‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 358 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

pour quoi nous ne trouvons'pas en nous assez de ressources; nout ne powooni faire ce qui nous oppose une résistance trop forte ou ce pourquoi BOUS ne trouvons pas au dehors des secours suffisants : Nous ne sauriom haïr le plaisir ni aimer la douleur ; nous ne pouvons renverser les montagnes ni , à Taide d'aucune lunette , apercevoir ce qui se passe dans la lune. « Dans l'état misérable où nous sommes , nous ne saurtoiupar nousmêmes nous rapprocher de Dieu, et nous ne pouvons pas même trouver, dans Tordre des choses , une créature assez noble et assez pure pour nous réconcilier avec Dieu. » Mal.

On ne saurait est moins afQrmatif , moins absolu, n'annonce qu'une grande diffieulté; on ne peut se prend à la rigueur et se dit en parlant de ze qui est tout à fait infaisable. On ne saurait bien servir deux maîtres ; on ne peut obéir en même temps à deux ordres opposés. On ne saurait éviter les maladies ; on ne peut éviter la mort. On ne saurait douter de l'afTection d'un ami éprouvé; on ne peut douter de la vérité des axiomes. «Les peuples pasteurs ne peuvent se séparer de leurs troupeaux qui font leur subsistance ; ils ne sauraient non plus se séparer de leurs femmes , qui en ont soin. > Moutesq. « Le style de l'Ëcriture porte un caractère de vérité qu'on ne saurait désavouer.... Qifelque sentiment qu'on ait de Jésus-Christ , on ne peut disconvenir qu'il n'eût un esprit très- grand et très-élevé. > Pasc.

OPINION, SENTISIËNT. PENSÉE, AVIS. Manière de voir les choses ; ce qui nous en semble.

Opinion parait n'être pas sans rapport avec le grec 54^i( , la vue, Sirropiai, je vois. Il est séparé d'abord de sentiment par des différences manifestes et considérables.

Vopinion est quelque chose de général, de reçu, de commun à un plus ou moins grand nombre d'hommes. Le «entiment, au contraire, /Bst quelque chose de particulier, de personnel , de propre à un seul homme ou à quelques-uns. C'est que nous voyons à peu près tous de même , au lieu que chacun a sa manière de sentir. On dit absolument, non pas le sentiment ^ mais l'opinion ; l'opinton et la coutume (Mal.). < Origène en parlant ainsi ne donne point son sentiment particulier, il ne fait que rapporter Vopinion universelle. » Volt. « On nous dira que le pape est au-dessus de toutes les lois ; c'est le sentiment de Bellarmin ; c'est Vopinion des théologiens romains. > In. «c S'attacher, pour ce qui regarde l'usage des mots, à son propre tenttment contre Vopinion commune. » Vao.o. « Voilà ce que pensaient (sur Dieu) ceux qui raisonnaient le mieux en ces siècles de ténèbres et d'ignorance. Vopinion publique du monde , qui faisait la religion de ces temps-là , était encore bien au-dessous de ces sentiments, s Boss. « La créance de la résurrection n'a pas seulement été une opinion populaire , mais le sentiment des sages et des savants. » Bounn. « s'agit-il de nos sentiments et des optnions particulières dont nous nous sommes laissé prévenir? • In. « Pour découvrir le véritable sentiment d'un auteur, il n'y a qu'à observer quand il parle selon l'opinton commune. Lorsqu'il dit positivement le contraire de ce

qu'on a coutume de dire, on. a raison de JK* que c'est son sentiment. » Mal. « Je lai fis exc^ d'avoir mal pris son tentûnenf , et le priai ds r. dire s'ils ne condamneraient donc pas aa moci cette autre optmon des jésuites cfai fait tant (« bruit. > Pasc. « le n'ai point de peiae à emeigDE: les opinions que l'on m'a marquées , même '^ plus contraires à mes sentiments particuliers.! P.A.

Secondement, Vopinùm est quelque chose cm a cours, qu'on agite, dont on dispute dans Iz monde ou dans les écoles , qui est sujet à discassion, quelque chose d'extérieur, d'eszpmii té , à quoi on ne tient pas beaucoup, dont ou n'est pas fermement persuadé. Le sentiment , au contraire , est quelque chose dont nous sommes pêxkèirés, qui est le fruit d'un mûr examen, et qui emporte pleine et entière conviction. « Toutes ces opinions (des pyrrhoniens) qui ont fait tant de bruit dans le monde, n'ont jamais subsisté çis dans des discours, des disputes ou des écrits, eC personne n'en a jamais été sérieusement persuadé : c'étaient des jeux et des amusements de personnes oisives et ingénieuses ; mais ce ne Ca< rent jamais des sentimeiUs dont ils fassent îdIërieurement pénétrés , et par lesquels iU tooIossent se conduire. * P. R. « Je ne pouvais préférer» par aucune raison solide, des opinions, qui. dans Taccablement du désespoir, ne me teulûent que pour augmenter ma misère , à des seniisiciiif adoptés dans la vigueur de l'ftge , dans toute U maturité de l'esprit , après l'examen le plus réfléchi , et dans des temps où le calme de ma vie ne me laissait d*autre intérêt dominant que celui de connaître la vérité. » J. J. « Les décisions hasardées avec le plus de confiance font le plus d'impression. Eh 1 qui sont ceux qui jouissent de droit de prononcer? Des gens qui, à force de braver le mépris , viennent à bout de se faire respecter et de donner le ton ; qui n'ont que des opinions et jamais de «entimento, qui en changent, les quittent et les reprennent, sans le savoir, m s'en douter, ou qui sont opiniâtres sans être constants. »Ddcl.

Troisièmement, l'opinton est quelque chose d'objectif, qui existe indépendamment de telle os telle individualité , qui a de la vogue , qui est plus ou moins répandu, plus ou moins vrai, probable ou solide. Mais le sentiment est subjectif, et ne se considère guère qu'en rapport avec k sujet ou l'esprit, dont il est la manière propre d'envisager les choses, qui l'a conçu, qui la maintient ou y demeure attaché. « Je vous ai représenté deux opinions différentes , qui se partagent les sentiments de tous les mortels. Les uns méprisent la vie; les autres estiment que leur plus grand bien, c'est de la pouvoir longtemps conserver. 9 Boss. « c'est une chose étoooanîe que vous ayez le front de parler si haut ce langage , puisqu'il marque votre sentiment si à découvert , et vous convainc de tenir pour sâr? en conscience cette opinion : qu'on peut tuer pour un soufflet. » Pasc. « Ce ne sont pas les seiiliments de M. Amauld qui sont hérétiques; es n'est que sa personne.... La grâce de saint Augostin ne sera jamais la véritable tant qu'il la défies-

SYNONYMES À HADICAUX DIVERS.

ra.... Tant il porte de malheur aux opinions l'il embrasse l » Id. c 11 me dit que les exami* Lteurs mêmes avaient dit que cette opinion est 'oblématique , et qu'il était lui-même dans ce ntiment, » In. « Nous n'avons pas entrepris , ins cette dissertation , d'examiner les sentiments 3 saint Augustin, à qui on attribue Vopinion le je viens de rapporter. » Boss. c J'ai cru que i qui le rendait si opiniâtre à ne me pas croire ici -même sur mes semiments , c'est qu'il m'estîudt trop pour s'imaginer que je fusse capable 'une opinion (savoir que toutes les planètes >nt habitées) si extravagante. » Font. On dit opinion du mouvement de la terre (Mal.), opinion de la métempsycose (Hontssq.) , et être u entrer dans le sentiment ou dans les sentiments e quelqu'un (Acad.). On traité ime opinion de onne ou de mauvaise; on cherche à découvrir 3 sentiment d'une personne.

La pensée est particulière et subjective comme 3 sentiment y auquel elle ressemble beaucoup. Les hommes se rendent si fort dépendants de opinion des autres , qu'ils s'y laissent souvent mporter contre leurs propres pensées, > Boss. C'est par là que l'auteur s'excuse de s'être loigné quelquefois des optntont les plus reçues ans les écoles, en leur préférant les pensées de uelques nouveaux théologiens. > In. « Etre béètique, c'est suivre sa propre pensée et son mtiment particulier. » In.

Mais la pensée n'a pas la certitude du sentilent : c'est quelque chose de hasardé comme une remière idée, une inspiration subite, une bauche , quelque chose qui n'a pas été assez rééchi et qui tient de l'imagination. C'est par raport aux vues particulières d'un homme ce qu'est uelquefois l'opimon dans l'ordre des croyances énérales : comme roptnion peut n'être qu'un réjugé, il arrive souvent à la pensée de n'être u'une conjecture. « Vous pouvez consulter des ersonnes plus éclairées que moi sur les voies de |ieu , et je vous conjure même de ne suivre mes ensées qu'autant qu'elles seront conformes aux mtiments de ceux qui ont reçu de la Providence autorité sur vous. » Fin. — D'ailleurs, pen^^e st un terme tout intellectuel , uniquement relaf à la science , aux choses sur lesquelles on rai- )nne. « Je commence par m'arrêter tout court 1 matière de philosophie, dès que je trouve une ^rité de foi qui contredit quelque pensée philo- >phique. * Féit. « Je suis très-obligé au R. P. de a Barde pour avoir pris la peine de lire mes 9nsées de métaphysique. » DEsa « Les anciens étaient-ils pas excusables dans la pensée qu'ils iX eue pour la voie lactée. » Pasc. Mais le mot nttment est esthétique (d'aloOàvsaOat > sentir), est-à-dirê plus propre quand il est question de losesde goût, ou bien de celles qui dépendent i quelque façon que ce soit de la sensibilité. Ah! que ce quoi qu'on die est d'un goût admirable ! C*est i mon sentiment un endroit impayable. Mol. On ne hasardera sur les ouvrages de Molière m qui soit contraire au sentiment du public lairé. » Yolt. « Il y a plus de 60 ans que j'étue l'art des vers, et peut-être suis-je en droit dire mon sentiment. »hi. « La pauvre Vaubrun

est toujours dans l'abîme de la douleur : je suis bien de votre sentiment^ il y a de certaines pertes dont on ne doit point se consoler. » Sév.

Yoilà l'homme en effet. Il va du blanc au noir :

U condamne au matin ses sentiments du soir.

Bon..

Avis se distingue des trois mots précédents par un caractère qui ne convient qu'à lui. II est pratique. L'avis est une manière de voir par rapport à ce qu'on doit faire : on avise aux moyens , à ce qu'il faut faire : et l'homme avisé vise bien au but, est prudent. On dit bien en parlant des philosophes , des savants et de tous ceux en général qui ne s'occupent que de théorie , leurs opinions ^ leurs sentiments y leurs pensées; on ne dit point leurs avis. Mais on dit proprement Vavis ou les avis d'un conseil, d'un médecin, d'un avocat, d'un confesseur, d'une assemblée, c'est-à-dire ce qu'ils jugent le meilleur parti. « Lorsque les restes de Pharsale se furent retirés en Afrique, Scipion , qui les commandait , ne voulut jamais suivre l'avis de Gaton de traîner la guerre en longueur. » MoNTBSQ. c Je suivrai votre avis^ ma chère enfant , je vais m'entretenir de l'espérance de vous revoir. » SÉv. On suit, on écoute un avis, on en profite, et c'est agir conformément à ce qu'il recommande. Mais on a , on prend , on emr brasse une opinion, un sentiment , une pensée; ce qui ne marque autre chose qu'un simple assentiment ou une détermination de l'esprit. « Oseriez-vous traiter ce bénéficier de simoniaque dans vos confessionnaux , quelque sentiment que vous en ayez par vous-même , puisqu'il aurait droit de vous fermer la bouche , ayant agi selon l'avis de tant de docteurs graves? » Pasg. — D'autres fois, ce que le mot avis a de propre , c'est d'être relatif, c'est-à-dire qu'il suppose un avis antérieur de la même personne, ou, comme il arrive dans les consultations , d'autres avis proposés par d'autres personnes. On a une opinion , un sentiment, une pensée; on change d'avis, on est de l'avis de quelqu'un. «Autant de tètes, autant d'avis.» J. J. a C'est pour cela que j'ai voulu avoir l'avis du médecin , afin de ne pas exposer sur mon seul sentiment cette infortunée à recevoir à faux une si cruelle atteinte. 9 In. « U m'accuse, très- sûrement sans en rien croire , de n'être point persuadé du sentiment que je soutiens. Moi , je le soupçonne, avec plus de fondement, d'être en secret de mon avis, » Id.

Éuss.

« Il pourrait y en avoir d'autres qu'elle qui seraient dans les mêmes sentiments (sur VÉcole des femmes),

BORARTS.

Je sab bien que ce n'est pas vous au moins , et que lorsque vous avez vu cette représentation...

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