‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 29 sur 426 · Nouveaux essais » UI , 7 , dernière phrase · texte numérisé non relu

Nouveaux essais » UI , 7 , dernière phrase

INTRODUCTION. LXXi

Maïs, d'un antre côté, en n^employant pas <;ette méthode conjointement avec celle de la conscience , la psychologie se priverait de secours inappréciables. Si ^e ne fait pas , an commencement de ses recherches, Fexamen analytique des acceptions des mots significatils des faits dont elle s'occupe, si elle n*en détermine pas d'ai>ord soigneusement la valeur absolue et relative au moyen de la sjnonjmique, elle ignore ce que pense le sens commun sur l'objet de ses études, ce gn'il admet déjà comme connu et comme vrai,. ce qu'elle-même est destinée à approfondir et à développer à l'aide de la conscience; elle n'a pas de point de départ assuré ; elle ne sait pas prendre lès choses où elles sont parvenues déjà pour les conduire plus loin.

ïn se réduisant aux seules informations de sa conscience, le psychologue s'expose nécessairement à envisager les choses d'une manière étroite et incomplète. II lit en lui-même les principes de notre nature, lui individu, lui imbu de certaîDs préjugési^ ayant reçu une certaine éducation, esprit borné qui ne peut ni tout voir, ni voir ce qu'il voit que sous un point de vue particulier. Rarement un philosophe est lihre de toute préoccupation, quand il se met à l'étude : s'il n'a pas précisément un parti pris d'avance, il incline au moins, ne fût-ce que par sa tournure d'esprit, vers certaines doctrines auxquelles, involontairement sans doute, il accommode les faits. Ce danger n'est pas à craindre pour le synonymiste ou de sa part. Ne se laissant aveugler lui-même par aucune idée préconçue, il demande aux mots ce que leur ont fait constamm^t signifier les plus grands écrivains, la plupart étrangers à la philosophie, qui les ont employés sans intentions systématiques, li ne crée rien, il n'altère rien; il est l'interprète fidèle et désintéressé du sens commun. Sa psychologie n'est pas sienne, comme celle des philosophes est leur; c'est celle de tous les hommes de sa nation qui ont parlé avec îustesse. Or, à moins de joindre ses vues larges et impartiales aux observations plus fines peut-être et plus précises qu'on obtient à Taide de la conscience, il ne saurait y avoir pour la scâ^ice ni progrès ni succès véritaUes.

H y a pins; les mots qui expriment et réfléchissent les actes de notre esprit

présentent quelquefois toutes faites^ à qui sait les analyser, des distinctions et

des observations auxquelles on ne serait peut-être jamais arrivé, au moins si

prampteme&t, en prenant la conscience pour guide. Leur exacte détermination

foraduit des découvertes inattendues^ et l'idée qu'elle donne de notre nature in-

leOectnelle et morale est non^seulement étendue et pure de préoccupation, mais .encore plus avancée et plus profonde qu'on ne serait tenté, de le croire au preaiier abord. "^ '^

Du reste, c'est incontestablement sous le J^t de vue de leur synonymie qne les mots doivent être interrogés pour rendre à la psychologie les plus grands

services. £n effet, de quoi s'agit-il d'abord en psychologie? De recueillir tons les pbénomèDes de Vùme, puis de les classer suivant leurs rapports de ressemblance ai de diBéreoce^ Or^ d'une part, tout ce que notre âme éprouve ou pnMfaiit d'impartant est exprimé dans la langue commune par des termes particuliers ; de sorte qu'en les réunissant tous, on est sûr de ne laisser échapper au-

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