‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 361 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Dous-mèmes. On peut être dédaigneva sans orfgueil^ sans fierté ^ ni kaviewr : « Dieu nous délaissera par un sentiment de dédain..,. Comment supporter le dédain d'un DieuT » Boss. C'est-à-dire que Dieu nous rebutera, rien de plus. Sans doute , on n'est d'ordinaire dédaigneux que parce qu'on est plein d'estime pour soi; mais ^ c'est ce que dédaigneux ne marque pas explicitement. Le dédaigneux Yoit les autres bien au-dessous de lui ; ce qui le frappe; ce sont leurs imperfections, leur bassesse ou leurs torts : le haut et le /ter se croient bien au-dessus des autres , ils sont pénétrés de leurs avantages, de leur supériorité, de leur excellence. On est très-sensible au d^datn, on en est mortiflé, vexé; quoiqu'on soit piqué de la fierté et de la hauteur , on ne peut quelquefois s'empêcher d'en rire. Aussi diton une sotte fierté et une sotte haulewr. Le dédaigneux TOUS méprise , c'est un fait. Dans fier et dans haut , cette idée est accompagnée d'une autre dont il faut tenir compte et qui atténue l'idée de mépris par cela seul qu'elle ne la laisse pas pure. « Plein d'un mépris dédaigneux pour les coutumes de son pays. » Roll. « Il témoignait du mépris pour tout le monde ; il écoutait avec un air dédaigneux ceux qui lui parlaient. » In « Qu'ils étaient dédaigneux , et qu'ils ipéprisaient les autres hommes I » Boss. « Je ne veux point que les âmes humbles dissent ainsi les d^'datgneuset et les dégoûtées. » lo. « Qui ne dirait, à voir ces airs dédaigneux et malhonnêtes , que je me les suis attirés par quelque extrayaganc* ma nifeste? »Id.

As-tu TU sa Aroideor ,

Ce courroux dédaigneux dont il m'ose aecsbier? Qu'ai-Je done fait, Tancrède? Ai-Je pu tous déplaire? TotT.

La ^erté et la hauteur paraissent équivaloir tout à Deiit l'une à l'autre. Elles diffèrent pour- Unt.

Le /ter est plus près du dédaigneux, et le haut, de Yimpérieux, Le /(er ne se communique pas ne se commet pas, ne se familiarise pas, met une grande distance entre lui et les autres; en effet , ce mot vient de férus , farouche , sauvage , qui s'est dit surtout des animaux {Jerx\ qui fuient l'homme , qui vivent loin de lui , par opposition à ceux qui sont apprivoisés. Une femme /lére et dédaigneuse (Labr.), un /ter dédain (Mol.). Mais la hauteur consiste i se croire et à se tenir haut, au-dessus des autres, k affecter le commandement, c Si vous étiez de ces supérieures hautes et impérieuses qui pensent bien plus à relever leur autorité qu'à l'adoucir et à la tempérer.... » BouRD. « La hauteur impérieuse du roi. » Volt. — Le /ler n'a rien de commun avec rtmp^rteur ; c'est, par exemple, un noble, qui, se figurant être d'une autre caste ou d'une autre nature que vous, ne veut pas entrer en rapport avec vous, ne veut pas que vous l'approchiez, se tient à l'écart et sur le quant à soi. -Fier comme un gentilhomme (Lab.). Le haut, au contraire, domine ou veut dominer : ce n'est pas de la distance qu'il met entre vous et lui, mais de la hauteur; il ne s'éloigne pas, il ne vous évite pas, il ne refuse pas de vous parler ou de vous saluer,

mais il vous tient au-dessous de lui , il teBd i vous maîtriser. « On livre en gros aux premifn de la cour l'air de hauteur , de fierté et de coamandement , afin qu'ils le distribuent en détail dans les provinces. » Labe. Air de péri et de conmiûidement est éyidemmect ms ici après air de hauteur ^ pour l'expliquer.- Si le /ler changeait, il cesserait d'être roid^, rustique, intraitable, difficile à manier, prs: devenir affsble, accessible, accort, liant, fâcilier. Si le haut changeait, au lieu de yrtnizi des airs de hauteur et d'empire, U se mettra.; au niveau de tous, sa ferait petit avec les petits, ferait sentir l'autorité le moins possible, et même deviendrait, au besoin, dodle et soumis. — Les nobles et les riches sont fiers; les grands, les supérieurs, les maîtres sont hauts.

Haut, hautain et altier ont le même TïLàicsJ. le latin àltus, et signifient essentiellement, çii a de la hauteur, qui se croit supérieur aux autre et tend à les dominer.

Saut et hautotfi ont déjà été distingué dics la I'* partie, p. 260. Haut est le mot sspJe, générique ; il annonce la hauteur en soi , istrissèque, dans l'àme, dans les sentiments. ffa«!am, qui tient du hau^, qui marque ou respire de h hauteur, représente cette qualité eitérienrEmect, dans le ton, dans les manières : on discours hautotn (Volt.); une parole (Féh.), une sentence (J. J.}, une réponse (Volt.), une conduite (Id.) hautaine. L'esprit hauf a de la haute'jr : l'esprit haulatfi se fait remarquer et d épiait par se hauteurs, par ses manières hautaines; il miaifeste toujours sa hauteur par des sign^, par l'air, la contenance, les allures; quoiqu'il n'ait pas peut-être autant de hauteur, an fond il choque davantage, ifoulata se dit surtout biea des enfants (Rac. , J. J. , Labr.}, parce gu'ils ds peuvent guère avoir que l'image, le ton, les gestes de la hauteur : du moins c'est par là quù commencent. Enfin, haufata peut vouloir din une hauteur affectée , au lieu que celle qzj est exprimée par hau^ est toujours natureiis. « Bocchoris était bien fait , vigoureux , d'osi mine haute et fière. • Ftn. « Une sœur <k saint Bernard vint un jour le visiter, brîfi^ita de pierreries, avec une mine hautaine et oa équipage superbe. » Boss.

AUier est par sa forme plus près du latin ollii; I le radical commun à ces trois mots. Aussi e^-^ \ le plus noble et le plus usité en poésie; et, qisst à sa signification, il peut passer pour le su^ latif de haut et de hautain. Le haul et le hâsissa nous abaissent, nous humilient, nous mettait au-dessous d'eux : Valtier nous intimide , et \vA nous asservir. La hauteur de Valtier est dure, inflexible, violente, supo^be, dominatrice, tîddicative. « Humeur altière et violente. > Us. a. L'âme de cette ligue était Pie V, pontife altier, ambitieux , remuant , sévère , cruel même. » CoND. oc Le gouvernement ecclésiastique n'a ries d'aih'er ni de violent. • Boss. « Saurin était m esprit altier et inflexible. » Volt. « Lootoîs, dur et allier, était né pour bien servir piou^ que pour fîaire aimer son maître. » In. < Ric&^ lien 9 cette âme aitière^ voulait absolumeot qis

SYNONYMES A RADICAL DIVERS

Académie condamnât le CM. » In. « Calvin était n très-méchant homme, aliter, dur, rindicatif t sanguinaire. » In. On rabaisse le hatU et le autain; il s'agit de dompter VaUter : « Cette lodération dompterait les humeurs les plus ollères. » Boss.

Fléchir ce cœur altier si longtemps indomptable.

Volt.

La différence est très-petite entre allier et tmérieux. Ils semblent pouvoir se mettre l'un pour autre, comme dn le voit par cette phrase de oltaire : « L'esprit vif et altier de Patkul s'acommodait mal des hauteurs du général Flem* ling, plus impérieus et plus vif que lui. » Esprit Itier et esprit impériewB; humeur altiire et huleur impérietae.

Cependant , impérieux , du latin imperium , mpire, exprime positivement, spécialement et niquement ce qii'altier, tout comme haut et 4tutain, ne signifie qu'indirectement et avec aure chose encore à quoi il faut avoir égard. LH'm- ^érieux veut être obéi , rien de plus ; peu lui imorte qu*on partage la haute idée qu'il a de sa erfection; qu'on lui cède, qu'on ne réplique oint, qu'on ne le contredise point, c'est tout ce u'il demande. C'est à quoi mène aussi la hau- .ur ; mais ce n'est pas en cela qu'elle consiste ssentiellement. Elle consiste dans le sentiment 'une supériorité imaginaire ou exagérée et dans n certain effort pour la faire reconnaître aux utres. A l'égard de VimpérieuXy il faut nècessaisment lui obéir; à l'égard de ValHer, comme du aut et du hautain , il faut se faire petit, se soulettre, avouer son infériorité. Ce que prétend Val" lert ce n'est pas précisément, ni principalement, u'on lui obéisse; il vous en dispenserait môme, ourvu que vous fussiez bien humble devant lui. »ans les Femmes sanantes, Philaminte est impéietae ou absolue. Dans Esl/ier, Racine parle de aUière Vasthi , sous les traits de laquelle toute i cour crut reconnaître Mme de Montespan. On e résiste point à ce qui est impérieux : nécessité npérieute (AcÂn.); joug impérieux (Mol.).

Vimpirieux effort de l'amour qui m'entraîne, fo.

Ces mots impérieux n'ont point tromré d'obstacle.

Bac.

afontaine dit de la Loire :

A peine arrèie-t-on son cours impérieux» e qui est aUttr ou a de la hauteur domine ou ïecte la domination ; il flaut se tenir au-dessous, lisser pavillon devant

Venger l'humble vertu de la richesse altière.

Bon».

La colère est superbe et veut des mots altiert, Id. On avait peine à se persuader que, fier comme

était, plein d'un courage altier^ Cassius fût îtaché de tout désir de la domination. > Roll. • Il semble enfin qu'on est plutôt impérieux dans occasion , par caprice , et altier ^ haut ou hauan, constamment.

De ses fiertés Vimpérieux caprice. Mol.

[1 avait été Irh^mpérieux dans le festin, s

2« Arrogantyrogue,intolent.

La fierté et la hauteur sont quelquefois permi-

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