DEUXIÈME PARTIE
et en diffamant on tend et on n'arrive que trop souvent à déshonorer. L'Académie fait diffamer synonyme de décrier et de décrédiur, et le définit par : chercher à déshonorer.
DÉNOÛMENT, CATASTROPHE. Ces mots sont considérés ici dans leur rapport conmiun avec la conclusion d*une action dramatique.
Dénoûment, mot tout français , formé du verbe dénouer, se dit de toutes sortes de poëmes dramatiques, particulièrement de la comédie. Le dénoûment du Barhier de SévilU (Buaum.) , de YÉtourdi, de l'École des maris de Molière (Volt.). « Dans Molière il y a des longueurs, les intrigues quelquefois sont faibles , et les dénoûments sont rarement ingénieux. » Volt. « Le dénoûment des Âdelphes (de Térence)n'a nulle vraisemblance. D Id. Mais catastrophe , tiré immédiatement du grec , s'applique seulement aux tragédies, qui sont les pièces de théâtre les plus relevées.
Ensuite, môme quand il est question d'une tragédie, on n'en désigne la conclusion par catastrophe, qu'autant que cette conclusion est réellement tragique, c'est-à-dire funeste ou môme sanglante. C'est une conséquence de l'étymologie du mot xaTa<rrpo(pTi , renversement, bouleversement , mort. « On n'attache plus au mot catastrophe que ridée d'un événement funeste. On ne dirait pas la catastrophe de Bérénice ou de Cinna. Avant Corneille on n'osait pas donner le nom de tragédie à une pièce dont le dénoûment n'avait rien de sanglant ; et Aristote pensait de môme , lorsqu'il semblait vouloir interdire à la tragédie le dénoûment heureux. » Marm. « Les Euménide* d'Eschyle, le Philoctète de Sophocle et l'Oreste d'Euripide se terminent par un dénoûment heureux. Dans les tragédies modernes les catastrophes funestes trouvent naturellement leur place. » lo. « Le poème tragique vous mène par les larmes, par les sanglots, par l'incertitude, par l'espérance , par la crainte , par les surprises et par l'horreur jusqu'à la catastrophe. » Labr. ■ Ces mots préparent la terreur et fortifient le tragique delà catastrophe. » Volt. « La catastrophe de Rhadamiste produit la terreur et la pitié. . . . Tout ce dénoûment n'est pas moins tragique que le reste de la pièce. » Lab. oc La terreur et le tragique de cette catastrophe... . » Volt. * Enfin , môme quand la tragédie se termine d'une manière terrible , conformément au but de cette sorte de poème , la catastrophe n'y est pas la môme chose ou n'y est pas toujours la môme chose que le dénoûment. La catastrophe y est le coup, le fait d'ordinaire sanglant qui est placé vers la fin; le dénoûment est la manière dont le poète fait cesser l'intrigue, l'embarras et par suite l'inquiétude du spectateur. La catastrophe frappe , produit dans l'âme une grande impression: le dénoûment débrouille, développe, éclairçit les situations et satisfait la curiosité de l'esprit. La catastrophe doit ôtre terrible et touchante , elle doit frapper le dernier coup; le dénoûment doit être clair , il ne doit laisser aucun doute ni sur les suites de l'action ni sur le sort des personnages.
Souvent la catastrophe sert de dénoûment ,
c'est le ressort employé pour développer l'intrigue. Mais quelquefois aussi la catastrophe De contient pas le dénoûment ou tout le dénotLment. C'est ce qui arrive dans Britannicus, Britannicus meurt empoisonné, voilà la catastrophe. Mais tout n'est pas encore expliqué : que devient Junie? Il faut un dénoûment ultérieur pour nous l'apprendre, et ce dénoûment est k parti que prend Junie de se mettre au nombre des vestales.
A tout cela, il faut ajouter que le dénomment, action ou manière de dénouer, se rap porte à celui qui dénoue, au poète et à son talent. « Ce qu'il y a eu de plus émineni dans Corneille, ce sont ses dénoûments. > Labr. c Dans ce cas Corneille eût sacrifié la plupart des beautés de ses pièces , comme le d^iioûment de Rodogune. » Mark. « Dans Bajaxety le dénoûment n'est point bien préparé. » Srv. « Quand une tragédie est bien faite, l'action se développe d'elle-môme. et avance sans obstacle jusqu'au dénoûment. » CoND. « Le plus grand défaut de cette tragédie est celui du dénoûment qui n'est ni assez préparé ni assez motivé. » Lah. « U:. bon tragédien est très-propre à être un très-bor. historien, parce qu'il faut dans toute histoire une exposition , un nœud , un dénoûment et de llntérét. » Volt. — Mais la catastrophe se considère en soi , comme un objet, et non comme une aciloo ou le résultat d'une action : elle est sanglante (Boss., Rac), tragique (Boss.), afiTreuse (Lab.). « Mahomet consterna d'abord par la sombre et triste atrocité de la catastrophe. » Lah. « Sur le théâtre des Grecs , la fable n'ayant à produire qu'une catastrophe terrible et touchante, pouvait être simple. » Marm. Bourdaloue dit en parlant de la passion de J. C. : <t Après tant de scènes difi'érentes , et toutes également lugubres, nous approchons enfin de la funeste eatasirophe d'une tragédie si sanglante. »
U DÉNUÉ , DÉPOURVU , DESTITUÉ; — 2» DÉ- POUILLÉ , PRIVÉ. Qui manque de cer laines choses.
Dénué , dépourvu et destitué s'emploient comme adjectifs , au lieu que dépouillé et ffrivé sont des participes. De là entre les uns et les autres une grande difiérence. Les premiers marquent un état ; les deux-derniers désignent un état qui a et : produit : on est dénué, dépourvu^ destitué ^ simplement; on est dépouillé ou priij^, parce cçi'on a été dépouillé OM privé, par suite d'une action où d'un événement, par le fait de quelqu'un onde quelque chose.
1« Dénué, dépourvu, destitué.
Pour ce qui concerne d'abord dénué et dépourvu, l'un est absolu, l'autre relatif; l'un exprime la nudité, l'autre le défaut de prorinon seulement, le manque de moyen. Quand on est d^u^desens, de raison, d'esprit, on n'en a point; quand on en est dépourvu, on n'en a guère, on n'en a pas assez pour flaire ceci ou cela.
Me croyez-YOUB de sens si dépourvus,
Que devant tous je commisse un tel tour? Lif.
« Je ne suis pas encore assez dépourvu de sens et
de raisonnement, pour ne pas voir que.... ». S. S.
c Que ce qui était la cause de Dieu devienne ia
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
nôtre, et on verra si nous sommes aussi dépourvus d'adresse que nous le disons. » Bourd. — Ajoutez qu'on n'est pas dénué et dépourvu des mêmes choses. On est dénué de tout ce qui vêt , entoure , accompagne , et de tout ce qui est bon ou commode , sans aucun rapport à un emploi , à me destination, à un but. «On n'envisage que la substance du péché , dénuée de tout ce qui l'accompagne et de tout ce qui la suit. » Bourd. Dénué de mérites et de vertus (In.) ; dénué d'argent ,MoL.), de biens (Fén.), de tout (Bourd.). Mais on est dépourvu de ce qui fait la force ou la sûreté, de ce qui rend capable d'action ou de résistance. Un pauvre est proprement dénuée une place est dépourvue. Buffon a dit : s Des terres froides , ingrates et dénuées , » et Fénelon : <c La plupart des places qui nous restent sont dépourvues. » a Nous avions tout à craindre de la sagesse de Sésostris; mais sa puissance passant dans les mains de son fils , dépourvu de toute sagesse, nous conclûmes que nous n'avions plus rien à craindre. * Fén. « Le défaut d'une seule de ces qualités rend aussi bien un homme incapabie d'être ce qu'il prétend , que s'il était dépourvu de toutes. » Bourd. Dénué, il vous manque quelque chose* pour être bien; dépourvu i TOUS êtes faible ou impuissant. Un poème est dénué d'intérêt; un pays, dépourvu de lois. L'homme dénué de sagesse est , selon la comparaison d'un auteur chinois, comme une armée dépourvue de chef. Vous êtes dénué de qualités , de vertus , de mérites; dépourvu d'énergie ou de ressources.
Destttué,du latin destituera, abandonner, signifie d^pourc^ par délaissement , réduit à soi-même, qui n'a pas d'auxiliaire ou de soutien, à qui manque une force d'emprunt. On est destitué d'assis, tance (Bourd. , Boss.) , d'appui (Boss. , Roll.) , de crédit (Mass., Fén.), d'un secours (Bourd.), du secours de la grâce (Boss.); une chose est destituée de fondement (Acad.) , de preuve (J. J.), de vraisemblance (Lab.). « Montaigne considère l'homme destitué de toute révélation. » Pasg. ^Destitués, comme ils ont été, des expériences et des instruments nécessaires , les anciens n'ont pas dû prétendre à la gloire d'avoir tout connu. » J. J. « Les huguenots se trouvant destitués de la présence d'un chef si considérable (l'amiral de Coligny) , le prince n'en pouvant plus , se retirèrent. D Boss. Fénelon dit de lui-même , dans sa querelle avec Bossuet : « Je suis seul et destitué de toute ressource humaine. » « Il ne reste alors aux consuls que des menaces, destituées réellement de tout pouvoir. » Roll. — Nous sommes dénués et dépourvus de ce que nous n'avons pas , destitués de ce qu'on ne nous prête pas, de ce qu'on ne nous donne pas. Destitué de bon sens et de raison» est tout à fait impropre , quoi qu'en dise l'Académie. On en citerait difficilement un seul exemple tiré d'un bon auteur.
V Dépouillé , privé.
Au figuré , le verbe dépouiller ne s'emploie que dans le style soutenu et signifie ôter quelque chose de grand. Il en est de même du participe > Dépouillé de l'autorité royale, s S. S. « Nous sommes él^ouillés et dégradés de tous les privilèges de l'innocence. > Bourd. « La vertu est dé-
STH. FRANC.
pouillée de ses honneurs. » Lab. « Le courage d'esprit avec lequel Louis XIV vit sa fin fut dépouillé de cette ostentation répandue sur toute sa vie. » Volt.
Si les deux, dépouillés de leur empreinte auguste» Pouyaient cesser jamais de le manifester, Si Dieu n'existait pas, il faudrait rinvenler. 1d. — En outre , dépouillé , despoliatus , suppose quelquefois une spoliation , une action violente , telle que celle d'un soldat qui enlève à son ennemi ce qu'il porte sur lui. « La mère des Calas fut privée de ses filles, et dépouillée de tout son bien. » Volt. «La présence d' Ad herbal, dépouillé de ses États , et la mort de son frère , excitèrent une indignation générale. » Vbrt.
Privé est subjectif, relatif au sujet, qu'il présente comme à plaindre , comme mis dans un état fâcheux , dans un état où il ne peut jouir de ce qu'il a ou de ce qu'il pouvait avoir. La racine est privus , propre , sien , ce qui appartient en propre. On dit bien dépouiller une chose , ses vêtements , sa fierté ; l'action de priver tombe toujours sur une personne. Les âmes du purgatoire soufl'rent d'être privées delà vue de Dieu (Bourd.). c Nous nous alarmons, nous nous troublons , nous nous désespérons , A mesure que ces biens nous échappent et que nous nous en voyons prités.9 ÎD. « Ces princes, malheureusement privés de succession , ne pouvaient recevoir de consoUtion plus touchante que de voir.... » S. S. Dans mon triste palais, seul et privé d'enfants, J'aurais pu voir en vons Tappui de mes vieux ans.
Volt.
« Le second des fils d'Alexis était Ivan, encore plus maltraité par la nature que son frère Fœdor, presque privé de la vue et de la parole , ainsi que de santé, et attaqué souvent de convulsions.» In. « Le premier vœu des aveugles est de recouvrer la vue, leur plus grand regret est d'en être privés. » Lab.
DÉSERTEUR, TRANSFUGE. Soldat qui ab€iadonne le service sans congé.
Le déserteur {qui deserit , celui qa4 déserte ou fait défection, qui quitte, son drapeau ou Tarmée dont il fait partie) , se retire , se sauve ; c'est un lâche, a Alexandre dit à ses soldats qui refusaient de le suivre au delà de l'Hyphase : Allez donc en vqtre pays , et vantez vous , lâches déserteurs de votre roi, de l'avoir abandonné. » Roll. Le transfuge {qui trans fugit , celui qui s'enfuit au delà ou de l'autre cûté) , passe dans le parti opposé ; c'est un traître. « C'est la coutume de traiter favorablement d'abord les transfuges , à causedu service qu'on en tire, mais de les mépriser après comme des traîtres. » Roll. Le déserteur n'est plus avec les siens , le transfuge est contre les siens; et, pour parler notre langue actuelle,, le déserteur et le transfuge désertent, le premier à l'intérieur , le second à l'ennemi. Grande différence dont il est tenu compte dans le code militaire. « César demanda aux Helvétiens des otages leurs armes, et les esclaves déserteurs qui avaient été reçus dans leur camp.... Après qu'ils eurent livré les otages , leurs armes et les transfuges, il leur accorda à tous la vie sauve. » Roll. De même , au figuré , déserteur a rapport seu-