‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 288 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lement à U chose qu'on laisse : désêrtewr de rfirangile (Mass.), de la jurtice{i/A«.). « Les anglioms sont des dùwteun; ils ont renoncé au pape. » Volt. Quand Les oiseaux voyageurs se mettent en route* on ne voit paraître le lendemain ni traîneurs ni dé$erUuirt (Roil.). 11 y & des pigeons qui s'éloignent de leurs colombiers pour n'y plus revenir , et qui se retirent dans les bois ; on les appelle & oause de cela des fuyards et des dénrêmn (Buvf.). Mais (rafufiiflie se rapporte àla fois à ce qu'on quitte et à ce qu'on prend, à ce qu'on a été et à ee qu'on devient. La Motte , qui de trappiste s'était iiait poète dramatique , était tnmtfugt du sacré au profane (d'Al.). < Quand le juge méprise son état , trantfuge de la vertu, le vice même auquel il se livre ne lui en sait aucun gré. » D'Ao. « Saumery voyait le vol que le duc d'Harcourt prenait, et la décadence de M. de BeauviUiers , à qui il devait eiistenoe et fortune. Le drftle ne manqua point de sedonner àHarcourt, qui le reçut comme un Uunsfuge par lequel il espérait de savoir beaucoup de choses sur des gens qu'il voulait culbuter. 9 S. S.

Quelquefois aussi il semble que frantfugt soit employé simplement comme exprimant quelque chose de plus odieux. Massillon appelle Spinosa « un transfuge de tontes les religions, un monstre obligé de se cacher aux yeux de tous les hommes. » On dit bien déieriewr et transfuge, mais non pas iransfitge et déserteur y parce que transfuge est propre à enchérir sur déserteur. « Bottgir de l'habit cUrical et le déposer, c'est être un déserteur ^ un transfuge^ et se déclarer indigne de le porter. » Mabs. « Ce n'est pas que, désêfieiivr et transfuge de la philosophie , je vettille vous en dégoûter aujourd'hui pour vous livrer servilement à l'histc^ire. » D'Aa.

DÉSHÉRITER , EUÉRÉDER. Priver de sa succession.

Déshériter a été formé du verbe français hériter i ixhéréder est le latin ^eredare. C'est pourquoi déshériter est le mot du langage ordinaire , et eghéréder un terme de jurisprudence, et surtout de jurisprudence romaine.

Crébilion s'étant marié sans l'aveu de son père» cehû-cile déshérita (d'Al.); chez les Romains, c lorsque le père n'instituait ni eahérédait son fils, le testament était rompu. » Komtisq. — Dans VEnfant prodigue de Voltaire, il est dit plusieurs fois qu'Euphémon a déshérité son fils ; mais quand le président Fierenfat veut exprimer la même idée dans le style des juristes, c'est exhéréder qu'il emploie.

Nos pères l'ont ordonné de la sorte ; En droit éerH leur rolonlé remporte.

Lises Gujat , ehapitres cinq , six , sept : « Tout libertiB de débauches inrect, Qui, renonçant i l'aile palenielle, Fait la maison, ou bien qui pille iceUe^ Ipto facto, de tout dépossédé Gomme un bâtard il est cxhérédi, »

— Mme de Sévigné éerit dans une de ses lettres : a Mlle de Yillarceaux est morte sans oenfession et sans avoir eu le temps de déshériter ses cousines. «Mais Labruyère , racontant ee qui se passe an palais, et affectanJl d'ea parkx la langue, dit :

> Qui voit-on dans les lanternes des cbambres. au parquet, à la porte ou dans la salle du magistrat? Les testamentaires qui plaident en explication d'une clause ou d'un article , les personnes exhérédées. » Et de mtae, dans son fltstotre rematne, RoUin, parlant latin en français, pour ainsi dire : « César poussa le ressentiment jusqu'à exiger du père de Gésétius qu'il abdiquât et exhéréddt son fils. »

Quant au sens exact des deux mots, étéshériter marque la manière dont les choses se passent de nos jours , et exhéréder rappelle comment on déshéritait chez les Romains et ensuite, àlenr îm/iation , chez d'autres peuples. L'action de déshériter est négative , indirecte , tacite ; elle a Iteu par le nmplefait de léguer ses biens libres i d'autres que ses héritiers naturels. L'action 9 exhéréder j au contraire, était positive, directe et formelle : elle consistait dans une déclaration expresse et motivée , par laquelle on excluait de toute espèce de droit et de part dans sa succession, ou sod enfant , ou quelque autre héritier auquel une légitime était due , en énonçant les raisons lé^es qu'on avait de punir ainsi les offenses dont on avait i se plaindre. C'est la di^inctlon de Roubaud. c On déshérite , dit-il, ses héritiers naturels en léguant à d'autres ses biens libres, par la simple institution d'un autre héritier où d'un légataire, et sans cause énoncée , en vertu du droit de disposer de sa propriété. Un père exhérède ses enfants en les dépouillant de toute espèce de droit et de part dans sa succession , par une exclusion expresse et motivée , et en vertu de la îoi qui l'autorise à punir par Vexhérédaiion certaines offenses déterminées et spécifiées par la loi ellemême. »

ràSHONNÈTE, OBSCÈNE. Contraire à la pudeur.

La chose dishennête s*écarte de Yhonniteté^ de ce qui est beau , décent ou convenable. La chose obscène met devant les yeux (oh) des saletés (en latin ecenu/m veut dire boue, ordure, saleté]. Déshonnête exprime un simple défiât de conformité à des lois , dont obscène marque la violation ouverte, effrontée. Ce que la déshonnéteié ne prend pas assez soin de cacher, V obscénité le met impudemment à découvert. Un langage d^ihonnête n'est qu'immodeste , un langage obscène est ordurier.

Déshonnête ne se dit pas de l'homme, mais seulement de ce qui s'y rapporte, parce que c'est un mot à signification trop faible pour désigner une sorte de caractère; par la raison contraire, on dit bien un homme, un écrivain obscène. Les épigrammes déshonnêtes de Martial lui ont fait donner justement le nom de poète obscène. Soi' vaat X. J. Rousseau , la langue française , qu'il personnifie en cet endroit, est obscène^ parce que , à son avis , la chasteté d'une langue ne consiste pas à éviter les tours déshonnêtes y mais i ne les pas avoir.

Autre difl'érence non moins sensible. Dé^onnéte convient généralement à tout ce qui blesse la pudeur ou la pureté : mener une vie déshonnête (Mol.) , entretenir avec une personne des intelligences déshonnêtes (Boss.), etc.... Obscène

est un terme concret particulièrement applicable aux choses apparentes, mises ou susceptibles d*être mises deyant les yeux ou en scène , comme tableaux, gestes, postures, ou bien encore aux paroles , ces images de nos pensées. « On se fait des occupations qui toutes ne tendent qu*à nourrir la Tolupté , des spectacles profanes , des lectures pernicieuses, des harmonies lascives, des peintores obscènet. » Mass. — Une pensée déshonnite peut être quelque chose d'abstrait dont s'occupe Fesprit ; une idée obscène est une image , une représentation mentale, devant laquelle il est en contemplation.

1* DÉSOBÉIR , VIOLER ; — 2* CONTREVENIR , TRANSGRESSER; ~ 3* ENFREINDRE. Agir contre ou malgré ce qui est commandé ou défendu, contre on malgré une loi , une règle , ou autre chose semblable.

Ce qu'on considère principalement dans défobéir et violer, c'est le plus ou le moins de force de faction; daiis eontreventr et transgresser, c'est respèce de loi ou de règle dont on ne tient pas compte et qu'on foule aux pieds pour ainsi dire; dans en^etndre, c'est l'origine de cette loi ou de cette règle. — Visobéir annonce l'action la plus douce, la plus modérée, une simple inobservation ; violer marque l'action la plus forte , la plus emportée, un outrage. D'autre part, on contrevient à quelque chose de particulier, A un ordre ou à une ordonnance , à un règlement; on transgresse quelque chose de général, un précepte, une règle, la loi divine on la loi naturelle. Enfin on enfreint ce qu'on a contribué soi-même à établir, un traité, un pacte, une promesse , ses propres maximes.

!• î^sobéiry violer.

Désobéir se distingue par la faiblesse de Taetion; il est purement négatif et signifie une omission, un manquement, une faute, c Dieu n'est-il pas injuste en flétrissant éternellement tous les enfants d'Adam pour une désobéxsstmce qui semble excusable?» Volt, c Socrate aime mieux mourir que s'enfuir, de peur de désobéir aux lois qui le retiennent en prison. » FéN. « Je voulais user pleinement du droit de penser, mais toujours en respectant le gouvernement sous lequel j'avais à vivre , sans jamais désobéir A ses lois. > J 1. c Si c'est un crime d'attaquer l'honneur d'autrui, c'en est pareillement un de ne le défendre pas. C'est un devoir de charité , et xnanquer à cette loi indispensable , c'est désobéir à Tin précepte divin. » Bourd. — TioUr, au contraire , se distingue par la violence ,. c'est-à-dire par la force excessive de l'action ; il désigne un attentat , une atteinte audacieuse à ce qu'il y a de plus sacré et de plus respectable. On viole ouvertement (Lah.) , on ose vioUr, c Philoctète eut la faiblesse d'éluder son serment , n'osant le violer. « Vâh . « One les dieux vengent cette alliance , si jamais quelque Impie ose la violer. » lo. « On dit qu'il y a dans Turin des gens qui saisissent tous les livres, sans respecter l'adresse; mais Je suis bien éloigné de croire qu'on ose ainsi %ioUr le droit des gens. » Volt. « Aihéroni répondit qu'il ne concevait pas pourquoi on se laisait scrupule de manquer aux traités avec une

puissance qui les violait tous sans pudeur. > S. S. « L'autorité établie pour maintenir l'ordre et la pudeur des lois est méritée ( sous un prince ami du désordre) par les excès qui les violent. » Habs.

î* ConJtrevenirt transgresser.

Contrevenir se distingue par la spécialité , le peu d'étendue des règles ou des lois auxquelles il exprime qu'on s'oppose. On contrevient à quelque chose d'établi, d'effectif, ou de voulu par une certaine personne. « Henri VIII d'Angleterre établissait dans cet article le célibat des prêtres avec la peine de mort contre ceux qui y contre,viendraient. » Boas. « Nous renouvelons les statuts et ordonnances qui regardent l'flge des servantes; déclarons toutes les peines y portées bien encourues par les contrevenants, » In. « U fut arrêté qu'on ne créerait aucune magistrature dont il ne fût permis d'appeler; et on donnait pouvoir i tout particulier de tuer impunément quiconque contreviendrait à cette ordonnance. » RoLL. « Parmi quelques nations on croit qu'il suffit, pour réprimer le luxe, dé punir les contraventions à la loi par des amendes pécuniaires. » Id. « Les états se jettent aux pieds de Votre Majesté pour l'assurer qu'ils veilleront à prévenir toute contravention à ses ordres. » Volt. a Ces vidangeuffs avaient contrevenu à la loi de police qui leur ordonne de fermer l'entrée de la fosse toutes les fois qu'ils quittent le travail » In. flc Félix, dans Polyeucte^ s'imagine qu'on veut le perdre auprès de Tempereur comme ayant contrevenu à ses ordonnances. » Lah. — Transgresser, au contraire, se distingue par la généralité ou l'universalité des lois ou des règles contre lesquelles porte l'action qu'il signifie. On transgresse les commandements de Dieu ou œux de l'Eglise , les préceptes de l'Evangile ou ceux de la morale. On dit la contravention aux lois positives (n'Ao.), et la transgression de la loi naturelle (ID.). tt La transgression de la loi naturelle a été dans tous les temps et dans tous les lieux réprouvée , condamnée , détestée. > D'Ao. « Les hommes peuvent se donner des conseils les uns aux autres , mais non pas faire en sorte que ees conseils deviennent des préceptes ou des lois* dent la transgression soit punie. » In. « Celui qui transgresse la loi en un commandement la méprise en tous les autres , car celui qui a dit : Tu ne commettras point d'impureté, a dit aussi: Tu ne tueras point. > Boss. « Le christianisme n'est que le judaïsme expliqué et accompli ; donc les apêtres ne transgressaient point les lois des Juifs quand ils leur enseignaient l'Evangile.» J. 1. — Contrevenir, c'est venir ou aller contre, faire une chose contraire à oe qui est prescrit, ordonné, déterminé; trangresser^ de trans gradi, aller au delà, outre-passer , c'est franchir les bornes, sortir de la voie, d'une yole commune, tracée pour tous, fsin un écart.

a* Enfreindre.

Enfreindre, du latin infringere , briser, se distingue en ce qu'il indique un dégagement, un afiranehissement de quelqu'un qui s'était lié. Le contrevenant et le trcmsgressewr sont coupables par indiseipHne, lioenee ou dérèglement; Yinf^ao* tewt Test par infidélité. « On enfreint mit loi

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