‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 392 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de «înui, pli, courbure, enfoncement, emporte l'idée de mouvement, s'emploie en parlûit de ciiosee qui se *font, qui serpentent, qui ondulent, qui ae dérelc^pent en tnçant des S. Tortueuac^ toreuott», qui a été Tendu tout tortu ((erfuf , de tor^tiere, tourner, tordre, tourmenter), se rapporte plutôt à la marnière d'être qu'à la manière d'agir , sert à qualifier les choses qui sont On dit le cours iinueius d'une rivière ou d'un fleuve (Buff., Beaum.)> un mouvement et un vol rinueua (Buff.) ; mais on dit des allées tortueuses (J. J.), des cheminées iorfueuse$ (Buff.) , l'aigle emporte dans les airs Is serpent, son ennemi tortueu* (Volt.)* On suit les détours sinueux d'une chose tor^ ttwuse. Dans une épitre au P. Brumoy, J. B. Rousseau lui dit au sujet du théâtre grec :

Toi leul as sa, dans ta pénible conrse. De ses beautés nous déterrer la source. Et démêler les délours sinueux De ce dédale oblique et tortueu» , Ouveri jadis par la sœar de Tfaalie Aux seuls auteurs du Cid et d'Atbalie,

•-* Tous appelleres routa ttfiueuse celle qui est décrite par une chose qui se meut : « Des musiciens ignorants cherchent, en jouant de la flûte , à figurer la rpute tinueute que trace un disque en roulant sur le terrain, a» Ba.rth. Un chemin toftUÊU» est un objet, quelque chose de fixe et de permanent : « Le chemin de la justice n'est pas deyes chemins imtueux , qui ressemblent à des labyrinthes où on craint toujours de se per> dre. » Boss. L'auteur du poëme des Jardins , Delille , y dépeint le bocage qui

Fuit, revient et s*égare en routes rinueust, et, à côté, le parc an^^.ais, qui ne présente

Que sentiers tortmêmx, que routes loumoyanles.

$mueux n'offre à l'esprit rien de f&cheux ou de mauvais ; au contraire , il désigne quelque chose de doui, de gracieusement tourné , de pittoresquement onduleux. Mais tortueux se prend surtout en mauvaise part, pour indiquer quelque chose qui a été violemment contourné , entortillé, qui est oblique, de travers, défectueux, incommode ou dangereux; aussi ce terme, le seul des deux qui soit usité au moral , n'y convient-il que dans le style du blâme et de la censure, «c Le roi avait eu peine à monter chez la princesse de Conti par les petits degrés tortueux y uniques alors. » 3. 8. — Le serpent forme naturellement des plis et des replis stnueuo; (ACAn.). Le monstre, lancé par Neptune contre Hippolyte, recourbe, avec furie, sa croupe en replis tortueux (Rac.)« — Le peintre n'a pas remarqué cette légère tinuosité qui , séparant le menton des joues, rend leur contour moins régulier et plus gracieux. » J. J. « Je me trouvai dans un labyrinthe d'embasras, de difficultés, d'objections , de tortuosités , de ténèbres. » Id. — « Les jeunes Déliens se mêlèrent avec les Athéniens (dansant) pour figurer les sinuosités du labyrinthe de Crète. » Barth. On dit les inextricables tortuosités d'un labyrinthe (J. J.).

SITUATION, ÉTAT. Manière d'être bonne ou mauvaise, heureuse ou fâcheuse, d'une personne, d'une chose, d'une affaire.

Situaiion^ avec sa tenotnaisoii active , «Tuelque chose d'accidentel et de passager. Ûtt, latin ikUiis, participe passé de xfare, êlie,2 tenir, signifie, au contraire, quelque dw» è constant ou de durable. « Confondre 1a misiÊlim d'un moment avec un éUil de durée. ■» Lia. a Que nous importe dans qu^e MiiuatUm la Bià de Dieu nous place pour l'instant rapide fe nous paraissons sur la terre?... Pendani sa vie le mauvais riche n'avait pas une fois ouvert les yeux sur le danger de sœ âA > Mass. « C'est cette sécheresse et cette insefauilité, A prêtres, qui fait la HtwUûm la plus dogereuse de notre étai, » Id. « La plupeil, m prenant possenion d'une enre. regardent ce mvel état comme un étal iixe^ indépendant, où ils vont commencer à sortir d'une ntwaliffli changeante, incertaine, subordonnée , jamais sûre. » In. La siliMitioa est donc pins Y^riab^ti plus incomplète ou partielle. Dans le momeot en vous manquez d'argent , tous êtes dans la «itaation d'un pauvre ; il fîaut que vous en mBoqaksL toujours , que vous n'ayez nucene ressotzree pour être dans IVfet de panrrelé. U arrive â cInozEa de nous de passer par nue foule de ssiaafWRS pendant sa vie; chacun de nous penàantw^le n'a pour l'ordinaire qu'un èiat, Situaliion des affaires représente le point où en sont pofur le mement les affaires; état des aflaires marque ea elles en sont, et où elles restent ou peutcot rester.

Situaiion est relatif, était absolu. La jdiMliea d'un homme, c'est sa manière d'èlre, déteRnîiàe par les circonstances, les événemeots, la fortuni; par ce qui vient du dehors. « U ne faut pss atr tendre notre sûreté des dehors et de k nÊualion, 9 Mass. « Lesfautea sont souvent des soilos nécessaires de la situation où on est » Movtbq. Vétat d'un homme , c'est ce qui tieot iimaédwtement à sa personne , ce qu'il est en lui-même sous le rapport du corps ou de Fâme, sa santé, sa constitution physique ou morale. « Qsanti mon état , il est de jour en jour plus déplonlde : mes douleurs sont sans relâche. > J. J. « himpression d'un paysage dépend de Vétat on doiis sommes en le contonplant. » Id. « Un pécksr invétéré, touché du malheur de sou éiai. > Ibss. a Si nous étions, comme les anges, de pars esprits , toutes nos vertus devraient se resseotzr de la condition et de l'excellence de œt état.* Booan. — « Onintius songea à pousser ▼iremest le sié..'e de Sparte, et commença par exaaunerli ft(ualton et Vétat de la ville. » Rou. La sihzsa'ott, c'est<^-dire les environs, les relations wnc le dehors, les hauteurs voisines; lVis<, c'etf4dire les murs, les édifices et les moyens de défense intérieurs.

Situatiot\ marque un fait ou quelque chose d'effectif, quelque chose qui a lieu ou qui a en lieu. Hais état indique souvent quelque ehose d'idéal, une manière d'être conçue, possible, imaginaire. « Mon père et ma mère ne sont pas sans doute dans une agréable stfuelion. Cela n'est que trop véritable , répondit l'hdtesse : dans quelque état fâcheux que vous puissiez vous les représenter, vous ne sauriez vous imaginer des

SYNONYMES A RADICAUX DIVERS

ersonnes qui 8oi«ntplu8à plaindre. »LB8.«Coinare à présent cet étaZ (état fâcheux qni aurait pu voir lieu) à notre tituation réelle. » J. J. « Tous 3S enfants qu'on & trouvés dans cette ttfuatton suspendus à un clou) avaient le visage violet.... l'ignore combien d'heures un enfant peut rester m. cet éiaJt sans perdre la vie. » Id. « Lorsqu'on it Procope sur le« édifices de Justinîen , il vient ou jours dans l'esprit une idée, mais bien fausse, L'un ^tat florissant.... Dans oe temps-là les Perses étaient dans une situation plus heureuse que les \omains. a> Montesq. c Tous les étais ont leurs langers; les saints, dans quelques situations lu'ils aient été , à la cour ou dans les déserts , le se sont assuré le salut que par des violences inouïes. » Mass. Un historien dépeint la sitxuLtion prospère d^un pays; Véua ou un état de prospérité a ses dangers, que fait connaître le moraliste. On dit la situation d'un infortuné, une Hiiiation embarrassante , en parlant de quelque chose de particulier , d'un événement , de ce qui appartient à Tordre des faits ; et Vétat d'enfance , Vétat d'innocence , Véua de folie , en parlant en ç^énéral de choses qu'on ne raconte pas, mais sur lesquelles on raisonne d'une manière abstraite , de choses qui appartiennent à l'ordre des idées: c L. Grassus peignit la puissance des chevaliers comme une vraie tyrannie , et la situation actuelle du sénat comme un état d'oppression. »

ROLL

SOBRIÉTÉ , FRUGALITÉ , TEMPÉRANCE. L'idée commune à ces trois mots est celle de modération dans le boire et dans le manger.

Sobriété, du latin sobrietas, qui lui-même est formé d*ehrietas , ivresse, et d'une particule négative inséparable, abréviation de sine, sans, signifie sans ivresse , sans excès dans le boire et par suite dans le boire et dans le manger. Ce mot n'est relatif qu'à la quantité. Frugalité est la traduction exacte du latin frugalitas , dérivé de frux, fruit de la terre, et indique l'usage d'une nourriture simple et naturelle. C'est un mot qui se rapporte à la qualité. Tcmp^ronce , latin temperantta, de temperare, modérer, régler, réprimer , exprime l'habitude de modérer ou de restreindre ses appétits sensuels.

La sobriété consiste à boire et à manger peu. c La nature est sobre , et se contente de peu. » Boss. a Rien de plus opposé que l'austérité de la sobriété de M. de Beauvilliers et l'ample nourriture de M. de Chevreuse. » S. S. « La modération est comme la sobriété : on voudrait bien manger davantage, mais on craint de se faire mal. » La- KocH. <c Les gens faux sont sobres^ et la grande réserve de la table annonce assez souvent des mœurs feintes et des ftmes doubles. » J. J. a Le chameau est le plus sobre des animaux et peut passer plusieurs jours sans boire. » Bupp. « Nadir avait trouvé la matelote si bonne , et il en avait tant mangé , tout sobre qu'il se piquait d'être, que la nuit il en fat malade. » Harh. «Grassus, parmi ceux qui recherchaient l'élégance et l'ornement du discours , était celui qui en usait avec le plus de sobriété et de réserve. »

ROLL

La frugalité consiste à user de mets simples et

commtms. «e Les disciples d*fipieure imitaient la frugalité et les autres vertus de leur maître; ils ne vivaient que de légumes et de laitage , et ne buvaient jamais que de l'eau. » Fén, « Diverses personnes sont dégoûtées de la frugalité des mœurs qu'Homère dépeint. Hais il faut que le poète s'attache à la ressemblance pour cette antique simplicité. » In. « Les Pères ont souvent obligé les riches pénitents à diminuer la dépense de leurs maisons , à se vêtir avec plus de modes-, tie, à vivre avec plus de frugalité. » Boijrd.' « Erreurs sur la pauvreté et les richesses , sur la frugalité et les raffinements de la bonne chère. » RoLL. « A ces monstres de fkste et de luxe opposons la modestie et la frugalité d'un Gaton le censeur, qui ne but jamais d'autre vin que celui de ses ouvriers et de ses domestiques , et ne fit jamais acheter de viande pour son souper qui passât trente sesterces. » Id. Le Romain Curius Dentatus, que des députés samnites trouvèrent à la campagne , dans sa petite maison , auprès de son foyer, assis sur un escabeau, qui mangeait des légumes dans un plat de bois , est , comme Caton, célèbre par sa simplicité et sa frugalité

(ÎD.).

La tempérance est une vertu qni consiste & éviter la sensualité dans le boire et le manger, a Faire porter au corps le joug d'une salutaire tempérance* » Bourd. oc Socrate demande où sont les gens que les rhéteurs ont rendus tempérants et vertueux. » Féir. «Les principales vertus sont la prudence , la justice , la force et la tempérance qui nous enseigne à être modérés en tout , principalement dans ce qui regarde les plaisirs des sens. » Boss. a Est-ce que la chasteté , la tempérance , le mépris du monde ne sont plus que les vertus des cloîtres et des déserts ? » Mass. a Les enfants mêmes des Spartiates se trouvaient à ces repas , et on les y menait comme à une école de sagesse et de tempérance. » Roll. « Négliger d'apprendre en quoi consistent la force , la tem^ pérance, la sagesse. » Id. « J'apprends que vous êtes un grand capitaine; qup la justice et la tempérance font votre caractère. » Id. « La tempé^ranee n'est qu'une modération dans les plaisirs.» Vauv. « Polémon avait été livré à la débauche : il était même ivre la première fois qu'il parut à l'Académie ; et il n'y était entré que dans le dessein de tourner en ridicule ce qui s'y disait, lorsque, frappé d'un discours sur la tempérance, il fut honteux de ses mœurs et devint aussitôt disciple de Xénocrate et de la vertu. » CoNn. e Content d'avoir vaincu , le chien se repose sur les dépouilles , n'y touche pas , même pour satisfaire son appétit, et donne en même temps des exemples de courage , de tempérance et de fidélité. » Bupp.

La sobriété est opposée à l'excès, à la gourmandise ; la frugalité, à la délicatesse, à la recherche , i la somptuosité de la table: la tempérance, à un grand attachement aux plaisirs des sens , i l'habitude de les flatter par la bonne chère. Les qualités voisines de la sobriété sont la retenue , la continence ; les qualités compagnes de la frugalité sont la simplicité, l'épargne ou ]a pauvreté-, les qualités qui vont d'ordinaire avec la tempérance

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