‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 246 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

iian entre la France, VlUlie et rAllemagne la rendent industrieuse, riche et commerçante. » D*Al. — D'un autre côté , la position étant reflet d*une action , désigne plutôt quelque chose de volontaire , de fait par les hommes ou de précis. « Racine dit toujours ce qu'il doit dire dans la position où il met ses personnages. » Volt. Un / pays est dans telle situation , et sa position est bien ou mal indiquée sur la carte. Vous direz d'une manière générale et vague que telle ville est dans une situation avantageuse ; et, en déterminant davantage , que sa position entre tel et tel pays lui donne la facilité de faire ceci ou cela. « Les croisés arrivèrent tous ensemble à Constantinople y dont ils admirèrent la grandeur extraordinaire , aussi bien que sa situation avantageuse : • elle commande à deux mers , et à voir sa position entre l'Asie et l'Europe, elle semble être faite pour les tenir toutes deux dans sa dépendance. > Boss.

ASSISTER , ÊTRE PRÉSENT. Se trouver dans un lieu au moment où il s'y passe quelque chose.

Ces deux expressions ne paraissent pas différer par leurs radicaux : assister , c'est se tenir auprès ou devant, ad stare; être présent ^ c'est être étant devant, ens prx.

Mais assister est un verbe, et comme tel il exprime un fait; être présent est une circonlocution adjective, et par conséquent il marque une qualité. Ensuite, en vertu de sa particule initiale ad, assister désigne un fait volontaire : il suppose une certaine activité développée par l'agent. De sorte qu'on assiste quand on se rend exprès dans le lieu pour être présent , et de plus on prend d'ordinaire quelque part à ce à quoi on assiste. Au contraire, quand il arrive à'étre présent , c'est sans l'avoir voulu; c'est par hasard qu'on se trouve là; on est regardant , et non pas spectateur. Cette différence est bien marquée dans le passage suivant de Bourdaloue : a Le publicain n'osait porter la vue sur ceux qui étaient présents et qui €usistaien$ à cette prière publique. > Ces personnes étaient présentes par rapport au publicain; elles n'étaient pas venues pour le voir. Mais elles assistaient à la prière , s'étant rendues dans le temple afin d'y prendre part.

On dira donc assister à la messe , à un sermon, à une cérémonie , à une représentation , à des funérailles, à des noces, à une assemblée, parce qu'on y vient tout exprès, et qu'on ne reste pas étranger à ce qui s'y passe. Et c'est souvent par devoir qu'on se rend ainsi présent. On assiste régulièrement (J. J.) ou exactement (Bouro.) au service divin.

Mais on dira être présent à un accident , à un fait qui n'a pu être ni annoncé ni prévu. « Il n'y eut jamais de mort si prompte que celle de M. de Paris. Mme de Lesdiguières a été présente à ce spectacle. » Siv. « M. de Beauvilliers avait été présent à ce qui venait de se passer. » S. S. « rétais présent lorsque la chose arriva. » Ackd. c Je fus présent à cette conversation : je l'ai fidèlement recueillie. » Volt, c La peinture de ce miracle faite par l'évangéliste est si sensible, que nous croyons en le lisant y être présents nousmêmes. » BOUBD.

Assister , c'est se rendre présent en un lieu pou! prendre part à ce qui s'y fait. Y être présent. c'est s'y trouver, quand quelque chose s'y passe. Un simple. témoin a été présent à ce qu'il rapporte ; il n'y a pas assisté. Ordinairement , quand une opération chirurgicale a lieu , il y a des personnes qui y assistent , savoir celles qui assistent l'opérateur, qui y sont venues pour cela, ses aides, et d'autres qui y sont présentes ^ savoir celles qui se trouvant là voient ce qui y arrive.

Puisque les faits auxquels on assiste suppo« sent qu'on est venu exprès dans le lieu où ils se produisent, ils sont de ceux qui sont réglés et déterminés d'avance, comme une réunion, une cérémonie , des jeux ; mais ceux auxquels le hasard veut qu'on soit présent peuvent être d'une tout autre nature. Gicéron dit à Catilina : « Tu ne tiens point de conseils si secrets que je n'en sois averti ; j'y assiste; je suis présent jusqu'à tes pensées. « Vert.

ASSOCIER , AGRÉGER. Mettre de compagnie.

Associer y ad sociare, c'est donner pour compagnon ou pour allié {socius) , faire entrer en <ociété. Agréger J aggregare y c'est joindre à la troupe, au troupeau (grex^ gregis).

On associe à beaucoup de choses , à l'empire (Boss., Sér.), aux mystères (YoLT.), à sa Ubie (Labr.) , à des travaux (Lbs. , d'Al.) , à une entreprise (AcAD.), à un commerce (Id.): la grice nous associe à la nature divine (Bourd.) On associe aussi à un seul homme : Ulysse marcha contre Polyphème avec les quatre hommes que le sort lui avait associés (Fén.). « Pour faire cet examen, on m*a$socia M. de Châlons. > Boss. Mais on agrège seulement à un corps ou à on ordre. « Pline dédia son ouvrage à Tite, ailors presque associé à l'empire par Vespasien son père.... Pline avait été agrégé dans le collège des au gares. » ROLL.

Associer se prend aussi dans cette acception étroite , sans pourtant équivaloir tout à tùx à son synonyme.

Vassocié contribue à former le corps; Vagrége est joint au corps. *- « Dieu ocioeûi les gentils et les juifs dans la même créance. »■ Bourd. « Jésus-Christ appela les gentils pour les agréger à son peuple. » Boss. — « Nous deFons nous aimer en hommes fidèles, associés dans un même corps de religion. > Bourd. « Par le baptême, nous avons été agrégés au corps de V£g|llse. » In. — On est associé en corps , et agrégé à nn corps.

Entre Vassoeié et le corps il y a fusion , union

intime, coopération : entre Vagrégé et le corps il

n'y a qu'adjonction. Vassoeié est incorporé, et

Vagrégé attaché. Tous les associés des jésuite

faisaient partie de leur ordre ; mais ils avaient

aussi des agrégés de tous états, même mariés.

qui faisaient les mêmes vœux en tout ce que

leur état pouvait permettre, et on prétend que

Louis XIY, grâce à son confesseur, le père Tel-

jlier, eut l'idée de se faire agréger ainsi dans

cette compagnie (S. S.). De même, dans l'institu^

pythagoricien, les associés, ceux qui composaient

' proprement V association , étaient les membre^

I ordinaires. Mais , de plus , des externes , hommd

I et femmes, étaient agrégés aux différentes maii

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

s«D5, et j TenAMut de temps en temps prendre , psrt aux eiercices ; sans compter des affiliés y :'est- à-dire des hommes vertueux, la plupart éta- Hii en des endroits éloignés , s'intéressant seulenent aux progrès de Tordre, se pénétrant de son Kpril et pratiquant la règle (Bàrtb.)* Les physiciens ap^Uent agrégats ou même agrégéi des uoas , des assemblages de particules entre lesquelles il n'y a rien de commun, si ce n'est ja'elles adhèrent les unes aux autres. Dans VUnirersité, les agrégés tiennent ou appartiennent LQ corps enseignant , mais ils n'enseignent pas îBCore.

D'ailleurs, des deux Terbes anocia/re et ogrejm le second est le seul qui se soit dit en latin dans ce sens. C'est pourquoi dans notre langue il se rapporte plutftt à des corps savants. « Des cnopes de prosélytes Tiennent en foule pour être iSrigés dans Técole de Jésus-Christ. » BourdiVous Toilà oj^r^^^ au nombre des bons auteurs; relie livre m'a paru très^bien fait, très-commode f très-utile. > Yolt. « Les deux Cassini furent Hin et l'antre agrégés aux plus célèbres acalénues. * S. S. c A quelle secte agrégeronsmu l'homme de la nature? » J. J. c On a ^t injure & liachiarel en agrégeant à son école K» docteurs réTolutionnalres. » Lab. «A Genève. ksiTocats, les notaires, les médecins, forment ies corps auxquels on n'est aj^^^y^ qu'après des euniens publics. » D'Al. Mais en langage commun on dira qu'on est associé à une confrérie [Bcss.); que la grâce dans le baptême nous a asnàés à l'assemblée des sainU (Mass.); qu'Aratos associo sa patrie à la ligue des Achéens (Coud.), etc.

ASSemER, AfFERMIR, CONSOLIDER, ARRE- TER , FIXER , ATTACHER. Mettre quelque chose daos un état de stabilité.

On assure ce qu'on met en sûreté ^ ce qu'on gar&ntit ^ ce qu'on préserye ; on affermit ce qu'on rend ferme, inébranlable; on consolide ce qu'on KDd soUdê , indestructible ; on arrête ce dont on ODpéche le mouTement3 on fixe ce qu'on arrête nnhablement, à demeure; on attache ce qu'on rend stable en le liant ou en le joignant à autre dose.

Assurer e>t le seul de ces yerbes qui soit rela< t{ à des attaques possibles et qui en marque PinutiViVë. Ce qui est assuré, n'est point exposé, n\ Tveu à craindre , ne périclite point. Aussi dit-on dsnirer contre , tandis que les autres yerbes qui suivent s'eiLploient simplement ou avec nne antre préposition. «Alexandre ne partit qu'après aroîr assuré la Macédoine contre les peuples barbares qui en étaient Toisins.... Après la bataille d'Issus , il laisse fuir Darius , et ne s'occupe qii'i affermir et à régler ses conquêtes. > Mgrtbsq. <h emure ce qu'on met à l'abri de certains acciicits ou de certains risques; on affermit ce qa'oQ assoit sur de bons fondements. T7n genêts Uficre sa position ou les derrières de Tannée; il flfiSsmii la discipline et le courage des troupes. 2ii foi assure la raison de l'homme contre le ^Dsoagt et l'erreur (Bourd.); l'amour-propre ^eos affermit dans nos sentiments (Labr.). La ^^ice nous assure contre les tentations , et nous

affermit dans les saintes dispositions où nous « pouvons être de fuir le péché (Bourd.).

Affermir et consolider diffèrent en ce qu'a/fermir suppose plutôt une chose simple , et consola der une chose composée ; affermir une muraille , consolider un édifice ; affermir une âme , consolider une alliance. Ce qui chancelle a besoin d'être affermi; ce qui est rompu , désuni , ou ce qui tend à se rompre , à se désunir , a besoin d'être consolidé.

Arrêter se dit des choses en mouvement; il en est de même de fixer : on arrête et on fixe une persienne en empêchant qu'elle ne soit agitée par le vent.

Mais on arrête celle dont on arrête le mouvement , celle qui a été effectivement agitée , et dont on fait cesser seulement l'agitation actuelle; au lieu qu'on fixe celle qui pourrait être mise en mouvement , et dont on prévient toute espèce d'agitation. En sorte que fixer revient à arrêter d'une manière invariable et par conséquent forte. Qui arrête sa vue sur un objet ne rétend pas plus loin ou au delà ; qui la /ixe l'arrête précisément , fortement , sans lui permettre aucun écart « Notre cœur nous échappe à chaque instant; rien ne VarrêU. rien ne le fixe. » Mass.

Attacher une chose , c'est la faire tenir à une autre, au moyen d'une attache, d'un lien ou d'autre chose semblable : attacher les voiles au mât ; le lierre s'attache à l'ormeau. Ce qui arrête nos regards nous intéresse;* ce qui les fixe nous intéresse vivement , uniquement , nous passionne ; ce qui les attache nous captive , nous enchaîne , nous ne pouvons les en détacher y les en séparer.

ATTACHEMENT , DÉVOUEMENT. On a de VaUochement et du dévouement pour un homme ou pour un parti auquel on s'est lié par un engagement volontaire. «Le prince de Gondé fut un modèle de VattMhement et du dévouement qui sont dus au roi. » Bourd.

Vattachement est un engagement de cœur qui a ses degrés , et c'est pourquoi ce mot est synonyme à'amitié et d'affection. Le dévouement n'est point un fait de sensibilité , et ce qui le caractérise , c'est d'abord la plénitude des dispositions (^u'il exprime : le dévouement est une sorte d'abandonnement et de servitude. Quand on est attaché ^ on tient beaucoup à la personne, on. ne s'en détache pas aisément; quand on est dévoué y on ne s'appartient plus , on s'est donné sans réserve.

En second lieu , Vattachement a plutôt rapport à l'intérêt qu'on prend à la personne ou au parti, et à la difficulté de nous en détourner. Le dévouement en a davantage aux services qu'on est prêt à lui rendre: « Ce ne sont que protestations de. services et d'un dévouement sans réserve. » Bourd. Je vous suis attaché: je m'intéresse à tout ce qui vous touche , je me range de votre parti , et rien ne saurait m'en éloigner. Je vous suis dévoué : je suis votre serviteur, votre esclave; je me suis obligé comme par des vœux et une consécration à faire tout ce qu'il vous plairai

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