‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 325 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Vhaîeine est constante , habituelle , et elle reçoit des qualifications qui ont le même caractère, le souffle est quelque chose de particulier eu d'accidentel. On dit en général Yhaleine , et en particularisant un touffle ou mèAie des souffles : avoir Vhaîeine courte , n'avoir plus qu'un souffle de YÎe. « Tu dormais sur mes genoux , je respirais ton haleine^ et pour n*en pas perdre un soufflerie m'approchais tout doucement. » Marm. Les hommes ne doivent pas vivre entassés , car Vhaîeine de Thomme est mortelle à ses semblables (J. J.) ; de la poitrine d'un pestiféré ou d'un homme atteint de certaines maladies s'exhalent des souffles mortels (FLécH.).

Vhaîeine est plutôt subjective , considérée dans le sujet où elle demeure constante et inépuisable; le souffle peut être objectif, c'est quelque chose alors de détaché du sujet et qui prend une existence à part. Notre âme est un souffle de la divinité (Mass.) , ou , comme dit l'Ecriture , nn souffle de la poitrine de Dieu (Doss.).

BARDES , N1M*ES. On appelle hardes ou nippes d'une "personne les choses qu'elle a et dont elle se sert pour s'habiller.

Barde (allemand fierde, troupeau, bande) a signifié d'abord dans notre langue une troupe de bêtes sauvages , et une hart est un lien de bois pliant avec lequel on lie les fagots , les bourrées. Les ^rdei de quelqu'un sont donc la collection , la réunion , et , comme on aurait dit autrefois, la hardée de ses effets. C'est son bagage : que chacun trousse ses hardes et bagage (Nicod.). a Quand un vaisseau se brise , ceux qui se jettent à la nage ne se chargent point de leurs hardes. » M ALB. Nippts , qui paraît avoir quelque rapport au jgrec vCvrctv, laver, exprime seulement dans les hardes ce qui sert i la propreté et à la parure.

Bardes comprend tout, et spécialement les habits , les habits principaux et de première néeesnté , les gros vêtements ; au lieu que nippes exclut les habits et ne désigne que le linge , surtout celui qui n'est destiné qu'à l'ajustement. « Dans ce coffre étaient toutes mes hardes , qui consistaient en deux habits assez propres et en quelques nippes, 9 Lis. — On dit bien, mes hardes et mon linge (J. J., Las.); on ne dirait pas mes hardes et mes habits , ce serait un pléonasme. Au contraire , on dit bien mes nippes et mes habits (Volt.) ; mais non pas mes nippes et mon linge. On dira tout aussi bien les nippes et les robes d'une femme. « La garde-robe de la reine fut volée, et toutes ses robes emportées.... n en est encore demeuré deux avec toutes les nippes et force sachets de poudre. 9 Malb. — On met les hardes dans la garde-robe , si bien que les hardes de quelqu'un signifie à peu près la même chose que sa garde- robe; les nippes se mettent dans l'armoire.

Les ntppe< n'étant pas de première nécessité , elles supposent une certaine aisance , une sorte de luxe; ce que ne lait pas entendre le mot de hardes. Un domestique a des /tardes : son maître t des nippes, « Le valet de don César se souvint qu'il portait parmi ses hardes un grand flacon d'eau-de-vie. • Les. > Je lui montrai le coffre où

mon maître avait déjà serré ses nippes, » In. - De bonnes nippes, de méchantes hardes. « Vgqs en avez tiré d'assez bonnes nipper. » Dest. « Vous n'imitez pas la sagesse d'Ulysse : tous ve> lez rentrer dans l'antre du cyclope pour quelqx^ méchantes hardes que vous y avez laissées.*

ROLL

Une autre différence très-remarquable consiste en ce que les nippes se considèrent par rapporta leur valeur, comme plus ou moins précieuses, comme constituant une plus ou moins grande richesse mobilière , comme faisant qu'on est plus ou moins bien nippé. Un emprunteur donne des nippes en gage (Rboh.), des trafiquants écliangent des nippes (Scarr.)'* ^^ ^^^^ ^^ certaines nippes (Lbs. , J. J.). < Il lui laissa douze cents écus par son testament , outre quantité de meubles et de nippes de conséquence. » Lat. « Sa succession consistait en quelques nippes el en trois cents pistoles d'argent comptant. > Les.

Outre cet irgent-Ià , mes meubles et mes «pfcr , J'ai de nvenu clair trois cents bons mille francs.

Dot.

La seule nuance propre à hordes est celle de former un paquet ou un fardeau qu'on porte. c Je ne retournai au logis que pour y prendre tout ce que j'avais de ntppei et d'argent; et dès le même jour je marchai vers Tolède , la bourse assez bien garnie , et le dos chargé d'un paquet composé de toutes mes Jbordes. * Les. « le convins avec le messager de ce que je lui donnerais pour le port de mes hardes,... Bentivoglio, chef des voleurs qui me les enlevèrent, se contenta de donner à chacun d'eux trente pistoles et les plus mauvaises nippes, > Id.

Enfin , les hardes se prennent plutdt collectivement, en gros; et les nippes distributivement, en détail : quelques ntppei (Las.), certaines ntppes (Drst.). c M. Turcaret a de mes nippes actuellement. » Lrs.

HARDIESSE, AUDACE, TEHÊRTlt, EFFROÏC- TERIE. Qualité opposée à la timidité et en vertu de laquelle on ose , on se porte à agir malgré ce qui semblerait pouvoir ou devoir retenir.

C'est ce que signifie purement et simplement le mot hardiesse. Audace veut dire une hardiesse très-grande ou extrême; iémériié, nat hardiesse inconsidérée ou aveugle; et effrwUrie^ unehardiesse impudente ou éhontée.

La hardiesse en eUe-même n'a rien que de louable. Elle est pour les grandes qualiUs ds rame ce qu'est le ressort pour les autres pièces de la montre , elle les met en mouvement. Sans elle point de courage ni d'assurance; sans elle on n'a pas la force d'attaquer, de se produire, de faire prévaloir ses droits ou sa supériorité.

Vaudaee est une qualité mauvaise plutôt que bonne, surtout dans les relations sociales, ea fait de procédés, là où tout ce qui n'est pas me i sure choque ; car c*est une hardiesse immodérée. Aussi dit-on une audace emportée (Boss.) . fa- j rieuse (Acad.). Cependant il y t des situations critiques dans lesquelles on ne peut se sauver i qu'en usant d'cmdoce, qu'en ramassant toutes ses I forces pour tenter fortune, pour attaquer oo »

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

défendre «vec une vigueur extraordinaire. Noble , généreuse , héroïque audace (Acad.).

La témérité et ïeffronterie sont décidément et toujours des défauts.-parce qu'elles nous font violer , la première , les lois de la prudence , la seconde , celles de la bienséance ou de Thonnête té. Le téméraire agit au hasard {temerè)^ sans réflexion, à la légère; il tente Timpossible, il court au-devant du péril sans l'avoir mesuré ou quoiqu'il y ait entre ses moyens et les obstacles une telle disproportion, qu'il ne puisse raisonnablement rien espérer, même de son désespoir. Veffrataé n'a pas de front (pour rougir) , il brave tout ce que respectent les autres hommes ; semblable aux cyniques, « à ces gens effrontés qui n'avaient honte de rien, non pas même des choses les plus infâmes ; qui ne connaissaient aucune bienséance, et n'avaient aucun égard pour personne. > Fér.

1- HASARD, FORTUNE, SORT; - 2» DESTIN, DESTINÉE, FATALITÉ; — 3* ÉTOILE. Causes cachées des événements.

Le hasard , la fortune et le sort agissent d'une manière variable , arbitraire fantasque , contingenle, qui pourrait être autre : on dit les jeux, les coups , les caprices, les bizarreries du hasard, de la fortune et du sort. Au contraire, le de*tin, la destinée et la fatalité agissent d'une manière fixe , constante , prédéterminée par des lob supérieures immuables : on dit l'inflexibilité , les lois invariables du destin ou de la fatalité,

La raison est exclue des événements produits par le hasard, la fortune ou le sort, ils arrivent fortuitement , à l'aventure , àb hoc et ah hac , sans raison , en un mot , et par conséquent ils ne sont pas susceptibles d'être prévus.

Or, du hasard il n'est point de science :

S'il en élut, on aurait tort De l'appeler hasard, lA fortune, ni iortf

Toutes choses irès-iocerlaines. Liup.

La liberté n*a aucune part aux événements qui dépendent du destin et de la fatalité : c'est forcément qu'ils naissent et se déroulent les uns à la suite des autres. « Se laisser aller à la destinée. » BouRD. , Mol. « U y en a qui croient une fatalité à laquelle rien ne peut se soustraire. » Volt.

Les athées pensent que tout dans le monde est soumis au hasard, à la fortune et au sort, c'està-dire que tout s'y fait sans dessein et sans but : les panthéistes pensent que tout dans le monde est soumis au destin ou à la fatalité, c'est-à-dire *que tout, jusqu'à Dieu et à ses actes, y est astreint à la nécessité , que les êtres y obéissent à des desseins et tendent à des buts certains.

La fortune est aveugle , inconstante ; le destin est puissant, invincible, s II n'y a aucun livre de nos jours où l'on attribue quelque chose au hO' tard : le grand système des matérialistes est la nécessité. » Volt. • Anaiagore est le premier qui n'ait pas attribué les événements humains à \me aveugle fortune ou à une fatale nécessité. »

!• Hasard, — fortune, sort.

Le hasard préside ou est supposé présider à tous les événements du monde; la fortune et le

fTR. fràrç.

sort ne décident que des événements dé la vie, c'est-à-dire de ceux qui sont relatifs au bien et au mal des êtres sensibles. On ne dit point mon fco* sard, comme on dit ma fortune ou mon sort, c Vous récrierez-vous en voyant ce beau jardin : quel jeu du hasard î combien de belles choses se sont rencontrées ensemble inopinément? » Labr. « Vous admettez le hasard seul pour la cause première de toutes choses. ■ In. « Le hasard n'est qu'un nom inventé par l'ignorance , il n'y en a point dans le monde. » Boss. « On accuse à tort les philosophes de penser que l'arrangement de cet univers soit une production du concours fortuit des atomes, un effet du hasard. » Volt. c Le hasard seul a produit presque toutes les inventions. » In. « La combinaison des caractères d'imprimerie nécessaire pour donner YÉnéide n'est point l'effet du hasard. » J. J. Il y a du hasard dans la fortune et le sort , qui n'en sont que des applications aux affaires humaines. « Il n'y a rien où le hofard semble dominer davantage que dans le sort. Cependant on en attribuait l'effet à Jupiter, puisqu'on lui adressait des prières pour le faire réussir. > Roll. On dit bien ]e hasard de la fortune ou du sort. « Je ne mets point à la loterie , j'ai peu d'inclination à donner rien au hofard de la fortune. » Boil.

Fortune et lorl diffèrent en ce que la fortune est plutit l'être fabuleux , à demi mythologique qui détermine, et le sort la détermination même , ce qui échoit à quelqu'un en conséquence , son lot ou son partage c J'ignore, dans la carrière où je vais m'essayer , à quel fort la fortune m'appelle. » J. X. c Le sort est comme la décision ou l'oracle de la fortune. » Font. Quoiqu'on dise également ma fortune et mon sort, le sort est cependant plus spécial, plus relatif, plus distributif : la fortune est pour tous, et chacun a son sort, c Je m'en pris à la fortune.... Au lieu de céder à noon chagrin , je devais me roidir contre mon mauvais forf . » Lbs. Quelquefois sort , au lieu de signifier la décision de la fortune, est simplement relatif au fait de la consulter {sortiri, tirer au sort). « Elle leur proposa de s'en rapporter au sort; la fortune décida pour Mandricart. » Lbs. — D'un autre côté , fortune se dit plus en grand, et en parlant des biens, des honneurs, des succès eu des revers signalés, c Ces courtisans , perfides adorateurs de la fortune , vous encensent dans la prospérité, et vous accablent dans la disgr&ce. » Mol. « Rien ne soumet plus les princes aux revers et aux caprices de la fortune que.... > MORTBSQ. < Les Israélites appelaient la fortune la reine du ciel, la dominatrice de l'univers.... Séduits par un long cours d'heureux succès, les hommes du monde donnent tout à la fortune, et ne connaissent point d'autre divinité.» Boss. « On voit dans l'histoire du monde les faiblesses punies, mais les grands crimes heureux, et l'univers est une vaste scène de brigandage abandonnée à la fortune. > Volt. Mais sort se rapporte à des choses et à des personnes de moindre importance , et il regarde précisément la condition. « Dans la destination du sort de vos I enfants , avez-vous eu plus d'égard à leur salut , qu'à vos intérêts pers^mnels ? t Mass. < Il me dit

•Si

DEinueME fAKm :

q«e , si Je vtuMn le biem^emr , }• pouvais eompt^ qu'il me fiarait un JieuBCUS êori,-» Lbs. «Je gémiflsabdujDfftqui m^iaitagM&élà(daMn&8 litraite de navveaiiK corartia), coumm si ce eof* a'airail pasitô «um ouveage. «J. J. Les faveurs 4s )* f&rtmne vous mettBOi dnis la yvoepérHé; caUai du asrC tous doaasni en pam^o un état qui TOUS convienk.

A* Dtêtm y destinée , f/Mité,

99iti% et 4iÊiiné9 ont été dislîngaés l^in de lla«tm,J'*i>avU«, p. 196. Lear pnoeipiAe diffémiceAU JaimâBM que œUe qui eèpaise IMnm» ti eaiil. Le éatlM aot la cauai, le penoMMge, Is dieu; U àntmé» ert ^«ibt, ia détenniMtioo , ce qii a éâé asrâlé par le destin. D'atHenrs, 4etUn m fdns grauii'et pkie sMUeqtM âesHnée. {^«es dauK laisoBs, tous trouserac souvent ensemble la/biftofie tt le tkMm phison noins pessoimifiés. < ls& «Mteura tosgiqTMS àraveat eu vers la |ba^ mm y aceuasnt les dmtmm et dieeui des injufos aux dieux. • Mol. a Les ««siens erofaieDt à la puissance trrésiatiUe du dcstûi et de la/érUtne. » Maiui. D'un-autre oôté , il n'est pas tare que Taualogie de deHùiée et de sort les «tenÂsie dans une même phrase.

On dit qu'ipliiflénîe , -en ces Kcux amenée,

Doit biealôl A:sen «om «eir ma dêtiinie.

(AcbUle dent Iph^im). lUo.

• U m'affait promis de m'infermer de son «eri.... L'iMeitLtude où j'étais de sa destinée me causait une pBofiMide tristesse. » Lts. « L'Egypte , tente Tainnae qu*eUe était, se.Tantait de nourrir ses TatB^aeurs, d'avoir leur sort entre sesmiins, et de régler par son fleuve leur boaue^u mauTaise d£stinéf, s Rou..

Fataiëé est un tesme métipbyeiqua , abstrait, impropre en poésie, ki^el exprime la qualité essentielle du destin et de la deUtn^ , d*^tre contraires au libre arbitse. m un rejeta te diverœ, on mit dans le mariage la gène , la nécessité et la fataliié du destin même, m Hortbsq. c Les plg*risîeos admettaient la fmtaiUé de la destinée. • Volt. La fakUtté est aussi le oaract^e de Véêoiiê, « Admirez la fatalité de non étoile, s Lu. De plus , la fololtl^ ne s'individualise pas dans les personnes, on ne dit point ma fataiètéy et quand ce mot s'applique à un é?énement particulier, il le suppose toujours fâcheux, aimi que Tadjactif correspondant fatal. « Quelle infortune 1 quel accident I quelle foMlitéi » Mol.

S« ÉtoiU.

Ce mot ressemble pins à deiliii , à dssimdr et à foUiUié qu'aux trois premiers, liais il a œla de propre, que rappelant un préjugé déerédité amjourd'hui, l'influence des astres sur les érén»manti de la vie humaine, ilast familier on ne s'emploie que par plaisanterie. Mme es Sévigaé padimt de deux finèfres qui STaient fart 4les mariages biarres, écrit : « U y a des fens dent Vétoile Mi rire. > « U ji*y a qu'nne éêoiie bicarré et intortuaée qui pût empècber le «looès d'une affjpûre si bien conduite. • Boil. « fii cela oonti* niie , ie crois qu*i la ftn je serai un aot; il semble que ce soit mon ^(otje, et qun je ne^puiste m'en difpeaser. » Moimstt. « loi les maris prenneat le«r parti de bonne giice^ et mgardent ks infidé-

Utée comme des covps dHme éto/ile inèvitaiila. »

ID

V4i»ih est forte , et c^est souvent le lot De la bMSIé d*^poaser on ongot.

(Derfise^MS la PnMfe). Wimar.

c Tans êtes U méittenr des maîtres , et povitam je TOUS quitte; tous sarez qu'il fiiat saiTre sse Aotls. » Las. Quelqaefois , en se 'serrant de cette expression, on dit an moi da la aoperstitiofi qu'eUe implique , par cela même que cette sepersiition set passée de mode. « Hoa impératrice de Russie est morte, et, par la singularité de mon étoile^ supposé que yw une ^ÊoHe, U se traave que ja ftiis une trè&îptnde perte, v Volt. c La GoaortUe éiscDarait-et patlaK de son éUnie ; enin,'que «c'éiiît «on élmls qai arait ftit eeoi, qui avait iait oek. Segrais ee fMQla coaame d'un samoMil et 4ui 4it : Mais, madame, penses-tous SToir une étoile à tous toute seule? Sa^ecocrous bien quHl n'y en a que mille Tîngtdeux?» Mr.

HASARDER, RISQUER; — AWmUK. Eiposer A des eliaaces eu au «sort : son aigent an jec : sa Tie , son honneur f sa réputaiion; un oombat.

ifoearder , «rû^fusr.

D'abord risqme ne se prend pas toujours selon la définition générale qui Tient d'être donnée de ces^roia mots, c'est^-dire dans le sens actif, mais bien aussi quelquefois dans le sens passif : il ne désigne pas toujours l'action libre, TotontaÎTe, d'exposer à des ebances, mais le fiift d'y être exposé, un accident souffert, un danger qu'en court et qu'on n'eneourt pas. < Pourru que je ne tisqfm paint de perdre Totre amitié, je peux futfardir tout le reste; car qu'est-ce q;ue le reste ? » Volt. « On peut fcosartfer dans tout genre d'ouTtages d*y mettxe le bon et le mauvais; le bon plaît aux uns, et ie maorais aux autres : l'on ne rt«que guère dsTantage d'y mettre le pire ; il a ses partisans. » L^na. U n'y a rien à m^aer, c'est^-diie ancun danger à éprouTer ou à oourir.

Cette distinction peut sernr à établir celle des deux mêmes mots , quand ils sont Téritablement synonymes , c'est-à-dire tous deux employés seliTement. U reste toi^ours à feosmler quelque chose de plus actif, en quelque sorte. Ce mot est subjectif, ou relatif au sqjet qui agit; si bien que hasarder beaucoup , signifie qu'on est très- Àosanlsua, et marque le degré de hardiesse, c L'homme d'esprit échoue dans ses entreprises, paroe qu'il luiiords beaucoup.... H compte sur ses propres ressouroes. » Hontbsq. Bisquer, aa QOBtfiaim, est objectif ou relatif à l'objet; en sorte que xisqfMn^ beaucoup, c'est être en position de perdre quelque obèse de considérable, ou aroir de grandes chances pour perdre. cLa femmes n*aiment pas qu'oa les gène, et c'est beaucoup mqtisr que de leur montrer des soupçons. • Mof.. -^ On se<serma donc de tosorder, toutes les fois qu'on aara égard aux qnaiitéada j sujet, à son improdence on à sa sagesse, à son I assurance ou à sa timidité, é son mérite ou i sa ) faute , toutes les fois qu^on Toudra le représenter comme plus eu mains Aasanfeua au entrepia-

; nant..

•a AmardatU ou

plos 0«

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

moma. « Ito dhtfréhenx qael oommis imprudent veut hatarder sur une carte les deniers de sa caifl». » Xabh. «Tous seriez imprudent de ne pas hatarâer Totre Tie pour en gagner dix à ce jea. » Pabg. c Au 7apon , un homme qui ftamrde de l'aigent au jeu est puni de mpft. » Vontesq. « On n« lermît jamais rien en ce monde , si en ne se hoêorâoiU pas un peu. « Totli.

Vais fti TOUS tous fa&tez , si yw soins ittiprodenis Appellent en ees ii««f Oresie antm le temps. Si d*Hgisthe jamaiB M affirraie k ^vue, Ymis kÊnmnia sa vie et Fsns «MB .paittiM. lu.

Hais an emptoiera yirgiisr, s^il s'agit fie porter Tattention sur la cbese même qui est placée entre ém dianoes égales de gain et de perte y et p«rticHiièf«ment sur sa quantité. « Il n'était jamais permis aux marchands de risquer le bien d'autmi , et ils ne ponvaient même risquer que la moitié du leur. » Pén. « 11 risque chaque soîr au jeu cinq pîstoles il'or. » Labr. « Yous risgvex ici plus que vous ne pensez. » Vol.

Je^inywphis do mien que tn ne ftls du tien. Id.

D^ia autre côté, risquer annonce moins de profoid)î}ité de gain , moins de confiance dans le succès. On hasarde quand on a Tespoir de réussir , quoique à la rigueur on puisse échouer ; on rtsqve tfoend les chances de perte et de gain sont parfaiteBient égales, pour sortir d'une crise , dans une position au moins aussi fâcheuse que fsTOTHAe, « Je pense qu'à la reprise de celte pièce , on pourrait hasarâer ce qu'il a été trèsprudent de ne pas risquer a\xx premières représentations. » Volt. — S*il y a de la hardiesse à hasarder , ilj a plutôt de la témérité à risquer. « Je n'aurai pas la témérité de risquier des con* seils sur votre conduite. » J. J. « Scipion ne voulut pas Bume Pavis de Gaton , de trahier la guerre en longueur; il risqua tout et perdit tout. 9 MovTBSQ. c L'amour risque des choses extraordinaires, s HOL.

Nous n'avons point voulu, de peur du personnage,

Ksquer à nous tenir ensemble davantage;

C'éftaH trop kaiorder. In.

Les soldats hasardent leur vie toutes les fois qu'ils vont au combat avec la confiance qu'ils battront les ennemis. « Chacun était content de hasarder sa vie à toute heure sous un chef si sage (Philoclès) et si appliqué à se faire aimer. » FÉ7Ï. On rifque sa vie quand il y a moins lieu de penser qu'on échappera du péril. « Je me représente , à toute heure , ce péril étonnant , cette générosité surprenante qui vous fit niquer votre vie pour dérober la mienne à la fureur des ondes, s tfOL.

Aventurer suppose de l'ignorance et de retourderie. C'est aoenrfurer son argent que de le prêter à une personne insobrable sans s'infbrmer si elle pourra le rendre. D^ailleurs , on est plus en danger de perdre ce qu'on at^enture que ce qu'on hasarde ou ce qu'on risque, « Gageons oent pistôles. — Ton argent court grand risque. — Le tien est bien avenlur^. * Hol. «c YendÔme crut Stanhope oeenfur^ mal à propos , en état d'être enlevé, et trop éloigné de llarmée de Staremberg pour en être -secouru à temps. » S. S. *

« Les iiMiileurs généraux Ihuardenf des ba-

tailles, et ne les risquent que quand la nécessité l'exige ; les mauvais les risqueiM potfr s'être trop atentnrés. d Gond.

HAïIF , niÉGOGË, niXAtUllfË. Qui n'est pas tarUff. •

Be ces trois termes, hfHi[^ qxR se h4<e , est le phis général. On le tiit <!hi fouet avec lequel un cocher haie ou presse ses chevaux :

Les rouets hâtifs sont déploryés, Qni de cent diverses manières Donnent à l'air les ^tÉivMfes. I. B. Rovn. On s'en sert ponr qualifier un homme pressé de ftiire une chose. Dans le Dr^îi du seiffn^r , de Voltaire, le bailli dit à llathnrin qui veut se marier à l'faiBta&t :

Vous «tes trop hdhff Et pour signer vous déniez auoÈére Que moueigneur daignai ici as rendre.

Cette épithète supplique atissi à ee qui ortiH vite, qu'il s'agisse de plantes , de fleurs ou du corps de riiomme , et par «atension an terrain même où ce qu'on plante ou œ qu'on sème met peu dis temps à venir. Enfin on appeRe hêtims certaineB productions de la terre propres & nota nounir, et c'est alors que cet adjectif devient assez étroitement synonyme des tleux autres : des fruits hâtifty des fruits précoees, des fruits prémaêurés, c'est-à-dire de bonne heure mfirs et bons à mang|ir.

Bdtif, ayant été formé de Itdfer ou se MIer, verbe tout français dont l'origine est incertaine , mais probablement germanique, est sans noblesse, peu usité au propre et À peu près in* usité au figuré : il ne se dit guère communément que dans le langage particulier et vulgaire du jardinage. Au contraire , pricote et prématiuTé^ tirés immédiatement des mots latins prmeos et prapmahm», appartiennent à la langue ordi* naire et sont fréquemment employés dans tous les genres de style tant au propre qu'au figuré.

Frétoee et prématuré ont le même sens étymow logiquement. Précoce, prœeox, de pr« eoquere, c'est-à-dire cuit ou mûri avant , avant la saison ou avant les autres; prématuré, près nuMunis, c'est-à-dire mûr ou mûri avant, avant la saison ou avant les autres. Toute la difl^rence entre ces deux mots tient à la terminaison de préma^wré^ qui est visiblement passive.

Les fruits précoces sont tels naturellement; ils ont été produits et portés par des arbres précoces. Les fruits prématurés ont été rendus tels ; c'est chez eux une qualité reçue, le résultat d'influenées subies. Avec des arbres d'une espèce choisie , dans une terre meuble et bien exposée , vous avez des fruits précoces; avec des serres chaudes, vous obtenez des fruits ]>f#imi(ur^^.

Mais c'est au figuré surtout que cette difierence est remarquable et qu'il importe de ne s'en point écarter. Trécœe s^emploie en parlant de ce qui est naturel; et prématuré en parlant de ce qui est fait ou produit. Un accouchement précoce (I^OFF.) est un accouchement avant terme , mais non pas causé , comme un accouchement préiha» fwré ÇFin.) , par quelque accident. D'autres fois , et même le plus souvent, la diiférence, toujours conilorme à celle du propre, consulte eo ce que

précoce est pour l'actif, et prématuré pour le passif. Activité précoce (J. J.)\ mort prématurée (▲CAD.), c D&ns la société du Temple se trouve porté, presque au sortir de l'eafance, un jeune élève' de Porée (Voltaire], qu'une réputation aussi prématurée que son esprit était précoce faisait déjà rechercher de la bonne compagnie. » Lab. On dira un enfant ou un esprit précoce (Acao.); un instinct, un tempérament, une fermentation précoce (J. J.)- Mais il faudra dire une sagesse ou une vieillesse prématurée (Acao.), une modestie prématurée (Siv.)^ un repos prém4iiuré (Mass.); et, en général, pr^malvr^ est Tépithète qui convient à Tégard de tout ce qui est, non pas une disposition de Tesprit humain, mais un effet de son activité, comme affaires, arrangements, entreprises, démarches , etc.

Vous , infidèle , avec votre air sucré , Qui m'avez fait ce tour prénuiuré.

De votre cœur rinconstance est prieoee, Yolt,

Du reste, prématuré marquant une qualité factice, forcée pour ainsi dire, se prend plutAt que précoce en mauvaise part, pour exprimer quelque chose qui est contre nature , inopportun ou intempestif. L'accouchement prématuré est une fausse couche ou un avortement; mais Buffon dit fort bien des accouchements qui arrivent spontanément au huitième ou au septième mois : c Ces accouchements précoces ne .sont pas regardés comme de fausses couches, parce que l'enfant , quoique moins formé , ne laisse pas de l'être aasez pour pouvoir vivre. »

HAUTEUR , ÉLÉVATION. Grandeur d'une chose, de son pi^d à son sommet.

Hauteur est absolu, et élévation relatif : ce qui peut et doit s'entendre de deux manières.

D'abord hauteur est absolu en ce sens que l'objet haut est considéré en lui-même, par rapport à la distance qu'il y a entre sa partie supérieure et sa partie inférieure; et élévation est relatif, en ce que l'objet élevé est comparé à la terre d'où il part pour s'élever et à d'autres objets du milieu desquels il s'élève, La préposition e signifie , en effet, hors de, à partir de, du milieu de. Des blés sont haute en eux-mêmes, comme blés, et quoique leur sommet , toujours peu distant de la terre , soit peut-être, de plus , dominé par tout ce qui est autour. Un chêne élevé porte sa tête bien au-dessus du sol et de toutes les autres plantes qui croissent près de là. Uoe chaise, une table, une forme de chapeau sont qualifiées de hautes eu égard à l'idée qu'on se fait pour l'ordinaire de ces sortes d'objets ; mais elles ne sont pas élevées ^ et, en général, aucune chose ne peut être dite élevée, à moins qu'elle ne soit réellement faite ou située de façon qu'on voie son sommet assez éloigné du sol et des choses prochaines. A la place de, porter des talons hauis, des cols hauts, porter des talons ou des cols élevés, serait d'une impropriété choquante. Une maison de quarante pieds de hauteur n'est pas haute, car il y en a beaucoup qui le sont davantage; cependant elle serait élevée, si elle se trouvait sur une éminence ou au milieu des cabanes d'un village.

Hauteur est encore absolu, et élévation relatif;

I sous un autre rapport et pour une antre raisM. I Hauteur n'est pas, comme élévation, un substantif verbal : il sert à former hausser , mais il n'en vient pas, comme élévation d^ élever, ht à. 1 une très-grande différence. JEFoicteur ne désigas ) et ne rappelle jamais une action , ainsi que h fait éUveÀion dans les phrases suivantes. « L>ïc- I vaiion de ce mur nous coûtera beaucoup. » Coin. I < Le fait de Vélévation de la terre sur l'équa> teur et de son abaissement sous les pôles. > BuFF. « Ces profondeurs, qui se trouTent à la sur&ce dé U terre, sont une suite aatureiJe de VilénaJlion des montagnes. » In. c Tout ce qui est mortel est par son fond incapable d*élépati<m, » Boss. — Hauteur indique une qualité pure, et élévation un fait ou une qualîië résultant d'un fait. Ce qui est haut est tel , ce qui est étgté a été fait ou est devenu teL Hauteur se ^ra |^ui5t des choses naturelles, et sans qu'on ait égard A leur formation, à la manière, au temps, aoi moyens; élévation conviendra mieux, an ocntraire, par rapport à celles qui sont construits de main d'homme, comme les tours et Jes marailies, ou bien à toutes celles qu'on coDsidère relativement au fait de s'élever , de se former, de naître. « Si le débordement du Kil est moins considérable aigourd'hui qu'autrefois, on ne peut guère en attribuer la cause q<à la diminution de la hatUeur des montagnes de l'intérieur de l'Afrique d'où il tire sa source, et àréleraiion du terrain que le limon des eaux a haussé peu à peu« » BoFF. « L'Etna a douze mille pieds de hauteur; et l'éruption de ce volcan produit quelquefois une montagne considérable de neuf cents ou mille pieds d'^valion. > In. «Les meilleures places des anciens étaient sur des hauteurs.,,. Nabuchodonosor fortifia Babylone d'une triple enceinte de murs de brique d'une force et d'une élévation surprenantes. > Roll. — On donne de ïélévation à un mur qui n'a pas assez de hauteur.

Hauteur est un terme abstrait, tout de mathématiques, qui exprime l'une des dimensions des corps : on mesure la hauteur , il y a des géants de dix pieds de hauteur (Bufp.); les ririèies sont gelées de la hauteur d'une pique (Rxc5.). Élévation est un mot concret, narratif, particulièrement usité en histoire naturelle où on raconte l'origine de la terre et les changements qu'elle a > subis. Ainsi on remarque les différentes élévations d'une chose à diverses époques, c Le Vésure n'avait en 1753 que mille six cent soixantediz-sept pieds d'^^otion au-dessus de la soi- , face de la mer ; et cette élévation a encore diminué depuis ce temps. » Buff. I

Admirer la hauteur des murailles, c'est admi- i rer combien elles sont hautes. « Ulysse regardait avec étonnement le portf les places , la longueur et la hauteur des murailles. » FÎk. Admirer l'^^valton d'un édifice ou d'une partie d*un édifice , c'est admirer celui qui Ta élevé et soa action hardie. < La grande église est un Tsissea^i admirable par Vélévation de la voûte. » Recir.

Enfin, la hauteur se considère plutôt de hiui en bas : .descendre de sa hauteur (MAak.). IWvation conduit plutôt l'esprit de bas en haut, car

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

cette dernière direction est le plus souTent marquée par la préposition «, et, d'ailleurs, c'est toujours en commençant par le bas qu'on éUve. « Les enfants d'Adam se préparèrent un refUge contre un nouveau déluge dans la solidité et la hauteur de ce superbe édifice , la tour de Babel. Hais Dieu ne leur permit pas de menacer pour ainsi dire le eiei par Vélévaiion de ce hardi bâtiment. > Boss.

Cette dernière différence est la principale qui sépare hauteur d* élévation , quand ces deux mots signifient des monticules ou des éminences.

Hauteur fait penser au sommet, et à ce qu'on fait on à ce qu'on voit de dessus le sommet. C'est un lieu d'où on obsenre, en latin spécula. Élevation , au contraire , fait aller l'esprit de bas en haut, et lui montre le terrain s'élevant peu à peu et formant sur la terre une saillie , ou bien lui fait porter les regards sur ce qui se passe au sommet. C'est un exhaussement en pente douce qu'on suit Jusqu'au faîte, comme une élerure sur la terre , et un lieu où les yeux se portent, plutôt qu'un lieu d'où ils se portent. « Une élévation bornait la vue de ce côté. » ACAD. « Considérez ces grandes puissances que nous regardons de si bas. Pendant que nous tremblons sous leur main , Dieu les frappe pour nous avertir. Leur élévation en est la cause. » Boss. D'ailleurs, Y élévation a cela de particulier qu'elle se considère souvent par rapport à sa formation et à sa composition. « Peu à peu , par succession de temps , il se formera une élévation dans le fond de la mer qui sera semblable aux éminences que nous connaissons sur la terre. > BuTF. « Dans les collines et dans les autres petites élévations^ on reconnaît facilement la base sur laquelle portent les rochers. » lo.

Au figuré, on dit également la hauteur et Vélération de l'âme ou du caractère. Mais la hauteur est une qualité naturelle, et ordinairement mauvaise , qui tend â nous faire dominer sur les êtres de la même espèce que nous ; au lieu que V élévation est une qiuedité acquise à force d'empire sur nous-mêmes, d'efforts, une qualité morale par laquelle nous nous mettons au-dessus d3 toutes les choses basses ou petites.

HÉRÉTIQUE, HÉTÉRODOXE. Contraire à la tÂ.

Hérétique, latin hxreticus, est pour la réalité; hétérodoxe , grec iitpoSoUc, est pour la théorie.

On dit une ville , une terre , une nation hérétique, c*est-à dire où règne, où se pratique l'hérésie, une autre religion que la cathojique. « La bonne compagnie de Genève veut bien venir chez moi , mais je ne vais jamais dans cette ville hérétique. » Volt. « Votre ami ne trouvera pas mauvais que je fasse la guerre aux jésuites , quand je suis en terre hérétique, » Id. « Milord Maréchal prenait indifféremment ses domestiques dans toutes les nations, catholiques ou hérétiques , chrétiennes ou infidèles. 9 D'àl. — Mais on dit un ouvrage hétérodoxe , c'est-à-dire qui contient des erreurs sous le rapport du dogme. < Les méchants m'attribuent iant d'ouvrages hétérodoxes, que j'ai voulu leur faire voir que je ne faisais que de mauvaises tragédies. J*ai prouvé par là mon

alibi. » Volt. « Par quelle ii^uste partialité punit-on l'éditeur genevois d'un ouvrage prétendu hétérodoxe^ imprimé en pays étranger, sans rien dire aux éditeurs genevois d'ouvrages incontestablement hétérodoxes^ imprimés dans Genève même?» J. J.

Un prince hérétique appartient à une communion différente de celle de TËglise. « Ces campagnes se couvrent des plus belles moissons pour un prince hérétique, • Volt. Un théologien hétérodoxe avance ou soutient des paradoxes religieux j des idées qui ne sont pas^ orthodoxes. « Un auteur, théologien hétérodoxe , la tête échauffée de visions poétiques , croit avoir vu créer l'univers.»

BOFF.

Toutefois, hérétique est aussi relatif à la doctrine, s'applique aussi à des choses abstraites, idéales, à des opinions , des sentiments, des propositions. Alors il dit plus que son synonyme.

Hérétique a été formé primitivement du grec atpeoi;^ choix ^ opinion séparée, secte; en sorte que ce qui est hérétique vous rend schismatique , vous sépare du reste des fidèles, rompt les liens qui vous y unissaient. Hais ce qui est hétérodoxe (Etepo; , autre , et 86|a , opinion) vous fait seulement errer, sans vous détacher du catholicisme, sans vous ranger dans un parti distinct , panni les hérétiques. On lance l'anathème contre des sentiments hérétiques; on cherche à réfuter des sentiments hétérodoxes. Hérétique implique toujours un écart de la faculté pratique , de la volonté, qui choisit ou se détermine mal, â tort, qui même se révolte et s'opiniâtre. Hétérodoxe marque seulement une erreur de la faculté spéculative, de l'intelligence, qui croit à tort, qui donne dans le faux.

HÉROS, GRAKD HOMUE. L'un et l'autre ont des qualités brillantes qui excitent l'admiration des autres hommes et qui peuvent avoir une grande influence sur le bien public.

Grand homme est le genre , et héros l'espèce. Le héros est un grand homme de guerre (Mass.). « Le prince Eugène était né avec les qualités qui font un grand homme dans la paix et un héros dans la guerre. » Volt. «J'appelle grands hommes tous ceux qui ont excellé dans l'utile ou dans l'agréable : les saccageurs de provinces ne sont que héros. » In. « Il semble que le héros est d'un seul métier, qui est celui de la guerre, et que le grand homme est de tous les métiers , ou de la robe , ou de l'épée , ou du cabinet , ou de la cour.» LABa. Alexandre , César, Charies XII , Condé , Turenne, Napoléon ont été des héros. Le titre de grand homme peut se donner à de tout autres personnages, à Cicéron (Féh.), à Orphée (In.), à Socrate (Roll.) , à Locke (Volt.) , ou à des hom • mes éminents en sainteté , comme saint Bernard

(BOURD.).

Héros signifie une espèce de grands hommes ^ mais l'espèce la plus rare et la plus glorieuse. Les héros ne sont pas chose commune; on les compte; c'est une sorte de phénomène : c'est pourquoi on dit bien que tel grand guerrier a été le héros de son siècle (Bourd.) ou de son âge (AcAD.). D'autre part , le héros est au comble de la gloire : « Ce qui fait les héros , ce qui porte la

eet

DEUXIÈME PARTIB

gloire éa mondé jusquliii eomlftle.... » Bosi. c Ctondé joignait It parfait honnête homme à rhabile homme, an gromd fcoimiie, au prince, an héros. vBouni). Le terme de Mrer désignait df abordnn demi-dien, et il lui reste encore quelque chose de cette première signification; il feit toujours conceroir quelque chose de divin. • La conversation roula sur les divines qudités de oevéritri>le WfOf (Torenne). » SiÉT.

Bn revanche , les héros n'étant qu'une espèce dans le genre des gnmds hommes , ont par cela même un mérite exdusiret limité. Aussi , sous le rapport intellectuel et moral, et quant aux.seir timents d'estime et d'affection qu'ils inspirent, sont-ils souvent inférieurs aux simples grand* hommes; d'autant plus que les héros doivent beaucoup au succès , et par conséquent au hasard , ainsi qu'au tempérament. Le grand homme est un homme modèle sous tous les rapports ; on ne l'admire pas seulement, on le vénère et on l'imite, flc Charles XII , homme unique plutôt que grand homme; admirable plutôt qu'à imiter.» Volt. « Louis XIY fut , non pas un des plus grands hommes, mais un des plus grands rois.» In. «Le roi de Prusse ne regardait pas Charles XII comme un grand homme ^ parce que Charles n'était que héros, » In. « Un des ouvrages les plus estimables de l'abbé de Saint-Pierre a pour objet la différence du grand homme et de Vhomme lUustre, Il appelle homme illusîre (héros) celui qui n'a liiit que des actions éclatantes, et grand homme celui qui n'a fait que de grandes actions de vertu, ou rendu à Thumanité de grands services. > D'Al. « Le duc d'Orléans était un jeune libertin, né pour être un héros ^ et peut-être même un grand homme. » Vabv. « On peut regarder Cyrus comme le conquérant le plus sage et le prince le plus accompli dont il soit parié dans l'histoire profane. Aucune presque des qualités qui forment les grands hommes ne lui manquait.... Il est assez ordinaire à ces héros qui brillent dans les combats et dans les actions guerrières, de paraître très-faibles et très-médiocres dans d'autres temps et par rapport à d'autres objets. On est étonné, quand on les voit seuls et sans armées , combien il y a de distance entre un général et un grand homme. » Roll.

Enfin , si on applique ces mots seulement aux guerriers , aux hommes qui se sont signalés par les vertus militaires , « il semble que le héros soit jeune , entreprenant , d'une haute valeur , ferme dans les périls, intrépide; et que le grand homme excelle par un grand sens , par une vaste prévoyance , par une haute capacité et par une longue expérience. Peut-être qu'Alexandre n'était qu'un héros, et que César était un grand homme.» Labr. Les soldats mêmes peuvent être des héros , mais non pas des grands hommes , tant le héros se borne à l'exécution seule. « Gengis porta une loi nouvelle qui devait faire des héros de ses soldats. 3D Volt, a Un roi soldat est appelé un héros; un monarque dont la valeur est plus réglée et moins éblouissante , un monarque législateur , fondateur et guerrier, est le véritable grand homme. » In.

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