‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 360 sur 426 · I. ORGUEILLEUX, SUPERBE, SUFFISANT · texte numérisé non relu

I. ORGUEILLEUX, SUPERBE, SUFFISANT

présomptueux:, avantageux, important, yain, glorieux. — ii. dédaigneux, fier, haut, hautain, altier, impérieux, arro- GANT, ROGUE» INSOLENT. L'excès d'estime pour soi-même , une trop grande ou trop bonne opinion de son mérite personnel «.effet de l'aveuglement de l'amour-propre , c'est ce qu'expriment en commun tous ces mots et ce qui fonde leur synonymie.

Mais ils se divisent d'abord en deux classes principales. Les uns sont absolus, les autres relatifs : les uns signifient des défauts solitaires , qui ne regardent que le sujet auquel on les attribue , qui ne le font considérer qu'en rapport avec lui-même; les autres désignent des défauts qui ont de l'influence au dehors , des manières de se conduire par lesquelles on lait sentir sa supériorité au reste des hommes, on les blesse*, on

les irrite, on les indigne. C'est, d'une part, quelque chose de ridicule, et, de l'autre, quelque chose d'odieux. Qu'un homme soit orgueilleux^ superbe y suffisant, présomptueux j avantageux, important, vain et glorieux, il ne se compare point à vous , il ne cherche point à vous abaisser, il se borne à la satisfaction de lui-même, à se complaire en lui-même , vous n'avez point à voua en lâcher, à lui en faire un crime, vous pouvez seulement le plaindre ou vous permettre d'en rire. Mais qu'un homme soit dédaigneux, /ier, haut, hautain, altier, impérieux, arrogant^ ro* gue, insolent, dès lors, non content de croire qu'il vaut beaucoup , il s'imagine valoir beaucoup mieux que les autres, et il le leur fait sentir par des procédés ou des paroles àont on s'offense justement. Dans le fait , nous ne nous plaignons pas des orgueils , des suffisances , des présomptions, des importances , des vanités d'un homme envers nous ; ces substantifs n'ont pas même de pluriel en ce sens , tant ils sont peu propres à désigner des actes ou un genre de conduite. Mais on se plaint avec raison des dédains, des fiertés, des hauteurs, de Varrogance et des insolences de quelqu'un. On peut dire de tous les mots de la première classe comparés à ceux de la seconde ce que Labruyère dit de Vimportant par rapport à Varrogant : « Pendant que l'on ne fait que rire de Vimportant, il n'a pas un autre nom; dès qu'on s'en plaint, c'est Varrogant. »

I. Orgueilleux, superbe,--' suffisant, présomp» tueux, avantageux, — important, vain, glorieux. Très-prévenu en sa faveur, qui a une grande estime de soi-même , mais sans se comparer aux autres, et sans prétendre les humilier, les accabler de sa supériorité.

1* Orgueilleux et superbe sont les deux terme» les plus généraux. Chacun d'eux a pourtant sa nuance particulière.

Orgueil a beaucoup de rapport avec orgelet, petite enflure qui vient à la paupière, et qui ressemble à un grain d'orgie. Vorgueil est en effet comme une enflure de l'âme : Vorgueilleus est tellement plein de lui-même qu'il en paraît tout bouffi; il se gonfle comme la grenouille de Lafontaine; il est enflé de son mérite, il se rengorge. « n se contemple , il s'admire à peu près comme s'il était seul au monde : l'estime qu'il a pour li^i parait lui suffire , il ne songe pas qu'il y a d'autres hommes. » Cono. Il se sourit à luimême et se croit sans défaut. En un mot , ce qui le caractérise, c'est la plénitude du contentement de soi pour des perfections imaginaires ou tout au moins supposées , et une sorte de bouffissure de l'âme qui en est l'effet.

Ce qui caractérise le superbe , c'est une idée de grandeur et de faste. Superbe est traduit exactement du latin superbus; et , dans une autre acception, ce mot signifie pompeux ', magnifique. De là vient qu'on n'emploie superbe que dans le grand et pour exprimer un orgueil qui se montre avec éclat. Il faut occuper un rang éminent, et se trouver au moins dans un état où on brille des avantages de la fortune, pour être superbe; on ne qualifiera pas de superbe , mais bien d'orgueUleuXf un valet, un crocheteur, un men*

Sld

BECXieME TAKTIE

diant. On est 9rguMeuXytat\B non pa» wuperbe, daas toutes les conditions. D*autrB part, on peut être orgunlkux sons les appirencet de rhnmi- Hté; mais on n'est ntperbe qu'avec oetentation, à Tîaage découvert, et le front leré. « La cour wpet^ de Vienne. » S. S. « Le plus paiiût des tages arait été le plus twperhe, * Boss. « Yoyeimoi oette femme dans sa iupêrhe beanté, dans •on ostentation , dans sa parure. » In. c La mort confond et rédoit en poussière les plus tuperbes monarques , comme les derniers de leurs sujets.» ID. « Le pharisien est le plus superbe de tons les hommes. » Bouan.

.... Dans on des Mrris , aux homnies téierté, Celte femme suftrhé^ (Albslle) entre le front levé.

Rftc.

J'ai m plus d'un héros, sabjugué par sa flanne, «ftyKrb aTM les rois, bible arec une femme.

Tour.

J'étais Jeune et superbe , et nourri dans un rang Od Ton puisa to^foors l'orgueil arec le sang.

(OGéipe). b.

^ SufUmnt , préiowpiueux et avaniagem ont entre eux la plus grande ressemblance; car ils dénotent tous trois une même sorte d'orgueil, celle qui coosiste à s'en faire accroire , à se faire illusion sur ce qu'on peut. « L'orgueil qui rient d'âne 'Confiance areugle dans nos forces, nous Virons nommé pi¥sompfton. » Vauy. Or, cette espèce d'orgueil caractéristique dupr^jompeusw, lui est évidemment commune avec le tuffitani et l^moaiiUagem.

Des trois mots le plus facile à distinguer est nt nu«n^ L'usage lui a assigné une signification moins étendue qu'aux denx autres; il a uniquement rapport à ce qu'on croit pouvoir en matière de Jugements et de critique. En sorte que le tuffhwiU a Viïrgueil de la capacité doctorale, du pédantisme ; il ne doute de rien ; il est tranchant et décisif. « Nous sommes des ignorants sur tous les premiers principes. A l'égard des ignorants qui font les rûfUisaAto, ils sont au-dessous «i^es singes. > Volt. « Il est difficile de prendre un ton pluaju/llisaiil (que l'abbé Desfontaines dans son journal), et d'entendre plus mal ce qu'il loue et ce qu'il condamne. » 1d. « Dans ce livre règne un air de suffisance ^ \m ton décisif et tranchant qui a été blâmé. » Id.

Des gens savants, instraits sans suffumtee. b. « Un gouvemeurm/'/isant et sot, qui , pour tout mérite, saluait avec grâce. » Haum. « Il est bien persuadé de sa supériorité, mais elle ne le rend ni suffsant ni pédant. » Dudbpf. « Ce commentaire était nécessaire pour réprimer la suffisance étourdie de nos ignorants critiques. » Lab. « Les pharisiens faisaient l'étude de la loi avec tout le faste et toute la tuf/Uanee dogmatiques. » J. J. a Observez à Paris , dans une assemblée , l'air suffisant et vain , le ton ferme et tranchant d'une impudente jeunesse. » Id. « La Samaritaine était une hérétique vaine et suffisamte^ opiniâtre et indocile , préoccupée de son erretir et déterminée à la soutenir. » Boord. Dans sa comédie du Gl»ritux, Destouches voulant représenter aussi ce personnage comme suffisant dit :

Persuadé d'ailleurs de son habileté, 11 décide sur tout arec anlerité.

Restent présomptUÊmtt ommlagevs qui regardent la capacité en tout genre ^ et «oppois une confiance en nos moyens qui éait que oou comptons réussir dans quoi que ce soit.

Le pr^fompfiiei» présume; pw^jtMml, tScst-*djre croit d'avinoe qu'il viendra à bont de lefe on telle chose , et ose en conséiiiKnoe. L'amaii geu9 pense ou Juge anantageusewÊeni de sol C'est plutôt dans les oocasions proetaaînes ^agir et par rapport à téUes on teUeteolieiis à faire qu'on est prdroeipCiiettx; c'est plolôt en géDérsI et quand aucune occasion de paswr aor €Béts ne se présente encore qu'on est amuHgem. Ce qui frappe dans le présompUsem, sTest la certitude du suceèset la hmdiesae à entre^endre : aneune difficulté ne l'efiraye, il est témèiaiie. « Pasxr pour présempiumut et pour tèmèane. « «ol. « 8i votre pénitence est aecompagnèe de ees tns conditions, vous pouvez, sana être tèméimuet jM^sompliiéMi , fîire fond sur die. « Botras. c L'ambitieux est bien jMr^jempfMvx, i^l se pr»cure les honneurs dans ia-persneaion qofleB se digne. a> lo. « Soirrenea^voes de la sninlesiBpiicitéde nos pères. Chacun mesurait sesenplflisi ses propres foreee. L'ambition n'était aiprÀoapftieete, ai inquiète. » TiiCB, « Le naiéebal ds ViHeroi était également déflaoé à la téleetdes conseils et des variées , t ji Mi g iii^tninM «t àmbpable. » IUbm. Ge qei tmppe daosYe gem^ c'est^ uniquement la pléoitwie de < ensaeapacité : il oonaanderait te naées. il gouvernerait les'.fitals, U o^nivendt te ta> mes les plus r^eUes; il ne iuiaomsqBe qu'oae ocoasion eu tme piaœ pevr îMtffier la bone opinion qu'il a "de eenpomroir. Ceat «n &t. Le défaut du présompêuem tire phn A coneéqueoee, car il Veapese à des <désappeiirtemeato; on doit souvent le piaiadre. Celai de l'aneanjear o'est que ridieuie, d'aolaat ^^«e bane-erdinairement auleii, à i^air, aux paroles.' L'èpillièle d'aiMMlafeiw eonviaat sortoat al a-eurtoat été appliquée aax petits«maltre8 et aax ««»«fy« qii sont parfaitement défiais par rAoadémie : des jeunes gens qui pienaeat des ain eeaataftar. « Molière peignit ceux que l'on a appelés depiii les marquis.».. Il y en avait qui pouasaient est air atantetgeum et oette envie dominante de se faire valoir jusqate plus grand ndicoie. • Tolt. « On avait appelé la eabAle du duc de Beanfert. celle des-ûaperiwtfi, on appelait celle de Coadé, le parti des psftïfiwodrag : ee non de petit^naitre s'applique aujourd'hui à la jeuaasee-eaoalsgeuse^i mal élevée. »'Io. «On ae lui tieareta pas  Potsdam fair évaporé et eiwmumgmu de nos prétendus marquis frantais. » la. « On vm dans cette eomédie un marquis ridicule, om»tageux et poltron, s Làh. «Qu'ai-je trouvéfefi ftt , un jaloux ; un homme avonfa^eiia, qui ooit que la vertu la plus sévère ne demande paaaiieBx que de lui céder. • M ash. « Il n'avait point Vst ni le ton fat et etoamiageus. » J. J. c Je sentais trop le ridicule des galants surannés pour y toeiber , et je n'étais pas bomme à devenir mmnte gem et confiant sur mon déclin. » lo.

8* Importoal, «etn et glofieum fermeat use espèce à part. Us sont idatife, non pius â ce

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

8iS

i*on peut, comme les précédents, maïs à ce l'on est ou à ce qu'on a fait. .L'homme suffisant, ésomptueux ou avantcigsux n'est pas timide, boznme important , iMin on glorieux n'est pas odeste.

n en est de Vimportant dans cette classe de )ts comme du suffisant dans la précédejite. Il dif- "e sensiblement de ses4leux synoi^ymes. Il sem- ; d'abord marquer une .qualité plus fixe, un ractère plus constant : on n'<est pas important quelque chose, comme on en est cot» ou glomx. Ensuite , important n'a pas une aussi mde étendue de aignification.: au lieu qu'on \ vain et.yioriaii» quand on s'exagère ou qu'on igère toutes ses qualités et toutes ses actions elles qu'elles soient , on n'est important que and on s'en impose et qu'on en impose sur le rsonnage qu'on fait et. sur le rôle quon joue. te important ou faire Tf n^portatU , c'est se urer qu'on est considérable, d'un grand poids, 'on a beaucoup de crédit, beaucoup d'inence; en un mot, c'est sexroire un.peisoiH

are."

ie croire on , personnage ^^st.foit coflomon en France ; On 7 fait l'homme à^ùi^ortanee, Xir.

iumery à la fin se crut un persomiage ; il fit ?ros dos et Vimportant, » S.. S. «Saint-Gerin Beaupré, e^ni^yeux et. plat important qui rait jamais été de rien. » Id. « On ne trou?etpas la même bonne foi dans Je mépris dont tains hommes fastueusement décorés ont quelfois gratifié les lettres. Ce mépris pouvait 1 n'être en eux que le. masque de la haine;

la vanité pusillanime ièint .de mépriser ce sUe craint, -et ceux des gens de lettres qui tent la noblesse et la dignité de leur état sont ootables^à la sottise importante.it D'Al. D'au-

fois Vimportant se tient et se fait passer pour ispensabie ; on le voit «'empresser , faire des narras, offrir aes bons ofBees; tous diriez m ne peut se passer de lui; .c'est 1& mouche eoche. « Cimon , .après son retour , sans se I prier , sans se plaindre ni faire Vimportant, ms chercher à faire» durer une^guerre qui le lait si nécessaire à sa , patrie , lui rendit iptement le sérTice.qu.'on attendait de lui. >

rifi et j/torieuff. paraissent différer extrêmet peu. Outre qu'Ûs se disent, .comme impor- , eu égard à ce .qu'on. est et à. ce qu'on fait ce qu'on a fait, et non.pasAce.qu'on peut, [priment au pkaiiaut. point le désir de l'eset de la louange. Le nain et le ^glorieux se «Il et se glorifient, c'est-à-dire font sonner ce qu'ils ont et ce qu'ils font ou ce qu'ils lit : ils dépendent de l'opinion, ils tiennent [a*on fasse cas.de.laar- personne, ils veinent place dans l'esprit des hommes, s vain^ de vantu, vide, fait penser à la I, à rinanité, à la frivolité,. au peu de vales choses pour lesquelles on veut être. con- ; «t glorieux, en vertu de sa. terminaison ive , marque plénitude dans l'opinion qu'on ion mérite et dans l'étalage qu'on en fait. in a de la vanité ^ et la vanité consiste à

se faire valoir par les petites Choses fVoLT., Labr.). « La ioaniié est Vorgtml des petites choses. » Las. Le glorieux est tout plein de sotte gloire ou de vaine gloire; il en regorge. C'est VoxgueUteux, mais V orgueilleux qui, non content de se complaire en lui-même, cherche à faire partager aux autres Texoessive bonne opinion qtlll a de lui-même. D'ailleurs, glorieux, en opposition à vain, et par son rapport à gloire, suppose plutôt de grandes et de belles choses pour lesquelles on prétend 'être , non-seulement estimé, mais admiré.

Deuxjnsleta cheminaient, l!an d'aroine chargé «

L'autre porUmt l'argent de la gabelle. Celui-ci , glorieux d'une charge si belle , N'eût Youlu pour beauecop en être soulagé, llmarehait d'on pas mlevé, St!ftliali*sMiiier's»saBnette. Lav.

«Si.elle 'manquait par mégarde à saluer quelqu'un : Voyez-vous, dirait-on, cette madame la marquise , qui'Dedt'tant la, glorieuse ? C'est la fîUe de M. Jourdain. 9 Mol. a Le père Castel est encore tout glorieux des combats qu'il a soutenus contre Newton, 'Lcibnitz, etc. C'est le Don Quichotte des. mathématiques. » Volt. « Âlbucius, ayant été envpyé en Sardaigne , donna la chasse à quelques misérables troupes de brigands. Après quoi aussi glorieux que s*il eût gagné quelque importante victoire, il fait dans sa province la cérémonie .d'une espèce de triomphe. a> Kqll. oc Celui des hommes. qui, dans sa fantaisie, se croirait l'inventeur de tout cela (les Annales de Tacite , les poèmes d'Homère et de Virgile, etc.), serait un fou bien glorieux! «liAinc. — « Uarsin fut remplacé , par deux hommes les plus vains, les plus arrogants qu'il fût possible de choisir pour aliéner une nation fière , le cardinal d'£strées et l'abbé son neveu ; l'un tout glorietsx de la pourpre ; l'autre , dévoré d'ambition. » In.

II. Dédaignettx, fier, haut, hautain, altier, impérieux, — arrogant, rogue, insolent. :Les hommes auxquels on donne ces qualifications non-seulement s'estiment beaucoup , mais encore font peu de cas des autres et le leur témoignent.

liais d'abord 'arrogant, ro^ue.et insolent sont plus éloignés .de se prendre en bonne part; ils renchérissent. sur dédaigneux, fier, haut, hautain , allier et impérieux ; car ceux-ci expriment seulement qu*on se préfère aux autres , qu'on se croit plus qu'eux, qu'on les regarde .à peine, qu'on les toise, au lieu qu'arrogant, rogue et in«o2ent indiquent qu'on s'élève, non pas au-dessus , mais contre les autres (ad , in) , qu'on entreprend contre eux , qu'on les maûnène. 'D'ailleurs , c'est surtout par les discours que se montrent Varroganee et l'indolence.

V Dédaigneux, fier, haut, hauiain,.altier, impérieux.

Le peu de ca^ que nous faisons des autres est exprimé ..purement .et simplement . par dédaigneux; .cq mot est tout objectif, c'est-à~ dire relatif à l'objet, aux personnes qui sont l'objet du d^attt. La. même idée est seulement contenue dans fier et dans haut , qui , de plu^, signifient la bonne opinion que nous avons de

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