‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 37 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

gAtB, coteau. Penchant d'une grande élévation de terre , ou cette élévation elle-même en tant , qu'inclinée.

Côte est le mot générique et marque quelque chose de plus étendu ; coteau est un terme spécial, et il est diminutif, il exprime une petite côte. La côte est le penchant d'une montagne , et le coteau le penchant d'une colline. De la mer on aperçoit là côte, là côte d'Espagne , la côte d'Afrique;* une rivière passe au pied d'un coteau. Côte fait concevoir une pente longue et continue, comme le mot montagne , et le coteau , comme le montf est quelque chose de réduit, qu'on embrasse aisément d'un seul coup d'œil , parce que l'étendue en est bornée. — D'ailleurs,' la,. côte comprend quelquefois plusieurs coteaux, comme la forteresse plusieurs forts : une côte paraît de loin nue et décharnée ; mais À mesure qu'on en approche , on y découvre des coteaux verdoyants et fertiles.

TOMBE, TOMBEAU. Lieux où l'on dépose les morts. 0*

La tonibe est proprement la table de pierre , de marbre ou de toute autre matière, placée audessus de la fosse qui a reçu les ossements ou qui contient les cendres des morts. Le tombeau est la tombe devenue un monument , particularisée par quelque chose d'élevé qui la distingue des autres tombes. La tombe est , au contraire , un tombeau plat et sans ornements, s La tombe plate du cardinal Portocarrero est sans nul ornement. » S. S. Tombeau dans cet exemple serait tout à fait déplacé. Ou bien encore la tombe est la partie basse du tombeau , la fosse. « Zadig alla au tombeau de son époux, et le trouva tout étendu dans la tombe. » Volt. On prie ou on danse sur une tombe (Volt.) , et autour d'un tombeau (Volt.). On dit être sur le bord de sa tombe (Volt.) ou de sa fosse , avoir déjà un pied dans la tombe (Lab.) ou dans la fosse, creuser la tombe (Marm.) ou la fosse de quelqu'un. Tous les hommes doivent avoir une tombe ou descendre dans la tombe.

Aux plus infortunés la tombe sert d'asile. Lap. Tous les hommes n'auront pas un tombeau. Il n'y a que les grands et les riches qui puissent prétendre l'honneur du tombeau , si ce n'est en poésie , où l'on emploie d'une manière générale un mot particulier , uniquement parce qu'il exprime quelque chose de noble et de distingué. Si le terme tombeau n'était pas spécial et déterminé, pourquoi dirait-on plutôt , un tombeau qu'une tombe de fa mille , et , être enterré dans le tombeau , plutôt que dans la tombe de ses pères ? — Tombeau désignant seul quelque chose d'élevé et de grand , se prend seul dans un sens tout figuré pour signifier fin , destruction. « Le tombeau du diacre Paris fût le tombeau du jansénisme. » Volt.

ESPÉRANCE, ESPOIR. Désir de quelque chose conçu comme possible.

Vespérance fait que l'on désire sans trop connaUre l'objet de ses désirs et sans concevoir la possibilité de leur réalisation. Dans l'état le plus voisin du désespoir , on conserve encore quelque espérance. Mais Vespoir , au lieu d'indiquer ainsi un futur incertainet éloigné , exprime un désirqui porte sur' un objet bien précis et doit se réaliser prochainement. Dans cette phrase iL'eip^ronee est

la mère des affligés et des malheureux ; si on substitue espoir kespérance , on ôte à la pensée sa justesse ; car ce qu'espèrent les affligés et les malheureux n'est ni certain , ni précis , ni prochain. Et tel est le sens d*espoir. Ce mot est moins vague et plus particulier , plus déterminé , plus fixe que celui d'espérance. D'ailleurs , et Roubaud l'a bien senti , Vespérance désigne plutôt un long espoir , une disposition habituelle , un état ou une modification plus ou moins constante, et VespoiVy une espérance particulière , un sentiment passager, une disposition actuelle : c'est Vespérance j et non Vespoir , qu'on *a personnifiée , qu'on a mise au rang des vertus théologales. Enfin, comme Vespoir porte sur quelque chose de précis , il est plus ardent , et la privation du bien sur lequel il fait compter doit causer un grand désappointement : c L'e^potr , tout détruit , dit Roubaud, mènerait au désespoir. Vespérance trompée ne nous laisse souvent dans le cœur qu'un sentiment de peine. 9

DISCORDE, DISCORD. Etat OÙ se trouvent des personnes indisposées , ou opposées les unes aux autres. \

Discord a presque disparu de la langue. Voltaire , Harmontel et Roubaud le regrettent beaucoup, et c'est avec raison, car il exprime une idée étrangère au mot discorde, dont il diffère conune l'e^potr de Vespérance. Ecoutons Roubaud : « Vous ne personnifierez pas le discord comme la discorde , parce que ce mot-là n'exprime pas , comme celui-ci , im caractère de force , de consis&nce, de durée, d'empire, qui senible constituer une puissance. La discorde est un grand et long discord. La pomme jetée devant les déesses rivales excite entre elles un discord , elles se la disputent. Adjugée à l'une des trois , elles brûlent du feu de la discorde. On voit souvent figurer la discorde dans les familles , les communautés, entre les peuples , parmi lesnations. » Ainsi le discord est un fait particulier de discorde; il naît , s'élève : la discorde est un état de discord , ou le discord devenu général, durable; elle règne. <t L'amitié passe sur de petits discorde. » Mol. a Ne devrait-on pas dire les discords qui troublent le monde? » Mark.

Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort

Par un hearciix hymen étouffer ce \iiscord.

(L'infante à Chimène dans le Cid.) Goav.

COURSE, COURS. Mouvement de ce qui court.

Course signifie l'action de celui qui court : à la course , c'est-à-dire en courant. Le cours est une course réglée , assignée. L'un n'est relatif qu'au mouvement et à sa vitesse , l^autre l'est aussi à sa direction et à sa régularité. Le soleil achève sa course en peu de temps , et il suit toujours un cours uniforme. On dit bien , course vagabonde , et non pas , cours vagabond. On peut attribuer une course KMX nuages, aux torrents :

Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent ?

Bac.

Mais' on dira , en parlant des astres , des fleuves , des saisons , qu'ils ont un cours; voyage au long* cows , suivant le cours naturel des choses. « L'Euphrate était droit dans son cours , et jamais ne se débordait. > Boss. Il y a près des villes

STNOfnriES QUI ONT LE MÊME RADICAL.

des lieuz particiilièrement destinés aux promsDftdes à cheval on en Toiture; on les appelle âes court,

DSPSNSBS, BÈPEKS. Ce (pi'on dépense, la «{uantité d'argent qu'on est obligé de donner.

Les dépeiues comprennent tout l'argent dépensé -, les dépau sont l'argent qu'on doit dépenser conformànoit i Ja loi ou à la sentence qui en a déterminé Je montant; c'est un argent qui reçoit une desiiiaîioR précise et réglée. Ou bien dépens sert à spécifier la personne à la charge de laquelle est une dépense, k Quand les souverains font beaucoup de dépense , c'est aux dépens de leurs sujets. » CosD. *

JUPE, JUPON. La partie de l'habillement des femmes qui descend depuis la ceinture jusqu'aux pieds.

Jupe exprime le genre, et jupon une espèce:

le jupon est une Jupe courte ; c'est le diminutif

et pour ainsi dire l'enfant de la jupe. « Les jeunes

filles de la campagne, en Egypte, vont presque

nues, ne portent qu'un petit jupon très-court. »

BuFF. « Les femmes qui savaient filer au fuseau

fusaient de cette, façon des bandes en forme de

jupons fort courts. * Les. « La taille de Marthon

est leste, et son petit jvpoii laisse entrevoir sa

jambe blanche et fine. * Volt. Suivant l'usage

actuel des deux mots , le jupon est effectivement

une espèce de jupe courte que les femmes mettent

sous Vautre ou sous les autres jupes. Dans la

Foire Saint-Germotn de Regnard , le marchand ,

que la coquette ne veut pss payer , lui prend l'é-

charpe , le TnaT^teau , la jupe , et elle demeure en

corset et en jupon de Marseille. — D'autre part ,

jvpon, apparemment parce qu'il est masculin,

signifie aussi un vêtement d'homme qui ressemble à

une jupe , qui est une sorte ou une espèce de jupe.

c Le chevalier don Alonze portait ce nœud de ru-

tians à son jupon en fonne d'ordre. * Lbs.

Vooft poumcx bicD ici sur votre noir jupon ,

Monsieur lliuinier à verge, attirer le baion.

( Damis k M. Loyal dans le Tartn/e.)

Dans Lafontaine , le berger devenu le favori d'un

Toi , et accusé d'avoir amassé des trésors , ouvre

on coffre et y montre

L'habit d'nn gardear de troupeau Pelil chapeau, ji^i», hoalelle.

UMACB, LIMAÇON. Mollusque rampant.

\jt Itmacon est une eqtèce de limaee; c'est la linuËfU renfermée dans une coquille qui la borne et la. détermine, c Les uns disent que ce sont les linuËCCs simples , que j'appelle incoques , qui reprenDent une tète (quand on les a décapitées); les autres disent que ce sont les escargots , les Jâfi<uir0n^ â coquille. > Volt.

F0RTER£SSE; fort. Lieux où l'on est en sûreté contre les attaques de l'ennemi.

X.'îdée de la forteresse est beaucoup plus étendue que celle du /brf; elle représente àVesprit un édifice aTec des tours garnies de soldats, de canons, de meurtrières , de bastions , et avec un fossé pro- Toiid qui en défend l'approche ; c'est un assemblage de fortf . Le /bft n'est qu'une tour élevée isolément eo bien dans la forteresse , à l'égard de laquelle ilea comme le mont à l'égard de la montagne^ A&oif le roc à l'égard de la roeiie. De sa nature

la forteresse est grande , et le fort petit. La Hollande ayant été inondée par la rupture des digues en 1672 , «Amsterdam fut somme une vaste forteresse au milieu des eaux.» Volt. « L'Ue de Cabrera est une tle déserte , où il y a un petit fort gardé alors par cinq ou six soldats.» Lbs. Une ville a une forteresse , c'est-à-dire une citadelle qui la domine et la protège , et plusieurs forts qui l'entourent et sont propres À la défendre en détail. « Tite tira tout autour de Jérusalem une muraille munie de quantité de forts, j^ Boss.

CERVELLE, CERVEAU. Viscère qui a son siège dans la tête.

Cervelle le fait considérer d'une manière vague, par rapport à sa masse et à sa nature; cerveau le présente toujours comme un organe particulier et qui remplit une fonction spéciale. « Le cerveau , qu'on a dit être le siège des sensations , n'est pas le centre du sentiment , puisqu'on peut au contraire le blesser, l'entamer, sans que la mort s'ensuive , et qu'on a l'expérience qu'après avoir enlevé une portion considérable de la cervelle , ranimai n'a pas cessé de vivre, de se mouvoir, et de sentir dans toutes ses parties.» Buvf. Aussi , quand ce viscère est hors de son contenant et à l'état de désorganisation , on ne l'appelle plus que cervelle : les cuisiniers accommodent des cervelîès et non des cerveaux. « Des cerveUes étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.s VoLT.a Regardez ces cerveUes sanglantes , et tous ces membres épars. » In. La chimie fait l'analyse de la cervelle; la physiologie et la psychologie étudient les fonctions du cerveau.

La même distinction se montre au figuré, c'està-dire quand les deux mots se disent de l'esprit. CerveUe signifie alors une matière qu'il faut avoir en certaine quantité et d'une certaine qualité pour bien penser : une tète sans cervelle , un bomme de peu de cervelle , une cerveUe légère , évaporée , etc. Cerveau exprime plutôt un organe renfermé dans un espace déterminé , un instrument qui travaille , prodtiit des résultats plus ou moins bons et est susceptible de se déranger : son cerveau travaille; cerveau faible , débile ; avoir le cerveau dérangé , être afl^bli du cerveau; cerveau timbré , fêlé , etc.

ESGABELLE, ESCABEAU. Siège de bois sans bras ni dossier, et qu'on saisit par un trou pratiqué à la planche supérieure.

EscaJbeUe signifie un escabeau à plusieurs personnes, une sorte de banc. Il paraîtrait même qu'autrefois on comprenait sous le mot d'escahelle tout ce qui sert de siège dans une maison , car on disait , remuer ses eseaibelles , pour déménager. Il semble aussi qa*escabeUe désigne un siège plus élevé. Les chantres , devant le lutrin , sont assis sur des escabelles , et les enfants de chasar sur des escabeaux. Dans les maisons pauvres des campagnes , tous les membres de la fiunille s'asseyent sur des escabelles, et les enfants ont des escabeaux. On peut encore appeler escabeau , mais non pas escabeUe , cette sorte de carreau ou de petit banc , qui sert aux femmes à poser leurs pieds , et sur lequel aussi on fait asseoir les petits enfants. Gela est conforme au sens le plus général du mot. On s'assied sur VescabeUe c'est le meuble qui a précédé la chaise. « Il était

iO

|»REin£|lE PARTIE

ridlealfi d'inu^er que Thésée fût éterneUement assis sur une êsedbe\le.9 Tolt. c Je fis asseoir le misérable sur une TieiUe êica^Ue réservée à ces sortes de cens.» Lbs. On pose les pieds sur Veseobeaii, et rAcadémie a plus raison qu'elle ne pense de définir par escabeau un marchepied. «La terre est appelée dans rficriture Vêtcabeau de^ pieds de Dieu. » Bonan. « Les six degrés > par ot^ on montait au trdne , et les escabeaux , où posaient les pieds, étaient d'or.» Boss. «Vous avez ftii^de vos ennemis Veseabeau de vos pieds.» Volt.

CHARRETTE, CHARIOT. Voitures commune^ employées à transporter diverses choses.

La charrette est presque informe en comparaison du chariot. Aussi est-ce exclusivement à la cam? pagne qu'on s'en sert , et on s'en sert pour voiturer toute sorte de choses. Le chariot se distingue par sa façon : il est fait moins siinplement et moin^ grossièrement; il i^ quatre roues; et de plus, il i^ une destination qui lui est propre et qu'on indique presque toujours quand on fait usage 4^ ce mot : chariot de bagage , chariots d'ambulance , d'artillerie, de vivres, etc. p'ailleurs, le charioi est plus petit ; les enfants s'amusent à traîner des chariots. « Il y avait un homme à Paris qui avait feit pour chef-d'œuvre un petit chçiriot traîné par des puces. » Sév. c II y avait force petits chariot^ à un ou 4 deux chevaux toujours prêts pour les 4ame9 et les vieillards qui voulaient sç promener. » S. S.

TROUPE, TROUPEAU, Eéunion, ^semblage d'êtres vivauts.

Une tfoupei est une a^é9?ttlon d'auun^ia on d'homqkes quelconques ; Iroupe d'oiseaux, de Ipups, d9 tigres; une (rotfpe de séditieux, de forcenés, parcourait la ville. Troupeau est plus spécial, pins détenniné; il ne se dit que des w maux et encore des animaux domestiques utiles 4 l'homme, qui les nourrit et les élève ensemble.

1IAI<|*D]B, RANDEAU, Longue pièce d'étoffe qu'OA met autour de quelque partie du corps.

«Laliofid«,dit Laveaux, d'après l'Acadénui?, serre eu est destinée à serrer quelque objet que 09 mU la hmd^au ne se met qu'autour de I4 tète, autour du front. » U a raison de dire, serre ou est destinée 4 serrer, car c'eut encore une chose à remarquer que le tMwdeoH a actuellement son usage, tandis que la bonde peut simplement avoir le sien,

BARRE, BARREAU, Pièce de boia, de fer, etc, , étroite et longue.

Barre , tout moreeau de fer ou d'autre métal allongé. Le hairreau est une iKMre ayant unecer^ Uine forme , et appliquée à un ttsagfi spémal : 9*est une barre de fer mise an dekmra des fenêtres et aux ouvertures des prisons.

TQKNE, TOHIIEAU* Vaisaaaux de bois fenRés de planches appelées douves, aontanuespar des t^x- 6lM, et ordinairement destinés à recevoir dea Uqueiirs.

Tonne est le terme générique; il se dit pour désigner toutes sortes de barriques. Le tonneom est une espèo^par rapport à la toifne; o'est une umne dont Fusaga et la capacité sont réglés suivant les pays, s La capacité des vaisseaux, qn^ it nteomit autrefûe par muids de bU , se maettré

aujourd'hui pertonneoM» de Uoneor. » XoiCTBip. On dit un vsisseau de tant de îonneauap peur donner idée de sa force et de sa grandeur , parce que , dans cette locution comme d^s toute autre , tonneau h une signification précise: il indique un poids de deux mille livres, ou l'espace de quarante pieds cubes. Tonne n'a jamais été employé dans ce sens , à cause de sou indétermination. Ensuite la capacité de la tonne étant illimitée est par cela même très grande au prix de celle du tonneau : le tonneau a la tonne pour mère , en quelque sorte. «L'abbé de Cîteaux a les meilleures vignes de Bourgogne et la plus grosse tonne. » Volt. Sachez que dans ce temple i>n a rais deux ttmneaux: L'an esl vaste et profond ; la tonn^ de Glleàux N'est qu*ane pinte auprès. ...

L'antre <pmmii, ma sQur, est oetad de ramonr ; 11 est peUt....

POUSfilftRB, POU89IBR. Matière réduite en poudre fine.

Foustière se dit de tout ce qui est réduit «a parcelles ténues, par exemple, de tout ce que le vent enlève de la surface du sol. Le potisster est seulement cette potisitére qui s'amasse dans un petit endroit , comme , par exemple , au fond d'un sac à charbon; c'est aussi la pounUre qui a un usage , une destination spéciale , par opposition à la poussière ordinaire , qui n'en a aucune : le potwfter de mottes sert à fidre du feu.

VAPEUR (f.), VAPEUR (m.). L'usage ne parait pas avoir encore décidé s'il faut dire la vapewr ou le wifpewr , en parlant d'un bateau à v^»eur.

Il n'y a cependant pas à hésiter, il faut évidemment , pour que le mot devienne précis dans cette acception particulière , qu'il reçoive le genre masculin. Prendre le vapeur s'entend sans peine; prendre la vapeur serait une expression vague, indéterminée, équivoque. D'ailleurs, n'a-t-on pas dé|à fait passer le mot foudire du ftmtnin au masculin , quand on s'en est servi pour désigner en particulier un héros et un grand orateur : un foudre de guerre , un foudre d'éloquence.

Il est à remarquer que dans toutes les langues, k la différence des genres masculin et féminin se trouve attachée la même différence de signification. En italien , ^ca (f.) désigne un grand vase de forme peu déterminée , une espèce de damejeanne, et fasco (m.), un flacon, c'est-à-dire un vase plus petit 1 qui a une forme bien caractérisée. PareiUemeni en grec , orpouOCa (1^) signifie des petits oiseaux de toutes les espèces,* et oTpoudèc (é), le passereau ou le moineau; IIvSàv (Vi) , la viÙe de Delphes , et nuô«&v (é) , le serpent Python, ou Apollon qui le vainquit; x^dpoç (t), le cèdre, et xiSpo; (6), le fruit de cet arbre; Çuyà; (^) , le joug , et Çvyèç (é) , le fléau de la balance, ou la balance elle-même ;«)^àp«^ (^), im éçhalas , çt vàpoC (é) , un échalas travaillé ou &çoimé , un Dieu don\ on fait des palissades ou des retranchements.

srnoBTiun DIS substartits qui ira snTPànBirr

QUB FAK L'ARTICIS.

De eoiir, de la ceur. Ouvrage d'#sprili ouvrage de V esprit. Demander faisan y demander ia rot^ son. Par /bree, par to /brce. On» fou. À vrai

snvoimns om dut u^ «Ime ràbigau

dnsm, envie; sfoir rtntention, U diW^ny

Taioîf. floprt>Tnni»r 4 «otl, ^onétmafif à la

«iOf|« Ble. — àxoiipemt , jnW, fcorrfiir , konU;

«voir (M lu 9<tM, de ki pilt/, d« Vkçrrwry

dekibfm4e.Sto. — Founûr fosel, des^ttdu

sel. 4toù mmMt , aroir def novvett^. — Faire

affront oo tJiivrr, ûire im a/)Vofrf ou loie tn-

jitre. SICp — Xa Mîret^ , ttM pair^té. Xtf chaipp ,

iM ckmp. U roi aage, un roi aags.

L'article se met derant les noms commniu , pour annoncer qu'ils sont pris dans un sens précis et déterminé , qu'ils désignent un genre , une espèce ou un Individu en particulier, il circonscrit ridée ou la chose exprimée par le nom qu'il précMe; il la signale i l'attention , en la tirant du Tague et en la débarrassant de toute ambiguïté. Sans l'article, le substantif a une valeur indétenninée; il réfeille d'une manière indécise ridée dont il est le signe : ainsi , dans les phrases , parler en hùmme , traiter avec honneur , les mots , ftmmne et honneur , laissent Tesprit dans le vague et Tincertitude relativement à l'étendue de leur sens. Avec rarticle , le même mot a une faleuT fixe et précise : Vhomme est mortel , détennination gâiérique; Xhomme à prétention, détermination spécifique; l'homme de tantôt es^ revenu me voir , détermination individuelle. Le genre, Tespëce, l'individu se trouvent indiqués dans ces trois phrases , de manière à rendre toute confusion impossible. Telle sera dçnc , pour les synonymes dont il s'agit ki, la règle générale de distinctioD : I9 substantif avec l'article a UA sens bien arrêté, certain, précb; le même substantif, sans rarticle , a une valeur vague et maf déterminée. Le premier, fixant mieux Tesprit sur ridée ou la chose particulière , la lui fait mieux remarquer; Vautre, au contraire, se trouve ordinairement faire partie d'une locution générale , dans laquelle sa valeur primitive s'obscurcit e^ déviant peu saillante.

S P'. Ariide âéfni le, U, les.

Tout «e qui vient d'Hre dit snr le rtle de Tar* ticle en général Rapplique particulièrement bien à rarticle défini , dont la nom seul le représente défi cQBDie un déterminatif. C'est ce qui résulte ausâ de son étymoiogie; il vient de ilie, tUa, celui-d , oeOe-ci , et voiU pourquoi il eit propre à indiquer, parmi les choses ou les personnes, c«ile-ei ou ceUe-là , telle ou telle en particulier , de manière qu^on ne paisse pas s'y m^rendre.

tfrécèdh d$ l'artieU ùmpU le, U9 lei«

Les denden, entn qu'ils sont plus préeie e) plus déterndnés, ont tantôt plus et tantM moins de généralité que les premiers.

n OOOa, DB LA GOOm. Ces deux expffflsaioBf servent & qualifier par rapport à la eour.

Hais la valeur du mot eour est vague dans l'une , liéâse dans l'autre. De cour forme un véritable ft^Ktif , un qualificatif abstrait qui présente l'idée 4» la wp d'une MMOàf trti gîaéwJa tc Mdi^

fiée ; daaa df la cpfir , cpir ogoitnv iMiSOlfloilta^ primitive dans toute i» restriction, ot bien dél}pû^, Pn homme d^ cowç 9st uu homme qui, aansi^voxr été peut-ètv jam^isàUcour , ressemble aux courtisans, qui • le9 mœurs, les habitudes, les idé^a à peu près telles que le« ont U plupart de ceux qui hantent les cours. Or, comme, sous ces divers rapports , les cpurtisana ne jouissent pas d'une bonne réputation , un l^oToa^ de cour est un homme «droit, artificieux, et, en général ) de cour se prend en mauvaise part : promeases de eour, eau bénite de cour, amis de cour; aussi foux qu'un homme de cour (J. J.). Bacine dit , dans la préface de Britannicue , qu'il a choisi Burrhus, pour opposer un honnête homme aux confidents de Néron, cette peste de cour. Un homme de la eour lait partie de U cour , y a un emploi , est attaché auprès du prince sous un titre quelconque; c'est un courtisan. « Saint François de Paule fut appelé à la cour de nos rois , il y vécut ; en ce sens , c'a été un homme de la cour. » Bouan. Tous les hommes de cour ne se trouvent pas à la cour , et il serait injuste de prendre pour hommes de cour tous les hommes de la cour. I^ qualificatif de la cour n'entraîne par lui-même aucune idée défavorable; il marque avec la cour un rapport direct, réel, concret, d'appartenance ou de dépendance , et non un rapport éloigné de ressemblance. « L'esprit d'une femme de la cour est plus remué et plus actif que celui d'une paysanne, 9 NiC « Les femmes de la ville sont moins naturelles que celles de la cour. » Labb.

Cette distinction a été parfaitement indiquée par Beaumarchais daps la préface du Mariage de Figaro . « L'homme de la eow , dit- il , peint seulement un noble état; il «'entend de l'homme de qualité vivant avec U noblesse et l'éclat que son rang lui impose : si cet homme de ^ cour aime le bien par goût , sans intérêt ; si , loin de Jamais nuire à personne , il se fait estimer de ses maîtres, aimer de ses égaux et respecter des autrea, alors cette acception reçoit un nouveau lustre. — Mais un homme de cour, en bon firmnçais, est moins l'énoncé d'un état que le résumé d'un caractère adroit, liant, mais réservé, pressant la main de tout le monde «n glissant chemin à travers; menant finement son intrigue avec l'air de toi^ours servir; ne se faisant point d'ennemis, mais donnant , près d'un fossé , dans l'occasion , de l'épaule au meilleur ami , pour assurer sa chute et le remplacer sur la crête; laissant à part tout préjugé qui pourrait ralentir sa marche; souriant à ce qui lui déplaît, et critiquant ce qu'il approuve , selon les hommes qui l'écoutent , etc. »

D'ailleurs de cour n'indique pas plus une cour qu'une autre, une seule cour que plusieurs; de la eoor indique spécialement la cour du pays où se trouve celui qui parl^. Bn employant l'expression poufofi de mer , on ne songe paa à telle ou telle mer en particulier; mais poieson de la lAer se dit, dans une localité, du poisson qui vient de la mer déterminée dont est proche cette localité.

OmrKAGB D'ESPRIT, OUVIUGBBE L'ESPRIT.

Ouvrage auquel l'esprit a part.

Dans la première expression, eiprti désigne quelque chose de vague, de mal connu, dont If

it

PREMIËHE PARTIE

notion n'est pas fixe, qui a àes variétés, des nuances, que l'on ne détermine pas;. dans la seconde , ce même mot a une valeur qu'on peut définir au juste. D'une part, efprtt signifie la qualité qui rend plus ou moins spirituels , plus ou moins capables de traits à*esprit, les hommes du monde en qui se réunissent plusieurs qualités indéterminées elles-mêmes, telles que la vivacité, la pénétration, la finesse et le tact; de l'autre, e«prtt est le nom de cette faculté conmiune à tous les honunes , la raison , qui produit la pensée , qui nous distingue des animaux et nous fait inventer dans les sciences et dans les arts.

Les ouvrages d^esprit sont ceux dont le mérite est apprécié par le goût , les comédies , les romans , par exemple , et qui , sous ce rapport , ressemblent à la conversation et aux beaux-arts; les femmes en sont capables cemme les hommes : il y a un écrit de Montesquieu intitulé : < Réflexions sur les causes du plaisir qu'excitent en nous les ouvrages d^ esprit elles productions des beaux-arts. » « Pourquoi voulez-vous que les romans et les comédies , ces ouvrages d^esprit , soient une occupation peu honorable? » Rac. < La finesse dans les ouvrages d^esprit , comme dans la conversation , consiste dans Tart de ne pas exprimer directement sa pensée. » Volt. « Juger avec goût des ouvrages dPesprit. t> Monteso* < Les romans sont de tous les ouvrages d^esprit ceux dont les femmes sont le plus capables. » Lah. — Les ouvrages de Vesprit comprennent toutes les compositions littéraires , même les plus sérieuses , tout ce qui fait la matière des livres , même les traités scientifiques de géométrie , de rhétorique , de morale , par exemple : les hommes y sont plus habiles que les femmes , parce qu'ils ont naturellement plus de génie et de profondeur; c'est dans ce sens qu'il faut prendre le titre du premier chapitre des Caractères de Labruyère , Des ùwûrages de Vesprit, « Nos livres ne sont point écrits à la main , mais imprimés à peu près comme les estampes , et cette invention éternise aussi les ouvrages de Vesprit. » Volt.

Cette même dualité de sens du mot esprit, employé avec et sans article , se retrouve dans les expressions , défaut d^ esprit et défaut de Vesprit, dont l'une marque un manque de cette qualité indéfinissable qui rend spirituel , et l'autre une imperfection de l'âme , de cette partie différente du corps , qui nous distingue des animaux.

DEMArmER RAISON, DEMANDER LA RAISON.

Demander qu'on explique quelque chose.

Demander raison est une expression faite et consacrée , dans laquelle le mot raison exprime vaguement et confondue avec d'autres , l'idée qui , grftce à l'article , se trouve définie et déterminée dans demander la raison. Demander la raison y c'est demander la cause pourquoi : on demande la raison d'un phénomène. Demander raison , c'est vouloir qu'on rende compte d'un procédé ou d'un propos , qu'on en dise le pourquoi et le comment , qu'on les expose de manière qu'ils paraissent raisonnables , &ute de quoi on encourhi une punition , ou l'on aura tout au moins à se repentir. Le confesseur demande au pénitent la raison de ses fautes . afin de s'éclairer sur l'état de «m

âme; un homme qui se prétend outngé demaim raison de ses discours à celui dont il croit avoir à se plaindre.

PAR FORGE, PAR LA FORGE. C'estA-dire , nonseulement de force , mais , ce qui est beaucoup plus énergique et beaucoup plus expressif, de vive force; non-seulement contre son gré, iiiTOlontairement , tntHÏiM , mais absolument contraint.

Par force se prend plutôt au moral, parce qu'il fait moins ressortir l'idée de force; et t^ la force ne se prend qu'au physique , grâce à ^a^ ticle qui donne à cette même idée sa valeur stricte et rigoureuse. « Le mariage est une chatne où l'on ne doit jamais soumettre un coeur par force.» Mol. On soumet un ennemi pa^r la force, c'est-àdire par les armes et en employant la violence proprement dite. — « Par Là le Saint-Esprit vent nous faire entendre qu'il y a un règne de fer, et c'est le règne de la justice rigoureuse qui assujettit jw»r /orce les esprits rebelles, en les contraignant de porter le poids d'une impitoyable vengeance. » Boss. « Un prince justement irrité se jette vers les terres de son ennemi , et se 1^ assujettit par la force. » In.

ON, L'ON. Expressions presque équivalentes, employées dans les phrases générales. Toutes deux viennent du latin homo, homme.

Mais la première étant privée de l'article, amoins de précision que la seconde. On dit, homme dit, signifie il y en a qui disent, ssii| aucune détermination de nombre. Von dit , Vhcimme dit , signiSe positivement les hommes , les hommes en général , tous les hommes disent. On dit que vous avez été chez lui hier donne à entendre que ce n'est pas tout le monde qui le dit , mais quelqu'un qui ne doit j>as être nommé. Von dit se dit à propos d'un bruit généralement répandu. On commence une proposition particulière indéfinie , et Ton une proposition générale définie. Aussi le premier est souvent employé lorsqu'il s'agit d'une ou de plusieurs personnes dont on a l'idée dans l'esprit et qu'on ne veut pas nommer. Une personne en colère dit à une autre : Il faudra bien qu'o» m'obéisse, c'est-à-dire, que vous m'obéissiez. Un domestique vient-il annoncera son maître qu'une ou plusieurs personnes désirent lui parler , il dira : On demande à vous parler. Certains écrivains religieux , tels que ceux de Port-Royal et Malebrancbe, évitant par esprit de piété l'emploi du mot je ou mot, qui est toujours haïssable , suivant Pascal , se servent du mot on , en parlant d'eux-mêmes. On n'est pas des esclaves pour endurer de si durs traitements (A.CAn.) , est bien une proposition particulière indéfinie, et Von y serait tout à fait impropre; de même que si , en vous adressant à une femme, au lieu de lui dire yOn n'est pas plus jolie , vous lui disiez, Von n'est pas plus jolie. Le mot on convient seul dans tous ces cas , parce qu'il s'agit d'indiquer vaguement et en termes indirects une ou plusieurs personnes. Le mot Von convient seul quand il s'agit d'exprimer rigoureusement la généralité des hommes : nous devons croire que nous mourrons , parce que Von est mort jusqu'ici. Cependant, comme il est rarement besoin de touquér expressémdat si oa peoae à un nomhralB-

STNOimiES QUI ONT LE MEME RADICAL;

IS

I de personnes on ao genre humain tout entier, an mot o», qm signifie proprement quelqu'un ou des hommes, on fait signifier presque toujours les h<»ames, et , dans les phrases mêmes de la plus grande généralité , on se met k la place de Ton. C'est un abus; il faudrait n'employer que Ton quand on Tent marquer strictement la généralité des hommes.

A ymAI MU on A DIRE TRAI, A DIBE LE VRAI. Sans mentirai ne rien celer; espèces de locutions adreriiiales dont on se sert pour attirer ratlcntioD et obtenir créance.

J trm dire est général, Tague, indéterminé; c'est une sorte de remplissage , une expression peu rameuse qu'on emploie fréquemment par manière de parler, sans beaucoup de conséquence, sans bien peser la Taleurdes termes ; mais à dire le vrai est plus expressif, plus fort , moins commun ; on ne s'en sert qu'à, bon escient; il marque l'intenti<m bien arrêtée de ne pas tromper et l'attention qu'on fait à ses paroles. Â vrai dire se trouve à chaque instant dans nos couTersations ; un témoin derant le juge dira plut6tâ dire le ifrai , pour donner de la force ou de l'autorité à sa déposition.— ÀTec ces caractères, à vrai dire se place naturellement au commencement de la phrase , comme certes , en guise de simple formule affirmative ; au lieu que à dire le vrai conTient au milieu d'une phrase pour marquer une correction ou une modification dans ce qu'on vûnt de dire , modification importante et qu'on ne hasarde pas sans y avoir bien rè&échL « A dire vrai , l'art n'est jamais plus parfait que lorsqu'il ressemble si fort à la nature , qu'on le prend pour la nature même. » Boil. «Les étrangers yiendnuent dans notre ville...; quoique, â dire le vrai, sur beaucoup de fortes raisons, je regarde ce concours comme un inconvénient bien plus que comme un avantage. > J. J. — Du reste , cette différence qui provient de l'absence de Vartlcle dans une des deux phrases et de sa présence dans l'autre est plus considérable et plus frappante quand, non content de retrancher l'article dans la première, on place vrai avant dire (à vrai dire) , et non dire avant vrai (à dire vrai} , comme le fait Boileau. Aussi nous disons généralement atyourd'hui à vrai dire plutôt qu'd dtre vrai.

. ERTEUDUE BAUXERIK, BlfTENDRE LA BAIL- LEUE. Ces deux expressions désignent la manière tf être, la disposition de quelqu'un par rapport i la raillerie.

Dans la prennère , le mot raiUerie marque quelque chose d'indéterminé : entendre raiUerie , c'est entendre sans s^offenser une ou des railleries auxquelles on est en butte, quel qu'en soit le sujet, dans quelques circonstances qu'elles aient lieu.

Hé I mon Dieo f tout cela n'a rien dont il s'offense. B antmd ruilUrie antant qu'homme de France; Et de bien d'antres traits il s'est senti piquer. Sua qoe jamais sa gloire ait (ait que s'en moquer.

Mol.

« Le due de Yeragua enlendait raillerie , jusquelà que ses amis l'appelaient familièrement don Poerco.... Tout cela se passait en plaisanterie qi^ recevait le mieux du monde. > S. S. Dans nlbmén la roaierie, dont le sens est, s'entendra

à railler, être entendu dans l'art de railler, le mot raiZIerie a perdu toute indétermination; il ne s'agit plus d'une ou de plusieurs raiUeries quelconques , mais de la rot7Ime , art particulier d'amusement qui diffère de tout autre : on entend la raillerie , comme on entend la poésie ou le métier des armes. « Vous n'avez pas le talent d'entendre la plaisanterie. » Dddeff. Voltaire écrit au roi de Prusse : « Vous savez vous moquer des gens mieux que personne; le neveu de Constantin , qui a ri et lait rire aux dépens des Césars, n*erUendait pas la raillerie aussi bien que vous. » La première expression fait songer aux cas particuliers , mais ne les détermine pas; la seconde marque le genre et le détermine.

AYOIR nrrENTION, DESSEIN, ENVIE; AVOIE L'INTENTION, LE DESSEIN, L'ENVIE. Vouloir faire, se proposer de faire quelque chose et y tendre.

Les expressions sans l'article forment des locutions générales dans lesquelles les substantifs s'effacent en quelque sorte , perdent ce qu'ils ont de saillant et ne se font plus remarquer; elles signifient toutes une disposition incertaine , chancelante et molle , une simple velléité. Ces mêmes expressions avec l'article présentent les substantifs avec un caractère de détermination qui les signale et les met en relief : elles signifient une résolution bien arrêtée, pour l'exécution de laquelle , le lieu , le temps , les moyens , sont fixés , et pour l'exécution de laquelle on est près d'agir, et prêt à agir , dût-on avoir des obstacles à braver. On a intention , etc. , de voyager , longtemps à l'avance , sans qu'on y ait réfléchi , sans qu'on sache si on changera d'avis , ni quelle direction on prendra. Lorsqu'on a Vintention , etc. , de voyager , le voyage est prochain , la résolution ferme , la direction certaine. On a intention ^ etc., de nuire à quelqu'un sitôt que l'occasion s'en préseur tera; on a VinterUion , etc. , de lui nuire , quand on en a formé expresstaent le projet et qu'on cherche à le réaliser.

CONDAMNER A MORT, CONDAMNER A LA MORT. Condamner à mourir.

Condamner à la mort est une expression faite et consacrée pour désigner une manière ordinaire ou habituelle de condamner à mourir , c'est-àdire celle dont les tribunaux font usage en général contre certaines espèces de grands criminels : les assassins , les infanticides et les incendiaires sont condamnés à mort. Condamner à la mort se dit quand il est question d'un fait , d'une application de la loi ou de la coutume à un cas particulier: les juges, après avoir longtemps délibéré sur la peine à infliger à cet accusé, l'ont enfin condamné à la mort. Ou bien même condamner à la mort n'emporte l'idée d'aucune formalité légale et signifie une action unique, singulière, sans aucune analogie avec celle des tribunaux : un général , qui vient de prendre une ville d'assaut, condamne à la mort les hommes en état de porter les armes; une conspiration venant à manquer , on condamne à la mort tous les coigurés. « J'avais élevé un jeqn« loup qui jusqu'à l'âga d'un an n'avait lait

PkEMlÈRE HftTtt

aucun mal; mais dis là seeoiide axmie il cotiiinit tant d'excès qu'il fallut le condamner d la mort'. » BoFF. Dieu nous a tous condamnés d la mort, — À mort indique quelque chose d'accoutumé , de réglé , et laisse Vidée de mort dans Tombre , pour ainsi dire; à la mort annonce un lait dans des circonstances toutes spéciales et met en relief ridée de la mort. De même , des instruments de mort sont tels par leur nature , par leur destination : telles sont Tépée et les armes à feu; mais rinstrument de la mort se dira d'un objet particulier, d'im bâton, par exemple, qui aura servi à donner la inort dans un cas particulier. De même aussi haïr à mort se dit plutôt en général que ha!r â ta mort, et est dans une circonstance donnée une expression moins énergique.— Enfin, pour ce qui concerne condamner à mort et condamner à la mort y on peut être condamné à fnort sans que la mort s'ensuive , soit parce qu'on ne se trouve pas dans le pays , soit parce qu'on s'évade , soit parce qu'on obtient une commutation de peine; mais quiconque est condamné à la mort ne peut manquer de mourir.

AVOIR DROIT, AVOlh LB DROÈT. Avoit la permission , la faculté de faire quelque chose , pouvoir la faire comme chose juste , y être autorisé.

Il s'agit dans la première expression d'un droit vague, tnal défini, commun, d'une application éventuelle et incertaine , dont on ne peut pas se prévaloir en toute rigueur, et, dans la seconde, d'un droit précis et rigoureux. Une preuve que ce double sens résulte bien de l'absence de l'article dans l'une , et de sa présence dans l'autre , c'est qu'on dit avec d, préposition qui marque généralité et indétermination, avoir droit à réclamer quelque chose, et avec de, préposition qui exprime des rapports précis et particuliers , avoir le droit de réclamer quelque chose. On a droit à des égards , à la reconnaissance de quelqu'un ; on a le droit de commander, de voter, de vendre une propriété. L'enfknt qui se conduit bien a droit à demander des récompenses; à la fin du Jour, le journalier a le droit de demander son salaire. — On distinguerait d'une manière semblable , avoir tort et avoir le tort , prendre soin et prendre le idn.

AVOIR dOOTHMS , AVOIR LA COCTUMR de feire quelque chose. La faire fréquemment , d'ordinaire.

li;oir la coutume se dit en fiarlant d'une manière d'agir , non pas générale et commune , mais singulière, et remarquable par cela même, sur laquelle on veut arrêter particulièrement l'attention. De sorte qu'ici l'article W, ta, JoUe le même rôla que son primitif latin , ille , illa , celui-ci , celle-ci; â est démonstratif , il sert à faire remarquer telle ou telle chose en particulier : ille Homerue , le fà" meux Homère. On a coutume de mentir , de se lever matin, de faire des promenades à cheval. « Les Anglais, dit Voltaire, ont la coutume de finir presque tous leurs actes par une comparaison. > « n y a des pays où les femmes ont la cou^ tume de se percer le nez pour y pendre des joyaux. » {Miit. det Voyages.)

AVOIR, TROUVER, DOTfNBR, FOURNIR OCCA- SION; AVOIR, TROUVER, DONNER, POURRIR

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