‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 405 sur 426 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

VatUmehement; et cet attouchement de la lumière vient frapp3r mon œil de mille millions de lieues. » Volt.

!• TAIRE, CELER, GACHER; — 2» DISSIMU- LER , DÉGUISER ; — 3« COUVRIR , VOILER , EN- VELOPPER, FARDER, PALLIER. Faire en sorte qu'une chose ne soit pas sue ou aperçue.

!• Taire y celer ^ cacher.

Taire ^ celer et cacher sont négatifs; ils signifient ne pas produire , ne pas manifester , ne pas laisser paraître, tenir hors de la vue. Un pénitent aux pieds de son confesseur, un témoin devant la justice , tout homme rendant compte de sa conduite , tait , cèle ou cache quelque chose , quand il le garde pour lui , qu'il en fait un secret.

C'est ce que taire exprime simplement : on tait en ne parlant pas , en n'ouvrant pas la bouche. « La jalousie est une passion qu'on peut avoir , mais qu'on doit taire, ^ Mortbsq. « Il n'est pas toujours défendu de taire la vérité, quand c'est pour la mieux honorer. * J. J. « Il serait important de convenir des confesssions qu'un prêtre doit révéler et de celles qu'il doit taire, » Volt. 11 se peut qu'on taise une chose par paresse, par timidité , par caprice , par omission.

Mais celer marque l'attention qu'on a , le soin qu'on met à retenir sa langue et l'eflort nécessaire pour cela.

J*ai de fortes raisons qui m'ont fUt révéler Un liymcn que vous-^iAme aviez peine i eeUr,

Mol.

Sire» U n'est plut besoin de vous dissimuler Ce que tous mes efforts ne vous ont pu ceUr.

(Chimène). Goen.

Les temps sont accomplis, princesse : il faut parler; Et votre heureux larcin ne se peut plus celer.

(Joad il Josabet). Ric.

s II y a un édit de Henri II qui ordonne qu'on punisse de mort toute femme ou fille qui , ayant celé sa grossesse, accouche d'un enfant trouvé mort sans avoir été baptisé. » Volt. « Je conçois qu'un scélérat associé à d'autres cèle d'abord ses complices : cependant il avoue tout & la fin. » Id. Au reste , celer ^ latin celare , n'est guère usité qu'en poésie et en termes de palais.

Cacher renchérit sur celer : c'est faire d'une chose , non-seulement un secret , mais un mystère , c'est l'ensevelir dans un profond silence ; ce qui suppose une affaire de plus grande conséquence et des motifs ou des intérêts plus puissants. « C'est un secret important ; car je le dis à vous-même à regret , et si je pouvais le cacher davantage , vous ne le sauriez point. » Mol. « Il en est peu qui , de dessein formé , cachent un péché mortel à leur confesseur. » Bourd. « ^e czar menaça son fils Alexis de mort , s'il lui cachait quelque chose. > Volt. « Quel état affreux pour une femme de cacher à son mari la moitié de sa vie pour assurer le repos de l'autre. > J. J.

Il est clair, dit Roubaud , que taire marque le pur silence qu'on garde sur la chose ; celer , le secret qu'on en fait; cacher, le mystère dans lequel on veut l'ensevelir. Pour taire une chose, il suffit de ne la pas dire , quand il y a occasion d'en parler; pour la celer ^ il faut non-seulement la faire , mais encore avoir une intention formelle

de ne point la manifester, et une atteotion^ir. culière à ne pas se déceler; pour la cocker. i est obligé non-seulement de la celer^ mais mi^ de la renfermer dans le foad de son cœir. tait ce qui déplairait à quelqu'un ; o& cèk Gtx. lui nuirait; on cache avec le plus ^randsoh: qui le perdîrait, s'il n'y a pas une obligal;»: parler.

2* Dissimuler , déguiser. \

Dissimuler et déguiser ne sont point n^ti5 celui qui dissimule ou qui déguise ne se ccnîti-t point de dérober aux yeux une certaine chose. l agit pour faire illusion relativement à cetk chose. Une femme qui lait, cèle ou cache sa sentiments n'en laisse rien Toîr; une femiae qm \ dissimule ou déguise ses sentiments se ccsdo.: ' de manière à faire accroire que ses sentimsnls os sont pas ce qu'ils sont. « Discrète , prudeiite et réservée, vous avez l'art de cacher vos sesâments sans les dissimuler, » D*Ax.. Qu'on tjist. qu'on cèUy qu'on cache , c'est de la réticence, de la retenue, de la réserve ; qu'on dfssimitk û§ qu'on déguise^ c'est de l'imposture. Un homioc caché est retiré , secret ; us homme dissimule' &i trompeur, fourbe. ZKsnmvler et déguiser ont donc cela de très-distinctiî, qulLs unpliqatnt une idée de feinte ou d'artifice. « L'aveu de nos crimes n'est souvent qu'un artifice coupable qui les déguise y et nous portons la dtscistulatios jusqu'au pied môme du tribunal de la péaiteoce.* Mass; c Minerve sourit de la feinte d'Ulysse, et lui dit : 0 le plus dissimfulé des mortels, boasae inépuisable en détours et en finesse, vous ut pouvez vous empêcher de recourir à vos déguisements ordinaires. Mais laissons li ces tromperies. > Fbn.

On voit déjà que dissimuler est plus générai, et dffguiser plus particulier. L'homme dissimulé use de déguisements. On dit absolozneat dioimuler ; avec déguiser , il faut nécessairemsKl un régime. La dissimulation est l'art, Ybabiviàe oiz le défaut; les déguisements tn. sont les traits :a les tours. « Nous naissons tous avec un fonds àe dissimulation sur ce qui se passe au dedans & nous-mêmes; toute notre vie nest presque qu'un déguisement continuel. » Mass. — D'autre p£it, dissimuler^ c'est mentir plus nettement, ûîre semblant que la chose n'est pas; de^uifer.c'esi mentir plus indirectement , en travestissant la chose , en la faisant paraître autre quelle n'est L'orateur chrétien ne doit ni dissimukt û d^ guiser nos vices (Boss.) ; les dissimuler serait faire croire que nous ne les avons pas; les d^guiser serait les rendre spécieux , leur à/ma des couleurs mensongères. Suivant Labrojèv, un homme qui sait la cour dissimule les nuuTais offices (c'est-&-dire feint qu'on ne lui es a pas rendus ou qu'il ne s'en est pas aperçu , n'es tient nul compte) , et il déguise ses passions |c'e3t-à' dire qu'il en impose sur leur caractère, qu'il leur donne l'air d'être ce qu'elles ne son tpss). L'historien qui dissimule des miracles (Boss.)les supprime comme n'ayant pas eu lieu ; celui çoi les déguise (In.) les défigure par la manière de les présenter. Une femme dissimule son amoor en faisant l'indiflëreate; elle le déguise en da-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

ant à croire que c est de l'amitié ou tout autre întiment.

3* Couvrir, voiler, envelopper, farder, pa^er.

Ces verbes n'emportent pas , comme dissimuler i déguiser y l'idée d'une fausseté toujours plus 1 moins odieuse, et ils diffèrent de taire , de '1er et de cacher de la manière suivante. B*a- )rd on tait , on cèle et on cache à quelqu'un : >us me taisex , me celex ou me cachex un seet. On couvre^ on voile ^ etc., simplement, et >n pas à tel ou tel. Ensuite , taire , celer et caler sont négatifs; pour faire l'action qu'ils silifient , il n'y a qu'à s'abstenir ou à se conte- Ir. Mais pour couvrir, voiler, etc., il faut trouer de quoi, des prétextes, des couleurs, des usons , et ridée de pareilles choses est tout à it caractéristique de couvrir ou mettre une ouverture, de voiler ou mettre un voile, d'enelopper ou mettre une enveloppe , de farder ou lettre du fard, de pallier ou mettre un maneau {pallium). Avec de l'empire sur soi-même, n tait, on cèle et on cache; avec des ressources .ans l'esprit et de l'habileté , on n'est jamais em- »arrassé pour couvrir, voiler, envelopper, farder, rallier. Taire, celer, cacher, c'est garder en delans; couvrir, voiler, envelopper, farder, palier, c'est mettre quelque chose dessus ou deant.

Couvrir et voiler sont opposés en ce que courir signifie rendre invisible de tous les côtés, empiétement , au lieu que voiler veut dire seu- 3ment mettre devant la chose un corps mince ui permet au moins de l'entrevoir. Les nuages ni voilent le ciel ne le font pas disparaître aussi ntièrement que s'ils le couvraient. Les vêtements .'une femme couvrent son corps; son voile ne ait qu'empêcher de voir distinctement son viage. Une femme adultère cherche à couvrir FÉN.) et non pas seulement à voiler son infidéité. Ce qui couvre notre ignorance (Mal.) la met i couvert de tout regard indiscret; ce qui la TOile (BuFT.) ne la laisse pas apercevoir aisénent. Il en est de même de ce qu'écrit un philojophe pour couvrir (Mal.) ou pour voiler (Lah.) son athéisme.

Envelopper a exclusivement rapport au sens des choses : on enveloppe ce qu'on ne veut pas qui loit développé, éclairci, entendu, c Jl sait parler imbigument, d'une manière enveloppée. » Labr. c Un auteur ne doit rien laisser à chercher dans \3. pensée ; il n'y a que les faiseurs d'énigmes qui loient en droit de présenter un sens enveloppé, » ?év. « Je voulais, dit Aristote , cacher mes prinîipes : c'est ce qui m'a fait envelopper ma physique. » In. « Je l'ai fait voir dans l'Exposition , et L'anonyme ne fait qu'envelopper la matière. » Boss. c Le duc de Glocestre disait que les Français étaient trop subtils , et qu'ils ent?eZoppatent tellement les choses par des paroles ambiguës , qu'il n'y avait dans les traités que ce qu'ils voulaient. > Id. Raisonnement enveloppé (Acad.), prédiction enveloppée (Mass.)-

Farder a' exclusivement rapport à l'effet désagréable des choses : on farde celles auxquelles on met des couleurs, parce que, présentées telles

qu'elles sont , elles choqueraient ou déplairaient. « Les voix de ces jeunes filles fardaient leurs visages , et tant qu'elles chantaient, je m'obstinais, en dépit de mes yeux , à les trouver belles. > J. J. a Les poètes dépouillent les passions de ce qu'elles ont de plus horrible., et les fardent tellement par l'adresse de leur esprit , qu'elles attirent l'affection. » Nie. « Je pris le parti de farder h vérité dans les endroits où elle aurait fait peur toute nue. » Les.

Pallier , c'est couvrir ou voiler , non plus en obscurcissant, comme envelopper, non plus en embellissant , comme farder , mais en atténuant , en faisant paraître moins mauvais ou moins coupable. « M. de Cambrai s'acquiert seulement la réputation de bien et éloquemment pallier une cause visiblement mauvaise. » Boss. On pallie des défauts (Labr., Volt.), des crimes (Pasc, Boss.), la noirceur d'un forfait (J. J.), des méchancetés (Boss.), des abus (Mass.), le mensonge (Rac), des usures (Bourd.) , des maximes pernicieuses (Pasc), des torts (Marm.), etc.

TAPIR (SE) , SE BLOTTIR. Se mettre dans une posture resserrée, dans laquelle on est retiré sur soi-même ; en parlant des hommes et des animaux.

Se tapir, c'est se mettre à la manière des fruits tapés, s'aplatir, s'appliquer contre, comme une tapisserie contre la muraille. Aussi dit-on bien se tapir contre ou derrière. « Nous avons essuyé dans le bateau à cent pas de ce pont un petit orage ; mais nous nous sommes tapis contre le rivage, s Sév. « S'ils aperçoivent les chasseurs , les tétras se tapiront contre terre, et se cacheront de leur mieux. » Buff. « Si on entrait dans l'endroit où cette chienne était enfermée, elle se contentait de se tapir à terre , comme si elle se croyait alors bien cachée.... Dès qu'on se retournait de son côté , eUe se retirait bien vite et se tapissait de nouveau sur la terre. » In. Se iapir derrière une haie, derrière une porte (Acad.).

Mais se llottir, c'est s'arrondir et non s'aplatir, c'est se mettre en bloc , en boule , se rouler sur soi-même , se ramasser, dans un trou ou quelque chose de semblable , qui enveloppe et couvre au lieu d'abriter. On ne se blottit pas contre ou derrière , mais dans ou sous.

Le trou de rescarbot se rencontre en chemin.

.... Jean la^in *'y blottit, Laf.

Le chat blanchit sa robe et s'enfarine; Et, de la sorte déguisé,

Se niche et se blottit dans une hache ouverte. Id.

c Les perdreaux se sont blottis chacun de son côté dans les herbes et dans les feuilles, s Buff. « S^giter avec effort dans le vague de l'air , ou rester blottis dans leur trou , voilà la vie des martinets. » Id.

Il (le Temps) étendait ses deux pesantes ailes.... La Vérité, qu'on néglige ou qu'on fuit. En gémissant, se blottissait bous elles. Yolt. En bienheureux, derrière le rideau

Il (Monrose) se tapit

Le prince sdors fait tomber sur l'autel, Avec grand bruit, lé rideau sous lequel Se blottissait cette aimable figure.. Id.

Ensuite, quoique d'ordinaire on se tapisse et

DEUXIËXE PARTIE :

on se blottisse pour se cacher, ce bat est particalièrement indiqué par se tapir. On se tapit pour n'être pas tu, pour être en tapinois , en cachette. Hais il peut se faire qu*on se blottisse sans a?oir rintention de se cacher : c'est ainsi qu*un enfant , pour avoir moins froid, te blottit^ m pelotonne, se couche en rond dans son Ut.'

TAPISSERIE, TENTURB. Grandes pièces d*étoffe qu'on applique sur les murs pour les parer.

Tapisserie a rapport à la façon, à la fahriciation de la chose , et terUure à son usagpe. La tapisserie est un ouvrage, le résultat de Taction d'un4irtiste ou d*un artisan, comme la bijovlerie, la draperie , la coutellerie , la bonneterie , etc. La tenture^ c'est ce qui est tendu, ce qui se trouve actuellement employé à couvrir les murs et à les orner. La manufacture des Gobelins travaille en tapisserie; un décorateur place des l^nCure*. Voltaire raconte qu*il songea à faire exécuter la Bewriade en tapisserie, promettant à l'artiste d*en acheter pour lui-même une tenture, La lapisserie tendue, mise en place, est tenture; la tenture, considérée dans la main de Touvrier qui la fait à Taiguille ou au métier, est tapisserie. Une belle lapinme se distingue par ta main-d'œuvre ou le sujet; une belle tenture, par reflet ou le nombre des pièces dont elle se compose. « le me contenterai de parler d'une tapisserie relevée d'or, laquelle on lit remarquer principalement à Psyché, non tant pour Touvrage, quoiqu'il fût rare, que pour le sujet. La tenture était composée âe six pièces. Dans la première on voyait.... • Lap.

Une seconde différence résulte delà terminaison de tenture, et elle est clairement indiquée dans l'exemple précédent, c'est que la fenture est, comme la toiture, la mdrure, l'armure, etc., quelque chose de collectif, quelque chose dans quoi entre la tapisserie comme élément. « On distingue les tapisseries par pièces, on les vend à la pièce, on les compte par aunes de cours. Plusieurs pièces qui tapissent un appartement s'appellent une tenture, s Volt. On dit teiUvre de tapisserie , comme on dit habit de drap ou en broderie, robe &e mousseline, bonnet de dentelles. La tenture est donc , suivant l'exacte définition de l'Académie, un certain nombre de pièces de tapisserie ordinairement de même dessin, de même facture , se servant Tune à l'autre de pendants, ou représentant des lujetâ qui font suite l'un à l'autre.

Quand les deux mots s'emploient en parlant d'un ornement qui n'est pas en tapisserie , qui ne consiste pas en une étoffe travaillée à l'aiguille ou au métier, mais qui est composé d'une étoffe ou d'un tissu quelconque, de cuir, de papier, etc., tapisserie donne idée de la matière, et tenture de l'ensemble : une tapisserie de papier peint (ACAD.), une tenture de papiers peints (lo.); une tapisserie de brocatelle, une tenture de deuil. Il semble aussi que la tapisserie a moins d'étendue, et que le mot convient mieux quand il est question de petites chambre» ou de cabinets.

1" TARDER, RRIARORR; — f DIFFÉRER, REGULER; — 3» REMETTRE, RENVOYER. Tous [ ces verbes signifient que, au lieu de Taire une chose '

le tons fer I t. c'este*-»

sur>le-champ , on se met dans le cas de la S.*

ultérieurement, en un temps plus ou moini &.. gné. On tarde à partir, on relarde son dcçtr on le diffère ou on le reeuXe; on le mnef on a:« rennoie à une autre époque.

!• Tarder, retarder.

Tarder et retarder se distinguent de synonymes par un caractère frappant, marquent inopportunité, c'est qu'ils onlnzyT. à un temps où la chose devrait ou aurait dû é:;^ faite. La chose qu'on farde à faire ou qu'on rrtorde se fait ensuite tard, c'est-à-dire après j temps nécessaire ou déterminé , soit relatiTeoes: à sa destination, soit' relairvement au désj- ii ceux qui l'attendent, et soit que le retard riezje de notre faute ou qu'il soit l'effet d'un accident, d'un malheur , d'un obstacle. Il faut donc se servir de tarder ou de retarder toutes les fois qu x aurait dû agir sur-le-champ.

Quant à la différence à mettre entre lord^ si retarder, elle a été indiquée dans la P* parus, p. 1«.

2* Différer, reculer.

L'un et l'autre se prennent bien dans le sens neutre : on diffère, on rtoile, au moment d'agir ; remettre et renvoyer veulent louiours a^près eux un complément. Quand différer et recider sont actifs, ils ne s'emploient qu'avec des noms de choses ; remettre et renvoyer se disent également des choses et des personnes. Outre cela, diffem ^X reculer expriment un ajournement indéâ:ii, lis ne font point entrevoir de quelle durée sera le délai: les deux autres, qui sont plutôt des termes de palais, déterminent rajouraement , le iîiejiL Enfin, différer et reculer dénotent de l'hésitatiûQ. de la crainte et tout au moins de la pmdetice, ils tiennent plus aux circonstances dont oa ne dispose pas , et de 1& vient qu'ils ne marquent pas d'époque fixe; remetU^ et rnitoyer sont des actes d'autorité, des dispositions souveralLes, des résolutions bien arrêtées , ils tieniient plus aux convenances et au libre choix de cela! çs* remet ou renrote, et c'est pourquoi la remîM et le renvoi sont à époques fixes.

On diffère dans l'espoir de mieux , on ntkfe dans la crainte du mal. Quand on dt/Jere, on a la perspective d'arriver à un bien ; quand on reoile, on se propose uniquement d'éviter un mal. û y a dans différer quelque chose de plus postiT. et quelque chose de plus négatif dans reculer. Différer, c'est temporiser, c'est-i-dire ne pas agir actuellement, dans l'espérance d^un temps plas favorable; reculer, c'est traîner en longnear, chercher des détours, des subterfuges, tergiverser, barguigner, biaiser, t&cher d'éluder queîqas chose de pénible qu'on ne veut faire qu'à I2 dernière, extrémité et à son corps défendant, mais qu'on sera toujours obligé de subir.

On diffère une chose , parce qu'on compte tfûnver pour la faire un moment plus propice que le moment actuel; c'est un calcul, un acte de prudence et de raison. « Dieu peut différer la récompense et la peine , selon que Texige ou le permet l'ordre de sa providence. » Val. « J'aime mieux différer mon plaisir et en jouir à mon aise.» J. Jc Je voulais goûter dans tout son charme le pl^i-

SYNONYMES ^ RADICAUX DIVERS

•îr de la reT«lr» J'almas wkna. le différ&r ira peu >our 7 foénésB odni élfttire «tteouln.» Id. « Je l'avais diffM jusques alors à vous envoyer cette ettre que peur vows ea épargner le port. » Disc, ^n têâUiB «ne flhoM, parée q«'QB ae von^irait as ^'elle se fit, oi parce qv'Mi voudrait qu'elle e fit le plus tard poûibte; ce moi emporte l'idée e gêne, de contrainte; on cherche à gagner du nrain ou plutAt du tempe : on recule le moment 'une entrevue ftti effnye, l'oecason d'un aveu ni eoûte^ d'uBe dépenae qui pèse» d^ine opéraon qui sera douioureuee. « Feodeot «a an mon dversaire ne St que tcalner et reciUer he ju gèlent, s BiAVV. c Le penpie (ea. neioniaut des écemvirs) ne «ougeait qu*à reeuier le rétablisament de l'autarité coosulairi qui lui était forddable. » YKar. « Jngurtiia crut qu'ii lui restait Qcore assez de forces pour traîner la guerre eo )ngueur, ou du moins pour reculer sa perte de oelque ien^. > Id« firiphile , dAns las Anumts \agnifiques, déteste le mariage et recule toi^ours i choix qui la doit engager (IfoL.).

On diffère jusqu'à l'occasiou fiavoiabto; on relie le plus possible.

On ne cesse pas de sToceuper de k cftose dt/< rée, on ne L'abandonne pas, en est toujours rât à la laire au prenier moment convenable; tiaod on a reculé uae chose, c'est une affaire u'on a laissée là, on n'est pas disposé à saisir occasion prochaine de la faire, on s'en ost déimssé et on n'y son^^ plus»

8* ileoi6Nr0,reMVoyer.

B/emetUre^ c'est ajourner; reneoyer, c^est presue rejeter. On remet ce qu'on n'a pu ûiire ; on mvoie souvent ce qu'il ne plaii pas de faire , et insi on s'en débarrasse. Il y a de la réflexion , u calcul, de la prévoyance dans i'action de remettre, «M. Racine est présentement tout occupé finir sa pièce.... Je vous prie donc de remeilre la semaine qui vient le récit que vous souhaitez ii'U fasse à Mme de Lamoignon. » Bqil. « Je me s une petite garde-robe arménienne ; mais l'orage ccité contre moi m'en fit remettre l'usage à des iinps plus tranquilles. » J. J.

□and Toolez-voQs simer que dans Totre printemps? u'dez-vous bien surtout de remetim à rantomne.

Uw, ais il y a de la brusquerie, de Thumeur, de la gèreté , de l'indifférence dans' l'action de renïyer, c liefivoy^ à des années de langueur et infirmité l'affaire du salut, c'est la manquer. » Ass. « Que je ne renvoie plue (mon repentir, ma mversion) à un lendemain qui n'arrive jamais.» K « De peur que tous ne vous imaginiez peutxe sur ma lettre d'auionrd'hui que je voudrais mvoyer aux Rois votre visite , de quoi je serais ien fàohé. » J. J. On doit dire renvoyer el non as remettre aux calendes grecques. Les tyrans e Thèbes dans l'ivresse d'un festin renvoient au indemain les affaires sérieuses. Un juge remet à uitaine une affaire sur laquelle il veut s'éclairer, icueillir de plus amples renseignements; il rem- Jie à huitaine une autre affaire par lassitude , ar ennui , parce qu'elle lui semble trop longue, n élève fatigué remet son devoir au lendemain ; n élève renvoie au lendemain un devoir dont il

est laa, qui lui pèse, qu'il n'a pus le courage de faire.

Ouaad on rmuA une affitine, m. prend dès ce moment avec soi-mèsM l'engagement d'y revenir à l'époque déterminée; nais renvoyer «prime qu'on prend peu 4e souci de l'affawe , qu'on ne l'a pas à cœur, qu'on tient surtout à sortir de peine , d'ennui , d'embarras.

TEL, SEMBLABLE, PARRIL. Termes de comparaison. Achiile , Isl qu'un aon, temblahle à un lion, pareil à un lion; de tds discoua ou de Uls abus, de eeviAaMfee diseoun ou de semMo- Met abus, de poret^ discours ou de paraît abus, etc.

Tel se distinguo des deux autres mots pu sa rigueur : il exprime un rapport de conformité absolue, et jusqu'à l'identité. Te{ est mon senti* ment : voilà mon sentiment, c'est mon sentiment même. Tel mattre, <ei valet : dites-moi quel est le mattre, son caractère propre, je vous dirai queiest le valet, ses qualités, sa nature. Tel, comme l'adjectif démonstratif oe, cef, est propre à rsppeler une persomie ou une chose dont ti vient d*étre question. « Libanios dit qu'à Athènes un étranger qui se mêlait dans l'assemblée du peuple était puni de mort. C'est qu'un tel homme usnrpait le droit de souveraineté. » Xon^ TBSQ. On dit, de teli ou de umblablee discours (Boss.), c'est-à-dire ces discours, ou quelque chose d'approchant, des discours analogues- <c Avec de tels ou de eemblaliee sentiments , il faut goûter intérieurement Jésus-Christ. » Boss. « Joconde fit un dénombrement des rois et des césars qui avaient vu leurs femmes tomber en teUe ou eemblabU pratique. > Lav.

Sembleible et pofreil sont relatifs, non pas, comme tel, à l'exactitude du rapport, mais à sa nature. «Semblable annonce une restewblance , un rapport extérieur de traits, de forme, de configuration ; et pareil , un rapport intrinsèque de valeur, de mérite, de force, une équipollence. On dit, de semblables monuments (Roll.), et un pareil nombre ( In. ) ; de semblables manières (Bouan.), de semblables disputes (P. R.), et une pareille honte (Mol.)., de pareiiies lois (Volt.), un pea^ mérite (Bourd.). Nos semblables sont faits comme nous ; nos pareils sont du même degré , du même étage , ils ne nous sont ni supérieurs ni inférieurs pour la condition, le talent, etc. Semblable est un terme de description,^ concret, significatif du réel; poreti est un terme d'estimation, abstrait, significatif de l'idéal, du possible ou de l'hypothétique. « Je ne condanme pas votre réponse ni de eemblables dans des cas poretlf . 9 Boss. « La contagion fit un grand dégât dans Athènes : on n'en avait jamais vu de semblable, Thucydide la décrit, afin qu'une rela-* tion exacte pût servir d'instruction à la postérité, si un pa/reil malheur arrivait une seconde fois. »

ROLL

Un objet tel qu'un autre n'en diffère point; un objet semblable à un autre s'y rapporte; un objet pareil à un autre le vaut, ne lui cède point. Achille, tel qu'un lion, est tout à fait comme un lion , on le prendrait pour un lion , et on pourrait dire de lui * ce lion s'élance; semtlable à un

DEUXIÈUE PARTIE ;

lion , il a l'air d*an lion, il en imite la furie, sa Tue rappelle l'idée du lion; pareil à un lion, il est animé comme un lion , il a lé même degré de fureur. De tels discours, signifie ces discours; de semblables discours, des discours de ce style, ainsi tournés; de pareils discours, des discours de cette sorte ou de cette force.

TEMPLE , ÉGLISE. Édifices publics consacrés à Dieu et destinés à l'exercice du culte.

Temple vient du latin templum , que les Latins employaient dans la même acception. Église tire son origine du grec ixxXVjaia , qui signifie seulement assemblée. Ce sont les chrétiens qui les premiers ont attaché à ce mot l'idée de temple , qu'il n'avait pas dans l'antiquité, et qui est ensuite passée à ses dérivés , le latin ecelesia «t le français église. En conséquence , temple exprime le genre , et il est plus noble.

Une église est un temple de chrétiens. « Les grands de la nation (chez les Français) s'assemblent dans un temple qu'ils nomment église. » Labr. « Dès lors Constantin permit de doter les églises , comme l'étaient les temples de l'ancienne religion. 9 Volt. « Les chrétiens avaient publiquement des églises élevées sur les débris de quelques temple» tombés ou ruinés. » In. «Jésus-Christ chassa les vendeurs du temple de Jérusalem- C'est à ce premier temple que nos églises ont succédé. 9 Boss. c pn se figure d'ordinaire les fempies anciens semblables à nos églises , une longue nef, un chœur pour les chanoines et un autel au bout. « ID. Les sauvages de l'Amérique n'avaient pas de temples ; nos missionnaires leur ont fait b&tir des églises au Paraguay (Montbsq.). — Le terme d'église est même encore plus particulier , car parmi les chrétiens les protestants se servent toujours de celui de temple. « Charles XII avait exigé qu'on dépouillât les catholiques de cent cinq églises en faveur des Siiésiens de la confession d'Augsbourg; les catholiques reprirent presque tous les femp(ef luthériens après la bataille de Pultava. s Volt. « Par cet édit il fut permis aux réformés d'avoir des temples dans les faubourgs ; mais aussi ils devaient restituer les églises dont ils s'étaient emparés. > Id.

Lorsque femp{6 et église se disent en parlant du culte catholique , temple est plus noble et église plus commun. « La barbarie avait introduit l'ordre gothique pour les palais et pour \estemples.9 Labr. « Les chrétiens avaient un temple superbe à Nicomédie. » Volt. «Le moment où notre Dieu se montre dans le temple, » In. « Les chrétiens eurent (alors) des temples magnifiques, ornés de vases d'or et d'argent. » Cown. « Seigneur, rendez la majesté à tant de temples profanés , le culte et la dignité à tant d'églises dépouillées. » Mass. c Onuphre évite une église déserte et solitaire ; il aime la paroisse , il fréquente les temples où se fait un grand concours. « Labr. ^ Ensuite , temple exprime plus particulièrement l'idée qu'on s'est faite partout et toujours de ces sortes de lieux , c'est que la dirinité 7 habite plus qu'ailleurs, y fait son séjour; et église^ conformément au sens étymologique du mot , a plutôt rapport à la réunion du peuple en un édifice commun pour prier. Dans le temple on doit être recueilli , plein

de respect devant Dieu; tous les dimanches. V fidèles se rendent è Yéglise pour assister a^ kvice divin.

Enfin, temple se prend seul aa figuré. «î: vous présentant à l'autel , rendez-Toos digns > devenir les temples et la demeure de Totre D^> Mass. « Les hommes ont été rachetés d'un prj infini pour être faits les temples du Dieu viT3::ii Pasc. « Dans ces passages nous sommes appe'ï: le iempU du Saint-Esprit. » Boss. ■ Les &drl^ que Dieu anime par son esprit et dans lesqnels û réside comme dans son temple, » Hal.« Pope éii que l'immensité est le temple de Dieu. » Volt.

1* TENIR À, DÉPENDRE DE; — i^WSCtTO.

SUIVRE, S'ENSUIVRE;— 3* TEKIR, PlRnS.

NAtTRE; — 4* PROVENIR, PROCi3ia; — h* DÉCOULER, DÉRIVER, ÊHAIfER. Tous es verbes servent à expliquer les choses, à en rendre raison.

Mais tenir à et d^endre de marquent à qud elles sont liées ; un événement titiU d celui ot. dépend de celui auquel il se apporte comme accompagnement ou accessoire , comme un de ses tenants et aboutissants. Bétuker, suirre et s'ensuivre indiquent après quoi éUes se trouTent 00 ont lieu , ce dont elles sont des eSets, des suWes ou des conséquences. Venir , partir et natf re annoncent d'où elles sortent , leur point de départ , leur extraction, leur descendance. Provenir et procéder ont exactement le même sens que les trois mots précédents; seulement ils sont plus scientifiques ou s'appliquent à des choses phs remarquables, à des phénomènes , à des choses qui apparaissent , qui sont mises dehors ou &i avant, pro. Découler^ dériver et émuur expriment aussi d'où sortent les choses , mais à'ot elles sortent à la manière des liquides on des fluides qui s'échappent du sein où ils sont contenus; ce sont des termes métaphoriques qui désignent, non pas d'une manière simple et absUraite l'origine , mais d'une manière figurée el concièle la source. (Voy. Commeneemeni , naitsamce; oiv gifie, source, p. 446 et 447.)

1« Tenir à , dépendre de. Etre attaché à. Uce chose ftsiit à une autre ou en dépend , quand eOe va avec elle, quand elle en est inséparable, quand celle-ci entraîne ou amène celle-là.

Mais tenir à s'emploie en pariant d'une d»se arrivée ou constante, et dépendre de (de penàfre, être en suspens), quand il est question d'une chose éventuelle, pendante ^ indécise. Vous dites d'un événement passé que tous racontez :cel événement tient à telle cause; et au sujet d'osé affaire à traiter : le succès dépend de l'emi^oî ée tels moyens. La mauvaise humeur de cet hosiae tient à sa santé ; l'humeur d^»«iid de la santé. Il est fort timide , cela (t'enl à ce qu'il manque d'usage (ACAo.); mon salut ou ma perte dépendent de sa réponse (Id.).

2* Résulter^ suivre, s'ensuivre. SuoeédCT, venir après , et particulièrement , en termes de logique , se déduire d'une vérité antérieure.

Une chose réstUte d'une autre qui la prodoit; une chose en suit une autre ou suit d'une antre qui la précède. La guerre et ce qui en résulu, c'est-à-dire la guerre et ses effets, et ce qu'eL'«

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

use ; le mariage et ce qui s'ensuit, c'est-à-dire mariage et ses suites, le mariage et les faits bséquents.

En termes de logique, résulter y à la différence i suivre et de s*ensuivre , suppose une opération , 1 raisonnement, une recherche. D'une démonration il résulte , et d'un principe il suit telle lose. Résulter résume une discussion : « Ce qui ^sulte de tout ceci est que.... » FéK. Suivre et snsuivre conviennent davantage par rapport à ne conséquence immédiate : « Ce fondement [>sé, il s'ensuit que..,, » FéN.

Suivre et s'ensuivre équivalent l'un & l'autre , . ce n'est que s'ensuivre signifie suivre de là. De L il suit que...; il s'ensuit que. «Si cette nature niverselle ne peut pas être les corps , il suit de i que.... Comme elle est une matière qui pense, . s'ensuit que....» Labr. Dire, d'où il s'ensuit ou e là il s'ensuit , c'est faire un pléonasme* 3* Venir, partir\ naître. Tirer son origine de- Be ces trois mots le premier est le plus com- Qun et le plus général. Partir implique l'idée le mouvement : une injure part de telle personne, ('est comme un trait lancé de sa main. Telle fa- ;On de parler vient de tel usage ou de tel préugè ; tel mouvement de compassion part d'un Don naturel. Le mécontentement peut venir ^HoL.) d'un mauvais accueil; les répréhensions peuvent partir ou d'un esprit de piété et de charité , ou d'un esprit d'impiété et de haine (Pasc). Eien ne vient de rien; rien de généreux ne peut partir d'un motif égo!ste ou d'une plume toute vénale.

Naitre^ c'est venir par voie ou comme par voie de génération, ou commencer à voir le jour. Nos plus grands plaisirs naissent de nos besoins (ÀCad.) , ils sont fils de nos besoins. Les sciences ne prospèrent pas toujours dans les pays où elles naissent (Acad.), c'est-à-dire où elles viennent au monde, où elles commencent à paraître pour croître ensuite et se développer.

« La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur. > Larogb.

De jaloux mouvements doivent être odieux, S'ih partent d'un amour qui déplaît à nos yeux.

Mol.

Une querelle fait naître entre deux familles une haine irréconciliable (Acad.) , sentiment susceptible de s'entretenir et de s'accroître.

4" Provenir , procéder. Tirer son origine de ; non pas dans le langage commun et en parlant de choses communes , mais quand il est question de choses extraordinaires ou scientifiques, ou dont on veut donner expressément l'explication. Provenir est matériel; procéder, excepté dans le langage théologique , où on dit que le Saint- Esprit procède du Père et du Fils, est formel. Aussi provenance signifie- t-il une denrée, etproeédé une manière d'agir. Les enfants qui proviendront de ce mariage , les biens qui proviennent de la succession (Acad.); un mal, une maladie procéda de tel ou tel accident.

Les médecins disent , quand on est ivre, Qae de sa femme on se doit abstenir ; Et que, dans cet état, il ne jmi jfrovenir

Que des enfants pesants et qol ne sauraient vivre.

Mol.

Mais dans le Médecin malgré lui, on lit : « Cette maladie est une feinte maladie. Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut; et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédait, qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie. »

Dans les sciences qui ont pour objet des réalités , provenir est le mot propre, « Il m'arrive souvent de voir sur certains objets certaines couleurs ou certaines taches, qui ne proviennent point des objets mêmes, mais du milieu à travers lequel je les regarde, ou de l'altération de mon organe. » Boss. « D'où provient cette race d'anthropophages, supposé qu'elle existe?» Volt. « Les bitumes et les autres huiles terrestres pa- raissent provenir des substances végétales et animales , et en même temps Tacide provient de la décomposition du sable vitrescible par le feu, Tair et l'eau. » Bqff. — Mais en matière de métaphysique ou par rapport aux objets intellectuels , on doit se servir de procéder. « De la crainte procède ordinairement le respect; du respect, l'amour. » Boss. « La liberté ne procède précisément ni d'irrésolution, ni d'incertitude, ni d'aucune autre imperfection. » lo. a U n'y a pas moins de répugnance que la fausseté ou l'im: perfection procède de Dieu en tant que telle , qu'il y en a que la vérité ou la perfection procède du néant. > Desc. « Cette faiblesse de l'art ne procède pas seulement de la résistance trop forte que fait la nature , mais aussi de la propre imperfection de ses principes. • Vauv.

b*" Découler ; dériver , émaner. Tirer sa source de.

Ce qui découle coule de haut en bas , comme l'eau qui découle d'une voûte ou d'une montagne, la sueur du front , etc. Ce qui dérive ne suit pas la direction du courant d'où il vient, mais il s'en éloigne , comme les saignées ou les ruisseaux qu'on dérive d'un fleuve. Une chose qui découle descend ou tombe en droite ligne ; une chose qui dérive s'écarte du lieu d'où elle sort et forme comme une branche à part. D'une vérité supérieure découle immédiatement telle vérité subordonnée ; d'une vérité générale dérive d'une manière plus ou moins détournée telle vérité particulière. Il est plus facile de trouver la source d'où découlent les choses que de découvrir celle d'où elles dérivent. « Il y a un souverain bien duquel tous les biens d^cou^ent dans cet univers.» Boss. « Innombrable fut la quantité de familles ruinées , et les cascades de maux de toute espèce qui en dérivèrent. » S. S. La justice divine est la source à' o^. découlent nos idées du juste ou du droit, et d'où dérive en définitive tout ce que nos lois renferment de raisonnable.

Émaner ne se dit pas toujours des liquides , comme les deux mots qui précèdent, mais quelquefois aussi des fluides ; c'est alors une émission proprement , et non un écoulement qu'il exprime. Il y a des corpuscules qui émanent des corps odo< rants(ACÂn.); la lumière émane du soleil (Volt.); une certaine chaleur émane de la terre [Buff.).— Ensuite , ce qui émane ne sort pas d'une manière quelconque , mais avec force et en se répandant

DEUXtËKE PARTIE

de tontes parts, par une espèce (fef!\ision. C'est pourquoi émaner est le seul de ces verbes dont on se sert à Tégard de ce qui part du pouvoir ou de rautorité. Uq acte qui émane ou émané de la puissance, de la volonté souvenine , du prince , de Tautorilé (Acad.). « Les lettres émanées canoniquement de la chaire de Saint- Pierre. » Boss. « Ces lois passagères ne subsistent qu'avec la puissance dont elles émanent. » Yolt. « La royauté renferme en soi toute Tautorité et la puissance des autres magistratures qui émanent d'elle. » RoLL. Des principes pouvant être considérés comme féconds , on dit bien métaphoriquement que des conséquences en découlent ou en d^rivent; on ne dit point qu'elles en émanent, ce dernier mot est réservé pour les choses douées d'activité et de puissance.

TERME, LIMITES, BORNES. Ces mots signifient où les choses doivent s'arrêter , la fin qu'elles doivent avoir: «Les Romains tenaient qu'il y avait une divinité particulière qui présidait aux bornes t aux limites des terres, et ils l'appelaient le dieu Terme. » Acad.

Terme est facile à distinguer de limites et de bornes. 11 donne Tidée d'un but à atteindre, et convient en parlant de choses en mouvement, qui ont un cours : le terme est jusqu'où les choses doivent aller. Limites et bornes font plutôt concevoir une enceinte, et indiquent jusqu'où les choses doivent s'étendre. « Demeurés depuis plus de deux mille ans à tous les termes où ils étaient parvenus, les Chinois sont restés médiocres dans

les sciences Le respect pour leurs anciens

maîtres leur prescrit des bornes qu'ils n'osent passer. > Volt. On ne va pas au delà du terme; on se contient , on se renferme dans les limites et dans les bornes. Le terme est prochain ou éloigné : les limites et les bornes sont plus ou moins étroites. On dit proprement le term^ d'une course -, et les limites ou les bornes d'un royaume. Terme s'emj)loie de préférence au singulier, parce qu'il désigne quelque chose d'unique , un point opposé au point de départ; limites et bornes affectent, au contraire , le pluriel , parce qu'ils représentent quelque chose de multiple, d'étendu, quelque chose qii forme une sorte de chaîne ou de contour. « La mort est le terme où aboutissent tous les desseins des hommes. » Bouan. « Vous voilà arrivé heureusement au terme. » Fén. a Jésus-Christ est tomhé par plusieurs degrés jusqu'à l'ignominie du supplice.... Mais comme il ne pouvait tomber plus bas, c'était là aus>i Je terme fatal de ses chutes mystérieuses. » Boss. « Le Kolima paraît être le dernier terme où aient atteint les Russes par ces navigations coupées sans cesse par les glaces. » Bufp. « L'excessive grandeur s'écroule sur elle-même ; c'est le terme que les dieux ont mis à nos prospérités. » Maric. a Ce fut une chose rare de voir les succès de Crébillon aller en augmentant, et le poëte, semblable aux dieux d'Homère , faire trois pas et arriver au terme. » D'Al.

Limites et bornes ont aussi leurs nuances. Limites, du latin limes ^ chemin de traverse, sillon, trace, est pour l'abstrait et la théorie. Mais torne*, c'est-à-dire pierres, et primitivement i

monceaux de terre , sorvant à séparer les darr exprime quelque chose de concret et se ra;- • davantage à U pratique. Louis XIV cro js.; ; verncr, patce qu'il avait réglé les /tmù« t. ceux qui gouvernaient (FÉJf.) ; ai on se p^r.d'ébranler les tr^tés de pair , la guerre der dra un mal sans remède, et toutes les 5omu- États seront comme en Tair (lo-)- On rt^ : limites: on franchit les homes, « Kama £: i. divinité de toutes les homes qixi marqno^fn: ■ limites {des champs); dès lors on ne cmt ji pouvoir en reculer aucune sans dcTenir s*,-:.lége. » Gond. « En considérant les discussiozs u. sacerdoce et de l'em^dre, tous recoonaiirez >.limites des deux puissances. Si tous êtes itunuf à ne pas franchir les homes qui tous 5c:ii prescrites, vous en rendrez vos dît>iCs pJus respectables. « Id. « La miséricorde de Dieu est ioJii^â: mab ses effets ont leurs limites prescrites pzr r. sagesse : c'est elle qui a présent des bornes aui flots de la mer. » Boas. « U £iut que la croix ds Jésus soit adorée par toute la terre : p^rce que si puissance n'a point de limites , son empire n'aan point de bornes. » In. « Rien n'csr plus diîûcîle à marquer que les limites du devoir de Tarocat et les borner où se renferme une dèlense légitime. « MAaw.

Le terme est un point ; les limites sont nue liine; et les bom^f, des objets qui, placés à distance iss uns des autres , forment comme une barrière.

On approche ou on éloigne le terme; on resserre ou on étend les limites; on avance ou on recule les bornes.

On tend , on aboutît, on arrive à on terme; on marque , on assigne diés /imites; on met ou on donne des bornes.

TÊTE, CHEF, CilBOCBE. Partie au coips animal la plus haute ou la plus avancée, laquelle est le siège du cerveau et des principaux organes des sens.

Tête, du latin testa ^ test ou xèt, pot de terre, carapace, crâne, est le mot commun. Au contraire , chef et cahoche , dérivés l'un et l'auue de caput , sont fort peu usités.

Chef ne se dit plus guère qu'en parlaot àti reliques; le chef de saint Jean. On Ta dit aussi de Jésus-Christ, mais en y joignant une épftàétt: pour le déterminer et le relever. « Les JuiEs surent à Jésus-Christ une couronne d*épices sur la tête^ que l'on enfonçait dans son cAff sacré, z Boss. «On enfonce profondément sur son chef sacré une couronne d'épines.... La marqne efbcr^r ble de royauté dont on Ta couronné déchire son chef auguste : le aang de toutes parts roisseJii sur sa face céleste.» Kass. Hors de là, c'est be terme de badinage.

Par mon che/^ o'eal. ua. siècle étranae qne le ■&&«<

(Anselme dans VEtoardi). Mou Assez souvent d'un vin bien pris et mal café Je TOUS al vu le cA^/plns lourd qu'i Tordinalre. (Yalentin dans les Wèmeekme^,. Ikua.

« Von maître a le chef mal timbré , il est îo\y. ■ Dest. c Cette plume verte vint ranr au vieux plumet jaune la gloire dont il était en possessioo immémoriale d'orner le noble chef de don TJuh mas. » Lbs.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

boche signîfle nne tète grosse , dure ou soet n'est d'usage que dans le discours fa-

iT.

yez-YOUB ? TOUS ares la cabothe on peu dore.

( une antre acception, on appelle cabocfte une ce de clou à grosse tête« 1 figuré y tête ne peut être confondu avec ; car l'un s'applique uniquement aux choses Q désigne la partie antérieure , au lieu que tre s'applique uniquement aux honmies et les ésente comme étant avant d'autres, comme conduisant. La l^te d*Ua bols, d'un canal, i pont , d'un convoi ; le chef d'un jury> d'une ■éprise , d*une faction. A la tête d'une armée cbe le général qui en est le chef, qui la cornide en chef, — Quant à caboche , si on dit de Iqu'un , c'est une bonne caboche , cela ne reit pas tout à fait à, c'est, une bonne tête. ine tête dénote du jugement; et bonne càbo- , un bon gros jugement , surtout par rapport : affaires. C'est la distinction qui évidemment ulte de ce mot du maréchal de Villars sur le récbal d'Uxelles : J'ai toujours entendu dire 3 c'était une bonne caboche; mais personne . jamais osé dire que ce fût une bonne tête Al.).

On dit qu'elle entend tout, et même les affaires; Une bonne caboche ! Volt.

!• TÊTU, ENTÊTÉ (AHEURTÈ); - 2« OPINlA- US, OBSTUtÉ ( ENTIER V MUTIN). Tiop attaché son opinion ou à sa résolution.

Le tê\M, et X entêté ne cèdent point aux conseils, ivent leurs lumières, font A leur téie : « Voilà t que c'est qu'une jeunesse inconsidérée qui tut agir A sa tête y et qui ne ccoit pas conseil. » iF. L'optmdir^ et V obstiné ne cèdent point aux )lontés, aux désirs, aux. diXûcuités, aux aXtaaes, et c'est pourquoi on dît, un oourage, un Dmbat, un travail, un mal, des efforts opinià- 'es.ou obstinés^ et non pas téttu ou entêtés: «Canat se rend maître de Montmélian par un siège pinidtre,.,, Guillaume se releva, et continua le ombat avec les efforts les ptlus obstinés, » Volt. .e têtu et Ventêté sont fortement attachés à leurs lées, préoccupés, frappés d'une espèce de folie; opiniâtre et Vobstiné sont fortement attachés à eurs résolutions, agissent, se défendent avec me sorte de fureur. Il faut guérir, désabuser, aire revenir le têtu et Y entêté; il faut réduire ^opiniâtre et Yobstiné. S*entêter^ c'est s'infatuer, le remplir la tête ou Tesprit d'idées ly^xquelles m tient trop; s'opinidtrer ou s'obstiner j c'est )*acham«r, se jnettre à faire une chose optntdirément ou obstinément, sans se laisser détourner ou abattre. Ventétement rend indocile, fait qu'on ne consulte q-jie soi, qu'on ferme l'oreille aux avis; V opiniâtreté et V obstination rendent invincible, infatigable, persévérant, et font qu'on ré« siste à tout, qu'on surmonte tout. Il faut prendre garde que la persuasion ne dégénène en entêta ment y et la constance ou la fermeté ' en optmd-

4. Beanzée et l'Encyclopédie ont eu tort de faire fermeté^ synonyme A'entêtetnent et ^opiniâtreté^ qui exprimeni sensiblement des défauts.

ireté ou en obstination, « Dès lors Ilgnorance des enfants n*est point entêtée^ et leurs désirs ne sont point obstinés. » J. J. Le têtu et Ventêté ne veulent point qu'on les éclaire, qu^on les guide; Voptntdfre et Yobstiné ne veulent point qu'on les contrarie , qu'on les empêche , qu'on ]#s arrête.

!• Têtu, entêté {aheurté). Trop attaché à son sens, tellement livré à une idée ou à ses idées., qu'on n^écouts rien.

Le têtu Test absolument, par nature, par ca^ ractère. «L'âne est lent, indocile et têtu.» Buff. « Je bénis le ciel de m'avolr fait ours , ermite et têtu , plutôt que philosophe. » J. J. « Il faut leur faire entendre cela (au roi et à la cour d'Espagne] , et y ienir ferme , rien n'est si important. Tout cela est vrai, répliqua M. le duc d'Orléans; mais ils sont têtus en Espagne. » S. S. « Je connais mon mari, il n'en fera rien : c'est un petit homme têtu, tout propre à se laisser pendre, plutât que de permettre qu'on me touche du bout du doigt. 9 Volt. « J'ai présenté au loi votre projet de négociation. Il m'a assuré qu'il sent tout le prix de vos conseils; mais je vous avouerai qu il y a des articles sur lesquels le roi mon maître est têtu comme un mulet. » Id. « On eut beau remontrer à l'Ingénu que les usages avaient changé, U était têtu y car il était Breton et Huron. » In. Ventêté l'est relativement, par accident, par suite d'une imj^ession reçue , parce qu'il lui est arrivé de se laisser prévenir. Aussi dit-on enl^t^ de quelque chose, au lieu qu'on dit têtu simplement, et jamais têtu de quelque chose. « Les philosophes sont si fort entêtés de toutes ces entités imaginaires, que....» Mal., « J'ai mes secrets aussi bien que notre astrologue dont la princesse Aristione est entêtée, » Mol. « Vous ne le croiriez peut-être pas , entité cooome vous êtes des préjugés de rOrient. » Montbsq. «Il est inconcevable à quel point les Français sont entêtés de leurs modes. » In. ~ Le défaut du têtu est irrémédiable, c'est une borne contre laquelle la raison vient se briser. «Socrate est têtu comme une mule , dit Xantippe ; j'ai passé ma vie à le tourmenter, je l'ai même battu quelquefois; nonseulement je n'ai pu le corriger , je n'ai même jamais pu le mettre en colère, s Volt. Mais on désabuse quelquefois Ventêté» « Ces philosophes ont quitté les opinions dont ils s'étaient entêtés mal à propos. » Mal.

Venez donc employer Totre vivacité, El déployer yotre éloquence.

Pour faire revenir un auteur entêté. Regzc. ^

4 . Aheurté ressemble fort à entêté. Mais aheurté^ qui a heurté à ou contre tm écuefl , et qui y reste accroché, se dit prnieipalement, sinon uniqa«nent, en malièrede 'doctrines ; au lieu qn*entêté peut regarder aussi les ohoaea de goàft et de cœur; Vahemrt^ ment est une adhésion,, et Ventétement une sorte d'enivrement, a Les donatisles s'étaient séparés- de l'unité par i\n aheurtement et une insolence inouïe. » Boss. « Ces héréliqnes étaient aheurtés à ne vouloir jamais croire «pie le Verbe, ipA était Dieu, fût le mémo que Jétus-Cbmt homme. » In. « Elle ne s'était jamais aheurtèe à défendre ces opinions hétéro* doxes. » J. J. « Les philosophes du xvn* siècle s'akeurteront encore Achecchar des «oanaissMices chez ^es Grecs. » Gostn.

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