‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 397 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

grandes peines : fur peiae de la vie (Boss., Pasc. , SÉ7., Mol., Volt.). « Est-ce un article de foi qu'il faille croire sur peine de damnation? • Pasc.

SOUVENT , FRÉQUEUIEIIT. Bien des fois.

Sauvent, sans terminaison significative, est absolu et objectif. Fréquemment , d'une manière fréquente, avec la terminaison ordinaire des adverbes , laquelle est phénoménale et subjective , est relatif, a rapport à un sujet et lui attribue une habitude. Ce qui arrive souvent n'est pas rare, se voit de fois à autre : il arrive simvent qu'on se repent d'avoir trop parlé. Ce qui arrive fréquemment constitue une loi , un usage , une série d'actions auxquelles un sujet est accoutumé : il arrive fréquemment aux gens légers de trop parler. Vous voyez souvent une personne que ie hasard offre à vos yeux dans la rue ou ailleurs ; vous voyez fréquemment une personne auprès de laquelle vous êtes assidu , à laquelle vous avez coutume de rendre visite. Vous avez souvent occasion de rencontrer telle personne dans telle maison où vous allez fréquemment. ^

Par un prompt désespoir toupeni on se marie,

Qu'on s'en repent après tout le temps de sa vie.

Moim m Comme les Romains ne connaissaient pas Tusage du linge, ils étaient dans la nécessité de se baigner fréquemment: » Cord.

Un homme parle plus ou moins souvent dans une certaine espèce d'assemblée, c'est li Veipression d'un fait, et non d'un acte habituel, revenant à certains intervalles réguliers; mais cette assemblée se tient plus ou moins fréquemment. « L'affaire du bonnet ne se suivait pas avec moins de chaleur. Les ducs s'assemblaient fréquemment, députaient au régent; et j'étais celui qui d'ailleurs lui parlait le plus souvent et avec le plus de force. » S. S. c Depuis le retour de mon mari , nous reprenons fréquemment ces entretiens en sa présence...; il nous donne souvent de bons conseils sur la manière dont nous devons raisonner avec lui. » J. J.

« Le cri du crevant est un son sourd et creux, que nous avons souvent entendu; c'est une sorte d'aboiement rauque que cet oiseau fait entendre fréquemment. » Bdfp. « Gomme ce canard sifQe en volant et très-/r^quemment, il se fait entendre souvent et reconnaître de loin. > In. « Ce n'est pas que je croie que les régents doivent parler des mœurs et de la religion ni longuement ni fréquemment..,. Ce n'est quelquefois qu'un mot, dit, ce semble, au hasard; mais ce mot a souvent de grande suites. > Roll.

D'autre part , souvent étant absolu et objectif peut à cause de cela marquer le passif et indiquer un état; fréquemment, au contraire et par la raison contraire , ne s'emploie qu'en parlant d'action , de ce qui se fait. Une personne est souvent malade, et prend fréquemvhent des remèdes. Il y a souvent du monde dans cette maison ; parmi les personnes qui y viennent fréquemment on cite tels ou tels.. On est souvent incommodé quand on ne se livre pas fréquemment k certains exercices. — c La calamine est souvent parsemée de petites veines ou filets de mine de plomb. »

Burr. Les enfants retombent fréquemmeei àaas les fautes de légèreté fRoLi..). — « QoeUe diculté n'imaginerait-on paa d'assembler fré^emment le peuple immense de cette capitale {Kjbl et de ses environs I Cependant il se passait pei de semaines que le peuple romain ne fût assesblé, et même plusieurs foîs^.. Tout ce pei:!* était sur la place publique presque aussi souxm magistrat que citoyen. » J. J.

Par cela seul, enfin, que souvent est a.b5:>::3, il dit davantage, et se mettra plus volocties après qu'avant son synonyme. « Veachsiisk est une nourriture dont nous devons u^er . non point rarement ni axtraordinaireiBcst , comme l'on use des remèdes « noiais fréquemment et souvent, comme nous prenons tous les «oun les aliments qui nous entretiennent. • Boicis.

8TAT0RE , TAILLE. Grandeur da corps d'oa homme.

L'Académie définit stature , hauteur de la taîlic d'une personne; ce qui s'entend bien et paraii assez plausible. Mais elle définit ensuite iatlie^h stature du corps, comme si le mot stature se disait d'autre chose que du corps , et comme si la tat71« ne comprenait rien que la stature.

Stature, latin statura, de sloare, se tenir debout , désigne la grandeur du corps en pied seulement. 1 aille, de tailler, couper, donner une forme , conune le fait le sculpteur en taUbsnt k marbre, a rapport à toutes les dimensiacs, i l'épaisseur comme à la hauteur. Tailie, et loù pas stature , épaisse ( Acao.^ Buff. ), grosse (BOFF.) , ronde (lo.) , carrée (!».) , ramassée (le.) < On dit que Commode, ayant tu passer uji homme extrêmement gros , se donna le plais.r de lui ouvrir le ventre pour lui rendre la iaiUe plo^ légère. » Volt.— A la rigueur, on dewrait dire^ une grande taille et une haute steiure.

D'ailleurs, le mot taille n'est pas seulement relatif à la grandeur , comme stotarc , dont il diffère déjà sous ce rapport même ; il Ve$l aussi i la forme , i la coupe , i la manière dont on est taillé en quelque sorte. Une taille , et non ps» une stature, aisée et bien prise (S. S.), bien prise et tout à fait régulière (Lss.)> bien foimée (Volt.) , dégagée (Acad., Buff.); une jdie tetUe (BoFF.) ; d'une bonne taille et d'une jolie tâurnure (lo.) ; bien proportionné dans sa taHU :i:).t : la richesse, l'irrégularité de sa foille (Voli:. — Or, comme c'est surtout depuis la ceinture jusqu'aux épaules que se montre la beauté ou la difformité du corps, le mot taille ne désigne quelquefois que cette partie : Taille fine» ooone, svelte ou lourde.

Toutefois, lors même qu'il s'agit d*indîqasr U hauteur seule du corps , on se sert ordimirement du mot commun tat71e« et non pas, eoBoe on le devrait, du terme spécial de stature : taille as cinq pieds quatre pouces. « La taille de ces deux Lapons était de trois pieds et demi. > Volt.

Hais au moins stature, venant du latine parai; généralement d'une nécessité indispensable, quand on veut exprimer une teùUe extraordinaire : stature colossale (Agad.) ; Goliath , ce Philistin d'one énorme stature (Boau>.). c Ces os rassemblés et arrangés représentaient un homme

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

'une stature prodigieuse ou plutôt monstrueuse.» UFF. « Le roi Grandonîo ayait une stature giantesque, ayec un air A inspirer l'effroi. » Las.

Si les dieux , dirent les Scythes à Alexandre , raient proportionné ta stature à ton ambition , i tnonde ne te contiendrait pas. » Lab. c Ulysse ,' roToqué par Inis , dépouille la stature imposante t les membres nerveux d'un héros. > Mark. — n dira plutôt une petite taille, c il y en avait ui se moquaient de Pépin et de sa petite taiUe. » oss. « Pbyscon était de petite taille. » Roll. Agésilas était d'une taille si petite , qu'à sa prelière vue les Egyptiens ne purent s'empêcher de ire. > Jo. < Il reconnut Paul à sa taille courte. » OLT. a Ces histoires de géants vaincus par des ommes d'une taille médiocre sont très-comlunes dans l'antiquité. » In. c M. le duc d'Or- §an8 était de taille médiocre au plus. » S. S. — Harris dit que la tète d'un homme de taille loyenue de l'équipage de Magellan n'atteignait u'à la ceinture d'un Patagon ; que Magellan les lomma Patagons , parce que leur stature était de inq coudées ou sept pieds six pouces.» Boff. «Il st dit dans une relation que sur la côte de la ?erre de feu on vit un homme d'une stature gigantesque; mais que, quand on fut sur le rivage, n vit seulement des tombeaux contenant descalavres de taille ordinaire. » Id.

Enfin stature ne s'emploie qu'en parlant de 'homme , le seul des animaux auquel convient 'attitude droite. Taille, au contraire, se dit par apport à tous les animaux pour signifier leur grandeur en tous sens , et leur configuration. « La aille du lion n'est point excessive , comme celle le l'éléphant ou du rhinocéros; elle n'est ni ourde, comme celle de l'hippopotame ou du )œuf , ni trop ramassée, comme celle de l'hyène )u de l'ours , ni trop allongée , ni déformée par tes inégalités , comme celle du chameau. » Duff. ailleurs Buffon donne une taille au cheval , au castor, au chien, au lynx, et à tous les quadru- )èdes en général , même à la chauve-souris.

STÉRILE ,— INFERTILE , INFÉCOND , (INFRCCrUEUX, INGRAT). Une terre ou autre chose sem- )lable , qui a le défaut de ne pas produire ou de le pas rapporter, est à\\^ stérile, infertile ou nféconde.

Stérile se distingue d*infertile et ^infécond tar deux caractères particuliers. D'abord il ex »rime un défaut absolu : ce qui est stérile ne proluit ou ne rapporte rien , au lieu que ce qui est nfertile ou infécond produit ou rapporte peu. le mot vient du grec axepeô;, solide, ferme, dur : a chose stérile est comme un rocher, elle n'oure pas son sein pour en laisser ou pour en faire ortir des productions. Une femme stérile ne fait toint d'enfant; un arbre stérile, comme un peuplier ou un saule (FéN.), ne donne jamais de tuit: un désert est $térile (Mass.), il n'y vient ien du tout. De même , au figuré , un esprit ou ine matière stérile manque totalement de la (ualiié dont l'esprit ou la matière infertile posède une quantité insuffisante seulement. — Enluite stérile est, au figuré, d'un usage beaucoup )lus étendu que les deux autres mots , il se déache plus aisément du sens propre. Ainsi , on

dit bien une année stérile, une saison stérile en nouvelles, mais on ne dirait point en pareil cas infertile ou inféconde, apparemment parce que les idées sensibles de fertilité et de fécondité sont peu compatibles avec l'idée abstraite de temps : on ne se représente guère le temps qui enfante, qui met hors de soi ou au jour, qui donne Tètre par voie de génération.

Infertile et infécond diffèrent comme fertile et fécond (voy. p. 607 et 608).

L'tfi/erh'h'l/ est en hit, V infécondité enputnsance. Vinfertilité des terres amène la disette; leur infécondité les rend de leur nature improductives. Infertile est une qualification ordinaire: un champ infertile ne se couvre pas de moissons et de fruits. Infécond est plutôt une qualification donnée par un chimiste ou un naturaliste , par un homme qui considère dans les choses leurs principes, leurs facultés, ce qui en peut sortir. Infécond, quoi qu'en dise l'Académie (1835), n'est pas, il s'en faut bien un terme poétique, en parlant des animaux, et, quand cela serait, l'exemple qu'elle cite n'en serait pas moins étrange : vache inféconde. Le mot tache poétique ! On appelle pays infertile (AcAn.) celui où on fait de maigres récoltes; oeufs (Bupf.) ou germes (Acad.) , inféconds, ceux qui sont privés de la vertu productive. Un esprit infertile ne brille pas par l'abondance de ses œuvres ; un esprit infécond a peu de capacité ou de génie '.

I. STUPIDE (HÉBÉTÉ), IMBÉCILE, IDIOT, INEPTE. -^ IL SOT, INSENSÉ, FOU, DÉRAISON- NABLE. EXTRAVAGANT, ABSURDE.— III. NUIS, NIGAUD, BENÊT, BADAUD, DADAIS, DANDIN.— IV. BÊTE (ABRUTI), ANE (IGNORANT), BUSE, BUTOR '(BALOURD, LOURDAUD) , CRUCHE , MA- CHOIRE, GANACHE.

Tous ces mots qualifient en mal sous le rapport de l'esprit : ils signifient que le sujet auquel • on les applique manque plus ou moins de quelqu'une des qualités mentales ou relatives à la pensée , dont les hommes sont doués à un plus haut degré que les autres animaux, ou même à l'exclusion des autres animaux.

Mais les qualités dont ces termes marquent le défaut ou la privation ne sont pas les mêmes. Les unes sont l'entendement , l'intelligence , la conception ou l'imagination ; elles font l'esprit brillant, vif pénétrant, habile : les autres sont le

I . La définition de ttérife, à*in/ertiU et à'infècond s'applique également à infructueux et i ingrat : lerre infructueuse, terre ingrate. — Mais infructueux marque proprement l'effet de la stérilité, de Vinfertilité et de V infécondité : aussi dit-on souvent stéiile et infructueux (Pasc., P. R. , Mal.). Quand une femme est stéHle, son union avec un homme est infructueuse : si une terre est stérile, infertile ou inféconde, elle est par cela même infructueuse, inutile; on n'en Ure rien. — De son côté, ingrat, qui n'est pas reconnaissant, qui ne sait pas gre de ce qu'on a fait pour » lui , a une nuance bien caractéristique , il implique î l'idée des soins de la culture et de leur ioeOicacité : | une teiTC ingrate ne récompense pas le laboureur de ; ses peines. « La terre n'est Jamais ingrate, elle nonr- \ rit toujours de ses (Tnits ceux qui la colUvent soigneusement; elle ne remise ses biens qu'à ceux qui craignent de lui donner leurs peines. » Çlf.

DEUXIÈME FART» :

jugement, le sens, Unifraelle boiiatiit;elleft font re«pritjuile,Té|çlé, droit, sags (foy. Sfir tendment, p. *»). A«tre ehosa est trouw en loi-mème des ressources «t de U lécikiti, soii pour comprendre ou stiiir, loit pour intenter , ponr compoier, pour m signaler dans les arts, dans la conrenatka , ou par ses éerits; autre chose est savoir discerner les meiUenn partis A pftMlre, ce qui conyient ou ne conTient pas, ce qui est conforme ou contraire à des rë^es. Aussi n'ést-il pas rare de Toir ces qualités séparées : atec des moyens très-ordinaires, très-médiocres pour apprendre et pour produire , on a quelquefois une grande justesse, une grande rectitude d'esprit. Telle était la femme de J. J. Rousseau, suivant ce qu'il rapports d'elle. «Bornée, et, si Fou veut , êhipide , elle était d'un conseil SKoeltout dans les occasions difficiles. » Au contraire^ de brillantes facultés intellectuelles, une mémoire et une imagination peu communes, ne sont pas toujours jointes , il s'en faut bien, à un grand sens et à une raison solide. « Les Grecs , dit Voltaire, ont eu de l'esprit jusqu'à la folie. >

De là une première division entre les synonymes de cetto famille. Les uns, savoir : ttupidê {héhété),imhéciU, idiot et tiieple, expriment principalement, sinon uniquement, le manque d'ia. telligence ou de oonoeption. Us peuvent f&rmer une première classe. Dans «ne seconde entrent naturellement les mots «ol^ insensé ^ /bu, déraisonnable, sstravagant et obntrie, qui servent plutôt à attribuer un défaut de jugement , de raison ou de bon sens.

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