‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 388 sur 426 · ONS · texte numérisé non relu

ONS

ROI, PRINCE, EMPEREUR; — MONARQUE, »OTENTAT. Chef d'un État-, qui gouverne un îtat.

Roi , prince et empereur sont des titres' de soureraîneté rigoureusement distingués par l'usage, it dont la confusion prouverait l'ignorance poli- ;ique la plus grossière. Le rot est plus que le orifice et moins que Vempereur, — Le rot est à :a tète d'un royaume; le prince , à la tête d'une principauté; or , le royaume l'emporte évidemment et de beaucoup sur la prtnctpaul^, qui n'est qu'une province ou un canton, a C'est par rimagination et la mémoire que les enfants parient aux rois et aux plus grands prtnce«. » Labr. L'intérêt de l'Étal est de n'avoir qu'un roi, Qui, d'un ordre constant gouvernant ses provinces. Accoutume i ses lois et le peuple et les princet.

Rac.

<f Quand même quelque vieux manuscrit aurait :onservé les noms de plusieurs seigneurs qui ont dominé en Suède, qui nous a dit qu'ils étaient rois , ou simplement princes de quelque contrée particulière? » Vert. « Ce seigneur assyrien ^tait prince d'un peuple nombreux et puissant. Le rot actuellement régnant l'avait traité d'une nanière indigne. » Roll. — Et, d'autre part, mtre rot et empereur la différence est la même qu'entre royaume et emptre (voy. p. 558) : le roi \ nn Ëtat moins vaste que l'empereur, ou il règne sur un seul peuple , et l'empereur sur plusieurs. Les deux mots viennent du latin, rex^ imper ator^ et leur signification actuelle est conforme à celle qu'ils ont eue chez les Romains , dont les possessions sous les roù étaient bien petites en comparaison de ce qu'elles furent sous les empereurs. Les rois de France ont toujours commandé à moins de sujets que l'empereur Charlemagne. Autrefois l'Allemagne était une réunion d'Ëtats, dont les chefs, princes sécu-

SIN* FBAlfÇ.

llers et ecclésiastiques, électeurs et rote, composaient un corps ayant à sa tête un empcrew; plusieurs empereurs , qui avaient à ce titre autorité sur toute l'Allemagne, étaient en même temps rot> d'une certaine partie de cette contrée, témoin Vempereur Rodolphe II, qui était à la fois rot de Bohème et de Hongrie.

Jf onargue et poten^t ne sont pas des termes spéciaux d'une signification stricte, appartenant au langage particulier.de la politique, mais des mots de la langue ordinaire , où ils représentent les roti , les princes ou les empereur* sous leur aspect le plus grand, le plus propre A imposer. Ils ont beaucoup de pompe et ne conviennent guère qu'au style soutenu. < La loi de Jésu»- * Christ a humilié les monarques et les potenUOs du siècle. > Boohd. c La religion humilie aux pieds des pauvres les monarques et les potentats, » In. « Rois, monarques , poteniaU , sacrées majestés, vous ai-je nommés par tous vos superbes noms ? » Labr. « Basilide dit dans le discours familier : notre auguste héros, notre grand potentat^ notre invincible monarque. » In.

Le monarque^ du grec |jlôvoç, seul, etdtpxeiv, commander, régner, commande seul, est seul maître , jouit d'une autorité absolue , et d'ordinaire ce mot emporte l'idée d'un contraste avec un nombre considérable de sujets; le potentat, dépotent, puissant, a beaucoup de puissance.

ifonargue donne du personnage une haute idée quant à son indépendance, à son autocratie, à réminence et à l'éclat de son rang , à sa majesté, à l'étendue de sa domination et de ses possessions. « Il ne faut pas entendre par ce nom de rot (appliqué à un chef des Romains dans les commencements) des monarques tels que Cyrus et ses successeurs. Le chef d'un peuple de brigands ne peut jamais être despotique. » Volt. c L'action du prince, occupé à faire du bien à ses peuples , me montre sa grandeur et son abondance : c'est le caractère de la royauté , c'est ce qui fait la majesté des monarçuef . » Boss. « La mort confond et réduit en poussière les plus superbes monarques comme les derniers de leurs sujets. > lo.

Malgré tout son orgueil, ce monarque si fier....

Rac.

« Venez dans ma chambre; je vous montrerai des trésors immenses et des richesses enviées des plus grands monarques. > Montesq. — Mais potentat désigne le personnage eu égard à ce qu'il peut, aux forces extraordinaires dont il dispose, comme une puissance. « Quelle comparaison . entre le bon grand Henri IV et le petit Ulysse ou le fier Agamemnon , entre nos potentats et ces rotf de village dont toutes les forces réunies feraient à peine un détachement de nos armées? » BuFF. « Presque tous les potentats ^ ennemis les uns des autres, suspendirent leur querelle (1508) pour s*unir ensemble à Cambrai contre Venise. » Volt, c Comment ne pas sentir qu'il n'y a point de potentat en Europe assez supérieur aux autres pour en devenir le maître? Où prendrait un prince européen des forces inattendues pour accabler tous les autres?... Veut-on supposer à plaisir l'accord de deux ou trois pofen(czto pour

Mû

DEUXIÈME PAUTtfi

subjuguer tout le veste T • J. J. Dieu ««iplt>y& les Romains pour détruire Jérusalem ; « Tant il est vrai que les plue ^vands potentaf» de la terre ne sont autre chose qne les ministres de ses conseilfl. B Boss. « Voilà quelle était Tannée avec laquelle Charles VIII devait traverser toute Htalie , pleine de poienîa/lt armés contre lui. « In.

Un roi de France, dit Saint-Simon, a les moyens de tenir une cour spiendîde , digne d*un | auisi grand monarque , crt ses ressources pour la ' guerre le rendent redoutable à tous les j^etenftffr i de l'Europe. ^^ |

MOIBEUR, •— BIGCrBCm, RIGIDITÉ. Ces mois sont définis de même par TAcadémie , gronde sevéfUé, Peut-être ont-ils au fond même radical, et Roubaud a eu raison de les traiter comme synonymes.

La rotdMir cependant difAre bien de lan'gvetrr et de la rigidité. Elle consiste , non pas à épargner, comme ces dernières, mais & ménager. On 1 se montre roide dans le commerce de la vie, dans i ses relations avec les autres ; on se montre rigou- [ rev9 et rigide dans l'application des règles et des lois. L'homme roide est très-attaché à son sens, et n'en démord point; il est hautain, obstiné, inflexible*, il va droit à son but, sans se laisser détourner , sans craindre de choquer, de froisser, de rebuter : l'homme rigoureux ou rigide est très-attaché à la i^le ou à 2a loi; il ne

8*en départ T)Otirt, a la suit tout aatière, 3 » connaît qu'elle; il est trè^régulier , trè&-aKi C'est par humeur qu'on est roide ; c'est par çri cipe qu'on est rigofureuw ou rigide.

Voltaire dit, un roide calomniateur , et il ée: à d'Alembert : « Envoyez-moi votre roide û> | cours sur VBiMîoin, prononcé âans l'Acadm?» -. J'avais trop ménagé mon inonde. » « Le P. Te^ avait été renvoyé de Rome en France poor Tedeur de son naturel et son roide. — Il ne colnaissait ni monde , ni mesare , ni deçres, a ménagements. » S. S. « Les hérésianfoei (mt un courage roide et hautain ^ xsn zèle aœr ccaxn les abus. » Tts. c Vous prenez sur le pectsur un ascendant trop Impérieux : tous tsos batâz. vous vous obstinez contre lui , ne teomi nid compte du triste abandonnement où votre i:i!leii ble rotd^r le précipite.... U eût été bîea plus ^ propos de seconder ses bonnes dispositicss par de sages et salutaires ménagements, en le tr^Jcai: avec plus de circonspection et de modératioii. i Bonan. « Un homme d'esprit , et gai est néêer. ne perd rien de sa fierté et de sa roidesir pou: se trouver pauvre : si quelque chose ao contnire doit amollir son humeur , le rendre plus doux et plus sociable, c'est un peu de prospéntà. > Labr.

Quant à la diffél^mee de riguewr tX de rigidité^ voy. P* partie, p. 214 et 315.

flÂCERBOGE, FEÈmfSB. Etat, «fBalité, emotère de ministre de Dieu.

Sacerdoce, latin eaeerdotium, se dit bien en parlant des religions de l'antiquité, soft païenne soit Juive. Prétrùe, mot formé, depuis Tinstitution du christianisme, du grec icpe<r60Tcpoc, plus ancien, est surtout usité quand il est quMtion de Jésue-Ghrist, de ses apétres et de leurs saccesseurs. « C'est là que, par la comparaison du sacerdoce de la loi mosaïque , je tâcherais de vous t/Âve connaître la dignité infinie de la pritrite de Jésus-Christ. » Boss.

D'autre part , eacerioct est plus noble que pritriée. Il s'applique aux places les plus éminentes; au Ueu que prêtrise annonce un rang inférieur dans la hiérarchie. «A Rome, on avait fait de la prêtrise une charge civile.... Les rois de Borne avaient une espèce de sacerdoce. Il y avait de certaines cérémonies qui ne pouvaient être faites que par vus. » IfoNTesQ. « Le sénat se vit obligé , potfr éloigner Scipi(ni Nasica du péril et le mettre en eftrelé , de le faire sortir de l'Italie , quoiqu'il tùt revêtu du plus grand des sacerdoces. » Roll. -- La supériorité de noblesse de sacerdoce se montre aussi 'en ce quMl est général et désigne la dignité d'une manière absolue : le^ droits du sacerdoce (CoND.) , les fonctions redoutables du sueerdoee (Mass.), l'état du sacerdoce sous la loi de Moïse (FéN.), les querelles de l'empire et du sacerdoce (Volt.); à Rome, l'autorité de l'empire •t du sacerdoce se tronve réunie dans la même personne (Mass.). Prêtrise ^ au contraire, est

phrtdt particulier, et signifie mie place dus 3e sacerdoce ou la dignité considérée par npporr au Dieu auquel elle attache. « Le second des archontes est chargé de juger les eontestatioas qui s'élèvent dans les familles sacerdotales an sujet de quelque prêtrise vacante. * Babth. « César se présenta devant une assemblée du peu|^ ponr demander la prêtrise de Jupiter. » Vert. < Hspala dit que d'abord ces mystères (des baa2anales) avaient été célébrés par des femmes, sans qu^on y admit aucun homme; que les dasaespai^ venatem à la prêtrise chacune à leur loir. > Roll.

Dans la tvligion chrétienne , le eaceràoee n^ partient pleinement qu'au pape et aux évèq«s. qui ont seuls le droit de conférer tous les aciements sans exception; la prêtrise est aa-dssous et ne donne que le pouvoir de dire U messe et d'administrer certains sacrements panni lesquels il ne faut compter ni la conGnuatiKi m l'ordre. « Dubois n'attendait que le mome&t de mettre le pied dans le sacerdoce.... TTessan lai administra dans une matinée depuis h toosme jusqu'à la prêtrise ; le cardinal de Rolan vouhd bien se charger de rignominie de son sacn: > Mark. On n'est pas dans le siuerdœe à moîos d'être sacré; dans la prêtrise^ on n'est qu'ordonné. — Sacerdoce se dit particulièremeot Un en paiiaitt d*nn évêque ou d'un archevêque. a Etant déjà en possession d'être juge du M dans son fief, et pensant ne l'être qu'en verta du sacerdoce, chaque évêque crut devoir l^étie éa-

«De dans tous les Ôefs dont il était évêque. » îom). « Cet archevêque, heureux d'avoir vu, rendant les jaurs de son sacerdoce, la piété d'un .utre Ëzéchias.... » Hass. Il n'est pas rare, au ontraire , de trouver la préêrw opposée à Tépicopat. «Les Aériens niaient Tutilité des oblations •our les morts , avec la distinction de Fépiscopat t de la prêtrise. » Boss. « Dans les premiers sièles de VËglise, il fallait faire yiolence aux saints •our les engager dans la prêtrise ou dans Tépi-

COpat. * ROLL.

Jamais prêtrise ne convient & Tégard du haut lergé. Uais sacerdoce se trouve parfois employé lour exprimer les fonctions d*un simple prêtre, dors c'est un terme de choix, honorable, propre . relever le ministère des autels. « Que l'honneur a sacerdoce est grand I Prêtres du Seigneur, l'oubliez pas votre qualité, votre dignité, votre ministère. » Mal. « Restes de ces désirs du siècle u'une sainte discipline a bannis du sanctuaire , t qui blessent Texcellenoe et la gravité du saerâoce chrétien. 9 Mass. Le sacerdoce vous élève , une dignité qui vous approche de Dieu et fait e vous son organe; la prêtrise tous engage, eus enrôle dans le clergé, oc Le czar Pierre a 9ndé à Moscou trois collèges, où l'on apprend es langues , et où ceux qui se destinaient à la vêtrise étaient obligés d'étudier. > Volt.

SACRIFIER , BfMOlER. Offrir OU vouer quelque hose à la divinité. ,

Sacrifier^ sacrum facere^ faire ^u rendre sa-' ré , consacrer , c'est renoncer à une chose , s'en iriver, en faveur de Dieu. Immoler, c'est nffrir tn sacrifice sanglant , égorger une victime , déruire ce qu'on dévoue; ce mot vient de mola, spèce de pâte salée qu'on mettait sur la tète des oimaux qu'on allait immoler.

1* Sacrilier exprime un genre dont immoler est ne espèce, l'espèce la plus considérable. On sarifie toute sorte de choses : « Les premiers homles ne sacrifiaient que de l'herbe. 9 Moiitesq. n n'tmmoZe que des êtres animés. Aussi sacrier s'emploie Bien d'une manière absolue pour Ignifîer un acte de culte quelconque , comme de rûler de l'encens. « Salomon sacrifiait à des ieux étrangers. Ses successeurs permettent le ulte de ces dieux et Jeur offrent de l'encens-. » 0X.T. Mais immoler est toujours suivi d'un mot ^signant une victime. < Si les Juifs avaient eu ors leur loi qui leur défend de sacrifier aux eux , ils n'auraient pas immolé leurs enfants à » dieux. a> VoLT.Toilà le Dieu à qui Voé a saifié en sortant de l'arche, & qui Abraham a bien nilu immoler son Jls unique (Boss.].

Je vais sacrifier j mais c'est i ces beautés Que Je vais wunaJLer ioules mes voloBtés.

'Ocnnr* :2*.£n parlant des ttres animés , socfi/Ur nlnque pas qu'on aille jusqifà les égorger. Ce Von sacrifie, on le voue seulement à la divinité;

qu'on immole , on le détruit en l'honneur de

divinité. Tous les saints gui ont souffert pour sus -Christ des persécutions ou des mauvais aitements se sont sacrifiés ou ont été sacrifiés à eu. Ce mot s'applique aux confesseurs comme Lx martyrs; les martys seuls ont été immolés.

Jephté sacrifie sa fille en la dévouant à Tétat de vierge ; mais il ne l'immoZc^ pas , puisqu'elle va dans les bois avec ses compagnes pleurer sa virginité.

3"* Sacrifier emporte une idée de renoncement, de peine qu'on éprouve i se séparer de la chose. « Dieu commande à Abraham à'immoler Isaac. A quelles épreuves la foi est-elle exposée ? Abraham allait sacrifier ce fils en qui seul Dieu lui promettait de le rendre père et de son peuple et du Messie. • Boss. Agamemnon sacrifie Iphi génie; Galchas et les Grecs Vimmx)lent (Rag.)- Des peuples sauvages , croyant qu'il fallait sacrifier aux dietix ce qu'on a de plus cher, ont immolé des victimes humaines (Volt.).

Pris dans un sens profane, ces deux mots gardent les mêmes différences : immoler signifie toujours positivement faire mourir , et sacrifier veut dire simplement offrir ou exposer à la mort , ou même à des dangers, à des inconvénients. « On dit qu'un général a sacrifié ses troupes ; on ne dit pas qu'il les a immolées , parce que , si on peut le soupçonner de témérité , on ne peut .pas lui supposer le dessein d'avoir voulu les faire périr. » Cohd. Pyrrhus , renonçant un moment à son amour pour Andromaque , s'écrie :

Que d'amis, de devoirs j'allais uKrifier/

^uete périls l IU«.

Mais « Brutus immole i la liberté sa propre famille. 9 Boss. Sacrifier ses jours ou sa vie & quelqu'un , c'est les mettre à son service , les lui vouer, quoi qu'il en coûte, quelque danger -qu'il y ait à courir ; les lui tfnfnolcr, c'est rigoureuBement mourir pour lui.

Telles sont aussi las nuances distimstlves de se sacrifier et de s'immoler. « On se sacrifie pour quelqu'un lorsqu'on renonce pour lui à ce qui peut être plus agréable; on s'tmmofe lorsqn^on s'expose aux plus grandes peines, aux plus grands malheurs, lorsqu'on périt pour lui. 9 CoRB. « Nous devons nous faire un devoir de nous renoncer, de nous sacrifier, de nous immo^ 1er pour Jésus-Christ. » Boubd. Deux amants qui par devoir renoncent l'un à l'autre se sacrifient (Rac). c Un roi doit s'oublier lui-même pour se sacrifier au bien public. » F^. Du temps de Louis XIV, nn gentilhomme qui se battait en duel se sacrifiait à l'honneur, car, s'il n'était pas tué, il était contraint de quitter le royaume (Mol.). Mais Codrus s'immoic pour sa patrie (RouB.). Il y a des peuples sauvages qui s'tmmolent sur les tombeaux de leurs proches (Mass.*)- <t Les oracles étaient vérifiés : on voyait dans Jésus-Christ ce Messie, d'une part victorieux et triomphant, et de l'autre sacrifié et imw;olé. »

BOURD.

Au figuré , on saet^fie et on 'tmmo7e «e ^ quoi on renonce volontairement , en faveur de quelqu'un ou pour quoi que ce sOit. Mais immoler exprime toujours un sacrifice plus considérable et qui va jusqu'à l'aoéantissemeiit de la chose. On sacrifie tout à ses intérêts ou à f amour, c'està-dire qu'on 7 subordonne tout. « Ce sont de petits désagréments qu'il faut sacrifier à la nécessité. » Volt. On immdle son bonheur au devoir (J. J.), son amo» à son devohr (Volt.),

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