LL
SEUL, ITNIQtE. Sans autre ou sans d'autres.
Ces deux adjectifs sont nsBet faciles à distin- ^er , quand ils sont placés après le nom d'e la personne ou de la chose auquel ils se rapportent.
Ce qni est seul est sans compagnon ; ce qui est inique est sans pair. Un homme teul est isolé , ans société, réduit à lui-même; un homme unique est incomparable , singulier dans son ^enre. Hobinson vécut longtemps seul dans son lie ; un enfant est unique , quand il n'y en a pas l'autre qui soit de sa race , qui soit son frère ou sa sœur. De même, une chose est seule, lorsqu'il n'y en a pas d'autre avec elle ; une chose est unique, lorsqu'il n'y en a pas d'autre comme elle : la première n'est point accompagnée , la seconde point commune. « L'ambition de Pompée rut satisfaite par cette distinction unique et sans exemple d'être créé seul consul , et mis ainsi seul k la tête de toute la république. » Roll.
Mais seul et «nique semblent plus étroitement synonymes quand ils précèdent le nom qu'ils servent à déterminer , quand ils sont purement numériques et opposés à plusieurs : vous êtes mon seul ou mon unique soutien, mon seul ou mon unique héritier; Jésus-Christ est le seul Sauveur, Vunique Rédempteur de nos âmes (Boss.}.
La différence consiste alors en ce que seul est relatif, et unique absolu. On dit la seule ressource qui me reste ; et simplement , mon unique ressource. Vous dites la seule idée, et non l'unique idée d'un crime est répréhensible, et, par un rapport d'opposition , cette locution fait penser à rexécurlion qu'elle exclut. En général, seul se rapporte à d'autres choses qu'il nie ou repousse : un seul regard suffit pour percer ce mystèrp; untgwe suppose qu'il n'en existe point d'autre : mon unique occupation. Mon seul moyen de succès est le seul qui m'ait été laissé, qui soit & ma
disposition dans les circonstances actuelles ; mon unique moyen de succès est le seul possible , le seul qu'il y ait. Pareillement, mon seul bien, mon seul ami , est le seul qui me reste , que le sort m'ait donné ou conservé; mon unique bien, mon unique ami , est le bien ou l'ami pour moi essentiel , véritable : ce que j'ai sauvé de la ruine de ma fortune est mon seul bien; Dieu est notre unique bien (Pâsc). Ce qui est seul l'est de fait; ce qui est unique l'est en soi. Seul convient mieux pour ce qui est, pour le réel, et unique pour ce qui peut ou doit être , pour l'idéal : mon seul habit , -Yunique objet de mes soins. — Unique renchérit sur seul et veut dire absolument seul, ec Je fus le seul, je dis exactement Vuniquê, qui continuai à voir M. le duc d'Orléans à mon ordinaire. » S. S. On dit seul et unique héritier
(ACAD.). ^
Je nomme. J'institue Éraste, mon neveu,
Que j'aime tendrement, pour mon sciU l^atairOy
Unique^ universel. Rsoif.
a La naissance de Jésus-Christ, sa vie, sa mort, sa résurrection , son ascension... , et sa présence dans l'Eucharistie, ne sont qu'un seul et unique sacrifice. » Pasg. « Ces passages montrent que Moïse n'a jamais parlé que d'un seul et unique Dieu. » Volt.
' SILENCIEUX, TACITURNE. Qui ne parle pas.
Silencieux a d'abord une plus grande étendue de signification. On le dit des lieux où règne le silence, paisibles, où l'on n'entend pas de bruit : bois silencieux , retraite silencieuse. On le dit des animaux qui poussent rarement des cris : l'hyène est une bête solitaire, silencieuse ^ très-sauvage (BuFF.); le chien de berger est celui qui donne le moins de voix , il est sérieux et silencieux (ID.); Grillus, métamorphosé en cochon par Clrcé, se vante d'appartenir à une nation modeste et silencieuse (Fén.). On le dit enfin de choses relatives à l'homme, mais qui n'en font pas connaître le caractère : un silencieux tête & tête (J. J.). a Le juge, orgaije de la loi silencieuse^ est impassible et froid comme elle pour les intérêts sur lesquels il va prononcer. » Beauic. — Taciturne n'est usité que par rapport à l'homme, et il en dépeint l'humeur.
Lorsque silencieux se prend aussi dans cette acception étroite, il n'a pas la même force que taciturne. Le silencieux ne parle guère , le taciturne ne parle point; l'un n'est pas babillard, l'autre est muet. Les Latins donnaient l'épithète de taciturne au silence profond ou obstiné {tacituma silentia). « En Angleterre , les deux sexes sont silencieux et tckciturnes. » J. J. « Quoique les Français parlent beaucoup t il y a parmi eux une espèce de dervis taciturnes qu'on appelle chartreux. On dit qu'ils se coupent la langue en entrant dans le couvent. 3» Montbsq. Le silencieux n'aime pas à parler , et ne sait pas entretenir la conversation ; le taciturne répugne à parler , on ne peut lui arracher un seul mot. L'homme si» lencievx est froid, retiré, recueilli; l'homme taciturne est mécontent, sauvage, sombre; l'un n'a qu'un air sérieux, l'autre a l'air morne. La pré* occupation, la timidité, le défaut d'usage ren* dent silencieux f un tempérament mélancolique
DEUXIËUE PARTIE:
ou un grand chagrin rend taciturne. Et ce qui prouve combien cette différence est fondée et tranchante , c'est que silencieux exprime souvent une qualité , et taciturne presque toujours un défaut : le silencieux ne parle pas quand il pourrait parler; le taciturne ne parle pas, même quand il devrait parler.
« Pour ce que c'est chose rare et difficile que la femme silencieiue, elle est dite un don de Dieu précieux. » Chaer. « Il noua dit que ce bon curé était un ange; qu'il ne se plaignait point, qu'il était silencieux y et que cette sorte de mérite l'avait touché au point qu'il l'avait pris chez lui et le nourrissait avec une grande joie. > Sév. < Je signais sans disputer et sans dire un mot. Que peut donc signifier cette crainte de la dispute avec un homme si silencieux, si ingénu, si confiant et si soumis ? » Fér. c La plupart des vertus chrétiennes sont incapables de paraître sur le thé&tre : ce serait un étrange personnage de comédie qu'un religieux modeste et silencieux, » Nie. c Tout se taira dans toute assemblée à mon arrivée ; les femmes n'auront plus de langue , les barbiers seront discrets et silencieux. » J. J. « Vous, voyez que je ne me répands pas volontiers en discours vains et que je suis assez silencieux. 9 Les. ^ c Le jeune Caton, durant son enfance, semblait un imbécile : il était taciturne et opiniâtre. » J. J. « Mon humeur devint taciturne , sauvage. > In. « A table il était sombre et taciturne. » Mark, « LA , se promenant d'un air taciturne et mélancolique.... » Roll. c Les Parthes sont naturellement taciturnes : ni les prospérités, ni les disgrâces, ne les tirent de leur sombre silence. » In. « Le toir j'étais grondeur et taciîume. » In. « Boileau paraissait, dans son enfance , pesant et taciturne . » D'Al. « Comment un mari, qui ne cache aucun de ses défauts, qui est avare, brusque, incivil, froid et taciturne, peut-il espérer de défendre le cœur d'une jeune femme contre les entreprises de son galant? » Labr. La dissimulation de Philippe II d'Espagne était taciturne ; il se taisait pour être impénétrable (Volt.).
Que sont ces deux superbes ombres
Qui semblent menacer , taciturnes et sombres?
Bkaum.
SIMILITUDE, COMPARAISON. Rapprochement de choses qui se ressemblent à quelques égards, qui ont des qualités analogues.
Similitude est un substantif pur, et comparaison, un substantif veibal , qui rappelle l'action du verbe comparer. De là provient toute la différence.
La similitude est dans les choses , et consiste dans leurs qualités communes ; au lieu que la comparaison est faite par l'esprit, qui réunit les traits de ressemblance sous un tnéme point de vue. Ou, pour dire la chose en deux mots, la similitude est objective, la comparaison subjective. « Dans Homère, des comparaisons prolongées au delà de la similitude choquent le bon sens et le goût, s Mark. « Il y a de très-belles comparaisons dans Hilton.... Toutes les fois qu'il parle du ciel et de l'enfer , il prend ses similitudes sur la terre. 9 Volt, c Par la comparaison^ je remue
les objets, je les tranaporte pour ainsi ilizc,;e les pose Tun sur l'antre pour prononcer sv '«c différence ou sur leur gintilitwide» > J. J.
La similitude^ quand elle est aussi sobjectic», quand elle se prend aussi pour TcauTre de Ve^sz est moins étendue et moins déyeloppée qos û comparaison, précisément parce que ce derjs mot est celui qui exprime proprement l'actia l'opération, la mise en présence des choses seablables. « Quand je dis d'un homme en colère. • est comme un lion, c*est une sisniliêude : faprime la reuemblanee générale entre un bosse irrité et un lion. Si je vais plus loin et que ;s dUe : Tel qu'un lion, qui , les yeux étinceluXf et se battant les flancs do sa queue, s'âafcesres un rugissement terrible , tel , etc. , je détaiiie Us circonstances de la similitude et je fais une eoi»paratson. » Lab.
La stmtittude sert plutôt à expliquer qu'à orner le discours; qu'elle soit claire, il suIBu EZt convient plus à la dialectique qa*à Téloqueice et à la poésie. Jésus>Chrîst employstit coBtîaueUement des paraboles et des similitudes pour rendre sensibles les vérités qu'il annonçait (Boss.). « Une similitude n'est pas une preuve. » Lab. « On se sert d'ordinaire des différences ou des dîasiBÙlitudes pour ruiner ce que d'autres auraient vonlu établir par des similitudes .* comme on ruine largument qu'on tire d'un arrêt en montrant qu'il est donné sur un autre cas. » P. R. « Nous n'avons d'idée que de proche en proche ; noos ne concevons presque rien que par sisnHituàe. 3 Volt. La eomparaùoa, au contraire, suppose àe l'art et contribue à embellir rélocution. HoUin dit au sujet des comparaisons .* c C'est ici surtout que parait la richesse et la fécondité d'Hsmère. » Et Voltaire : c Les comparaisons ne paraissent à leur place que dans le poème épique et dans l'ode. C'est là qu'un grand poêle peat déployer toutes les richesses de lima^iuation. « Cette comparaison fait une belle image \kcàjt.l — Jésus-Christ ne montre aucune étude recherchée : ses simt2t(udes sont tirées des choses les plus communes, de l'agriculture, de la pédie, du trafic, de la marchandise....» Boss. «HdiBére emploie souvent la comparaison du vent, de la grêle, de l'orage, d'un torrent, pourexiiimerla vitesse et la promptitude de ses comliattants. >
ROLL
Du reste , similitude est principaleicent et presque uniquement usité en termes de rhétonque , quoi qu'en dise Gros-René dans Je ]>épit amoureux :
Et nous aimons bien mieux, doos aalres gens i'ttude,
Une comparaison qu^one similitude»
Les gens d'étude , les gens d'école , les rhéteurs, sont , au contraire , à peu près les seuls qoi emploient le mot de similitude, et c'est aussi le seul qui convienne pour désigner l'espèce de comporaisons qui leur est familière.
SIMULACRE, FANTÔME, SPECTRE. Ombre, apparence, vaine figure d'un être qu'on croit voir, c Le tribunal de la pénitence était comme le tombeau : je ne crois pas que vous n'êtes sortis du tombeau que comme des spectres et des /s»
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
hne$ y vains simulaere$ de Tivants qui n'ont que L mine et Tapparence. » Boss.
Simulacre, latin simulacrum (de timilit, smblable), portrait, imitation, ressemblance, e s'emploie pas d'une manière absolue , comme es deux synonymes. On ne dit pas simplement, n simulacre y comme on dit, un farU&me^ un pectre ; mais on dit , le simulacre de quelqu'un u de quelque chose , le simulacre de Samuel Volt.); les poètes anciens regardaient l'âme omme le simulacre du corps (Id.). On dit le imuiacre de telle république, et un fantôme le république, c Auguste ayait alors une autorité upérieure à celle des consuls; et cependant il >ouTait laisser subsister le simulacre de la république. 9 Gond. « Après la bataille de Pharsale , Home ne fut plus qu'un fantôme de république.» ICAB. Simulacre a toujours rapport à une réalité, lont il marque la représentation, et dont le K>UYenir doit être expressément reproduit dans le discours. Il résulte de là une autre différence, et de grande portée, relativement à fantôme.
Le simulacre n'est pas tout à fait aussi vain |ue le fantôme. Ce n'est que l'image d'une chose réelle, mais enfin c'en est une image. «Si quelqu'un pouTait avoir à son choix le portrait de sa maltresse ou l'original, lequel penseriez-yous qu'il choisit? Si quelque artiste pouyait faire également la chose imitée on son simulacre , donnerait-il la préférence au dernier? » J. J. « Dans le temple des chrétiens est une image de celle qu'ils adorent et que leur peuple ignorant fait la mère de leur Dieu. Le simulacre ^ deyant lequel une lampe brûle sans cesse, est enveloppé, d'un yoile. 9 lo. Le fantôme ^ au contraire, est quelque chose de purement fantastique y une fantasmagorie^ l'œuyre de l'imagination.
De la crainte d'un mort ton âme possédée T'abuse et te fait voir nu fantôme en idée.
Rioir.
a Nous ayons tous la faiblesse de nous intéresser à ce qu'on dira de nous , quand nous ne serons plus; et notre imagination embrasse ce fantôme qui est son ouyrage. » Volt. — Chez les anciens on appelait simulacres les âmes des morts , les mânes. « On évoquait les mânes des ancêtres, leur ombre , leur simulacre , leur image. » Gond. Mais les fantômes n'ont rien des hommes réels , ce soiit des chimères conçues par les poètes ou par les gens qui rêvent. « M. d'Arles a donc passé au travers ce ces feux du Tasse , de ces grands fantômes y de ces hommes armés. » Séy. < Tous les personnages que représente Molfère sont des personnages en l'air, et des fantômes proprement , qu'il habille à sa fantaisie. « Mol. « Si nous rêvions toutes les nuits que nous sommes agités par des fantômes pénibles. » Pasg. -~ Suivant Ëpicure, les idées sont des simulacres ^ des images, des exhalaisons, de légères surfaces, qui se détachent continuellement des corps et pénètrent en nous par les sens (Cond.). Mais on ne donne le nom de fantômes qu'à des idées entièrement vaines , à des visions. Quand on a voulu pénétrer plus avant dans la nature de ce qu'on appelle substance, on n'a saisi que des fantômes. » Cond. « Les abstractions sont sou-
vent des fantômes que les philosophes prennent pour les choses mêmes. » Id.
Enfin , ^simulacre s'emploie de préférence en parlant de personnes et de choses concrètes , les unes et les autres pouvant être effectivement représentées par des images : un simulacre de prince (J. J.), de mari (Bbauic.), de fontaines (Id.]. Mais fantôme se dit tout aussi bien quand il est question de choses abstraites : un fantôme de royauté (Cond.), de vertu (Mal.), de religion (BoDRD.), d'honneur (Pasc.), de bonheur ou de gloire (AcAD.).
Quant à spectre, il a pour caractère propre de signifier quelque chose qui produit une forte impression de peur, d'effroi , d'épouvante ou d'horreur : un spectre affreux (Fén. , Mass.), horrible (FÉN.), hideux (Fén., Bourd.), épouvantable (Volt.), menaçant (Id.) , effroyable (Ac.\d.).
O crime! éloigne-toi.... Qell... Quel «bjet affreux!
Quel spectre menaçant se Jette entre nous deux?
Ombre terrible , arrête. Vour.
c La philosophie que l'on appelle nouvelle , que l'on représente comme un spectre pour effaroucher les esprits faibles. « Mal. « L'imagination ne peut souffrir les vérités abstraites et extraordinaires : elle les regarde ou comme des spectres qui lui font peur, ou comme des fantômes dont elle se moque. > lo. c La crainte que tous les hommes ont des dieux, ces êtres tranquilles, ne vient, suivant Ëpicure, que de ce quesou^^nten rêvant on s'imagine voir des fantômes d'une grandeur prodigieuse. Il semble que ces spectres nous menacent avec une hauteur et une fierté convenable à leur mine majestueuse. » FéN. « C'est dans une imagination peureuse et sombre que commence par se former le fantôme d'un dieu barbare; et, pour ce spectre horrible et furieux, elle invente les cruautés les plus capables de l'assouvir. » Mark. « Je vois presque à tout moment un spectre qui se présente devant moi sous une forme effroyable, j'ai beau me dire â moi-même que ce n'est qu'une illusion , qu'un fantôme qui n'a rien de réel.... » Les. c Le démon toucha les yeux de Cléophas , et , par un prestige , lui fit voir un grand nombre de fantômes blancs. A rapparilion de ces spectres ^ Zambullo frémit. Comment donc , lui dit le diable , vous frémissez? Ces ombres vous font-elles peur?... L'écolier, â ces paroles, rappelant tout son courage, re^ garda les fantômes assez hardiment. » Id. — Par extension , spectre est le nom qu'on donne à un homme horriblement, monstrueusement défait, décharné , pâle, défiguré , qui a l'air de sortir du tombeau. « Les Numantins n'étaient plus des hommes , mais des spectres , tant la misère , la faim, la maladie, et tous les maux réunis ensemble , avaient desséché leur visage, et jeté sur. tout leur extérieur un air hagard et furieux. > Roll. c Que nous sont ces hommes que je vois couchés dans nos places et sur les degrés de nos temples, ces spectres vivants que la faim, la douleur et la maladie précipitent vers le tombeau ? » Vauv.
SINUEUX, TORTUEUX. Qui ne va pas droit, qui fait plusieurs tours et détours ou retouts.