‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 346 sur 426 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

et Ton fut assez malaxé pour faire dire à oe Juif, si zélé pour sa relig:ion juive, que Jésus était le Christ, le Messie. » Id. .

Vinconsidéré et Vimprudent sont moins à plaindre qu'à blâmer; s'ils pèchent, c'est leur faute, la faute de leur caractère, et non celle de leur esprit; ils méritent plus de reproches, car pour faire bien ils n'avaient qu'à vouloir.

Vinconsidéré n'avait qu'à vouloir examiner. « La cause de mal juger est Vineontidération^ qu'on appelle autrement précipitation. » BosscLa plupart des choses que nous avons faites, les avons nous choisies'par une mûre délibération? N'y avons-nous pas plutdt été engagés par une certaine chaleur inctmsidérée , qui donne le mouvement à tous nos desseins? • In.

Vimprudent n'avait qu'à vouloir se garder on se tenir sur ses gardes. Ce n'est pas l'irréflexion qui le caractérise, comme le précédent, mais la sé::unté et la témérité : il ne se défie de rien et ne doute de rien. L'abdication de Sylla n'a pu paraître inconsidérée^ le dictateur n'étant pas homme à prendre ce parti sans j avoir mArement rensé; mais elle parut imprudente (Momtssq.). Vimprudent se soucie peu des inconvénients, des dangers, des pièges; an lieu que l'inconsidéré se soucie peu de considérer^ de s'appliquer à rechercher s'il y a des inconvénients , des dangers, des pièges.

3* Étourdi, évaporé, éventé, éeervelé.

De ces quatre mots le premier et le dernier se distinguent par le degré.

Étourdi marque un petit défaut, un déikut de peu de durée ou de peu de conséquence, et écervelé suppose, au contraire, un défaut capital , un manque absolu de pensée , d'esprit ou de jugement. Vétourdi a seulement le cerveau troublé; Yécervclé est sans cervelle. « Amour, dit la sœur de Psyché, me voilà venue : notre étourdie de cadette m'a assurée que tu me voulais épouser.... Je me doutais bien que tu la répudierais pour l'amour de moi : car c*est une écerveUe. » Laf. .

Il peut y avoir dans Vétourdi je ne sais quoi d'aimable qui tient à la vivacité du tempérament ou de l'âge. « Glairfons est un étourdi; mais c'est le premier feu de l'âge. » Mark, c Les Français s'émancipent un peu trop, et s'attachent en étourdis à conter des fleurettes à toutes ce!les qu'ils rencontrent. » Mol. « Vous vous figurez toujours Emile semblable à nos jeunes gens, toujours étourdi y pétulant, volage, errant de fête en fête. » J. J. « Ma plume va compie une étourdie. » S£v. « Térence se borne à représenter de jeunes hommes prodigues et étourdis , des courtisanes avides et impudentes.... » Fàn. Voltaire s'adressent à un petit-maître, dit :

Attends, bel éioardi, que les rides de Tige

MOrissenl U rsison.

Mais dans Yéeervelé il n'y a rien que d'extravagant et d'odieux, c'est véritablement un fou. « Je te ferai repentir du complot que tu as fait • avec ce fou (don Quichotte).... Va, coquin, frot- ! ter ta vaisselle, au lieu de comploter des échappées déshonnêtes avec un écervelé. > Les. « Le cardinal d'Ossat était sans doute plus prudent |

qu'un fou des Petites-Maisons; mais n*est-U pu évident que les orgmee du sage d'Ossat étaiêol autrement fiaits que ceux de#>cet écercAé? > Volt. « Jean- Jacques se conduit to^joars coiuk I un écervelé; cet homme -là n'a pas en lui de quai ; être heureux. » Id. c Ce rimeur écervelé (GîIbierV ' disait publiquement : H n'y a pae dans Teltaire un seul vers que Je vouUâue avoir fait. > Lab. c Un jeune écervelé qui ,. dans les délibérations d'un corps, ne poneralt qu'une âme pétulante, une imagination fougueuse, an esprit faux. » Mark. « A Alexandrie, s'amusant et folâtrant comme un jeune écervelé qui oe eoonaft d'autre aflaire que son plaisir^ Antoine.... » Boll.

Quoi donc ! à votre avis , ftit-ee un fou qia'âlexaa-

dre?

Qtd7 cet éeervtlâ qui mil l'Asie en cendre?... L*enragé qo*il éttit...

S'en alla follement, et pensant être IMeo, Courir comme un bandit qoi n'a ni fea tf Hea.

Évaporé eX éventé we distinguent par Fespèce. A Yévaporé manque la modestie; à Véventé, h discrétion.

V évaporé n'est point modeste, c'est-à-dire qu'il n'a point de recueillement oo de retenue en général , qu'il se répand çâ et là, qa*iï se dissipe comme les choses qui e* évaporées, et que, d'autre part, il est vain, il ne peut s^empècber de parler de soi avantageusement. On dit montrer une gaieté ^oapor^e (Volt.). < Sophie a natarellement de la gaieté, elle était même folâtre dans son enfance; mais peu à peu sa mère a pris soin de réprimer ses airs éoaperés. » J. J. « Modérez -vous, cervelle évaporée. » Volt. « Qu'une mère évaporée et mondaine prêche à sa fiUe la modestie et la f\ute du monde, qnd succès en peut-elle attendre? > Boirao. Et, d'un autre côté, Voltaire parle de « l'air évaporé et avantageux de nos prétendus marquis français. » De même Fénelon : « Me vous laissez-vous point éblouir par certains honmdes vains , hardis et qui ont l'art de se faire valoir, pendant que vous négligez le mérite simple, modeste, timide et caché?... Un prince sage et pénétrant n*es> time ni les esprits évaporés ^ ni les grands parleurs, ni ceux qui décident d'un ton de confiance. »

L'^iTenf^ n'est point discret : il ^mfe ou laisse i éventer ce qu'il devrait tenir renfermé ; semblable à une liqueur contenue dans un vase non boaché, laquelle laisse échapper ou perd ce qu'elfe j a de meilleur. Dans une de ses épitres, J. B. Roosseau parle du zèle du public , c indiscret , éveê- >

Voilà de nos Français Fordinaire délkat : Dans la posseision d'une bonne fortune, | Le secret est tbnjonrs ce qoi les importaiie., 9 bteD teol

Oh ! que les femmes sont du diable 1 Lorsqu'elles vont ehoisir ces lèlee è^mmsét! Va. Dans la comédie de l'/ndisereS, Voltaire a employé ce mot avec non moins de précision. Oui, croyes, ma eoatiney et biles volie conpls Que oe jeime è^mté nous couvrira de honle. Comment, montrer partout et lettres et portiaiii

En public ! à moi-même I

Sachons , sous cet habit^ à ses jeux travesUe,

^YNONTM£S A RADICAUX DIVERS.

S rindiflerétioii de ea Jeune épenié

Fut un excès d'amour ou bien de Tinité.

MALÉDICTION. IMPRÉGATION, — EXiCRAri ON. Souhait qfnm fait contre quelqu'un.

D'abord , pour ce qui concerne la malédiaion et Yimpréeation , Tune se considère plutôt comme un objet, l'autre comme on fait : on donne des malédictions (Labr. , Les.}, on fait des impréeationt. On charge de maUdiciions y on prononce des impréeaHom ou des esiécrationi : « Philippe s'imaginait souvent roir pendant la nuit l'ombre de son fils qui lui reprochait sa mort et le chargeait de malédietiom ; il expira en pleurant l'un de ses fils, et prononçant des €ssécrations contre l'autre. » Roll. La malédie' tion de quelqu'un peut être la malédiction soufferte et non celle qui est faite par quelqu'un. « Marie a été exempta de la commune malédiction de toutes les mères, elle a enfiinté sans douleur. » Boss. « En voulant pénétrer le secret de Dieu , les princes tombent dans la malédiction de Saûl. > In. On dit aussi regarder une chose, la médiocrité, par exemple, comme un malheur et une malédiction (Mass.); il y a des peines et des malédictions attachées à telle conduite (BooRD.). Mais Vimprécation d'un homme est toujours celle dont il est l'auteur et non l'objet, et jamais ce mot n'est, comme malédiction, significatif d'une chose, c Les Juifs répondirent à Pilate qu'ils voulaient bien que le sang de ce juste retombât sur eux et sur leurs enfants. Yous •avez les malédictions qu'une telle imprécation leur a attirées. » Bourd. « Le lévite d'fiphraîm remplit la maison de son hôte d.*imprécations et de pleurs, et, adressant la parole à la jeune fille : Lève- toi, lui dit-il, fuyons la malédiction qui couvre cette terre. 9 J. J.

Une autre diflërence plus essentielle résulte de rétymologie de ces mots. La malédiction est faction de maudire , maledicere, d'appeler le mal sur quelqu'un. Vimprécation , in precatio , est une prière contre, l'action de s'adresser à Dieu, et d'invoquer sa vengeance contre quelqu'un ; si bien que primitivement ce mot se dit d'une espèce de conjuration:* Les imposteurs sont, selon Ulpien, ceux qui font des prestiges, des imprécations, des exorcismes. » J. J. La malédiction peut partir de toutes sortes de personnes, principalement d'un supérieur, d'un puissant, qui , s'il n'eût été mécontent, aurait donné ou pu donner sa bénédiction; on dit même les malédictions de Dieu et de lèsus-Christ (Boss.). Mais les imprécations sont toujours faites par les malheureux , les opprimés, les faibles, lesquels n'ont d'autre ressource que celle d'implorer Dieu contre leurs maîtres ou leurs tyrans. «Noé charge Cham de sa malédiction t et Didon fait des imprécations contre Bnée. » Cokd. s Remarquez dans l'antiquité la religieuse terreor qu'inspirait aux enfants la ma{^dt«tton des pères, et VimpréeatUm des malheureux & ceux qui les faisaient souf. frir. > Marm. On connaît les malédictions de Jésus-Christ contre les riches (Boss.), et, dans rjETorace de Corneille, les imprécations de Camille contre Rome, cause de son malheur(MARM .). La malédiction peut aussi avoir lieu de toutes

les manières, même tranquillement, sans violence, au lieu que Vimprécation suppose de l'exaspération , de la fureur, et se manifeste fortement, éclate, c Simon le Magicien a mérilé pour son crime la malédiction des apôtres. Les prêtres qui ne visent qu'à entrer dans les bénéfices attirent de même sur eux , comme un coup de foudre, cette imprécation apostolique : que ton argent soit avec toi en perdition I » Boss. « — Il n'y a rien à faire avec un bourgeois économe et serré ; on l'accable de malédictions. » Volt. « Le cardinal de Bouillon ayant perdu son procès contre la congrégation de Cluni, on ne peut exprimer sa rage, ses fureurs, ses injures, ses transports, ses cris : le procureur général et le parlement entier étaient l'objet de ses impr^cations. » S. S.

Enfin les imprécations consistant seules à implorer Dieu , et cela dans un moment de grande colère, peuvent seules dégénérer en blasphèmes. « Les iniquités de toute la terre tombent sur Jésus-Christ : les impiétés et les sacrilèges, les imprécations et les blasphèmes. » Boss. « Il y a des maîtres qui ferment les yeux sur ce qui (de la part de leurs domestiques) outrage la majesté divine : ils sont insensibles aux impiétés, aux imprécations qu'ils prononcent. » Boqrd.

Vexécration ressemble beaucoup à l'imprécation : c'est aussi à Dieu qu'elle a recours , et elle rappelle aussi des cérémonies religieuses* Lorsque Grassus sortit de Rome pour marcher contre les Parthes , le tribun Ateius Capiton l'attendit aux portes avec un brasier allumé, et Daisant des libations, il prononça des imprécations ou des exécrations contre lui. -— D'ailleurs le second de ces mots se prend, ainsi que le premier, comme synonyme de blasphème.

Mais Vexécration enchérit de toutes manières sur Vimprécation, C'est une imprécation faite contre un objet non-seulement odieux , mais horrible, qu'on fait plus que haïr, qu'on déteste ou qu'on abhorre, et cette imprécation est prononcée avec la plus grande force et appelle sur la tête du réprouvé les plus terribles maux. « La vérité divine prononcera de toute &a force cet anathème , cette exécration : discedite, » Boss. « Le troisième reniement de saint Pierre fut non-seulement avec serment, mais encore avec imprécation et détestation, avec exécration. » Id. « En haine de Tarquin le Superbe, la royauté Ait abolie avec des exécra^ tions horribles contre ceux qui entreprendraient de la rétablir: » lo. c 1m imprécations et les exécrations prononcées par les prêtres et par tous les autres ministres de la religion contre Alcibiade. » Roll. « Ce serment était accompagné d'imprécations et d'exécrations terribles. 9 In. c II était ordonné aux Juifs d'avoir en horreur toutes les nations idolâtres : leurs livres ne sont remplis que d'exécrations contre elles. » Volt. «La tête abattue du jeune Manlius (par ordre de son père) donna tm libre cours aux larmes , aux gémissements et aux exécrations, » CoND.— Pareillement, dans le sens de blasphème» Vexécration est une imprécation horrible, c Et toi, blasphémateur impudent, pro(iMiftt«ttr du

DEUXIÊHS PARm;

saint nom ieDien, tu profères des ezéerattons qui tout Mmir V)ute la nature ; lu es assez furieux pour U prendre à Dieu de toutes les bizar* rerîes d'un jeu ejfioesaif qui te ruine. » Boss.

|. MALHEUR, INFORTUNE, ADVER^llt, AÏS- GRÂCE, MISiRE, DÉTRESSE.

U' iyCCIDEKT, REVERS, -^ tCEEC, TEA- YESSE, - GAUMITÉ, CATASTROPHE, DlÈSAS- TRE. — MiSAYEimiRE, MAUSSIGONTRE., JD£- CORYSNUE.

Tous «fs mots^ignifieBl fuelque okoa» de lu- MtiA (W de f4€hew^. C'est là l'idée cempune sous UqveUs ils «e r^umÎMint.

Haïs oeox de la pr«»ière classe s'elnploie^t abMluafttt aT«e IVticle défini pour exprimer une mattièra d'éttre 4'iAe pertaine durée , un état : on est ou on tombe dans le malheur, dans Vinfortmê, dans Vodntnité, daos la disgr4^i dans la «utère et dans la détrône. Ceux, de U seconde, m contraire , désignent quelque ^looe de passager, «p é^énenent ou un Cait: <m éprouve un acculera, un reners, un échec, une tf«eer#e, une calaiatf^., une catastrophe, un 4^s«fire, une méwiMiKKrff, uma m/aUncontre et urne 4^cencfii«#. I

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