante* rie des dau» sexes qui lea eorrom|it tour àtour. » Rav.
€aiafftBn>, caquetP/ràt,
La galanierie' est mn perpétoel menaoage de Yamowr (Montbsq.) r elle feint d'aimsr une personne pour obtenir ou pour conserver seeftnieure. La coquetterie est un autre mensongO'de l'amour : eQé diercheà plaire, laissant espérée un- bonheur qu'elle n'a pas dessein d'acsofder, La geÊttLUtêrie a floa fondement daa»: ku sensualité ou< dan» un vice de complexion ; la coquetterie s* pour principe la vanité.
Hua ISsosme galante veut qu'on l'aÎB»; fl salit à 1B0 co^^te d'êtr» trouvée aiauLbfe et de passer pour belle. La première va successivement d'un engageHisnt â un antre ; la seconde , sans vouloir j'eDflfiger , et eherchant san» cess» 1 voqs- séduirg ,
à vous asservir , a plusieurs amusements à la fois.
La galanterie est voluptueuse : elle veut du plaisir , et parfois elle dégénère en libertinage ou en débauche, a Reprocher à une femme un commerce de galamlerie, » Bodrd. « Il JEaut de grandes I villes , il faut de la galanterie et même de la déj bauche. » J. J. a Dans le palais de Caligula , il y avait beaucoup de galanierie et de rendez-vous, s Volt. Une entremetteuse est définie par Lesage: a une messagère de gdantm^, 3> ~ La coquetlmt est cruellement égoïste : pourvu que la eoq^ietu ait des adorateurs , que lui importent les déceptions qu'elle cause? «Une M^ueMe excelle dans l'an d'amuser plusieurs soupiTants.»J. J.a Une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire et sur l'opinion qu'elle a de sa beauté. » La.br. «Les femmes voudront plaire an roi et aux ministres : leur ooqnieftem remplira la cour ^intrigues. « Coiin. a Une eoqutUo était venue à Onide : eUe marchait entourée de tous les jeunes Gnidiens-, elle souriait à l'un , parlait à l'oreille à l'autre', soutenait son bras sur un troisième , criait à deoi autres de la. suivre^ » Montbsq. « Une eoqutut est un tyran qui veut tout asservir pour le seul plaisir d'avoir des esclaves. D'elle-même idolâtre . tout le reste ne lui est rien : son orgueil se £ait un jeu de notre fjiblesse , et un triomphe de ncs tourments. Ses regards mentent, sa bouche trompe , ses charmes sont autant de poisons. > Marw.
Ainsi, la galanierie est plus aviliasazrte, et h coquetterie plus odieuse.
!• AMOUR, TSNDRBflSH, BWbITIATIOlf ; - 2» AMITIÉ , AFFfiCTION , ATTACHEMENT. DisposttioBs ou mouvements de l'âme vers les personnes ou les choses qui lui plaisent.
L'ommor, la. tendireem et VineHnatian dépendent davantage de la sensibitflé , ils sont plus spontanés, plus involontaires, ils naîsseiit et meurent sans raison, d'une manière brusque et capricieuse. V amitié y l'affection et Vallucheinent tiennent moins au tempérament , à la constitution: ils supposent la séflexion, l'estime, la préférence; ils naissent et croissent peu à peu, et comme il est en notre pouvoir de vouera quelqu'un , non pas de Vamour, de la tendresse ou de VincUnedion , choses dont la nature seule décide , mais de Vamitiéy de Vaffection ou de rattachemont, il. est anssi en notre pouvoir de les lui retirer, c L'amour naît brusquement, sans autre réflexioB, par tempérament ou par faiblesse; VemeUié, sa. contraire, se forme peu à peu , avec le temps^, par la pratique, par un long commerce. »LAfift. «Dans Vamitié, c'est l'esprit qui est l'organe du sentiment; dans ramour*, ce sont les sen». v Yauv. c Les années du prince s'avancent , et la tendresee du roi se change en amitié: ce fils si cher devient un ami fidèle. Htonseignear est associé- aux seereta du gouvernement.... > Mass. «Jamais ministre n'a été si avant que Chamîllvf , na&dans l^sprit du roi par l'estime de a» eaptoilé , Biais dans son coeur par vu goût qu'il avait pris pour lui.... Mme âe Maintenon n'avait pas mota»de tenéreue pour lui, car c'est de ce nom que cette aff^tion se doit appeler. » S. S.
1^ J«o«r, tmdnem^ inclination.
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
Vamour a d'abord un caractère de trèsrgrande généralité. Il se dit de toutes les choses qu'on aime, vers lesquelles on se sent porté. 11 y a Vamour du TÎn , des fruits , des richesses , du jeu , de la gloire , dé la patrie , de la nouTeautè , de la faveur, de la liberté , du repos; il y a Vamour paternel , filial , conjugal y Yamour de Dieu , Yamour du bien, etc. 3fais> soit qu^on le considère par rapport à des personnes ou à des choses , ou même qu'on le restreigne à exprimer ce qu'un sexe éproure pour l'autre , le mot sera toujours facile à distinguer de ses synonymes à l'ardeur, à la rébémence qu'il implique : Vamour est toujours une passion; la tendresse et Yinclination &0Lt plutôt des sentiments.
la tendresse est quelque chose de dDux , de féminin, de flatteur, de gracieux, mais de {feu héroïque; elle se rencontre rarement avec le courage. Elle est sans force; elle ne sait qu'aimer, elle fiait qu'on se donne , qu'on se livre tout entier k celui qui en est l'objet , qu'on s'absorbe en lui. EUe consiste toujours en une douce et ioactireémo^on; la joie, les larmes en sont des . suites assez fréquentes : rerser des larmes de tendresse (J. J.). La tendresse d'un père et d'une mère les rend faibles à l'égard de leur enfant, leur fait fermer les yeux sur ses déiSiuts. « L'égalité du coUége est une invention extrêmement bonne pour ôter aux jeunes gens Ta tendresse et les autres défauts qu'ils peuvent avoir acquis par la coutume >i'ètre chéris dans lâs maisons de leurs parenls^aDisa
CcHex, llcfaes iendresset.
De Jieler daos mon cœar vos indignes faiblesses.
GORN.
« Ifoi. cDtTallles paternelles s'émeuvent de tendresse à chacun d^ ros succès. » Yolt. « La musique peut faire sentir à l'âme la douceur^ la pitié , la tendresse « le doux plaisir. » Montssq. •
L'tiiclifia(»6n est un commencement d'amoiif o«. 00 tendresse , quelque chose de vague et d'indéterMÔnà; aussi ne dit-on pas donner des témoignages d'incUnation ^ comme on dit en donner d'amour ou de tendresse. Entre Yamour et Vinelinatûm il y a, sous le rapport de la force , une oppofiitiotii manifeste, a Je ne comprends pas qu'on paisse ae marier sans amour, et sans amour violent; et^hien loin d'avoir en de la passion , je n*ai même jamais eu d^ncUnaUon pour personne ; si je n» siùs point mariéa, c'est parce que je n'ai rien aimé. » Duif. « Il ne faut pas s'étonner si quelquefois nous sentons pour les autres au prenier abord de l'éloignement ou de YineUnaiion. » Cos».
3* Awnùi/y affection ,. attadiemnU.
Q en est de Yamitié A l'égard de YaffecHon et dt Vaiiaohement comme de l'amour i Tégard de to tmdruse el de VinsUnation: elle est plus vive et portée i un iplns haut point. En outre , elle suppose d'ordinaart réciprocité. De U vient qu'elle m saurait aroir que des personnes pour objet, «tde là vient aiisd qu'elle entraîne des devoirs, an échnngft mutuel de sqina et de bons of^es foor les personnes qui en contractent les liens. XZZe doit sa naissance & une certaine conformité dldées, de mœurs, de caractère j c'est pourquoi
elle se trouve rarement entre gens & qui la diversité de leurs états et de leurs rangs ne permet d'avoir ni les mêmes pensées ni les mêmes goûts. C'est donc une communication intime et accompagnée de bienveillance entre deux êtres qui s'apprécient mutuellement, qui se complètent l'un par l'autre, qui ont confiance l'un en Tautre, et qui peuvent se traiter d'égal à égal.
Vaffection naît d'une manière douce et tranquille , et comporte tous les degrés inférieurs de Vamitié. Elle se distingue par sa modération. a. Lorsqu'on estime l'objet de son amour moins que soi , on n'a pour lui qu'une simple affection ; lorsqu'on l'estime à l'égal de soi , cela se nomme amitié,... On peut avoir de Vaffection pour une fleur, pour un oiseau , pour uu cheval ; mais on ne peut avoir de Yamitié que pour des hommes.» Dbsc. Vaffection nous fait sympathiser avec les personnes que nous fréquentons ; elle nous porte à avoir pour elles de la bonté et de Tindulgence , et nous en rend la société agréable. C'est de tous les sentiments bienveillants et sociaux le plus général, celui qui sert à les représenter tous.*On ne dit poibt nos amours sociales , comme on dit nos affections sociales. « Toutes les relations de l'homme avec son espèce , toutes les affections de son &me naissent avec l'amour. » X. J. Vaffection considérée généralement , et d'homme à homme , est le contraire de la haine; aussi oppose-t-on les passions affectueuses aux passions hainçuses. «Voilà comment les passions douces et affectueuses naissent de l'amour de soi , et comment les passions haineuses et irascibles naissent de l'amour-propre. » J. J.
a II me semble, dit Condlllac , que attachement ne signifie plus grand'chose ; c'est un mot dont on se sert quand on ne seut rien pour quelqu'un , qu'on ne sait trop dire ce qu'on sent et qu'an ne veut pas s'engager à prendre beaucoup d'intérêt à ce qui le regarde. Cela peut venir de l'abus qu'on en fait au bas des lettres. » Quoique cet arrêt soit d'une sévérité excessive, toujours est-il que rattachement est un sentiment bien plus fliible que Yamitié , et même que Vaffection : il touche moins au cœur, il consiste presque uniquement ft tenir d'une manière quelconque aux personnes ou aux choses, à n'y être point indifférent. « Vattachement ou l'indifférence que les philosophes avaient pour la vie n'était qu'un goût de leur amourpropre. 9 Laboch. c L'éléphant est susceptible d^aita^he , d'affection , de reconnaissance. » Boll. « Dans le zèle qui vous ikit occuper de lui sans cesse , votre élève ne voit plus Yattachement d'un esclave , mais Vaffection d'Un ami*. » J. J. — Parce que Yattachement est un sentiment peu prononcé ou peu profond , il a plutOt des choses pour objet; au liéU que, par U raison contraire , c'est à des personnes que se rapportent le p^is souvent l'affiction et toujours Vamitti. « La reine d'Espagne laiuit tout espérer de son attacT^ement naturel au saint- siège et de sou affectùm pour la ])ersonne du pape. » S. 8.
ANALOGIE, RESSEnLANGB, SIHILITDMC, CONFOBJillX&. Ces mota expriquent entre les choses un grand rap|)ort, des traits communs « des qualités identiques, qui tes amptehent de