‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 35 sur 426 · D»ST · texte numérisé non relu

D»ST

« Les airs érentés du Jeune marquis de Yilieroy me le rendirent insupportable , et mon air froid m'attira son aversion, v J. J. Dans le Distrait de Begnard , Yalère répond au chevalier qui lui re* proche d'avoir Vair sauvage :

Vous , n'auras- vous Jamais celui d'un homme sage ? Faudra-i-il qu'en tous lieux vos airs eitravaganta. Vos ris immodérés donnent à rire aux gens ?

La différence du singulier au pluriel revient aussi parfois à hi différence du permanent à Fao-' cidentel. Vinfortune , le malheur , le chagrin sont des états I les infàr{unes , les malheurs , les chagrins sont des accidents , des maux passagers , des contrariétés plus ou moins fortes. On est plongé dans Vinfortune , dans le malheur , dans le chagrin; on est exposé aux infortunes , aux malheurs , aux chagrins*

D'autres fois , cette méttie différence se ramène à eelle de l'abstrait et de l'idéal au concret et au réel. « La ruine , dit Roubaud , est la destruction de la chose; les ruines sont les débris de la chose détruite. Le détail , ou (comme on aurait dû dire pour lever toute équivoque) le détaillement est Taction de considérer, de prendre, de mettre la chose en petites parties et ' dans les moindres divisions : les détails sont ces petites parties ou ces petites divisions, telles qu'elles sont dans l'objet même. Vous faites le détail et non les détails d'une histoire; vous en faites le détail en présentait les détails de la chose Jusque dans ses plus petites particularités. Vous n'en faites pas les détails , parce qu'ils existent par eux-mêmes dans la chose , indépendanmient ae TOtre récit. Le défftii est votre ouvrage; c'est totn réoit détaillé. Les détails sont de la ohose , ce sont les' petits

objets particuliers qu'en peut d^kullsr, ou ocasidérer et employer dans le détail. Détail annonce la manière dont vous représentez les choses; et les détails , les choses mêmes que vous représentez. » « Peut-être Virgile n'était-il point fait pour , le détail fatigant des conlbals. » VOLt. c le sais j de sa conduite des détailê incroyables. » Harm. ; Un général battu et mis en fuite s'Àcrie éfi moa- , rant : A un plus heureux le reste. Il veut dire le reste de l'action ou de la campagne. S'il disait I les restes , il faudrait entendre les soldats quires- I tent , les débKs dé l'armée. « On n'avait encore ; aucune connaissance des détails de la bataille (de Cannes) ; on ignorait où étaient les restes des troupes. » CoND. Qui aime YEglise est attaché à , la société des fidèles; qui aime les églises frè- ' quente les temples chrétiens , les édifices où se j célèbre le service divin.

I Le m^te signifie , d'une manière abstraite et collective, toutes sortes de perfections, ce que I taut en général une personne ou une chose^, les , mérites expriment , d'une manière concrète et dé- ' taillée , telles et telles qualités particulières. De même, par la richesse d'une langue on entend ] rabondaàûe des expressions distinctes et des belles locutions qu'elle possède , sans avoir en vue cellesci ou celles-là; mais quand on parle des richesses d'tme langue, hi t>ensêe se porte effeetivemedtet spécialement sur ces expressions et ces locutions prises une à une.

On dit également , rapproche et les approche* d'une chose I de la mort^ par exemple. Hais l'approche signifie le fait abstrait d'approcher, et les approches dépeignent avec toutes ses circonstances l'action réelle d'approcher. Montaigne a bien rendu cette opposition dafis les passages suivants : <t La tleillesse est un signe indubitable de Vapproche de la mort. » « Ce n'est pas l'instant et le point dd passage , ce sont les approches de la mort que nous avons à craindre. > J. J. Rousseau n'a pas été moins précis. « Ûd chien, dit-il, bon et fidèle gardien, ti'aboie qu'à l'approche des voleurs. » < Pourquoi la populace se repatt-elle avec tant d'avidité du spectacle d'un malheureux expirant sur la roue? C'est que chacun a une curiosité secrète d'étudier les mouvements de la nature aux approches de ce moment redoutable que nul ne peut éviter. » Bt encore ailleurs , d'une part : « Ayant passé une partie da i l'hiver ici , il lui est bien dur d'en partir à l'approche du printemps. 9 D'autre part : « Il me se^ rait dur de déloger dans cette saison , qui me fait déjà sentir aussi cruellement ses approcher. » I>^ même Bossuet : « Tout se ternit , tout s'efface ; on commence à sentir l'approche du gouffre fatal « 1 St d'un autre cêté : « Il ne nmia est pas possibls | d'émouvoir les pécheurs ptr les terribles opprv* chef du jugement futur dont Dieu les menace.» > « BUe regarde sans se troubler toittis las eppf^ \ chee de la morL » 1

Le mot noce^ au singulier, signifie quelquU chose d'abstrait, un ûût indépendimment de ses ' particularités et de sa durée : à quand la nocêt Le même mot, au pluriel, désigne quelque oh^ de concret, c'est-à-dire le même liait, msis tel qu'il se passe et qu'on le Toit , mais dans tout soo

STNONYUS am ONT LE HtXÈ RADICAL.

dér eloppeffl^At , dans tbuto son étendue , àTec tontes ses circonstances : les noces ont été magnifiques^ elles ont dû coûter beaucoup, elles se sont prolongées m delà de trois jours. — Noces , marquant seul de la durée , est seul propre à exprimer le mariage et l'état qui le suit : épouser une personne, être marié, en premières ou en secondes ncees. — Assister à la noce , être de noce ou de la MAP. sont des expressions qui ne s'adressent çn'â l'esprit : c'est être présent au mariage de quelqu'un. Assister aux nocer , célébrer des nocet, sont da langage de l'imagination; ce sont des expressions qui représentent ou dépeignent , qui iiidiqiient la part qu'on prend aux réjouissances , aux fêtes , aux cérémonies religieuses , aux danses , aux divertissements, aux festins qui accompagnent un mariage. —Il arriTe quelquefois , quand deux personnes s'épousent, qu'on supprime ou qu'on ren?oie , par des raisons de convenance , les noces f et non la noce. — On assiste à une noce; on s'amuse à des noces, on y passe plusieurs jours : on lait use noce; on célèbre des noces. ^Koce ne s'emploie qu'en général, sans rien spécifier , pour marquer la fût pur et simple. « M. d'Arles sera de cette noce. » Ssr. < CorbinelU est demeuré à Paris pour être à la fioce d'un flls de M. Mandat > In. « Il 7 eut à cette noce plus d'amis que ^e parents. » In. Toutes les fois,* au contraire, qu'on Yeut exposer et comme mettre sous les yeux les accidents, les laits élémentaires ou accessoires, les détails , le pluriel est de rigueur. « On ne Toit plus M** de Bochefort : c'est une belle femme de moins dans les fêtes qui se font pour les grandes noces. » Sér. « Tout se préparait pour les noces. » Via. * Un domestique chargé du soin des noces. > LabB. Le Jour de ses noces; la première nuit de ses nocef ; aux noces de Thétis et de Pelée; les noces de Cana; les noces de Gamache. Jmpdl, UkQle^ dlme, au singulier, signifient quelque chose didéal, et s'emploient dans l'ordre des idées; au pluriel, ces mêmes mots expriment quelque chose de réel, et se disent dans l'ordre des faits. Un publiciste traitera de la répartition de l'tmpdf , fera la théorie de l'tmpde, à priori, indépendamment de ce qui arrive ou est arrivé; mais dans une statistique où on rend compte de ce qui a en lieu , on £ut le relevé des impôts. — On établit l'tmpdf , la taille , la dime; on lève les impdtf , les iaiUes , les dîmes. La chambre des dé pûtes règle Vtmpdt, et le gouvernement a des recereuTs pour percevoir les impôts. L'État exige V impôts a besoin de V impôt pour subsister : les sujets payent les impôts à l'État, c II fnX ordonné à tous ceux qui tenaient les biens ecclésiastiques de payer la dime. > Moictesq. « On peut voir, dans les dispositions ajoutées 4 la loi des Lombards, la difficulté qu'il y eut à faire recevoir les àimts par les lois civiles.» In. •— V impôts la taille^ la dime sont quelque chose d'abstrait, une clligation : on y est soumis ou on en est exempt ; les iaipdtff, les tailles , les dtmes sont quelque chose de concret, c'est-à-dire les choses effectivtment données en conséquence de ce devoir : les eïDployés d'un gouvernement vivent des tmpdtt, des vailles ou des dim^f. — Payer l'impôt, c'est être dans le cas de ceux sur qui pèse cette Charge :

payer les impôts, c'est actuellement livrer les choses exigées par l'tmpdt. — L'impdr , la taille, la dîme sont de droit, en théorie, en idée; les impôts , les tailles , les dîmes sont de fait.

^ Enfin , toutes les fois qu'il s'agit de noms génériques, le singulier leur imprime un caractère d'absolu et de nécessité, et. au contraire, le pluriel un caractère de relation et de contingence. Le sage est un personnage idéal absolument parfait, le type de la sagesse; les sages sont des personnages réels, plus ou moins parfaits, à qui il arrive d'approcher plus ou moins du type de la sagesse. Parmi les noms génériques quelques-uns ne se prennent jamais qu'au singulier. Or^ ce sont précisément ceux qui signifient l'idéal et l'absolu , c'est-à*dire quelque chose de ud , d'immuable et qui persévère. toujours le même, comme le beau, le vrai, le bien, Vhonnéte. Quand nous disons , Vhomme , nous désignons le genre en citant un seul des indiridus que nous érigeons en type, de manière A nous former du genre une idée simple , pure , indépendante de toute particularité , qui ne comporte ni division ni exception. Quand nous disons , les hommes , nous désignons le genre en citant tous les individus, ou plutôt nous n'avons pas l'idée d'un genre , mais L'idée d'une collection d'indiridus que nous ne concevons pas comme uns, « 1. J; Rousseau ne connaissait pas Vhomme en général, puisqu'il affirme que l'homme est né bon; il ne connaissait pas non plus les hommes , les hommes considérés individuellement , car il les croit tous méchants dès qu'ils ont alarmé son orgueil » Lab. «Après avoir étudié l'homme toute ma vie, j'avais cru connattre les hommei ; je m'étais trompé. » J. J. < n faut que la femme étudie A fond l'esprit de rhomm« , non par abstraction l'esprit de Vhomms en général , mais l'esprit des hommes qui l'entourent , res|)rit des hommes auxquels elle est assujettie. » lo. « Si la connaissance générale de l'homme est nécessaire A l'orateur pour savoir exciter les passions qui conduisent la multitude, le négociateur doit avoir la ccmnaissance particu* lière des hommes , pour déterminer les motifs secrets qui les déterminent, et pour les amener A son but. » D'Al. » « Pour connaître l'homme , il suffit de s'étudier soi-même ; pour connaître les hommes , 11 faut les pratiquer. » Ddcl. « La philosophie suppose la connaissance de Vhomme , et toute peinture de mœurs ou de caractère la connaissance des hommes.

Beauzée a parfaitement établi cette distinction , concernant l'emploi du singulier et du pluriel, du moins par rapport aux propositions uniterseUes , c'est-A-dire A celles où l'on se sert de noms génériques. « Il est constant , dit-il , qu'un écrivain attentif ne dira pas indifféremment : Vhomme est raisonnable , ou , les hommes sont raisonnables. Quand il s'agit de l'universalité des individus , je crois que le singulier de l'article est plus propre A en marquer la totalité physique sans exceptioi^ , parce qu'il en fait naturellement naître l'idée par celle de l'unité. Le pluriel, au contraire , est plus propre A désigner l'universalité morale , parce que ce nombre avertit naturellement du détail en montrant là pluralité; et que

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