‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 293 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Vais la barrière est quelque chose d'élevé et d'infranchissable, qui arrête ou sépare; la traverse est quelque chose de fâcheux qui vient à la traverse , qui met un bâton dans la roue ou entre les jambes , et feit tomber. On trouve une barrière : « S'il trouve une bofri^e de front qui ferme son passage, il biaise naturellement. » Labr. Mais on éprouve des traverses : « Il est peu de traverses que les dieux n'aient fait éprouver â Ulysse. » Fén. —Sans la barrière on continuerait à aller, on irait plus loin, trop loin peut-être , ou on pourrait se réunir. « Ma justice devait éclater contre vous; mais vous lui avez opposé une barrière qui Ta arrêtée. » Boord. « Il était temps de donner de plus fortes barrières à l'idolâtrie , qui inondait tout le genre humain. » Boss. « Une barrière insurmontable s'élève entre eux , les sépare. » Acad. Sans la traverse on aurait un succès facile ou on jouirait d'un bonheur constant. « Quelques-uns prêchaient Jésus-Christ par jalousie contre saint Paul , et dans le dessein d'ajouter de nouvelles traverses à celles qu'il avait déjà éprouvées. » BouRn. « Cette malheureuse princesse (Marie Sluart) avait eu de continuelles traverses depuis qu'elle était dans son royaume. » Boss. « C'est l'effet de la condition humaine que les entreprises utiles essuient des contradictions et des traverses. » D'Al.

Je le vois (Louis XIY] éprouvant des fortunes diverses,.

Trop fier dans ses succès , mais ferme en ses ira^ verses. Voi»-

Les entraves sont des empêchements. Au lieu de fermer le passage comme la barrière , au lieu de faire échouer comme la traverse , les entraves gênent la liberté , ce sont des liens ou des fers, a Le joug de Dieu met en liberté ; et le moi qui promet la liberté donne des entraves de fer. » Fén. « On a mis à l'Encyclopédie des entraves dont il ne faut jamais enchaîner la raison. ^ Volt. « J'ai respecté les entraves qu'on met à la liberté de s'expliquer par lettres. » Id. « A tel génie il faut des ailes, i d'autres des entraves. » J. J. « L'esclavage et l'espèce d'avilissement où nous avons mis les femmes, les entraves que nous donnons à leur esprit et à leur âme. » D'Al.

4* Anicroche t ctccroe^ rémora, encîouure. Termes familiers.

Anicroche et accroc se ressemblent singulièrement. Ils désignent quelque chose qui accroche , qui retarde. Cependant anicroche , à la différence d'accroc , paraît indiquer quelque chose de volontaire , une petite difficulté suscitée à dessein. On dit chercher anicroche (Dbsh.), former des anicroches (Acao.), et, dans Rabelais, hanicrodhe est le nom d'une arme. Dans une affaire où on est en butte à l'envie, on trouve toujours quelque nouvelle anicroche; tout. devient accroc pour qui est pressé, il survient des accroc», ce sont de purs accidents.

Rémora, latin rémora, de remorari, retarder, vefut dire d'abord un petit poisson auquel les anciens attribuaient le pouvoir d'arrêter les vaisseaux dans leur course ; dans le sens de difficulté ou d'obstacle il annonce quelque chose de

puissant, c La paresse est le rémora qui arrèXc les plus grands vaisseaux, s Lahogh.

L'or est comme une femme ; en n'y unrait toackcr. Que le cœur, par amour, ne s'y laisse aUacher. L*un et Tautre en ce temps, siiôC qu'on les naak. Sont deux grands rémoras pour la philosophie.

Rkg».

> Je sus que ce qui retenait la déclaration de h dame d'honneur était l'indétennination sur li dame d'atour.... La dame d'atour était toujours le révMtra. » S. S.

On appelle encîouure, au propre, llncommodité d'un cheval encUmé on qui a été piqué jusqu'au vif par maladresse avec an chu, quand on Ta ferré. Au figuré, renclouiire est un empêchement résidant en un point qu'il s'agit de connaître , ou bien eu égard à la découverte ou à l'indication qu'on en fait. Voici l'encUmur^; comme qui dirait voici l'endroit où le cheval i été blessé et qui fait qu'il boite , qu'il ne va phïs. c Hé bien! repris- je, Toilà donc l'enc^otiHf^, et je n'avais pas tort de vous presser. » S. S. c Ah! voici Venclonure, dit alors le cardinal; j'ai découvert la finesse. » Les. « On a denoé 2'«iclouure. » Mol.

De l'argent, dites-vous T ahl voili Vaulaamrel Cest U le nœud secret de tonte ravenlure. Id.

Il n'est plus question (pour fkire Je muiage) Qoe de gagner son frère; et c'est li Vadommre.

Dm.

DIFFUS , nOLIXE. On qualifie de diffus et de prolixes les discours qui manquent de brièreté et les hommes qui pèchent contre cette même qualité , soit en parlant, soit en écrivant.

Difjpas est le latin diffusus, répandu càetli, étendu de côté et d'autre. FroÙxe , latin prolixus , vient de pro laxus , Uché ou étendu es avant , trop ou fort prolongé.

Le diffus pèche par des écarts, et le prolin par des longueurs. Le diffus n'est pas précis; le prolixe n'est pas court. Le diffus tourne sans cesse autour de la même idée , et ne Texpriice jamais que d'une manière vague; il impatiente par ses circonlocutions , ses à peu prés, ses idées accessoires , ses répétitions : tel est Locke parmi les philosophes (Volt.). Le pràlixe sait toujours la même idée sans jamais Tépuiser; il fatigue par ses lenteurs , il ne finit jamais : tel est Boutdaioue , suivant Voltaire. Trop souvent les avocats sont diffiu ; ils parlent de tout , à tort et à travers; ils ne se renferment pas strictemou dans la cause; ils se permettent des digressions, des divagations. Trop souvent les aTOuês sont prolixes : cela se conçoit, ils se font payer selon la longueur des écritures. Le discours diflus est lâche, mou, faible, sans énergie : au Ûeade l'amplifier, il faut le resserrer. Le discounprth lixe manque de mesure , est trop développé : sa lieu de l'allonger, il faut le raocotircir ou l'élaguer en supprimant des détails. Un écrit de quelques pages sera, néanmoins digSu^ mais nos pas protire, si, quoique bref, fl contient des choses étrangères à ce dont il s'agit Un écrit de très-grande étendue sera prolise, mais non pi5 diffus, si, quoique long, il ne contient tien qui ne se rapporte exactement au mjaL

SYNONYMES À RABIGAUX DIVERS.

« Ces maximes âe Gîcéron n'ont pas de précilion. Gicéron était diffus , et il devait l'être parce [u'il parlait à la multitude. On ne peut pas l'un orateur, avocat de Rome, faire un Larohefoucauld. » Volt. « Donner des prix d'amilîfication, c'était réellement enseigner Tart l'être difftu. Il eût mieux valu peut-être donner les prix à celui qui aurait resserré ses pensées m qui par là aurait appris à parler avec plus l*énergie et de force. » Id. « La versification de Mture est lâche , diffuse et incorrecte. » Lah. c Platon a très-souvent de la diffusion et dn désordre. 9 Id. « Pour donner de l'aisance à l'ex- }ressîon, on la rend faible et diffusé. » Maric. — t Ils reçurent de la Raison quelques instructions m petit nombre ; car la Raison n'est pas jrro' ixe. » YoLT. « Cette confession est trop longue; Bais si Je voulais vous dire combien je vous dme et je vous estime , je serais bien plus proixe. iB Id. «Ce Butler pe finit jamais. J'ai donc réduit à environ quatre-vingts vers les quatre îents premiers vers d'Hudibras , pour éviter la TTolixité. » In. « Les Remarques de Racine le ils sur les tragédies de Bacine, en trois volumesi >ont, comme on voit, un peu prolixes. 3> Lah* E Tai été bien prolixe sur cet homme.... Un seniment a allongé mon récit. » S. S. « On a fait in nombre prodigieux d'essais du mélange de l'or avec toutes les autres matières métalliques , ]ue je ne pourrais rapporter ici sans tomber dans me trop gmde prolixité. » Bupf.

Diffus regarde à la fois la quantité et la quaité : ce qui est diffus est trop étendu , par défaut le propriété ou de justesse. Prolixe ne regarde pie la quantité : ce qui est prolixe est trop long. Test simplement un défaut de mesure.

D'un autre côté diffus a plus de rapport à la action , au style ; et prolixe en a davantage aux choses dites, aux faits exposés. Diffus annonce ïlutôt une superfluité de mots , et prolixe une suwrlluilé de circonstances dans ce qu'on raconte, fctre langue , avec ses auxiliaires et ses articles , ist diffuse (CoKD.) ; on appelle expressions difuses celles qui sont opposées aux termes pro* )res(lD.). Mais on dit une lettre, un récit, un oémoire prolixes, eu égard aux choses qui y ont contenues. — L'expression, phrases diffuses, !st toute grammaticale, toute relative à la forme. : Ce qui donna lieu à llnvention de la période , ^e fut la répugnance de Toreille pour un amas n forme de phrases tronquées et mutilées ou imaodérément diffuses. t> Mabv. Hais l'expression , ihrases proZixet , se rapporte au fond, au sens es paroles ; « Ils commencent pourtant à racourcir la prolixité de leurs phrases insolentes n faveur du prélat liégeois. » Volt.

DtXE , DÉCIME , DÉCnES. Ancienne contriution ecclésiastique , qui était originairement i dixième partie ifietima pars) des fruits ou des Bvenus.

La dime se payait an dergé; la décime et les écimes étaient payées par le clergé.

D'ailleurs , le caractère sacré de la dîme dans i sphère n'est pas aussi strict et aussi exclusif ae celui de la décime ou des décimes dans la sur : celles-ci n'étaient jamais payées que par le

clergé, au lieu que la dîme se payait aussi au seigneur du lieu , et parmi les revenus du peuple romain, RoUin compte les dîmes qui étaient dues par les fermiers de certaines terres conquises, et qui consistaient dans le dixième du revenu de ces terres. « Tarquin le Superbe avait destiné à la construction de ces édifices les dîmes qu'il s'était réservées dans la conquête de Suessa- Pométia. » Roll. Samuel représenta au peuple juif, de la part de Dieu , les inconvénients de la royauté : « I^ roi , dit-il, prendra la dîme de vos blés et de vos vignes pour donner à ses eunuques. » Volt. En I^rance même le roi avait des dîmes : « Cessation de gabelle, grosses fermes, capitation et dîmes royales. » Fén .

Une décime était anciennement en France la dixième partie des revenus ecclésiastiques , levée pour quelque affaire jugée importante à la religion ou à l'Etat. « Le pape (Boniface VIIl) voulait avoir l'argent d'une décime accordée (à Philippe le Bel) sous prétexte d'un secours pour la terre sainte. » Volt. « La passion de saint Louis pour les croisades l'entraînait. Les papes l'encourageaient. Clément IV lui accordait une décime sur le clergé pour trois ans. > In. — Mais on appelait décimes, au pluriel, ce que des membres du clergé, les bénéficiers, payaient annuellement au roi sur le revenu de leurs bénéfices. < N'admirez-vous point la bonté du clergé de n'avoir point voulu que M. de Paris et M. de Rheims, ces deux pauvres prélats in partihus^ payassent aucunes décimes ordinaires ni extraordinaires? » Sév. « Le curé de Doni est ici , et fort pressé pour ses décimes , en sorte qu'il est nécessaire de lui pourvoir. » Boss.

DISCERNEMENT, JUGEMENT. Faculté d'apprécier par comparaison , de faire la difi'érence des choses , de déterminer leurs degrés respectifa de valeur ou de mérite.

Le discernement n'a rapport qu'à la théorie ; le jugement regarde la pratique. Il faut du discernement dans les sciences , dans les arts , dans la critique ; il faut du jugement dans les démarches et dans les affaires de la vie. Quiconque écrit doit avoir du discernement pour le choix des mots et du style ; quiconque entreprend doit avoir du jugement pour le choix des moyens. Veut -on s'instruire sur des questions spéculatives , d'art ou de littérature , il faut emprunter les lumières des hommes qui ont du discernement ; s'agit-il d'un projet ou d'une conduite à tenir, il faut prendre conseil des personnes qui ont du jugement. Sans discernement ^OVL n'a pas d'idées distinctes, on confond les choses, le vrai et le faux, le beau et le laid, on n'est point connaisseur; sans jugement y on est étourdi^ on manque de prudence et de sagesse.

« Laissez là votre esprit, Totre science, votre goût, votre discernement, > Fé». « Qui est-ce qui TOUS a acquis du discernement sur la musique ? 9lD. Lire avec choix et discernement (Mal.). « Faire de sa tête une espèce de garde -meuble, dans lequel on entasse sans discernement et sans ordre tout ce qui porte un certain caractère d'érudition. > Id. «c QuintUien a remarqué qu'il y avait peu de discernement et de justesse dans Té-

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