‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 41 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nant pour exemple les deux expressions synonymes irn champ et le champ : un champ ou le champ bien cultivé paye le laboureur de ses peines. La première expression fait penser à tous les champs parmi lesquels on en choisit un. La seconde concentre l'attention sur la notion du champ en lui-môme , et ne rappelle en aucune sorte les autres espèces du même genre , c'est-àdire les autres champs. On parlera donc avec une entière justesse en disant , vn champ bien cultivé rapporte beaucoup plus qu'un autre , et le champ bien cultivé rapporte beaucoup. — La différence est la mtme entre un roi sage et le roi sage , et ainsi des autres exemples.

STRONTMIB DES NOHS COLLECTIFS AO 8IRG17LIBR AVEC DES NOMS ORDINAIRES AU PLURIEL.

Chevelure , cheveux. Feuillage , feuilles. Plumage , plumes. Branchage , hranches. Armure , armes. Mobilier, meubles. Crinière , crins. Bétail j hestiaux. Entourage , entoure. Campagne , champs. Humanité , hommes.

Us expriment, les uns et les autres y une réunion de choses. Kais d'abord les noms collectifs sont plus généraux ; ils comprennent absolument et complètement toute une classe de choses ; au lieu que les noms au pluriel s'entendent souvent dans un sens partitif et incomplet. Les cheveux et les feuilles ne sont souvent qu'une portion de la dievelure et du feuillage , au lieu d'en être la totalité. Des harengères qui se battent s'arrachent les cheveux et non la chevelure; mais c'est en secouant sa chevelure (Fên.), et non ses cheveux y que Jupiter fait trembler l'Olympe. « Je ne veux point me parer des ptumes du paon ; Je sub un pauvre geai qui s'est toujours contenté de son plumage, » Volt. Et nonseulement le nom collectif s'étend à la totalité des choses , mais encore il fout que les choses qu'il exprime soient nombreuses. Une rose a des feuilles et non un feuillage. Une chevelure est une réunion de cheveux longs et bien fournis ; on n'appelle de ce nom ni les cheveux courts du nègre , ni les cheveux du vieillard à demi chauve. D'un autre côté , une conséquence de ce premier caractère distinctif , c'est qu'il faut se servir seulement du nom au pluriel toutes les fois qu'on veut exprimer une réunion de choses sur lesquelles une action est produite par parties et successivement. Un arbre perd ses feuilles , ou ses feuilles tombent plutôt que son .feuillage. On coupe les cheveux ou les branches plutôt que la chevelure ou le branchage. «L'homme vain consacre à Apollon là chevelure d'un fils qui lui vient de naître , et dès qu'il est parvenu à l'âge de puberté , il lui coupe les cheveux et les dépose dans le temple, s Labr. «Don Quichotte voulut voir lés armes pièce à pièce. L'armure était complète : cuirasse , brassarts , etc. Pendant qu'on remettait les armes dans le coffre , Sancho entra. > Les. L'expression , vendre le mobilier , désigne comme unique et indivisible l'effet marqué par le verbe, et vendre les meubles le représente c<Hnme appliqué en détail à telles et telles ciMMes particulières.

c II était riche de quarante-trois millions, sam compter son mobilier, » Volt. « Je rencontrai avant-hier des chariots chargés de ses meubla (de M. de Poipponne) , qu'on ramenait de Saint- GermaiB.» SÉv.

Une différence plus considérable consiste en ce que le nom collectif n'a rapport qu'à l'ensemble, et le nom pluriel aux individus qui font partie de l'ensemble. La chevelure , le feuillage , etc. , deviennent un être simple , un nouvel individu dans lequel les éléments se dérobent à la vue. L'un fait considérer le tout et les qualités qui en résultent d'une manière synthétique et complète ; l'autre les présente d'un point de vue analytique et dans le tout fait songer aux individus pris un à un. a II faut qu'il y ait peu de chair auprès de la crinière^ qui doit être médiocrement garnie de crins longs et déliés. » Bupp. « Tous les ornements du plumage des oiseaux ne sont que des prolongements des mêmes plumes plus petites dans le commun des oiseaux. » Id. La beauté de la chevelure , Je la crinière , du feuillage , du plumage , de l'armure^ etc. , est la beauté qui résulte de l'assemblage des cheveux , des crins , des feuilles , etc. , objets qui individuellement peuvent bien n'être pas beaux ou avoir une autre sorte de beauté; tandis que la beauté des cheveux , des crins , des feuilles , etc. , est la beauté même qui se retrouve dans chaque cl^eveu , dans chaque crin , dans chaque /îput /{^ , etc. <E Un beau rouge éclatant est la seiùe couleur qui paraisse sur le soui-manga : chacune de ses plumes est cependant de trois couleurs différentes; preuve décisive, entre mille autres, qui! ne suffit pas d'indiquer les couleurs des p/umet pour donner une idée juste des couleurs du piumage, » Bupp. De là vient que le nom collectif est plutôt poétique et pittoresque , et le nom pluriel plutôt scientifique et abstrait. Les épitiJ^ qu'on joint au premier sont générales , va^^ue^ . et n'expriment que des qualités apparentes quoa aperçoit à la première vue; celles qu'on ajoute au second déterminent les propriétés précises , la nature de chacun des individus de la classe. Le mot feuillage , par exemple , ne rappelle pas les idics de la forme , de la couleur , de la grandeur dei feuilles. Le feuillage du saule est clair, et m touffu; ses feuilles sont amères. «Une plante n'est pas plus sûrement reconnaissablé à son feuillage qu'un homme à son habit. » JJ- ^^ est beaucoup plus sûrement reconnaissablé à ses feuilles.

On dit le murmure du feuillage , et non dei feuilles y parce que les feuilles ne munn»irej| qu'ensemble. On se met à l'ombre sous le ft^^ loge , et non sous les feuilles : c'est l'ombre *| l'ensemble que l'on recherche plutôt que celle u^ chaque feuille en particulier. 1

Nous croyons que les distinctions précédenta s'appliquent exactement à tous les synonym^ cette classe. Il en est toutefois auxquels la régi paraît ne pas convenir aussi immédiatement. 1

BÉTAIL, BESTIAUX. Bétail se dit du genrM gros bétail , menu bétail. Bestiaux se dit des laj dividus dans le genre : les bestiaux mangent pfw l'été que l'hiver. Toutes les fois qu'il est questij de l'espèce ou d'une collection , béiaii ^^ «^ ^

propre. Nourrir du hétail (Bo6s.). « Le dac de RTxssie payait un tribut aux Tartares en argent y es pelleteri» et en bétail. » Volt. « Le cinquième ordre de Linnaeus , pecora , ou le bétail , comprend le chameau , le cerf, etc. 9 Buff. « Au moyen âge le plus grand nombre des hommes était une espèce de bétail. » Volt, c C'est un bétail serrile et sot que les imitateurs. « Laf. « Les fiUes sont ua maadit bétail à gouverner, s RzGH. Mais s'a s'Sagit d'animaux considérés distribiiùraDeot on successivement , et non plus euseEitfele . I0 terme convenable sera celui de bestiaux, c Joseph eu vendant du blé aux Egyptiens durant la. famine acquit pour le prince tous leurs bestiauz. » Boss. « Toutes les fois que les bestiaux venaient lécher la statue de sel , en laquelle avait été changée la f(anme de Lot > elle reprenait sur-le-champ sa grosseur ordinaire. » Volt. «t Cette inondation fit périr une infinité de bestiaux. 9 BuFF. — c Les sorciers avaient, diton y le pouvoir de Aire mourir des bestiaux; et il allait opposer sortilège à sortilège pour garantir son béfaà. » Volt.

E?mH7SA6E, ETTOURS. Ventourage est plus compréhensif ; il s'entend de toutes les personnes avec qui l'on est en relation , de près ou de loin ; les entours sont plus intimes , et le mot ne se dit guère que des parents ou des amis avec qui l'on Tît {amiliërement. « Le père Tellier me courtisait par rapport au duc de Bourgogne et k ses plus intimes entours. » S. S. « Philipeaux voulait pour rien cette fille à marier , à cause des alliances et des enfoors. » In. Entoitrage , d'ailleurs, signifie plutôt l'ensemble des eniours^ et les entours s'emploie plutdl quand il faut qualifier les individus qui entourent. Vous avez un bel entourage I ne vous iaissez pas influencer par vos «filours. < Le caractère et les enlotirs influent beaucoup en bien ou en mal sur le talent de l'écrivain, v Lah. CAVPAfiRB, CHAHPS. Bonhours et Beauzée ont déjà marqué Ja différence qui existe entre ces deux mots dans les expressions , maison de cam^ pagne et maison des champs,

Bouhours dit simplement que la première expression est plus noble que la seconde. Cela dpit être . puisque , suivant la règle , le nom collectif e5t plus pittoresque et plus poétique. Beauzée aioute qu'une maison de campagne est une babltatiou avec les accessoires nécessaires aux vues de liberté , d'indépendance et de plaisir qui en ont suggéré racquisttion , comme , avenues , remise , Jardins, parterre, bosquets, parc même, eta.; au lîea qu'une maison des champs est une habitatioo avec les accessoires nécessaires aux ^ues éconoiiiiqoes qui l'ont fait construire ou acheter, coaune un verger, un potager, une basse-coar , des écuries pour toute sorte de bétail, un Tivier, etc. Il n'y a là rien que de conforme aux distinctions ci-dessus établies.

La campague doit donnor l'idée de quelque chose de très-grand , de très-é tendu , où Ton se meut libresBent, et aussi de quelque chose de gracieux et de poétique, oi!i l'on goûte surtout les piaisirs de la vue. c Nous apercevions sur les deux riva^pe» du Nil des villes opulentes et des maisons de eampagne agréablement situées. 9

Pair, oc Le logement de l'évèque d'Ëvreux est très-beau , l'église des plus belles , la maison de campagne est des plus agréables qu'il y ait en France. 9 Sév. Kais les champs doivent réveiller les idées des qualités physiques propres à chaque champ, Iraquelles sont d'être cultivé et de porter des fruits d'une certaine espèce et ea plus ou moins grande abondance. Ésope , acheté comme esclave, fût envoyé par son maître à sa WMison dês champs pour labourer la terre (Laf.). <c L'enfant prodigue se mit au service d'un des habitants du pays , qui l'envoya à sa maison des champs pour y garder des pourceaux. » Mass. « Ces hommes appelés au iestin regardaient comme un inconvénient; l'un , d'abandonner sa maison des champs ; l'autre, son commerce. » In. — c On exige que vous qui profitez des travauxde tant d'infortunés qui habitent vos terres et vos campa^ec , connaissiez ceux qui traînent au fond des champs les restes de leur oaducité et de leur indigence. 9 Mas*.

HUMANITÉ, HOMMES. Vhumonité ne se prend jamais , comme les Aommef , dans un sens partitif, relatif, successif ou incomplet. Vhumanite ne meurt pas, quoique les hommes meurent. L'fctttnaait^ comprend tous les individus du genre m&les et femelles ; les hommes se prennent quel* quefois par opposition aux femmes. Ce qu'on dit de Vhumonité s'applique à l'ensemble des hommes , mais non pas toujours à chaque homme en particulier; ce qu'on dit des hommes s'entend des individus de l'espèce. Le seul moyen de concilier la providence divine avec la liberté humaine , c'est d'admettre que Dieu règle d'avance les événements de Vhumonité, sans prédéterminer pourtaut les actions des hommes. Les hommes passent par trois âges, l'enfance, la virilité al la vieillesse.

STNONTHIE DSS 8UB8TÂHTIFS 0IU)I1IAIRB8 AVEC DBS INFINITIFS PBIS SnBSTAlITIVBMBNT.

Sortie t sortir. Volonté , vouloir. Sensation, sentir. Usage, tuer. Couchée, coucher. Pensée, penser. Ris , rire, Etc,

L'infinitif est une forme abstraite du verbe , ou une formule du verbe dépouillée de toute modification de temps , de modes , de personnes , de nombre. Pris substantivement, l'infinitif signifiera donc l'abstrait , l'indéterminé , l'absolu. Il ne particularisera rien , il n'aura rien de concret , il présentera la chose en elle-même , sans Uéterminatiou. accessoire , et .ne recevant de qualifications que celles qui la font connaître dans sa nature ou son essence. Les synonymes des noms infinitifs se distingueront par des caractères opposés : au lieu d'être abstraits , ils seront concrets , ils exprimeront la chose avec des circonstances et des déterminations particulières, et leurs qualifications beaucoup plus nombreuses marqueront , non pas seulement ce qu'est la chose en elle-même , mais ce qu'elle est dans ses rapports de temps , de lieu , de personnes , de contenu, d'étendue ou autres, suivant que leurs terminaisons leur imprimeront Tun ou l'autre de ce» sent, yuaag» de transfioroier ainai les in-

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