PREMIÈRE PARTIE
finitifs en substantifs , qui sont en quelque sorte des radicaux nus , nous vient du grec , langue essentiellement philosophique et propre à Tabstraction.
Lorsque les synonymes des noms infinitifs sont objectifs et passifs , comme pensée , m , parole , marche y les noms infinitifs ayant seuls rapport à l'action , indiquent la manière dont elle se fait , non poipt dans un cas particulier , comme leurs synonymes, mais habituellement, car ils ne cessent jamais d'être abstraits et généraux.
SORTIE, SORTIR. Ces deux mots ne sont synonymes que dans les locutions'prépositives , à la tortie de et au sortir de , qui signifient toutes deux , au moment où l'on sort de.
Au sortir de est visiblement plus abstrait : on dira bien , au sortir de là , au sortir de l'enfance , au sortir du berceau , et dans aucun de ces exemples à la sortie de ne conviendrait , parce que cette locution retient quelque chose de concret et n'exprime pas l'époque simplement , d'une manière toute figurée , tout idéale. A la sortie de rappelle l'action de sortir, la représente à l'esprit, ce que ne fait nullement au sortir de : ainsi , on dit bien , à la sortie et non au sortir des juges.
VOLONTÉ, VOULOIR. Faculté ou action de celui qui veut.
Bans les deux sens , la volonté est relative et le vouloir absolu. On trouve , chez les uns , une volonté ferme et inébranlable, chez les autres une volonté faible et vacillante. Le vouloir ne reçoit point de qualifications semblables, parce qu'il n'est ni relatif, ni concret, ni individuel. « L'essence du plaisir indélibéré est de produire le vouloir, 9 Fév. Considérés comme actes, la volonté se rapporte à la chose qu'on veut, et elle est durable , au lieu qu'au vouioir ne correspond pas un objet qui le rende tel ou tel , il exprime l'acte sans plus : telle est ma volonté; c'est Dieu qui nous donne le vouloir et le faire. Les chréliena n'ont qu'an Diea , maître absolu de tout, De qui le seul vouloir fait tout ce qu'il résout.
Goair.
Il faut réprimer les volontés de l'enfant , car il ne doit point avoir de vouloir, La volonté est effective , elle se manifeste au dehors par le moyen des organes , le vouloir consiste uniquement dans l'acte intérieur; c'est pourquoi l'on peut bien arrêter l'une , mais non pas l'autre.
SENSATION , SENTIR. Ces deux mots expriment l'état passif de l'âme en présence des objets.
Le sentir , comme le penser , comme le vouloir , comme le ôonnattre , n'est d'usage qu'en métaphysique , science où l'on considère les actes de l'esprit d'une manière tout abstraite et indépendamment de toutes circonstances. « Le sentir ne dépend pas de nous , mais le vouloir en dépend. » FéN. « Dieu n'entend et ne veut que ce qu'il faut entendre et vouloir; son entendre et son vouJ>oir sont sa nature , qui est toujours excellente. » Boss. Mais la sensation et le sentiment sont variables en force et en intensité , en même temps que relatifs à l'individu qui les éprouve; le sentir reste toujours identique et n'indique pas même , comme les deux autres mots , si le phénomène qu'il exprime a pour cause quelque chose d'extérieur oa d'intérieur.
USAGE , USER. Ces mots sont synonymes quan< ils se prennent pour exprimer le parti qu'on tir* des choses. On dit indifféremment de certaine choses dont on vante la bonté , qu'elles sont d'u] bon ttsage et d'un bon user.
Usage emporte l'idée d'une détermination étran gère à user^ celle d'une fin, d'une application] quelque chose. Un instrument est d'un boi usage , quand il est bon pour ce à quoi on le fai servir. Une étoffe est d'un bon luer, quand oi peut en user longtemps. Il y a des étoffes qu deviennent plus belles à Vuser^ c'est-à-dire, pen dant qu'on en use, qu'on s*en sert. On recon naît par Vusa^e (Buff.) , c'est-à-dire en s'en ser vaut pour une fin particulière , la qualité bonn ou mauvaise d'une pierre à rasoir ou d'un remède on reconnaît un domestique à Vuser (Dbst.) , c'est à-dire en s'en servant conmie d'ordinaire on s sert d'un domestique; ici la destination s'entem de soi-même.
COUCHÉE, COUCHER. Un voyageur paye tau à l'hôtellerie pour sa couchée ou pour son coucha
Couchée est descriptif. Il détaille plusieurs cir constances ou impliquées dans coucher ou qui U sont étrangères. La couchée comprend le soupei le nettoiement de la chaussure, des habits, Tai rangement de la chambre. Le coucher indique pi rement et simplement l'usage du lit , û ne marqu aucune détermination accessoire , pas plus que 1 manger y le dormir ^ etc.
PENSÉE, PENSER. Action de celui qui pens et ce qu'il pense.
L'un est relatif et particulier , l'autre absol et général : « Le mot pensée ^ dit Roubaud, o désigne que l'action de penser , tandis que jTfl) ser en marque la manière d'être propre et dis tinctive. » Ces deux mots ont donc entre eui I même rapport que ris et rire. Autrefois on diisa penser en poésie , parce que les vers s'en trou vaient bien (Labr.), et c'est en le considérai comme terme poétique que Roubaud le caract( rise. On l'emploierait plutôt aujourd'hui en mi taphysique pour exprimer d*une manière to( abstraite et tout absolue la pensée : « Qui pei assurer, dit Voltaire, qu'il est impossible àDi£ de donner à la matière le sentiment et le pemer}
• Le raisonner tristement s'accrédite. Volt. Il peut signifier encore la manière de penser < toute une classe ou espèce d'hommes , conmie on voit dans cette phrase de J. J. Rousseau : a Le pa «er mâle des âmes fortes leur donne un idiome pa ticulier.s La pensée est relative ai^ circonstance! à l'objet sur lequel elle porte , ou elle exprii une action ou une manière de penser accidentel et propre à un seul homme. — On disait autref(i le mentir pour le mensonge , mais ce n'était q dans les propositions d'une généralité absolue. «1 vérité le mentir est un maudit vice. » Hontaig
RIS, RIRE. Ces mots signifient la même cbo suivant YÀcad^ie^ l'action de rire.
Cependant ris est plus concret et sert à expi mer cette action dans les cas particuliers ; rire ( plus abstrait et plus propre à caractériser la cbc en elle-même. Que le premier soit concret , le s cond abstrait et représentatif de la chose en s( c'est ce que Condillac a bien saisi : • Le ri* y dit-i
SYNONYMES QUI ONT LE MËUE RADICAL
estivroprement le bruit que lait celui qui rit, le rire est la manière dont il rit : on entend des ris; le rire est agréable ou désagréable. » Mais nous de- Toas à Roubaud une distinction plus complète et plus détaillée : « Au , dit-il , n'est qu'un acte , un effet indÎTldnel. Nous disons le rire , comme nous disons le boire , le fMnger , le lever , le coucher; or . cette manière de parler désigne le genre , la manière , ITtabitude de la cbose. L'on a le rtr« agréable et Von lait des ris. Vous qualifiez le rire d'une personne selon sa manière habituelle de rire; et tous qualifiez ses ris selon la manière dont elle rit actuellement. Chacun a son rire, comme son maintien habituel : la forme du ris Trirîe conmne la contenance, suivant les occasions. »
Le ris est donc le rtre se produisant et se montrant dans un cas particulier. Le rire est l'expression du contentement; et le ris d'un homme exprime la joie qu'il éprouve en un moment donné. — On dit proprement le rtre : c'est un ^enre d'action. « L'enûnt a comme nous le nre , les cris, les plaintes. » J. J. « Le rire est ami de lliomme, lui appartient privativement au reste dsi animaux...; il est le partage des dieux...; il a quelque cbose de vif et de sensible. » Laf. «Discourir de la comédie et du rire en philosophe platoDicien. » In. « Etablir un impôt sur les chan- S'Sns et sur le rire. •» Volt.
La joie est passagère , et le rire est trompeur. lo. Mais on dit proprement des ris : ce sont les manilestations , les réalisations du rire. « Les ris et les éclats qu'excitent les bons mots. 2> Bourd. a Troubler les sacrés mystères par des ris immodestes el par des éclsds. » Id. « A cette vue tous les voleurs éclatèrent en ris immodérés. » Les. e Je renouvelai mes ris à cette saillie. » lo. Vos ris complaisants Tirent de son esprit tous ces traits médisants.
Mol.
~ On dit bien également un rire et un ris; mais un rire est une espèce du rire , qu'on caractérise , et un rû est un ikit qu'on décrit. Avoir un rtre tin et malicieax ÇLbs.) : rire d'un rire de méchanceté (J. J.), d'un rire de mépris (Volt.). On peut a¥oir un rire et des pleurs de commande.
Dest.
Uais un rû a lieu ou a eu lieu , on le rapporte. .... Mon raqain , qui te voyait priser , Aiee un ris moqueur les priait d'eicuser. Bon.. « Pourquoi ce ris dédaigneux , quand on vous raconte ce que la main de Dieu a fait ? » Fén.
Enfin, rire est tellement abstrait et si peu propre i indiquer les circonstances accessoires , qu'il ue suppose pas même , comme ris , que Faction de rire ait lieu avec intention ou sous l'influence de certains sentiments ou mouvements de l'âme particuliers, c Charles XII avait le bas du visage déâguré par un rtre fréquent qui ne partait que des lèvres. » Volt. « Le rire , qui est par le chatiHiiUement des aisselles , n'est point naturel ni doux. > Chabr.
SOURIS, SOCBIRE, actioq de rire légèrement. Héme différence entre ces deux mots qu'entre les (levii qui précèdent, a Le souris , dit Roubaud , est proprement un acte , l'effet particulier de f ourtre
ou du sourire. Le «ourtre est la manière d'ex])rimer une joie douce , modeste , délicate de l'âme ; le souris en est l'expression actuelle et passagère. Ensuite , vous ne concevez pas le souris sans une intention, un motif, un sentiment, une pensée qui l'anime ; vous concevez le sourire comme un jeu naturel de la figure. » On dit cependant , un sourire de pitié, d'indignation, d'approbation; mais alors on désigne , non pas un fait ou un cas particulier , mais toute une espèce d'actions. «Les arguments de Tamour sont de tendres pleurs et un gracieux sourire. » La p. « Jupiter regarda Vénus avec complaisance : il lui fit un doux souris. » FÉM. On a le sourire ou un sourire tel ou tel; on fait dans l'occasion un souris tel ou tel. Il y a le sourire de l'amitié (Volt.) , le sourire du dédain (Bbaoh.); on reçoit quelqu'un dans un cas particulier avec un souris amical ou dédaigneux.
VIE, VIVRE. Existence d'une chose animée.
La vie est effective : cette expression convient en langage historique , quand il s'agit de réalité : le vivre est idéal ; c'est un terme de spéculation qui a sa place dans le raisonnement où on traite des choses en soi , non comme étant ou ayant été , mais abstractivement ou comme ayant tels caractères, a Le même passage que vous fîtes de la mort à la vie , refaites-le de la vie à la mort. » Montaign. « La nature apprit à Thaïes que le «tcre et le mourir étaient indifférents. » Id. On lit dans le même écrivain : «Je sais avoir retiré de l'aumône des enfants ,. pour m'en servir , qui bientôt après m'ont quitté et ma cuisine et leur livrée , seulement pour se rendre à leur première vie. » Il venait de dire : « Regardez la différence du vivre de mes valets à bras , à la mienne. » — On distinguera à peu près de même ces deux mots, quand ils signifient la nourriture. Le vivre se dit d'une manière tout abstraite , sans rien particulariser. < J. C. défend à ses disciples de se mettre en peine du vivre et du vêtement. » Nie. La vie, au contraire , est le vivre effectif, dans telles circonstances. «Selon voulut que chaque citoyen rendît compte de la manière dont il gagnait sa vie. » MONTESQ. Ou bien le vivre , comme le penser , comme le vouloir , est un terme de la poésie familière et naïve.
Mon vivre n'est qu'un peu de gland. Scarr Le vieillard, tout cassé, ne pouvait plus qu'à peine Allef quérir son vivre. Lkv.
Le même Lafontaine a dit dans ses Contes le jeûner pour le jeûne :
La sainteté n'est chose si commune Que le jeûner suffise pour l'avoir.
Et dans la fable le Savetier et le Financier, Et le financier se plaignait ' Que les soins de la Providence N'eussent pas- au marché fait vendre le dormir. Comme le manger et le boire.
PAROLE, PARLER. Langage.
Le mot parole est objectif, et, comme tel, il a un sens très-étendu : Dieu a donné la parole à l'homme; un orateur a ou demande la parole. Cela n'empêche pas ce mot de se prendre dans un sens plus restreint pour signifier le langage par rapport à la manière dont quelqu'un l'em- 3>)oie , auquel cas il est synonyme de parler. On