DEUXIÈME PARTIE
qui, tant en maisons qud terres laboorables, peut avoir deux ou tiois lieues de circuit, » Laf.
2* Enceinte , enclos. Barrière circulaire d'une chose , ce qui Tenferme en rond.
« Le mot enclos est commun et même bas. > Volt. Ou /pour parler plus exactement, il n'est d'usage que quand il s'agit d'objets peu considérables, a Je demeurai quelque temps appuyé contre une muraille qui servait d*enclos à une vigne. » Les. Voltaire appelle dédaigneusement enclos une méchante église : « Cette foule se précipitait d'un air hébété dans un enclos vaste et sombre. » Mais enceinte annonce quelque chose de grand et se prend plus volontiers au figur. . « Où trouverez-vous cet abri? Le déluge a inondé toute la terre. Il faut chercher donc le moyen de sortir de toute l'enceinte du monde. » Boss. « Le va^te enclos des Gobelins était rempli alors d^ plus de huit cents ouvriers.... C'est dans cette enceinte des Gobelins qu'on fabriquait des ouvrages de rapport. » Volt. Les villes ont des enceintes , et les champs des enclos.
L'homme seul vit, dlUon, dans V enceinte den villes.
BOZL.
Tout vivait en commun sous le bon- roi Saturne ;
Aucun n'avait d'enclos ni de champ séparé. Id.
D'ailleurs , tandis qu'encetnfe ^de plutôt le sens primitif d'un contenant , enclos exprime plutôt un contenu; pour l'ordinaire, Yenceinte est ce qui environne, et Venclos est l'espace environné, c Alonzo allait souvent nourrir sa profonde mélancolie autour de Venceinte sacrée des murs qui renfermaient Gora. Venclos de> vierges était vaste et ombragé d'arbres épais, s Marm.
TOUT, CHAQUE. Ces deux mots désignent également la totalité des individus de l'espèce exprimée par le nom appellatif avant lequel on les place.
Mais tout n'est pas relatif comme chaque aux particularilés des individus; il suppose uniformité dans le détail et exclut les exceptions et les différences. C/iaque, au contraire, fait penser aux individus dans l'espèce, à leurs singularités, i ce qui les distingue un à un; il suppose et indique nécessairement des différences dans le détail.
Tout homme , c'est &-dire un homme quel qu'il soit : tout homme a des passions, c'est une qualité commune à l'espcce. Cliaque homme, c'est-à-dire chacun des hommes en particulier : chaque homme a sa passion dominante, c'est une qualité propre ou individuelle qui tient à la spécialité du tempérament.
Tout corps est étendu ; chaque corps a ses propriétés. Toute peine mérite salaire; à chaque peine accordez un salaire qui lui soit proportionné, celui qu'elle mérite.
TOUT f TOUS LES. Expressions universelles collectives qui désignent, comme celles de l'article précédent , la totalité des individus d'une espèce , mais sans rapport à ces individus, à leurs caractères propres et distinctifs.
Tout est abstrait, a priori, préférable dans Tordre des idées, en matière absolue et nécessaire; tous les se dit pluiôt dans l'ordre des faits,
en matière contingente , en parlant de ce c v i réel, de ce qui arrive, de ce qui se voit o- •.. vu. Tout homme est mortel; tous les hcrimeurent mécontents de U rie. Tout corps • 1 conçu par notre raison comme devant être <l \ l'espace; on a fait voir par des experi-i-T * queloitf les corps sont pesants. (Voy- , da-- . I" partie, la synonymie des subsia.ntifs qui c :'.rent uniquement par le nombre, p. 1 e; 5^ vantes.)
TRAI!f, ÉQUIPAGE. Ces mots sont définis i* môme par l'Académie : suite de valets , de chevaux , de mulets , etc. Aatrefois 2es eranra avaient et aujourd'hui les princes et les ainioasadeurs ont encore un train , un équipaç^.
Le train regarde la suite; c'est une sorte d'attirail (P. R.), ce qu'on traine après soi: il est plus ou moins nombreux; on raugmente (B:-?. J. J.) ou on le diminue. On embarrasse la ni.:: ct son train (BoiL.). iLe tratn d'un grand seigi.e^^ est susceptible de plus et de moins. Rédu:<oz votre suite au moindre nombre de gens qu'il son possible. » J. J. « La suite de Tt^j^h étAÎt fort modeste et médiocre ; il était quelquefois obliize de s'arrêter dans les rues pour laisser passer le (ratn des autres. • Roll. < Elle a un graïui iratA , deux carrosses à six chevaux , on fourgon , huit cavaliers, et.fin à la grande. ■ Sâv. «Le train de Mme de Montespan était de quarante-cinq personnes. » Id.
Équipage regarde l'éclat et le luxe : c'est une sorte d'appareil: l'orgueil (Mass.). la pompe îi.', la magnificence {Boss. , Moiitbsq.) deséqu^paçfi; un riche (Libr.), un brillant (Botran.), un pompeux (BoiL.), un somptueux (Mol.), un magmtique (Boss. , Roll.) équipaqe. Un Iroiis peut être aussi magnifique , mais c'est plutôt par le nombre des personnes et des cboses, que par la beauté des livrées , des chevaux et des voitures, a Le fratn de ce légat était magnifique , il était composé de plus de cent vingt domestiques. 9 Volt. '
« Que saint Sulpice était éloigné de rouloir e!i imposer par la magnificence de ses ^qutpa^fr ec la pompe de son cortège l Les pauvres fonn:uen: tout son train. » Boss.
Un grand (ratn est nombreux ; un grand it^page est superbe. Bourdaloue a très-bien exprime la ditrérence des deux mots dans le passage suivant : • Otez-moi ce luxe d'habits , cette superfluité de (ratn, et cette vanité d^^quipage. >
Dans un sens restreint ces mots diéfèrent d'une manière analogue.
Train signifie le nombre de personnes qui se trouve dans une maison ou qu'on a à son service. « Des ftmes servîtes et mercenaires, tds que sont la plupart de ces gens qui remplissait vos maisons et qui forment votre train, > Boitbik
Je vous donne huit jours ; Et si, dans ce temps-là, prenant un autre cours. Vous ne chasses d'ici tout ce trai» qui vous piUe, Je quitte la maison, et j'emmène ma flUe. Disr. Grosse maison, grand trai»^ nombre de gens.
hàF
Équipage désigne une des rares distinctions que puisse ancora «flécter le luxe des riches , n«
SYNONYMES À RADICAUX mVERS.
iOOl
une voiture plus ou moins belle, plas ou is élégante, avec des chevaux pour la mener. mmençons par aller acheter un carrosse, et issons d*abord Véquipage, » Mortbsq.
M. TUBGàRBT.
[uoi bop un équipage ? N*a-t-elle pas le mien elle dispose quand il lui platt? »
FROHTIH.
i l monsieur, avoir un carrosse à soi , ou être ^é d'emprunter ceux de ses amis, cela est L diffèrent. > Les.
Cinq ou six domestiques composaient tout le n de Mlle Choinj jamais elle n'eut d'^gute. » S. S.
quipage enchérit donc sur irain» Il annonce Ique chose de plus considérable ou de plus ingué. « Le chemin de votre patrie est un sen- • étroit et serré. Le train et X équipage emrassent dans cette voie. » Boss. « De là les si pat ions du patrimoine de Jésus-Christ en ubles, en irainz, en équipagei.^ Bourd. «Cy- . voulut que les satrapes vécussent noblement is la province , que leur train, leur équipage , ir table , répondissent à leur dignité. » Roll. fRAITE , TRAJET. Une étendue de chemin déminée.
Traite, du latin tractut^ train, action de traîner de se traîner, course , marche , se dit propre- 3nt en parlant de la terre , soit qu'on y soit ellement traîné par des chevaux , ou qu'on y le à pied.
Depuis huit Jours entiers, avec vos longues traites , Nous sommes i piquer des chiennes de mazeltes . De qui le train maudit nous a tant secoués , Que je m'en sens pour moi tous les membres roaés.
Mol.
Hontes sur les meilleurs chevaux des écuries a gouverneur, nous gagnâmes en trois jours le ourg de Longarés ; d'où continuant notre traite u même train , nous allâmes coucher à la ville e Daroca. » Les. « Les particuliers pouvaient ourir avec les chevaux destinés aux courriers de .ouis XI, en payant dix sous par cheval pour haque traite de quatre lieues. » Volt. « Vous avez que je n'aime à aller qu'à pied. Si vous .vez des j ambes , nous nous en servirons, mais i petits pas, car je ne saurais aller vite ni faire le longues traites. » J. J. Mais trajet, de fra;t- '<ere, traverser, se dit plutôt en parlant des eaux, c II serait impossible d'aller en deux jours du létroit de CafTa à l'embouchure du Danube, qui 3st à l'autre extrémité de la mer Noire. C'est un {rajet de près de deux cents lieues d'une navigation difficile. 9 Lah. « L'Amérique méridionale , séparée par de va'stes mers des terres de l'Afrique et de l'Asie, était inaccessible pour le plus grand nombre des espèces d'oiseaux , qui n'ont jamais pu fournir ce trajet immense d'un seul vol et sans points de repos. » Buff. « Le (rajef d'un bord de cette rivière à l'autre est d'un grand quart de lieu^ » Acad.
Toutefois, trajet est aussi d'usage quand il est question de la voie de terre; auquel cas il diffère toujours de traite.
Traite vient de tractus^ qui a une signification actiye et veut dire l'action de traîner; trajet^
au contraire, est passif, comme le mot trajectus^ traversée; l'action de traverser s'exprime en latin par trajectio. D'où il suit que la traite est relative aux personnes et à leur action , tandis que le trajet est objectif et se rapporte au lieu. Il y a d'ici là une bonne traite , c'est-à-dire beaucoup à marcher; et un long fra;et, c'est-à-dire une grande distance. On se rend tout d'une traite quelque part, quoique le trajet soit long. — On dit ma traite , pour ce que j'ai fait ou ce que j'ai à faire de chemin.
Adieu, dit le renard, ma traite est longue i faire»
Ur.
«Il se senUit si fatigué de sa traiU. que....» Lbs. On ne dit pas mon trajet , le trajet n*est à personne , mais on dit le trajet d'un lieu à un autre. « Nous portons le blessé en suivant ses indications sur la route qu'il fallait tenir pour aller chez lui. Le trajet était long. » J. J. — On fait une traite ou des traitée; cette expression est toute formelle et indépendante é'un lieu fixe, c Les comédiens, ayant une grande traite à faire, s'étaient levés de bonne heure. • Scarr. «Pégase n'a pas accoutumé de faire avec moi de longues traites. TÊ Regn. «La multitude des Juifs, qui allait à plus de deux millions de person^ps, ne pouvait faire de longues traites. » Yolt. Mais on fait le trajet , le trajet d'un lieu à un autre ; ce mot implique la double idée d'un point de départ et d'un terme, et représente quelque chose de permanent qui existe, qui n'est pas épuisé par l'action d'une personne. « Nous trouvâmes le bon homme don Joseph prêt à faire le trajet de ce monde-ci à l'autre. » Les. « On employait le temps de la variation de la mousson à diire le trajet d'Alexandrie à la mer Rouge, s Montbsq. Molière dit à sa muse, à qui il recommande d'al« 1er faire une visite au roi :
Avec vos brillantes bardes, i
Faites tout le trajet de la salle des gardes.... Faire le trajet de la porte Saint-Martin à l'Observatoire (ACAB.).
En deux mots, une (rat'le est une certaine quantité de chemin d'une personne en particulier et faite dans un cas particulier ; et le trajet , une certaine quantité de chemin commune et constante d'un Heu à un autre.