‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 364 sur 426 · BOLL · texte numérisé non relu

BOLL

On parHeipe et on a part involontairement; il nous arrive de participer ou d'aiMM'r part^ c'est un bonheur ou un malheur pIutM qu'un mérite ou un crime bien décidé. Mais c'est librement, parce qu*on le veut bien , qu'on partage et qu'on prend part : nous faisons effort pour cela, nous agissons. Pour participer ou avoir part à la gloire, il faut partager le combat ou y prendre part. C'est en quelque sorte participer au crime, ou y avoir part , que de le taire ou de ne le pas empêcher quand on le peut; mais c'est partager le crime ou y prendre part que d'y coopérer ou de fournir des moyens d'exécution. On a une part plus ou moins grande; on prend une part plus ou moins active. Les élus paSrticipent ou ont part à la félicité de Dieu (Mal.), voilà ce qu'ils éprouvent; les amis, voyant leurs amis obligés à

un travail pénible, le partagent volontienn eux (RoLL.), voilà ce qu'ils font. Parttctpr r. avoir part à un malheur, c'est le ressentir e!*. tivement , abstraction faite de toute idée di lonté; le partager ou y prendre port, c'cs: intéresser bénévolement, s'unir par seatime: un malheureux ou à des mdheureuz,

1* Participer^ avoir part.

Il y a dans le verbe, relativement à la pkn explicative, une plénitude de sens qui le r: propre à être em^y é d'une manière aiisolne . > non d'ane manière partieulièrB, éreotueUe. certains égards. « Il n'y a qo^me raisoD soavi raine à laquelle toutes les inleilîgenoes partie pent. » Mal. « fipicure tient que neutre Ame pa tidpe à toutes les joies du corps auiâ bien qu ses infirmités. » FAh. « Jésus- Christ dècU: heureux ceux qui porficijpenf à son ignonoinie. Pasc. ^ Mais avoir part signifie plutêt tftt quelque part, une certaine part, porticîpflrdia un certahi cas, à certaines conditions, dans et certaine mesure. « Les Bomains renvoyèrent ta Samnites , non-seulement les généraux , mais escore tous ceux qui avaient eu pari an tn.k ài Caudium et qui l'avaient garantL » Roll. € Sa^ que vous aurex part aux consolatioos de Jésss- Christ selon que vous auito e» port à ses so-^^ frances. » Boubd. « Ce n'est pas mof , c'est voci que vous aves offensé par un désoidxe (ane dé bauche) auquel le cœur n'cm point de port, i J.J.

3* Partager^ prendre part»

Quoique la distinction appliquée à portîcxpcrcj à avoir port convienne aussi A partager d ; prendre part» elle disparaît devanÂine autre i^ii considérable. On partage avec : partager est par ticuliéremeat relatif aux copartajgiantj, aux per sonnes avec lesquelles on est en commanacb « Je ne viens plus, comme autrefois, partait avec vous des peines qui devaient nous être coz •munes. » J. J. « Qiie cet épeex. ail re^ une b jure, il vous est permis d'en être touchée, J partager avec lui sa peine. » Boub». « Faire &• mer le travail aux soldats en leur montrant a^ leur général le partage avec eux. » Roll. — Ibà prendre part, c'est saisir une part, se mettre ci entrer en communauté, avec ardeur, avec empressement.

Approches et venes, de toutes vos ofrciDcs,

Prendre pmri au plai^ d'entendre des mervciOei.

Mol.

« Quand C. Gracchus demanda le tribunat , toois lltalie vint comme une inondation de gens qoi se Jetèrent dans la ville pour prendre part à soi élection. » Boll. c II sait vous emlffasser , pn*dre part à votre jde , vous faire coup sur oosp des questions empressées sur votre santé, sa: vos affaires. » Labr. c Combien devons -soss prendre part à une gbire où noua sonunes fl intéressés ! » Bourd.

PAS , POINT. Adverbes de négation.

Primitivement, le pu est une enjambée, l'espace qui se trouve d'un pied à l'autre quand aa I marche; et le points quelque chose de momdre encore, la plus petite portion d'étendue qulIssU possible de concevoir, i^^inl nie donc plusliortt-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

lent que pas. H n'7 en a pas^ c'est-à-dire il '7 en a que la Taleur ou la longueur d'un pas;

n'y en a point , c'est-i-dire il n'y en a que la aleur ou l'étendue d'un point , aussi peu que ossible. Qui n'a pas de talent n'en a guère; qui 'en a point en est tout k fait dépourvu. < Je srrai ce qui se pourra de ce côté-là; mais je n'y Dis presque pas de jour , ou plutôt je n'y en Dis point du tout. » Boss.

Je ne vous réponds pas des Tolontés d'an père;

Mais je ne serti point à d'antre qu'à Valère. Mol.

P(U est relatif et s'emploie toutes les fois qu'on ie avec une détermination , correction ou res- 'iction quelconque ; point est absolu et ne conient que dans les cas où on nie simplement, 'une manière totale et sans rien ajouter. Par onséquent , on dira : il n'a pas d'esprit ce qu'il Q faudrait pour se tirer de tel embarras; il n*est <M bien riâie , il n'a pas même le nécessaire, (ais avec point il faudrait supprimer tout ce qui ert à particulariser ou à modifier la négation, et Lire : il n'a point d'esprit, il n'est point ricbe , il l'a point le nécessaire.

Devant les noms de nombre , devant les adver es de quantité ou de comparaison , tels que eaucoup , fort , plus , moins , si , autant et autres emblables, pat doit être préféré, précisément arce qu'étant relatif il est seul propre à marquer is degrés et les limitations : il n'y a pas dix ans ;

n'y a pas beaucoup de mérite à; il n'est pas )rt raisonnable; il n'est pot plus sage qu'un litre, pas assez sot pour, etc. En pareil cas, otnf , substitué à pas^ serait sensiblement délacé. ^

Par la même raison ^ pas se di\ plutôt quand i! si question de quelque cbose de passager et d'acidentel, et point, pour exprimer quelque chose e permanent et d'habituel. Il ne lit pas, c'est-àire en ce moment; il ne lit point y c'est-à-dire 'ordinaire. Il ne dort pas, il est présentement veillé; il ne dort point ^ il est sujet à des in- )mnies. . «

Pas, à la différence de point, ne se met jamais iul, au lieu de non, nullement, soit à la fin une phrase elliptique, soit pour répondre à ce li a été dit; et cela toujours parce qu'il ne nie Ls d'une manière assez énergique , assez rigoumse, essentiellement. < On ne doute pa# qu'il 3 faille exposer sa vie pour défendre le bien iblic , et plusieurs le font ; mais pour la relion, point. 9 Pasc. « Tu avais, si je ne me ompe , plus de cent ans quand tu es mort. — oint : je n'en avais que quatre-vingt-dix. »

Enfin, dans les interrogations, pas et point nservent chacun son caractère propre. Pas antnce un doute partiel, et point, un doute total, avez-vous pas pris ma montre? suppose qu'on oit que la montre a été prise et qu'on est incerin seulement sur la croyance ou l'aveu de la rsonne interrogée. Mais , n'avez-vous point pris % montre ? est une question entièrement dubitive, et qu'on adresse quand on ne sait à quoi in tenir et sur ce que pense et affirme la perane interrogée et sur l'événement lui-même. Ces nuances ont été aperçues et diversement

signalées par Vaugelas , Girard , Roulaud , Marmontel et Condillac. L'Académie elle-même, dans son édition de 1762 et dans celle de 1835, les a décrites avec beaucoup de netteté; c'est un fait qui mérite d'être cité, parce qu'il est, sinon absolument unique , au moins très-rare. Yoy. Jfensonge y menterie y p. 775.

PATELIN, PAPELARD, CHATTEHITE. MoU &miliers, significatifs d'une personne qui trompe par une feinte douceur.

Patelin , le plus usité des trois , sert à former un substantif abstrait, patplinage, qui n'est pas moins fréquemment employé. C'est le nom d'un personnage d'une vieille comédie, devenu nom commun pour désigner un homme adroit, souple , artificieux. « On rira toujours de la scène (de Pterre Patelin) où Patelin, à force de patelinage, vient à bout d'attraper une pièce de drap sans la payer. 9 Lab. « Un fripon de la lie du peuple, qui n'a d'esprit que ce qu'il en faut pour nouer des intrigues subalternes , patelin et fourbe; voilà celui qui réussit. » Volt. « Tous les services charitables que le patelinage insidieux peut rendre>à la bonne foi sans intrigue. 9 D'Al. « C'est un ecclésiastique des plus patelins qu'il y ait dans le séminaire : l'hypocrite a s» bien fait qu'on l'a nommé à une abbaye considérable. 9 Les.

Il a beaucoup d'esprit, mais un esprit malin , Adroit , insinuant , et même pateUn, Disr. Papelard, quelle qu'en soit Tétymologie , a surtout rapport au langage , et non pas , comme patelin, aux manières. Au lieu que le patelin est insidieux et cherche à vous attraper par des tours de sa façon, le papelard est un cajoleur, il cherche à vous séduire par de belles paroles. Dans la fable qui a pour titre Le loup, la chèvre et le chevreau , Dès qu'il (\e loup) la voit (la chèvre) partie, il con» trerait son ton , Et, d'une loii papelarde ^ Il demande qu'on ouvre eo'disant : foin du loup!

Parmi les flots de la foule insensée De ce parvis obstinément cbassée , Tout doucement venait Lamotte-Houdard , Lequel disait d'un ton de papelard :

^ Ouvrez , mesBieurs. Volt.

Chattemite, àe catta tnitis, chatte douce, se rapporte , non pas à la manière d'agir ou de parler , mais à la manière de se tenir , au maintien , à la contenance. U se dit particulièrement bien du chat ou d'un animal qui y ressemble. Raminagrobis Était un chat, rivant comme un dévot ermite ,

Un chat faisant la etuutemite^ Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras.

Lap.

De vos courUsans hypocrites ^ Mes chats me rappellent les tours; Les renards, autres dtattemiut.

Se glissant dans mes basses-cours, Me font penser à des jésuites. Volt.

— A l'égard de l'espèce humaine, chaMmite convient surtout en parlant des femmes.

Que maudit soit Tamour et les filles maudites Qui veulent en t&ter, puis font les chattemius!

Mol.

STI. FRàRÇ.

Page 1