‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 260 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

les bons et les mauvais succès.* àcad. Hais ce ! qui , dans Tusage, distingue surtout bonheur de ses synonymes, c'est la fréquence de l'emploi qu'on en fait : il peut servir à définir les autres mots de cette famille , qui , par rapport à lui , ex- . priment pipprement des espèces.

Le plaisir est le bonheur d'un instant , un élé- i ment du bonheur; car» à parler exactement, le | bonheur se forme d'une suite ou d'une somme de . plaisirs, a L'idée du paradis se présente si faible- 1 ment à l'esprit d'un homme amoureux qui se trouve vis-à-vis de sa maîtresse, que le sentiment actuel et passionné d'un plaisir volage prévaut sur l'image effacée d'une éternité de bonheur, > Vauv.. oc Je sacrifierai une joie plus sensible et de peu de durée à un contentement moins vif, mais stable et permanent, qui me procure, non pas un seul acte de plaisir , mais une habitude persévérante de bonheur. » D'àg. « Le plaisir peut avoir les transports d'une fièvre ardente ; mais le bonheur doit être égal , sans accès ni relâche , sans ardeur ni frisson ; c'est proprement la santé de rftme.v Mark. « Le plaisir est sans doute une excellente chose; mais le plaisir ne peut être pour l'homme un état habituel et constant. Le bonheur, c'est-à-dire un étatdoux et calme, voilà le but universel où doit tendre un être sensible et raisonnable.» Id. — On voit d'ailleurs par plusieurs de ces exemples que le plaisir peut avoir plus de vivacité que le bonheur; mais il est nécessairement plus passager.

Le bien-être est le bonheur physique, sorte de bonheur qu'on goûte ou dont on est capable , sans avoir besoin de posséder ou de développer la sensibilité morale. « Le bonheur n'est pas également réparti à tous les êtres sensibles : celui de l'homme vient de la douceur de son âme et du bon emploi de ses qualités morales; le bien-être des animaux ne dépend, au contraire, que des facultés physiques et de l'exercice de leurs forces corporelles. » Buff. « Le bon/ieur particulier de tous les membres d'une même société fait le bonheur commun de la société entière, de même que l'intégrité et la santé de chacun des membres du corps humain forment le bon état, ou, si l'on peut parler ainsi, le bien-être de tout le corps, s D'Ag. « Goûter la vie, la passer doucement, tant qu'elle est exempte de douleur et de péril, c'est le bien-être que la nature semble avoir accordé à tous les animaux, mais inégalement, selon les facultés dont elle a doué chaque espèce. Apprécier son existence , s*y complaire , en jouir et s'en rendre compte à soi-même paraît n'avoir été donné qu'à l'homme, et c'est proprement le bonheur. Ainsi , le bienrétre appartient à la sensibilité simple ; et le bonheur est réservé à la sensibilité réfléchie. » Mark.

jLa béatitude, beatitudo, est le bonheur destiné dans une autre vie à ceux qui auront pratiqué la vertu dans celle-ci. « Nous ne serons jamais heureux, si nous n'aspirons à une autre béatitude qu'à celle dont on peut jouir en cette vie. » Pasc. cO mon Dieu , vous comblez d'une béatitude toute pure vos saints dans la gloire de votre Fils unique.» In. «Alors le ciel est promis à ceux qui souftreni persécution pour la justice; les secrets de la |

vie future sont prêches et la vraie béatitude «tt mentrée loin de ce séjour où règne la mort. » Boss. «Le droit public se divise en deux espèces, dont l'une est le droit public temporel ou profane , parce qu'il ne regarde que les choses de la terre , et ne tend qu'à procurer une félicité présente; l'autre est le droit public spirituel on sacré, parce qu'il a pour objet les choses célestes, c'est-à-dire la religion, et pour terme la béatitude éternelle. » D'Ag. a Les péchés véniels offensent Dieu à la vérité , mais ne l'irritent pas au point de nous priver de la b^titude. s IfoirrssQ. « Si le dieu Brama n'a que ce présent à me faire (lui rendre son mari dans un^utre monde). Je renonce à cette béatitude. j> b. a L^béatitude anticipée de l'autre monde eût été pour Kme la duchesse d'Orléans en celui-ci , si elle avait pu voir le duc du Haine établi roi de France au préjudice de son mari. » S. S. « Saint Pierre demandait à demeurer sur le Thabor ; mais , eu le demandant , il ne pensait qu'à une félicité temporelle , et non point à l'étemelle béatitude de l'autre vie. » BouRD. c N'est-il pas bien beau et digne de l'ordre , que Dieu n'ait voulu donner à l'homme la béatitude qu'après la lui avoir lait mériter f » FÉN. oc Épicure défendait qu'on lui attribuât aucune chose indigne de l'immortalité et de la souveraine béatitude. 9 In. — Quelquefois béatitude n'a rien qui le distingue, si ce n'est qu'on l'emploie en termes de dévotion. Dans le Tartufe ^ Tartufe dit à Elmire :

En vous est mon espoir, mon bien, ma qoiélode;

De vous dépend ma peine ou ma béatitude.,..

Le bonheur de vous plaire est ma suprême étude ,

Et mon cœur de vos vœux fait sa béatitude,

La prospérité et la félicité ne noua adviennent pas, ne sont pas un pur effet du hasard, comme le bonheur; nous pouvons, par notre conduite, contribuer plus ou moins à les amener. D'autre part, la prospérité et la /î^tct't^ supposent toujours l'acquisition et la possession d'un bien positif, au lieu que ^on^ur se dit quelquefois ausà pour le mal qu'on évite. Mais voici ce qui caractérise plus nettement encore ces deux nouvelles sortes de bonheur.

La prospérité est le bonheur objectif ou extérieur , la fortune et l'état florissant des affaires ; la félicité est le bonheur subjectif ou subjectivement considéré , le contentement de l'âme. Notre prospérité brille aux yeux du public et nous expose souvent à l'envie ; notre félicité se fait sentir à nous seuls , et consiste dans la satisfaction intérieure.— Dans la prospérité on est comblé de biens et on voit réussir toutes ses entreprises : être né dans Isl prospérité et dans l'opulence (Mass.); être étonné de ses longues prospérités et du cours fortuné de ses affaires (Boss.). Dans la félicité on jouit, et parfois cela dépend plus du caractère que de la position : « La félicité est dans le goût et non pas dans les choses, et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux. » Larcgs.— Ptùfp^rtt^ indique ce qui arrive d'heureux & un homme à qui tout rit, pour qui tout tourne à souhait, «e Crésus envoya quérir Solon exprès pour lui faire admirer sa gran4e prospérité. » Fék. Félicité exprime ce qu'une âme éprouve de joie, de don-

SYNOKTMES À RADICAUX DIVERS.

eeur , d« suavité , de déliées. « Te yoilà au comble des plaisirs, tu Tas nager dans les délices; quelle /'<^itat^ lorsque deux cœurs bien épris approchent au moment attendu 1 » Regn.— Lorsqu'à est question du bonheur des justes au deU de cette vie , et qu'il s*agit, non de le désigner simplement, auquel cas on se sert de béatitude^ mais d'en marquer Tintensité, félicité est de rigueur, et frorpérité formerait un vrai contre-sens. « Dieu paye un instant de tribulation légère par un poids éternel de joie , de gloire et de félidté. » Hass. Les âmes des rois qui ont régné avec une sincère yertu jouissent dans les Champs-Elysées d'une jféliciié complète (Fén.).

« On Toit des princes et des grands qui n*usent de leur prospérité que pour la félicité de leurs sens. « Kàss. « Us regorgent de biens et d'honneurs, et il semble que le monde se soit épuisé pour les élever à une prospérité complète ; mais cependant leur cœur est* il satisfait? Etdaiisleur prospérité même, dans ce bonheur apparent, trouvent-ils en effet la félicité ?t» Bourp. «On plaint le riche plus qu'on ne Tenvie , malgré sa prospérité; mais on est touché du bonheur de certains états, par exemple, de la vie champêtre, parce qu*on se sent maître de jouir de la même félicité.y^J.J.

BONNES ACTIONS, BONNES OEUVRES. Les unes et les autres sont moralement louables.

Seulement , bonnes actions est l'expression ordinaire , au lieu que bonnet œuvres se dit en termes de piété. OEuvre» du latin opta, opem, travail, entre dans plusieurs autres locutions qui n'ont cours que dans le langage de l'Ecriture ou de VÊglise : V œuvre de la rédemption; V œuvre de chair-, œuvre pie. OEuvre signifie particulièrement aussi la fabrique d'une paroisse ou le banc des maiiguiiiiers.

L'homme de bien fait de bonnes actions ;le bon chrétien , de bonnet ceuvres. Les bonnes actions sont conformes à la raison; les bonnes œuvfes, à la foi. On obéit à la voix de l'honneur ou de la conscience en faisant de bonnes actions; on travaille à son salut en faisant de abonnes œuvres. Les bonnes cLCtions sont opposées aux mauvaises , aux fautes de toutes sortes; les bonnes œuvres le sont aux péchés.

« Pythagore nous donne le conseil de rappeler le soir ce que nous avons fait dans la journée , pour nous applaudir de nos bonnes actions ou pour nous bUmer de nos mauvaises. » Las. ce L'honnête homme à Paris n'est point celui qui eût de bonnes actions , mais celui qui dit de belles choses. » J. J. «Ce général croyait qu'il suffisait, pour commander, de louer les bonnes actions, sans châtier les mauvaises. » Roll. « Les Perses croyaient qu'il était raisonnable de mettre dans la balance de la justice le bien comme le mal, les mérites du coupable aussi bien que ses démérites , et qu'il n'était pas juste qu'un seul crime effaç&t le souvenir de toutes les bonnes actions qu'un homme aurait faites pendant sa vie. 9 In. < Dieu veut seulement que nous fassions pour lui tout ce que la raison nous doit faire pratiquer; il n'est pas question d'ajouter aux bonnes actions qu'on fait déjà; il n'est question que de faire,

par amour pour Dieu, ce que les honnêtes gens qui vivent bien font par honneur et par amour pour eux-mêmes. » Fén. « 11 faut que celui qui a un véritable désir d'honneur, au lieu de le poursuivre avec empressement, se contente de le rechercher en faisant de bonnes actions, » Boss.— «c Un Père a eu raison de dire que le souvenir de nos péchés nous est infiniment plus utile que le souvenir de nos bonnes œuvres, s Bourd. « Si nous connaissions le jour et l'heure où nous mourrons, plus de pénitence dans la vie, plus d'exercice de piété. Tout serait remis au dernier moment ; et de là plus de salut , parce que le moment de la mort n'est ni le temps des bonnes œu^ vres , ni le temps de la pénitence. 9 In. « Rendez votre foi certaine par vos bonnes œuvres, » Mass. « Des jours pleins de bonnes œuvres et toujours occupés pour le salut. » In. « Le sceau de la piété , ce sont les bonnes csuwres et la conversion du cœur. 9 Boss. « Pourquoi dans les jours d'abstinence l'Eglise romaine regarde -t-elle comme un crime de manger des animaux terrestres, et comme une bonne œuvre de se faire servir des soles et des saumons? 9 Yolt.

Quand il est question de notre conduite à l'égard des autres , une bonne action est un acte d'humanité ou de bienfaisance envers un de nos semblables. « Chaque fois que tu seras tenté de sortir de la vie , dis en toi-même : que je fasse encore une bonne action avant que de mourir; puis va chercher quelque indigent à secourir, quelque infortuné à consoler , quelque opprimé à défendre. » J. J. « Vous avez poussé trop loin la générosité en aidant ce jeune homme de votre bourse; mais enfin c'est votre métier de faire de bonnes actions. 9 Yolt. «Il faut louer Chapelain d'avoir fait une très-bonne action en procurant une pension à Racine pour son Ode sur le mariage du roi. 9 Lah. — Une bonne œuvre est une œuvre ou un acte de charité envers notre prochain. Il faut que les bonnes ceuvres soient secrètes, que la main gauche ignore ce que donne la main droite (Yolt.). « Mon maître (J. C.) a peu subtilisé sur le dogme et beaucoup insisté sur les devoirs : il prescrivait moins d'articles de foi que de bonnes œuvres.,.. Il m'a dit par lui-même et par ses apôtres que celui qui aime son frère a accompli la loi.» J. J. « Pour sortir de cette funeste indifi'érence , il faut s'attacher à la prière, au jeûne , aux aumônes , aux bonnes œuvres.* Boss.

BON SENS, BON GOÛT. Assemblage de principes sages et légitimes, selon lesquels on juge droitement. Les règles du bon sens, les règles du Von goût. Telle chose est conforme au bon sens, au bon goût , ou le choque. « Le burlesque est contraire au bon sens et au bon goût, 9 Mabm. « Tout cela (dans Esther) sans intrigue , sans aotion , sans intérêt, déplut beaucoup à quiconque avait du sens et du goût, 9 Yolt.

Mais le bon sens n'est autre chose que la raison, la raison vulgaire, la raison des bonnes gens , pour ainsi dire (voy. Entendement, intelligence, etc.). c Cette vérité est conforme à tous les principes du bon sens et de la raison. » Bourd. c II faudrait avoir perdu le bon sens pour dire qu'il est parfaitement clair que l'&me est mor-

hËStlBM. PARTIS:

telle. » PA9G. « M. Ludon , qui m» pantt honme de &9n sent, pouira vous aider de ses^XHueile^ > FiN. «Tels sont les préceptes géaéraiix q«e le (ton «eut dicte à tous les hommes (suar le snieide) , et que la religioa autorise. » J. J. -^ Leliefi yoîu est la raison dans son application aux choses d'à* grément, aux ohjets beaux. «Le ben ^f n'est qu'un sentiment fin et fidèle de la belle nation. » Vauv. « Le soin qu'un homme de bim g^iàt prend pour placer de bons tableaux dane un jour snoitageux. » F^. « Ce mélange (de diverses citations dam un plaidoyer), si conforme aux règles de l'art , fot applaudi par les auditeurs de bon §aût, » In. « Le bon goût règne d'un bout à l'autre dans les Lettres provinciales, s Yolt. « ^lakespeare srait un génie plein de force et de fécondité , suis la moindre étincelle de bon go^j et sans la moinén connaissance des règles* » In* — ÂTeo du èon senf , on sait distinguer le vrai du teux, le bien du mal; avec du bon goûî\, on sait discerner le beSEQ du laid,

«Entre le &on sent et Ibbongoài ily a la différence de la cause à son effist.» Labk. C'ett-àdire, conformément à la maxime de Boi]eaa(rien nfest beau que le vrai), le» saine» idées en matière de beauté dépendent, résultent des saines idée» de la raison oommune sur le vra&, le bien , riumnêt*; soyez capable d'apercevoir le vrai et le isien, et par là même vous serez caipable de sentir le beau. Une relation semblable cotre le bon sent et le bon goûi est indiquée dan» le passage suivant : « L'imagination s'affranchit «lora de toutes les règles de vraisemblance et de oonve* Duice. Plus la raison s'altère , plus l'imagination devient vagabonde et déréglée. A cet égard, rectifier l'esprit, ce n'est que le ramener à U raison et à la nature; c'est le bon sens qui est le préourêtfor, le restaurateur du bon goùu » MAftH.

D'ailleurs, bon sens désignant la raison soqe sa forme commune, populaire, dane son rapfiert VUL choses ordinaires de la vie, aux ohoses de pratique , a moins de noblesse que ban goés qui U représente coaune préaidant à Tapprèoiation des objets les plus relevés, les plus fins, les plus dMJcats.

1» BONTÉ (BÉNIGNITÉ, BÉBONNAIBETÉ , BiSNVEILLAN€E, BlENFAUAlfGB); — 2» DOV- OBUR (MANSUÉTUDE); — S* HUKAmTÉ (PSI- KANTHROPiE, CHARITÉ); — 4* SBNSIBDiiTÉ (TENDRESSE). Tous ces mots désignent une dis* p08iti(m qui nous rend faVorablee anx antres. Us paraissent se diviser natureUeraent en quatre classes sous les mots b(mU , àcnucmr^ humamêétX êensibilUé^ qu'il s'agit de distinguer d'abord.

M^té, âoueeuTy Tnmumtftf, senstbiHlé.

On est ban par indinatien , et dows p«r cnaefère» La boMë est mte qu^té qui influe propra- BM&t sur la vdonté par rapport aux biene et aux plaisirs qu'on peut faire aux autres; en sorte- que rbomme bon aime naturellement à rendre heureux, travaiUe volontiers ponr l'aventage d'autrai, et est incapable de nuire > d'affliger, de souhaiter mdme du mal. Le contraire de la bonté est un penduiDt mauvais, ki médiBaceté. «La bonêé est un goAt à fiûre du bien et à pardonner le mal. » Yaw. «N«l ne^m^Tte d'Mre loué de sa b^nté, sfll

n'a pa^UâNtB^dtreaiMaBt: tMriB«iMte bemi n'est le pUisseuvent que psrease ou. impuissance 4e U Toloatè. » LâRûca. La deiiMvr est une qualité qui influe sur l'huiMuretaraniortà la maaièie 4e prendm les choses dan» le ooaiMeree de la y»: eUe faitqu'on se montre gracieux, acooamodaal> qi^on ne choqoe, qu'on nn dédaigne, qu'on nf rebute peisenne, (pt'on ns se fiche pis aisément; La^oneenr a pour eontnûree tontes tes qualités antisoeiaies : elle nous esapèctB d'elle rudes, boartus^ aoaritInB, pleins d'aigreur «u d'eHq>ortemeat. « Bien heoreuz ceux gni sont dèns, snas^ aigreur, sans enffam, ssâisdédMn, sans prendre avantage sur personne, sans insulter ans mayieutenz, sans même chequer le supeibe^ i«n» mémo A ceux qui sont aigres , n'opposant point l'humeur à rhoneiir , la violence à la violence. » Boss. -^Ia bomté produit entée les homoMS un échange de eerviees; hi dencenr entietient' k société par le Haut qu'elle met dans teetes lesTslatiens; -^ Au raste, on peut être bonsaas être dîmes, et réeipvecpiement. On peut ftre bsn avec un caractère brusque, âpre, giDSsier, violent même. On peut être donc, avoir des paroles et des numières engageantes, flatteeses, anis sans trouver réellement pkisîr à obliger: que de gens appelés aimables dans le monde sont ùnà faits. « Il y a loin de la doifcncr à la honié. Les grands qui écartent les hommes à ftnve de politesse sans bontés ne sont bons qu'à être écartés eux-mêmes à fbree de respect sans attachement. » DocL.

Vkwminité^ la smsibûUéottt plus de nescoiblanee entre elles qu'elles n'en ont avec la èonte' et la doMceim BUss sont moins spontanées qne cefiés-ci et plus négatives , c'est-à-dire qu'^esne consistent pas ft se rendre de soi-même , et sas excitation , utile ou agréable^, mais à soalager des maux* ou à épatigner des peines pane qu'on est touché. Sens dire ni bon par nature, ni doua; par candère , on sera néanmoins AtfiMtn ou sensible . si on a du coeur, si on est compatissant, si on ne peut voir sens- peine les maux d^utnii.

L'Ammam'i^ e% la sentt'bifti^ ont aussi leurs différences. Ifons éproiwonff de Thwmttti^^ l'égard de -tous les hommes indifféremment, etpar oda seul qu'ils sont hommes ; nous n'avons de sermbtlUé que pour ceux dont les msur présents nous f^ppent et nous émeuvent en leur fkveur. Celui ponr qui nous sommes htmetint est à nos yeux notre semUabie , nou» fi!t*il d'ailleun tout à f^t étiunger; celui auquel la «snribtlif^ nous fait prendre intérêt est devenu notre ami , nous souffrons de sessouffiramces. — L'IiaimintVestus seathnent moral et vertueux, calme, fhjid, laisonné, constant, fruit de la réflexiim et dis lumièns, qui peut se trouver dans les ânas les mokt» tendres et les moins délicates ; la smsibilUéy au contraire, donne l'idée d'un sentiment vif, passioqné, capricieux, qui naft dans Iteeasion , qui dépend tout de Torganisalion et ne peut se produire que dans une Ame très-impressionnable. L'homme est plutôt ^nkttn, et la femme sentGde. — Vhumamié étant plus générale, phis fhnde, moins voisine de l'amitié, a par cela même moins de charmer. « Et nous qui nous pi*

SYNONYMBS A. RAMUra. DIVERS.

kiî

sammes pts même J^iMHMfif , Dont le» flifns, nous les abandonnons, neufr n» Touloor pu Itt Toir.9 — BiTFF. L'hiananHiEf sappose^es muxpour lesquels on a besoin <f être anrislé par un seecwt effectif; et la seimbilHé des mani de moiaért conséquence peut-être, mais èouleurent «t tMK chants , comme des peines et des chagrins , doat 0X1 a besoin d'être soulagé, ce qui demande seulement qu'on Y prenne part. On est propranent humain et secouraUe, s^nsibh et compatissant.— L'égoïste , peur qui les autres hommes n'existent pas ou sont d'une nature inférieure à la sieone; est sans htgmanUé; le cœur dur, qui est fermé à toutes les impressions attendrissante», manqua de senxibilité,

t* 9onté y h<?fi\gmt4f, dlfBofifio^lif, Nsiiveiiitante , bienfaisance. Tous ces mots ont le mêMne radical , bon , bene, Men. lis signifient tous une disposition à foire du bien, à rendre serrioe, à procurer le bonheur, à donner, à seoeurir', & ex^ caser, à pardonner.

Bonté est le terme génétique: BfnigmÈé et dêbonnaireté désignent uno grande beiiftf; la bienveillance et la btan/aiscmee sont les deux modes principaux de la bonfcf.

Bénignité^ débonnaireié , grande htmté. Bénignité y de bene genrftu, bien né, né bon , exprime • une bonl^ naturelle-, et se dit bien des choses inanimées qui exercent par elles-mêmes une influence ou produisent des effets salutaires: La Mngnité du soleil (J. J.); une saison bénigne (Boss.), un ffeuve Wniit (Jo.). AppHqfué aux: honmies , ce mot donne l'idée d'une bûnté essentielle , tfun grand fonds de &onf^, qui se déploiesur tous indistinctement et toujours. C'est une bonf^ facile, sans réserTe, qui ne s'inquiète pas de sarcirsi on est digne ou indigne. «Pour fatire Toir la modération et la clémence de Sa IKàjesté impériale , l'ambassadeur assurait qu'elle n'en- -verrait pas même de troupes* en Italie, ne voulant inquiéter personne, mais faire du bien à tout le monde.... Cette bénignité accoutumée de la maison d'Autriche derait engager le roi de Sicile à rechercher les bonnes gr&ces de l'empeleur.» S. S. Hais la débannaipe9é est une henté indulgente, pleine do longanimité, qui ne tient pas compte des torts et des outrages , qui rend le bien pour le mal. « Selon la morale de Jésus- Christ . c'est une béatitude que d'être doux et débonnaire, que d'être pacifique et patient, que d'endurer les injures et de les pardonner; et, selon la morale du monde , c'est une lâcheté que de supporter la moindre offense, v Botnm. 9t ht héwignité n'examine pas , la dcfbonnoiref^ ne se rebute pas. —Aujourd'hui ces motrne se prennent guère que dans le sens ironique pour marquer une excessif bùnté : alors hénignité a pour accessoire la sottise, et débonnaireté la faiblesse. Dans Y Enfant prodigue de Voltaire, Jasmin dit à Euphémon fils ^ au sujet des parasites de celui-ci : Vmrre bête !

leurre innocent ! lu ne lès voyais pas Te cfaamonner a« sortir d'an repas-.

Siffler, berner ta èhûgme iiatniéeMei».

Et , d'autre part , Saint-Simon parle souten) , dana

ses Mémrilm, de ta ikibloM dm fé^tst', et de sa dâ^9mm4mé, de sa molle débonmdnté. De même Lafentame appelle* d^bonucnre et doux le roi en- Toyé par Jupiter aux grenouilles, ce roi sur Tépaule duquel saute la gent marécageuse, tandis qtie

EeboB sire le mnifÈtt, else tient loujem eol. Un mari héntn est benêt, innocent; fi noToit pat et ne se soucie pas de Toir les désordres de sa femme : un mari débonnaife les Toit, mais il les souffre, filute de caiactère. L'un est ridicule, l'autre fait pitiéi

La hienceiWmcB et la bienfUisante sont aisées & distinguer. L'une consiste i vouloir, et l'autre à faire du bien; l'une s'en tient au désir, l'autre en vient à l'accomplissement, c II s'agit (dans la chaire) dflnspirer aux hommes la bonté, Tindulgeitce , la biênwiHanee mutuelle , la btenfatAince active.» Maak. «Dieu n'a-t-il pas donné aux hommes ramonr^ropre pour veiller à leur oonsemrtioff; la bieneeiïlûnce , là- btenf aisance, la vertu , pour veiller sur l'amour-propre? » Yolt. On est bieneeiUànî sans être bienfàisanî, quand OD a sim^demeut des intentions ftivorables, quand on prend ou qu'on porte intérêt, quand on est prêta rendre service, sans cependant passer aux effets. «Il avait paru bien disposé pour moi: cette Menoeil^oiiee m'en antit inspiré. > J. J. Alceste reproche k Célimèae de recevoir Aoaste. Blte hri répond r •

Mon Dieu! de ses pareils la bieiwieHlance importe.... Ils ne sauraient servir, mais II peuvent vous nuire, Bt jÉmais, quelque appui qu'on poisss avoird'ailleura, On us deil se'braaaittr avee ee» grands braiRewe.

On est hienfaUamt sans être* bienmilUmt, quand on fait le' bien par calcul ou par ostentation, ou sans savoir le f Aire, sèchement, sans témoigner qu'on prend intérêt à ce qui nous touche. « Vme Geoffrrn était bienfaieante , mats sans aucun des charmes de la bienveillance, m If a air. « La véritable politesse consiste à marquer de la bienveillance aux hommes, v J. X.

D'ailleurs, lors même que bienfc^isance se prend, ainsi que bienveUlanee , pour une simple disposition , il en diffère beaucoup. La bienfaieance est une disposition à être utile , et la 2neftveillante une disposition à être agréable, i recommander, à favoriser. La bienfaisanee fiât attendre quelque chose de plus solide, et rend capable de sacrifices. Un malheureux implore votre bienpHsance , un orateur réclame votre bienveHîanee. < Yotre père mourant ne vqus a pas vainement recommandé à ma bienfaisante: souvenez^voos que je vous ai élevé. » Bkauk. « Si les prédicateurs s'élèvent contre des vices que nous avoue, nous n'avons phn pour eux oette breneetlkmee qui nous rendait leur parole utile. »

BOUKD.

Bienfaisame est un mot dti xriir siècle, quoiqu'il s'en trouve un exemple dans Bossuet et un autre dans Fénelon. « La langue française est redevable à VMté deSaim-Prerrethm mot précieux, cehii de bienfaisanee , dont il était juste qu'il fût l'inventeur , tant il avait pratiqoîè la vertu que oemot etprtme; * L'hL.

DEUXIÈXE PARTIE :

Certain législateur dont la plume féconde Fit tant de ? ains projets pour le bien de ce monde , Et qui depuis trente ans écrit pour des ingrats, Tient de créer un mot qui manque à Yaugelas : Ce mot est bien/aisance. Volt.

L'usage a préféré lienfaisanu k hénéfUence (latin beneficentia) , qui n'a été employé que rarement par deux ou trois écrivains. « Dieu, en créant l'homme , lui a donné , par un effet de sa bonté , ou, si Ton peut s'exprimer ainsi, de la hénéfieence essentielle à TËtre souYerainement parCadt , l'usage des biens que la terre produit. » d'Ag. « Daignez, monsieur le maréchal, tous dire quelquefois : il y a un solitaire qui s'intéresse à moi, qui s'attendrit au bruit de ma bénélUeneê, » J. J.

S*" Dmneeur, mansuétude. Qualité qui nous rend sociables, qui fait qu'on se plaît à vivre , avec nons.

Le mot de douceur est objectif, il fait penser aux effets extérieurs de cette qualité; mafuu^tude est subjectif, il désigne cette qualité dans l'Ame, comme un attribut de T&me : on ne dit pas la mansuétttde comme on dit la douceur du visage, des paroles, des manières. — Douceur s'emploie plutôt pour caractériser une action -spéciale, et mantuétude pour exprimer l'habitudje de la douceur, un état constant : la douceur attire les cœurs , la mantuétude les conserve. — La douceur est plus tendre , plus vive ; la mansuétude plus élevée et plus ferme, c'est une vertu. — C'est par ce dernier trait que la mansuétude diffère de la bénignité et de la débonnaireté. Gomme celles-ci , la mans}{étude a un caractère de plénitude et de constance, et, comme la débonnaireté^ elle suppose de la patience^ de la longanimité. Hais on est bénin et débonnaire par laisser aller, par une insouciance naturelle; on ne se maintient dans la mansuétude qu'avec effort, qu'en réprimant continuellement son humeur et des mouvements de colère. D'ailleurs, la bénignité et la débonnaireté sont inépuisables; rien ne peut les empocher d'être bonnes, de vouloir et de faire du bien : la mansuétude est inaltérable , rien ne peut l'empêcher d'être douce, traitable, gracieuse. — Mansuétude ne se dit guère qu'en termes de dévotion , mansuétude pastorale , sacerdotale (MiLSS.); ce fonds de manst^tude si convenable au ministère sacré (in.) ; cette douceur et cette mansuétude à laquelle seule est promise la possession étemelle de la terre des vivants (lo.). Il ne convient pas moins dans le langage ordinaire. < Il est étonnant qu'une douceur si grande , qu'une si sublime vertu anime généralement tous mes ennemis , sans qu'un seul démente un moment cette universelle mansuétude. » J. J.

8« Humanité^ philanthropie, charité. Principes ' d'action moraux, généraux et réfléchis, qui nous portent à nous intéresser au sort des autres hommes , à les aider , à les secourir.

Vhumanité et la philanthropie conviennent mieux au philosophe ; elles nous font considérer tous les hommes comme nos semblables, conformément à cette maxime : Je suis honune , rien de ce qui est de l'homme ne m'est étranger. La charité n'appartient qu'au chrétien; elle nous fait

voir <i%T^« les autres hommes autant de frères , et sa maxime est : aimer Dieu de tout son coeur et son prochain comme soi-même. C'est par sympathie , par estime et par respect pour la nature humaine , c'est en se mettant en esprit à la place d'autres hommes, qui sont autant que nous, que nous sommes humains et philanthropes; c'est par religion que nous sommes charitables.

Du reste, la philanthropie diffère aussi de Vhumanité. Elle suppose des maux à venir dont l'esprit seul est flrappé et qu'il s'agit de prévenir, au lieu que Vhumanité s'applique à des maux présents dont l'âme est touchée et qu'eile épargne ou soulage. La phSanthropie eai toute théorique, toute en projets; le cœur y a peu de part : Vhumanité est toute pratique; il y entre beaucoup de sensibilité; elle a pour contraire l'inhumanité , la barbarie. Un pobliciste , un législateur, un philosophe, cherchant les moyens d'être utiles aux hommes , d'améliorer certaines conditions , de supprimer la traite , d'abolir l'esclavage, d'introduire la civilisation dans des contrées barbares ou sauvages , font œuvre de philanthropie ; un général qui s'est rendu maître d'une ville est humain , quand il ordonne de res pecter les habitants et leurs propriétés.

« La philanthropie est une vertu douce, patiente et désintéressée , qui supporte le mal sans l'approuver. Elle attend les hommes; elle oe donne rien à son goût, ni à sa commodité. > (Socrate à Timon). Fâm. < Saurin a fait de Spartacus un héros philosophe , un homme qui n'a d'autre passion que l'amour de Vhumanité y d'autre ambition que celle d'affranchir les peuples de la tyrannie des Romains : tout son rôle est une suite de maximes de philanthropie et d'exemples de vertu. » Lab. — « Les nôtres furent touchés du spectacle de tant de malades et de mourants. Le duc de Guise en prit autant de soin qu'il eût fait de ses propres soldats , et il fit autant louer son hamanité qu'il avait fait admirer sa valeur.» Boss. c Je n'ai jamais vu couler les larmes de personne sans en être attendri : je sens de Vhumanité pour les malheureux , comme s'il n'y avait qu'eux qui fussent hommes. » Mohtbso*

Ne cache pomt tes pleurs : cesse de t'en défendre; C'est de Vhunanité la marque la ploi tendre : Malheur aux cceurs ingrats, et nés pour les forfaits. Que les douleurs d'autrui n'ont atteodris jamais.

4* Sensibiliié^ tendresse» Aptitude du cœur à prendre des affections relatives et favorables à autrui.

On est sensible, mais non pas tendre^ à quelque chose. « On assiste les pauvres, parce que naturellement on est sensible aux misères d'autrui et qu'on a le cœur tendre et affectueux, b Bouan. Par elle-même , la sensibilité est passive : c'est une susceptibilité, une capacité d'être ému; a faut une occasion , un événement qui la provoque. La tendresse est active par elle-même ; c'est une facilité à aimer; elle se développe spontanément. On est unsibUm^ewt touché; on aime tendrement. La sensibilité nous fait compatir aux maux d'autrui et sentir le prix d'un bienfait; elle ouvre le cœur à la clémence , à la miséricorde , à la recon-

naissance , à tous les sentimenU qui sont comme des réactions de notre flme, qui la portent à Touloir et à faire du bien aux autres hommes. À la iendreue se rapportent Tamour et toutes les aatres affections, celles de la famille principalement , qui ont leur germe et leur principe dans le cœur lui-même, et par lesquelles nous aspirons à plaire aux autres, à nous unir à eux» à Tifre ayec eux et en eux.

D'ordinaire, la iensibiUté mène à la tendreise; nous ne tardons guère à aimer d'afiection ceux qui nous ont touchés. Et la tendresse se trouve rarement sans la sensibilité ; comment ne pas partager les maux de ceux qu'on aime ? Cependant , à la rigueur, on peut être sensible en même temps que froid et inexpansif , et tendre en même temps qu'ègotste et impitoyable.

Quand il s'agît d'aimer, sensibilité exprime un amour reçu, une attache, et tendresse un amour conçu , un attachement Le cœur sensible se laisse toucher, attirer, captiver; le cœur tendre se porte de lui-même vers une personne ; ce n'est point an retour, une reconnaissance, et conmie une réaction, mais l'effet d'une sympathie spontanée qui renferme en elle-même sa raison. < En 1675 , Mme de La Vallière embrassa la ressource des êmes tendres, auxquelles il faut des sentiments vifs et profonds qui les subjuguent. Elle crut que Dieu seul pouvait succéder dans son cœur à son amant. Sa conversion fut aussi célèbre que sa tendresse.... Toute la cour était occupée d'intrigues d'amour. Louvois même était sensible, lui dont le caractère dur semblait si peu fait pour l'amour. » Yolt. Dans Polyeucte , Pauline aime Sévère par tendresse , et Polyeucte par sensibilité (ÎD.).

BORD, GÔTB, BITS, RIVAGE. La partie , l'endroit de la terre où des eaux viennent aboutir et toucher.

Bord, latin ora, giec 8po<, borne, est le terme le plus général : il se dit même en parlant d'autres choses que la terre et l'eau : le bord d'un vase , le bord d'un précipice , le bord des lèvres. Son idée propre et caractéristique dans tous les cas et spécialement quand on le prend dans le même sens que les trois mots qui l'accompagnent ici , c'est que le bord borde, fait bordure, borne, et par suite contient , empêche de déborder, d'aller ou de se répandre au delà , de s'extravaser. Cette nuance se trouve très-bien indiquée dans les exemples siùvants. « Dieu marqua des bornes à la mer...; et quelque agités que paraissent les flots, dès qu'ils approchent du bord, la défense de Dieu les tient en respect. » Roll.

Sur les rivet d*Argos , près de ces bords arides ,

Où la mer vient briser ses flots impérieux....

J. B. Rouas, c Ce n'est pas s'opposer à un fleuve que de relever ses bords de part et d'autre , de peur qu'il ne se déborde , et ne perde ses eaux dans la campagne. » Boss. a On doit regarder les collines et les montagnes du fond de la mer comme les bords qui contiennent et qui dirigent les courants. » BoFF. tt Les bords qui contiennent les ruisseaux, les rivières et toutes les eaux courantes forment toujours des angles alternativement opposés. » lo.

Mais le bord n'est pas seulement une barrière pour Teau qu'il enferme , c'en est une aussi pour les personnes qui sont au delà.

On dit même

Qu'il (Thésée) a vu le Cocyte et les rivages sombres, El s'est montré vivant aux infernales oinbres ; Hais qu'il n'a pu aortir de ee triste séjour. Et repasser les bords qu'on passe sans retour. Kac. On ne voit point deux fois le rhage des morts, Seigneur : puisque Thésée a vu les sombres bords. En vain vous espérez qu'un Dieu vous lo renvoie.

ID

C J'étais comme un homme qui nage dans une rivière profonde et rapide : si les bords sont escarpés , et s'il ne peut se reposer sur le rivage, il se lasse enfin peu à peu. • Fén. — Bord a encore cela de particulier qu'il exprime la plus grande proximité par rapport à la chose que le bord termine. Stre sur le bord du précipice , c'est être sur le point d'y tomber. Être sur le bord de la mer , c'est n'en être séparé par rien. < Calypso va chercher Ulysse. Il était sur le bord de la mer... ; il regardait sans cesse la mer, assis sur quelque rocher. » Fén. Aussi l'influence de l'eau se fait sentir sur son bord. Des bords riants , ou fleuris , le sont à cause du voisinage de l'eau.

Tel en un secret vallon,

Sur le bord d'une onde pure ,

Croit i l'abri de l'aquilon, Un jeune lis , l'amour de la nature. Rac.

Une plante qui ne vient que sur les bords de la mer (Acad.) ne trouve pas , loin de la mer , les conditions nécessaires à sa croissance.

Côte est le seul de ces mots qui ne se dise que de la mer. Aussi est-ce un terme presque consacré de marine et de géographie. De plus , on considère la côte ou les côtes de dessus la mer. C'est comme nous disons aujourd'hui le littoral , c'està-dire la partie de la terre qu'on découvre étant en mer, que gagnent ou que côtoient les vaisseaux, dont s'approchent les poissons (Roll.), contre laquelle agissent les eaux de la mer avec plus ou moins de violence (Buff.). Les côtes sont abordables ou bien inaccessibles et pleines d'écueils. On les défend contre toutes les att ques qui peuvent venir du côté de la mer, contre la fureur des flots, contre les pirates, contre les surprises et les descentes d'un ennemi. Il y a des pays dont on ne connaît que les côtes, c'est-à-dire ce qu'on en peut apercevoir de la mer : les côtes d'Afrique , la côte de Guinée.

Bord et côte emportent l'idée d'élévation : le bord et la côte sont plus ou moins escarpés. Car, d'une part , le bord ne peut pas contenir l'eau sans la surmonter, comme la bordure le tableau qu'elle encadre, et, de l'autre, côte et coteau^ dans une autre acception , désignent le penchant d'une montagne ou d'une colline. Au contraire, la rive et le rivage, du latin rivus, ruisseau, formé du grec ^<«i>, couler, sont plutôt plats, comme le sont d'ordinaire les extrémités de la terre baignées par les ruisseaux , les rivières , et toutes les eaux courantes en général : la rive et le rivage vont , s'étendent en pente douce jusqu'à l'eau, et celle-ci les couvre quand elle déborde. C'en est assez pour distinguer la rive et le rivage du bord , qui d'ailleurs se conçoit toujours comme

DfiUXlfiME PARTiE

un coDSenant, coBoane une digue et comme une barrière. — Une difiérenoe plus g^rande encore sépare la rive et le Ti«a^ de la tMe. OHire qu'Us ne se disent pas toujours par rapport à la aer , comve êdtê^ ile denoindeiil (fu'on.ae rplxoû en esprit du côté de la lerre pour deaœiidre f ers Teau ; au Kea que eâ$e porte la pensée d6 la ner à la terre. Un yaisseau quitte le rivage et se dirige vers telle côu. « Voyez Virgile représentant les navires troyeni qui quittent le rivage d'Afrique , ou qui arrivent sur la eôte dltalie. » Fin. « Nous nous iloîga&meB de TUs de Crète; tous les riragm disparaissaient; ks eUee du Pèli^Maèse sem- Uaients'avaacer dansk mer pear venir au^^devant de nous. » In. Un vaisseau aniva sur une cdu.et pour reœvwr lea pnsaagen on courte UntWDu aurieafff.

Qaei! vous êtes loi qnaad SiUtfidate «crive (de «er), Quand , pour le recevoir , obasiui ceori aor la rimJ

Bac

Dane k JTorf de Towpie , Afihoréa, qui a -voulu voir débarquer ks awattina de aa béros, dit à Gkopfttf e :

tfaudame. J'ai eonrupar velse ordie>«aW«mr.Gam.

Quant à la différence de vmw et de^rivo^^, voy. Impartie, p. 181.

BOUCLIER , REMPAXT. Ces mots au figuré désignent quelque chose qui sert de défense.

Mais le \>ouclieT est faible en comparaison du rempart : il ne préserve pas d'une manière aussi : sûre et aussi complète. « Seigneur, couvrez cette maison (religieuse) de la vertu de votre ombre ; protégez-la du hauelier de votre amour; soyez tout autour d'elk comnie un rempart de feu pour k défendre de tant d'ennemis. » FéN.^Vertot fait parkr ainsi qull suit Appius Claudius devant les sénateurs au sujet de Coriolan : « Si vons-mfimes ne lui aviez pas servi de houiUer et de rempairt^ on aurait assassiné à vos yeux nn de vos plus illustres citoyens, s

D'ailleurs , le Ixmdier garantit nn combattant, ou dans le combat. « Vouç faites un txmdier de cette accusation (d'hérésie) pour repousser les attaques de l'auteur des Lettres à un prot7tncta2. » Paso. « C'était la prière qui devait vous fortifier, qui devait vous fournir des armes , qui devait vous servir de towlier pour repousser les attaques du démon. > Bourd. c Un prêtre doit avoir le "bouclier de la foi et de la doctrine pour combattre contre k chair et* le sang, contre les puissance invisibles.... » ICasb.

Hemparî est plus général : le rempart met à couvert de toutes sortes de dangers, et de dangers éloignés , même simplement possibles. « Le duc de Bourgogne doit maintenant se former l'esprit au goût du bon et du solide , et s'en faire un rempart contre l'attrait des plaisirs et l'habitude de k dissipation.» S. S. « La fuite est au moins le plus sûr et le |dus fort rewi^ari que vous ayez à opposer au monde.» Bouan. « On »Tn^«^e les revenus de l'Eglise pour s'en foire un rem|Mit contre les accidents à. venir. » JCass.

BOUBG, VILLAGE, EAMEilT. Auemblaga de maisons habitées pai des payaaiUy par d«a de k campagne.

Le hourg est plus consldérabk que le rtilopr , qui est plus considérable que le hameau.

Le boury vient immédktement après la TÎHe pour l'importance, c'est presque une vilk. « La colonie que Gécrops amena fonda douze villes, ou plutôt douze hourgx dont il composa le ro^ume d'Athènes.» Boss. «Les communes soot en iparlement pour ks villes et les hourgs dont elles sont députées (en Angleterre). » Volt. < H parait impossible que dans les gros haurgê et dans les viUes le kboureur néglige de porter soc blé an marché. » In. « 8i notze peuplade nombreuse occupe un pays étendu et fertile , il ponm se former des villes , ou du moins des bourgs ^ partout oàelk tiendra des noarchès. » Coan J.« bourg^ comme on k voit, a un marché.

Le village est an-dessous du bourg. « Le roi logea au boury de Lerma avec «ne partie de sa suite ; on prit les villagu des environs pour k reste de k cour. » S. S. « Olmédo me paraît une vilk, et vous m'avez dit que c'était un m'Oege; il fallait du moins k traiter de gros howrg. • Les. K Au moyen âge , toutes ks villes , tous ks Umrgs. « tous les viUag/u étaient fortifiés. » Coin. « les chrétiens, dit Origène, ne négligent rien pour faire embrasser kur religion; ils courent Aansks villes , dans les beurpf, dans les vUlages,-» Volx. Le viUage a une paroisse et une commune : nn curé, un maire de wllage.

Le harMonà est plus petit encore que koUagc c UnAameott de cinq ou six feuz. » Lis. Ba lieu qui me retient veox-ln voir le tabkiA? Cest un petit pillage ou plutêl un kameam..,. Boil. <c OÙ donc, dans quel village , dans quel fcawieov deux Jeunes gens de l'Age de Lubin et d'Annette ignorent-ils comment on se marie? » LiLB. Li paraissail du roi Romok Le donjon et son vestibule , Le tont couvert nrodestement De chaame ; mais si simplement, Qu'il eût puMé peurl'apitBage De pins d'au vacher de mliage^ Bncor dinHe d'un hamuam , Tant oe doqjon paraît peu beau. 8c&aa. «Iknsksbourps, dans les villages, dans les hameaux, dans ks termes mêmes, on travaille les matières premières pour ks rendre propres aux usages du cokn ou 4n fermier. » Cov2>. « Dans ces monarchies, ks arts ne se caltivent pas seulement dans ka villes, ik se cultivent encore dans les hawrgs , dans ks viiiaget , dans les hameaux, partout.» In.

«Si l'on élève l'une aupiëe de l'autre quelques maisons rustiques , voilà un hameau : ajoutez i œ hameau une église paroissiale, c'eat un viUmQt : faites tenir dans ce village un marché réglé, vous aurez un hourg. » Bbaoz.

BOUT, smiÉlIITÉ, FIN. Ce qui termine une

Le boifl termine une étendue en longueur : k boul d'une ligne , d'un fouet, d'une pique > d'un fiisil, d'une aUée, de k carrière. Veastrémité termine une étendue en longueur seulement, ou en longileur et largeur , ou en longueur , lar^ geur et profondeur. On dit égakment, l'eaEfrtmité d'une ligne, d'une surface ou d'un corps; ks eatrémités du rc^aune, d'une province •

SYNONYMES A BADICAUX DIVERS.

km

de rorieBt, da monde. « Dieu surpasse-t-il les fxîrémitét de TunÎTers en longueur, largeur et profondeur?» Fin. —Et Ion même f{Vit extrémité se dit en parlant d'une étendue en longueur seulement^ n diffère toujours de ^oi4(,ence que celuici se prend matériellement pour une partie de la chose, au lieu que extrémité y purement abstrait et dérlTé directement du latin » n'a pas rapport à la chose mftme et n'en marque point une continuation. C'est la différence de tommet iiommité. En mathématiques, on considère V esgtrémité o^i les exirémités de la ligne; mais on dit dans le langage ordinaire que le Umi d'une Ggne d^écriture n'est pas droit, que le hoaU d'une ligne à pécher est armé d'un hameçon. « Les extréwiOi d'une ligne soat des points; les extrémités des superûoies sont dea lignes. Yoilà les définitions, ou plutôt les aui^ûtlons sur lesquelles roule toute la géonètne. * Bdtt. « Une jambe emportée avec les bouts des neris qui j étaient. » Boss.— Ou bien extrémité marque ce qu'il y a de plus éloigné dans Ja chose, de plus en dehors, extra, et pour ainsi dire de plus extérieur dans le J^cut : on a mai su bout des doigts, on met kTtout du doigt dans quelque chose; ï^extrémiU des doigts est tiès-ficnible.

Fim est reialif > aon pas à l'éteadue et à l'espace , covime les deux autres, mais à une action et à la duiée : La fin d'un récit, de la yie , d'une vaM , d'wn xègae , d'un speetaole, d'un concert , d'une meAadie ; prendre fin. La difliérenoe est palpable entve le boiU et Vex^émitéj ou les esfr/- «hMt du mm)dt d'une pect, et ia fin da monde de Vautre.

Le bout répond d'ordinaire à un autrebotit .«d'un bout à l'autre; brûler la chandelle par les deux bouts; les deux houtt d'une chaîne, d'une lunette, c Les Lapons portent un bâton ferré, pointu d'un bout et arrondi de l'autre. » Buff.— • Vextrémité répond au centre, c Le sang revient des extrémtéi au centre. » Fis. c £picure lient que ïmmen n'a ai milieu ni exUrémitét. > In. « One les êgfrémitée et la milieu (dansunpoême) se répoDdeat. 9 lUair. « Et du centre, et des extrémitée dn jroyaume, la voix s'élève.... * Jd. Quand en dit de quelqu'un iju'il habite auboul ou à Yexèrémité de la ville , on fait entendre^ d'une iiart, qu'il est loin de l'autre bota où on est, et d*a«lre part» qu'il est loin du centre.— La fin répoBd au commencement. « Dieu n'a ni Gommeneement ni fin, 9 Acao. « Sans commencemast il n'y a point de /Ui, et toute /to a un rapport essentiel À son commencement. » Bouao.

Tootafoje, boiu, dans certains cas, paraît plus synonyme de fin. Hais d'abord bwt , d'une origine TiUgaire, est moins noble que fin. traduit da yeâJm finit. Ensuite» le boni se considère plutôt par rapport à la matière d'une diose et en expdme la daccière partie, et fin est plus relatif à une «ctMm et an désigne la cessation. On est au èo«l et non i la /in de son argent, de son rouleau. Il ne reste plus rien à faire à oelui qui est au bout de ses travaux ; celui qui est À la /Ui de son travail ne fait plus rien. Il en est de même du ^ota par à rapport k la fin d'un discours , de nos peines, d'une affaira, iloul est oiyectif et donae

l'idée d'une chose; fin est subjectif et rappelle une action.

BROKCHER» TRiBUGHEE. Faire un &ux pM.

Brtmeher^ de l'italien bron^o, troua, c'est Xaire un faux pas patoe qu'on a heurté contre un tronc 'ou une souche. Trébucher, iUlien Iraboccare, de frabttceo, dans un trou, c'est faire un faux pas et tomber.

Broncher n'emporte d'autres idées que f^Ufii deseeouBse, de marche iné^e, dérangée» ralentie. « L'esprit (à la différence du cœur) «MM^qu^, il se trompe , il brenefte à tout moment ; ses allu* ras ne sont point égales. » Siv. c L'éléphant est une Aontare très-douce, car il ne broneke ja^ mais. 9 BuFV. Mais l'idée de chute effective ou prochaine est essentielle à ir^ucber. Trébwcher s'est dit anUekris pour tomber, fioileau dit de Ronsard:

Ob peSie ergmOleiis (Roasaid), ff^itfUdesihsttl» Rendit ploB releaus Desperles el Berient. * Oui, Penpée «fee hd pevte le sort.da monde. Et vent que notre Eglfôe, en miimclês fécsMle, Serre à sa liberté de «épalcre ou d'appui. Et relève sa chute, ou trébucha sous lai. Coair. Cette pecsonne enfin sur Therbe tendre Est trebuehèe; et, comme Je le crois , Sans se blesser. Xaf.

SI quelque comeRte niaise Quaque pigeon , quelque eorbee» , •H «importe pas qêel oiseau, Snree portais peatilent (t'Averae) vole, li.peid lesoame et la parole..^ Et de cet air ioCsct qu'il perce Tràhtuke k terre à la renverse. Souia.

ilroMb^ dit donc moins que Ir^biM^er. U ne faut qu'un petit caillou pour vuus faire broncher; si vous perdez l'équilibre , vous trébuchez. On peut broncher et se redresser aussitôt; si l'on ne tombe pas toujours en trébuchant , au moins on chancelle. Qui bronche jusqu'à courir le risque de tomber tréb%iche. < L'auteur, sur un fagot d'épines , scvait vu sa pièce chanceler au premier aete , trébucher an second , et tomber sa troisième. » MAaM.

rwi— Il en leinteait(lo Aevaldebois), 0 ùrmeha^ Ei,^Téii trébucher, ^etkchA. Scasa.

Yolre fainm qui a'a Jamais lotte, OuB dans te trouble et dans l'obscurité , £t qui, rampant à peine sur la terre, Yent s'ileier au-dessus du tonnerre , lu moindre écueil qu'elle trouve ici -bas, Bronche, trébuche et tombe à chaqee pas. J. R. Roues.

Comme on le voit par ce dernier exemple, la différence est la même an figuré. Broncher veut dire faire des fautes ou des erreurs légères. « La lumière de Dieu fait sentir jusque aux moindres fautes; mais elle ne décourage point. On marche devant lui ; mais si on bronche , on se hâte de prendre sa course, et on ne pense qu'à avancer toujours. » TÈn, « Bes auteurs anciens, qui broti^ chent à chaque pas , ont pourtant conservé leur grande réputation. » Yolt. Trébucher , an contraire , signifie faillir ou errer gravement.

J'^n vais donner pour preuve une personne Dotnt U bonté fit trébucher (succomber) Rustie.

Laf.

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