DEUXIÈME PARTIE
de la production; une terre fertile {àe ferre , porter) porte effectivement la production. Des terres fécondes sont propres à produire abondamment; elles sont grosses, en quelque sorte, de tels produits; des terres fertiles produisent abondamment , soit que leur fertilité résulte de leur /ifcondité naturelle , soit qu'elle soit due aux soins de la culture. Un sol est gras et fécond; un pays est riche et fertile. Les œufs, les grains, les semences , les pépins sont /i^cond*, lorsqu'ils ont la vertu de produire ; un champ , un arbre , une année sont fertiles , lorsqu'ils rj^iportent abondamment.
La fécondité est virtuelle ou potentielle, c'est plutôt une faculté ; la fertilité est réelle ou effective, c'est une qualité de fait. «Rome etConstantinople ne sont pas des pays comparables pour la fertilité à celui de l'Ukraine. Hais les hommes n'y ont pas secondé la nature , vivant de fruits que produit une terre aussi inculte que féconde.* Volt. « C'était une simplicité à nos pèfes d'estimer l'argent stérile de sa nature; l'avarice a su le rendre fertile (lui faire rapporter). Elle le regarde comme une terre féconde (capable de rapporter) , le présentant à qui le veut pour attirer celui d'autrui. » Bourd. « Tout ce que la terre produit se corrompant rentre dans son sein et devient le germe d'une nouvelle fécondité. Ainsi la corruption des plantes et les excréments des animaux qu'elle nourrit, la nourrissent elle-même et perpétuent sa fertilité, » Fén«
Les engrais fécondent donc réellement la terre en lui apportant des principes de fécondité. Mais « Triptolème apprit aux Grecs à fendre la terre et à la fertiliser en déchirant son sein. » Fân . Le soleil /'/conde la nature; car il la rend, par sa chaleur vivifiante, capable de produire, ilaug mente sa faculté de produire. L'industrie humaine fertilise même les rochers , les déserts et les marais. La taille ne rend pas les arbres féconds^ elle les rend fertiles en fruits.
Les idées de cause et d'effet sont si propres , Tune à la fécondité, l'autre à la fertilité, qu'il est d'un usage très-ordinaire de donner aux causes répithéte de fécondes, et aux effets celle de fertiles, exclusivement. Nous disons une pluie, une chaleur féconde , parce que la pluie , la chaleur , donne ou augmente la force de produire. « Dieu est infiniment fécond , lors môme qu'il ne lui plaît pas d'exercer cette puissance féconde. » Téjx, Mais nous disons des vendanges, des moissons fertiles , lorsque les produits sont abondants, a Le limon du Nil est si fécond, que les anciens Egyptiens recueillaient les moissons les plus fertiles. » ROUB.
Ovide fut
Savant, utile, ingénieux, profond,
Riche, en un mot, s'il était moint fécond.,,.
Le grand Virgile ^
Au laboureur, par des leçons utiles.
Fait de Cérès hâter les à^onA fertiles.
J. B. Rouss.
Au figuré , la différence est la même. Un auteur ou un génie est fécond; il crée , il tire de son propre tonds. « Dans les sciences humaines , la VfîOfidiV inépuisable de l'esprit produit conti-
nuellement, et ses inventions peuvent être tout ensemble sans fin .et sans interruption. » Pisc Un simple écrivain , nn commentateur est fertile; il produit beaucoup , mais rien de neuf, a Les commentateurs sont fertiles, abondants et chargés d'une vaine érudition dans les endroits clairs.» Labb.
« Le mot fécond convient plus au génie qu'àU plume.» Volt. « Le génie suppose un esprit étendu, et il est actif, fécond. » Vaut. Mais «on dira plutôt une plume fertile qu'une plume féconde*
Bienheureux Scudéri, dont ]Kf§rtiU plune... .'