DEUXIÈME PARTIE
nommée, parce qu'elle fait courir à l'arme ou aux armes {aïVaryne, it.), à la défense. Ce mot s'emploie ensuite et d'ordinaire au pluriel pour désigner une grande inquiétude sur la santé ou le sort de quelqu'un, ou sur les dangers dont est menacée une chose , inquiétude excitée , non par ce qu*on pressent, mais par ce qu'on apprend. En sorte que l'alarme implique plus de sollicitude que Vinquiétude , un objet bien déterminé, et une nouvelle ou un renseignement qui la fait naître. C'est un sentiment qui accompagne la crainte plutôt que Vapprëhention, «Si nous aimions Dieu, aurions-nous ces eraintet Iftches qui nous troublent, qui nous abattent, ces vaines alarmes que nous ressentons sitôt que le Seigneur frappe à notre porte, et qu'il nous apprend parla maladie que la mort s'approche?» FéN. Les petits de l'alouette sont en alarme quand ils ont entendu les paroles du maître du champ à son fils (Laf.). Dans Iphigënie, Iphigénie dit à Âgamemnon , en parlant d'Achille :
Il sali votre dessein ; Jugez de ses alarmes. Rac. c Après avoir donné à la place durant six jours des alarmes continuelles, les ennemis en vinrent à un assaut général. » Boss. « Il y a toujours une oie qui fait sentinelle, et qui, au moindre danger, donne à la troupe le signal d'alarme. » Buff. « Cette triste nouvelle (de la défaite de Trasimène) , quand on l'eut apprise à Home , y jeta une grande alarme. » Roll. « La renommée , qui se plaît à exagérer surtout les malheurs , causa une alarme incroyable. Le bruit se répandit parmi les soldats que l'armée romaine avait été taillée en pièces. » In. « Ces agitations étemelles, ces troubles, ces inquiétudes, ces alarmes qui venaient me saisir au sein d'un bonheur apparent. » Bourd. « La science du salut est importune; elle ne ferait que nous tnquiéter et nous alarmer. » In.
Peur, en latin pavor, depovere, de même étymologie que pallere, pftlir, est une crainte qui fait pâlir, crainte toute subjective, qui dépend surtout du tempérament, et non pas comme Vinquiétude et Yalarme^ de la réflexion, de la conception d'un danger à venir : c'est un mouve ment instinctif et indélibéré dont on ne peut se défendre , un faible de la machine pour le soin de sa conservation. On n'en guérit point. La peur est commune chez les esprits faibles , les femmes et les enfants. On a peur d'un fiintôme , des ténèbres , de son ombre. Ce mot emporte souvent ridée de lâcheté. « L'incrédule est un lâche qui cache sa peur sous une fausse ostentation de bravoure. » Mass. c Us avaient pris honteusement la fuite, et s'étaient retirés dans l'enceinte des retranchements , asile ordinaire de la peur et de la lâcheté. » Roll. Le vingt- cinquième chapitre des Caractères de Théophraste est intitulé , dans la traduction de Labruyère : De la Peur ou du défaut de courage, a Peut-on réduire en question si le courage vaut mieux que la peur ?... On sait que la peur est un témoignage de faiblesse. » Vauv. « Cela ouvre notre esprit aux soupçons et aux fantômes de la peur. » In. « Hector sourit de la peur de son fils Astyanax , tandis qu'Andromaque répand des larmes. > Volt.
Tant le bible vulgaire, avec légèreté.
Fait succéder la peur i la témérité. lo.
Athalie se repiôche d'avoir été effrayée d*ui
songe :
Moi-même quelque temps honteuse de ma peur. Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre Tapeur. Bac
Et, à la fin, abandonnée de ses troupes, elle
s'écrie :
Quoi ! la pêur a glaoé mes indignes loldaU !
Lâche Abner, dans quel ptége as-tu conduit mes pu :
Id.
3* Épouvante, effroi , fraiseur ^ terreur. Grande peur.
Époutante, d'e« pa/cere, a même radical que peur. Aussi ces deux mots ont-ils un caractère commun qui est de marquer une tendance à éviter le danger par la fuite, au lieu que ceux d'eflVot, de frayeur et de terreur ne vont qu'à représenter l'état où l'âme se trouve jetée. « Diogène prit Vépouvante et se sauva à Athènes. > FÉR. « Les Turcs prirent la fuite, saisis d'^uvante.» Volt.
D'où vient, princes, d'où vient que vous tajez alosi' Prenez-vous VépoavaiUe en nous voyant parârtre?
Mot.
« Ils prirent la fuite avec la dernière ^poucaïUe.* Lab. « L'^ouciinte se répandit partout, et cette aile fut mise en fUite avec grand carnage. ■ Boss. — Ensuite , Vépouvante a cela de tout à fait particulier qu'elle apporte le désordre dans l'esprit . qu'elle le bouleverse , qu'elle Teffarouche : elle nous ftiit fuir tout éperdus , ne sachant pas où nous allons.
Les Maures se confondent;
Vépom¥tmte les prend à demi descendus.
Gonx.
« Les éléphants rompaient les rangs, écrasaient des bataillons entiers , et jetaient partout Vépouvante et le désordre. > Roll. « JLa confiance des rois est bien vaine, s'ils s'imaginent être forts par cette multitude d'hommes qu'ils assemblent Un contre-temps , une ombre , un rien met Vépouvante et le désordre dans ces grands corps. > FÉN. •Les Moscovites jetèrent les armes dès qu'ils virent les Suédois : Vépouvante fut si subite et le désordre si grand que les yainqueurs trouvèrent sur le champ de bataille sept mille fusils tout chargés. » Volt.
Effroi, du latin frigus, grec ^î)fO(, froid, frisson, indique une peur qm fait frissonner, qui glace, qui fait dresser les cheyeux, une crainte mêlée d'horreur. Diflërent de Vépouvcmte, en ce qu'il ne comprend pas l'idée de fuite , Yef proi s'en distingue encore par l'effet qu'il produit en nous. SWépoutanite trouble l'esprit, V effroi frappe l'âme de stupeur; elle demeure immobile, elle ne peut plus rien, elle est comme pétrifiée par un saisissement qui enchaîne toutes ses puissances intérieures. C'est ainsi qu'on se figure Vefftoi dont fut saisi Balthazar quand tout ï coup il aperçut cette main qui sur la muraille écrivait son arrêt (Bourd.) « Enfin Astarbé expin laissant remplis d'horreur et d'effroi tous ceui qui la virent. » Féh. « Cette nouvelle remplit la ville d'effroi et de consternation. » Roll.
Tout le peuple étonné regardait, conuone moi ,
SYNONYMES Â RADICAUX DIVERS
4di
L'approche d'un cMnbat qui le glftc«Ii ^tffrci,
Rac.
Que Toifl-J«? cHa-MI; Atez-moi cet objet! Qa*U est hideux ! que sa rencontre Me cause d'horreur et à' effroi!
N^approche pas, ô Mort ! ô Mort, retire-toi 1 L^r.
Le plus horrible effroi saisit le Toyageur. Yolt. • Ce mélange de compassion et à' effroi enchaîne toutes les puissances de Tâme et exclut tout discours. X Id. Lorsque Villeroy , le gouverneur de Louis XV , fut exilé près de Lyon par le régent, « tout était non-seulement demeuré sans le plus I^r mouYement, mais dans V effroi et la stupeur d'une exécution de cette importance. » S. S.
Frayeur a la même racine qu*e/)Vot ; mais , à cause de son rapport évident avec le verbe effrayer , il signifie un sentiment à* effroi passager, actuel , instantané , un accès. On dit : entrer en e/jTrot (Pasc.) , mais non pas en frayeur. C'est une crise subite et peu durable souvent produite par un songe , mie appareuce ou un jeu de l'imagination abusée. Au lieu de glacer , comme Veffroi, elle ne fait que causer un frissonnement. Elle ressemble assez à la peur , si ce n'est qu'elle est toujours plus forte , moins dépendante du caractère que des apparences , toute réduite à l'impression et ne portant poUit essentiellement à la fuite. < Une parole étonne saint Pierre > une simple fille le fait trembler ; dans le trouble où il entre et la frayeur dont il est saisi, il devient parjure. » Bourd. «Jésus Christ se fit de sa mort une image qui le saisit de frayeur, » In. ««Après que Hégaclès eut fait massacrer ceux de la faction de Solon , les Athéniens furent saisis d'une frayeur qui les troublait tous les jours de plus en plus.... Ils croyaient qu'il revenait des esprits par toute la ville. » Fin. « Quand on eut conduit Patknlau lieu du supplice, et qu'il vit les roues et les pieux dressés , il tomba dans des' convulsions de frayeur. « Volt. « La frayeur et le trouble à la vue d'un danger subit décèlent le fond du cœur d'un prince. > Roll. « Une frayeur plus grande et j)lus juste vint s'emparer de mes sens.... Mes deux conducteurs, sentant bien que je trembltûs , m'exhortaient inutilement à ne rien craindre. » Les. « Je n'eus jamais àe frayeurs nocturnes. » J. J.
Terreur, latin terrory vient de ierrere, faire trembler. Vépouvante, V effroi et la frayeur se rapportent davantage à l'état de l'ftme, et la terreur à la cause qui fait impression sur elle. C'est pourquoi on dit en parlant d'un conquérant , il est la terreur des peuples, il porte partout la terreur de son nom ou de ses armes; locutions dans lesquelles les trois autres synonymes ne sauraient convenir. « Condé , jusqu'alors l'appui de l'État, en devint tout d'un coup la terreur. > Bourd. « Au dernier jour le fils de Dieu paraîtra environné de ses anges , et précédé de puissance , de terreur et de majesté. > Mass. « Philippe n'eut qu'à se montrer; la terreur de son nom jeta partout l'épouvante. » Roll. Voltaire dit en parlant de Charles XII : « Rien ne pouvait prévaloir contre la (erreur de ses armes.» Or, la cause de la f erreur est représentée par ce
trV. PHAHÇ.
mot comme puissante, redoutable, supérieure en force,, irrésistible. De là vient que terrible ressemble plus à redoutable et à formidable que épouvantable et effroyable ^ plus voisins, de leur côté^ à* affreux et d'horrtWc; car on dit bien laideur épouvantable , laideur effroyable , mais non pas laideur ferriWe. Quant à l'effet de la terreur , l'idée de force lui étant propre , c'est d'abattre , de décourager, de faire jeter les armes. « Pierre fit un exemple d'Aoanias et de Saphira. Ce premier coup de foudre inspira aux fidèles une salutaire terreur, » Boss. « La justice tonne et foudroie. Elle remplit l'imagination de la terreur de la peine. » In. « Pour répandre partout la terreur, les Romains laissaient dans les villes prises des spectacles terribles de cruauté. » Id. « Ceux que la mort aura trouvés sans l'amour de Dieu ne le verront grand que pour en être remplis d'une terreur qui les fera abimer dans l'enfer pour se cacher autant qu'ils pourront à une majesté si redoutable. » Nie. « En arrivant en Espagne , Crassus trouva la terreur répandue partout; et la cruauté de Marins n'y était pas moins redoutée que si on l'eût vu lui-même présent sur les lieux. » Roll.
CREUSER, APPROFONDIR. Au propre, caver, faire un trou en écartant les parties extérieures ; au figuré, pénétrer bien avant dans quelque chose par la pensée.
Au propre, approfondir ajoute à creuser; car approfondir, ad profondir, marque par sa particule initiale une seconde action, et signifie creuser encore ou de nouveau , recreuser , pour ainsi dire. On creuse un puits , et si ensuite il n'a pas assez d'eau , on V approfondit, Àpprofon' dir enchérit donc sur creuser, d'autant plus qu'il a pour idée essentielle celle de profondeur y de ereiuc profond , et non superficiel. Approfondir équivaut à creuser profondement.
Au figuré, même différence : on pénétre plus avant quand on approfondit que quand on creuse, « Le poète (Voltaire) avait enfin appris à creuser, à approfondir le sujet qu'il n'avait d'abord qu'effleuré. » Lab. « Dans les Annales, ce sont les hommes encore plus que les choses que Tacite creuse et qu'il approfondit, » Marm. — D'ailleurs , creuser se rapporte davantage au travail , à l'effort ; et approfondir, au terme du travail , au succès. Dans ses Remarques sur le premier discours de Corneille , Voltaire dit : « Il est beau de voir l'auteur de Cinna et de Polyeucte creuser ainsi les principes de l'art dont il fut le père en France. » Et un peu plus loin , après la citation d'une maxime très-judicieuse , qui prouve que notre grand tragique connaissait effectivement la nature du poëme dramatique , son commentateur ajoute : « Rien ne fait mieux voir combien Corneille avait approfondi toîis les secrets de son art. • « On doit d'autant moins creuser les mystères de U religion , qu'il est impossible de les approfondir , parce qu'il est à craindre que, piquée de l'inutilité de son examen^ la raison , par orgueil , n'aime mieux les juger faux que de les croire incompréhensibles. » Bbaoz. « J'ai creusé autant que j'ai pu les principes généraux du langage ; je ne croirai pas ma
Bfil3Xl£VE PARTIE
peine perdue, quand elle ne servinût qa'àproH- ▼er que l'on doit et que Ton peut les approfondir. » ID-
1» €RI, GLAIffiUR; — V CRIBRIB, CKIAIL- UBRIB, (XABAIJDEEIB. Yoix haute et poussée arec effort.
Cri et clameur appartiennent au langage ordinaire. Crierie , eriaiUerie et clabauderie ne sont que du style familier. i* Cri^ elamew.
Le erî , du latin ^fy/kitare , erier «u secours ou à Paide, est quelque chose de distinct; la ci*mewr, latin clamor, cri, vocifération, huée, est quelque chose d'immodéré et de confas. Par des cris nous exprimons nos sentiments et nos idées , et chaque situation a son cri particulier; mais la clameur n'est souvent que du bruit , qu'un mélange de cris tumultueux. Les erif de Paris ont tous une signification propre; on n'entend sur un navire qui fait naufrage que des dameuTB effroyar blés.
J'entends de tous côtés les ehomurs des soldats , Et les sous de la guerre , et les 0ns du trépes.
Vocr.
N'entends-tu pas de loin la trompetie guerrière , Les crû des uuObeurenx nralaats dans la poussière, Des peuples, des soldels les eoutOÊiBÊ cUmêurs , Et les chants d^allégresse et Les «rôdes Tainqueun?
Cesses , et retenes ces clameurs lamentables , Faible soulagement aux maux des misérables.... Dieu sait que dans cet nrars la mort nous enyiroraie, Etks eris des Thébahis tout montés Tcrs son trône.
(Le graid prêtre dans ÙBMpeJ) l».
Kkis la différence la plus généralement observée entre cri et clameur , c'est que , la cknneuf supposant de la passion et de l'emportement , ce mot se prend plus volontiers en mauvaise part, on dit les cris de l'opprimé (ACAn.) , et les cfomeurs de la cabale (Volt.) ou de la calomnie (J. J.). Le sage respecte le ert public, et méprise les clameurs des sots. La destruction de Port- Royal excita les cris de tout le royaume (d'Al.); Louis XIV eut le courage , malgré les clameurs de l'hypocrisie intéressée, d'accorder sa protection au Tartufe (lo.). «Vos supplications publiques sont plutôt les cfametirx chamelles d'une multitude de cpupables qui gémissent*de se voir enlever les objets de leurs crimes , qu'une assemblée de véritables pénitents, qui, par leurs cris et leurs pieux gémissements , viennent témoigner leur repentir. »