‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 43 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dit également qu'un homme a la parole rude, et un parler rude : un homme a la parole rude quand la parole^ commune à tous, se trouve modifiée chez lui d'une façon qui lui est propre ; et il a un parler rude quand il a un genre de parler qui est rude , genre applicable à plusieurs autres. Pa/role signifie le langage, et parier, un langage. Or, quoique le mot parole soit plus général séparément, il l'est moins que le mot parUr^ quand tous deux servent à^quali fier la manière dont quelqu'un parle. De sorte que , dans le sens particulier , la parole est plus particulière que le parler. Chacun a sa parole , douce, rude, brève; et on distingue diflférents parlers, un parler rude, un parler doux, un parler picard , normand , provençal , etc.

Ensuite , le parler est plus constant , plus habituel et dépend moins des circonstances : un homme a la parole tremblante, faible, la parole d'un homme malade par suite de certains accidents , et dans ces exemples parler ne conviendrait pas. « Lorsque nous nous trouvons empêtrés dans un dangereux pas, nous savons bien couvrir notre jeu d'un bon visage et d'une parok assurée. » MoNTAiGN. « C'était une certaine aflëterie qui rendait le parler d'Alcibiade mol et gras. » Id. « Le parl&r que j'aime , c'est un parler simple et naïf. » Id.

D'un autre côté , le parler est plus abstrait que la parole , plus indépendant de tout ce qui n'est pas l'action de parler , c'est un terme purement formel ; au lieu que la parole conserve toujours une certaine relation au sens, à l'esprit, aux idées qu'elle représente. C'est pourquoi on dit avoir le parler ou un parler gras (Montaign. , S. S.) , et non la parole ou une paroù grasse; c'est pourquoi Descartes accorde un parler aux perroquets, et leur refuse la parole. La rudesse ou la douceur du parler est une qualité de l'organe seul; la ru desse ou la douceur de la parole tient un peu à celle du caractère.

MARCHE, MARCHER. Mouvement des animaux et particulièrement de l'homme, en tant qu'ils vont ou s'avancent.

L'une se considère relativement , l'autre absolument; lune d'une manière concrète et comme un fait particulier, l'autre d'une manière abstraite et comme un certain genre d'action, pans telles circonstances votre marche a été ralentie ou accélérée par telles causes.

Ne le donna- t-on pu des avis quand la cause Du marcher et du mouvement, Quand les esprits, le sentiment,

Quand tout faillit en toi? Lav.

Vous dites dans un récit que la marche des ennemis a été lente; mais vous caractérisez l'éléphant et la tortue en disant qu'ils ont un marcher lent (Làf.). Le marcher f dans ce dernier sens, est la démarche ou la manière habituelle de marcher de quelqu'un , mais sous le rapport physique seulement et indépendamment des sentiments qui animent cette personne. «Je ne connais pas J. C. à la voix , ni au visage , ni au marcher , ni par le rapport d'aucun de mes sens. » Boss.

PUISSANCE, POUVOIR. Dans leur sens le plus étendu , dans celui ,^ par exemple , où ils s'appli-

quent aux souverains , ces deux mots expriment ce que peuvent ceux qui possèdent la qualité dont ils sont les signes. Ils ont ensuite une acception plus restreinte , suivant laquelle ils indiquent une faculté ou disposition dans le sujet , par le moyen de laquelle il est capable d'agir ou de produire un efl'et.

Mais dans les deux sens, ces mots diffèrent de même : l'un est plus concret , l'autre plus abstrait.

Comme l'observe justement Roubaud , ces termes correspondent aux deux mots latins potentia et potestas, lesquels signifient, suivant Gardin et Dœderlein , l'un une force de fait , l'autre une force ou faculté de droit , l'un ce que nous pouvons effectivement , l'autre ce qui nous est permis. Ainsi puissance a plus de rapport arec force et se dit bien des agents naturels , la puissance d'une machine ; pouvoir exprime une idée plus abstraite , plus idéale , il serait plutôt sjnonyme d'autorité ou de droit. C'est parce qu'il est abstrait et idéal que pouvoir , à la différence de puissance^ signifie le crédit, l'empire, l'ascendant, l'influence toute morale qu'on exerce sur les hommes. «Le pouvoir, dit Condillac, est le droit d'user de la puissance; » et puissance m&Tque les moyens qui sont à la disposition du pouvoir. Le despotisme est une puissance , puisqu'il a des forces; mais ce n'est point un pouvoir^ puisqu'il n'a point de droit. Un pouvoir sans puissance est un pouvoir sans force, s La puissance, dit encore Condillac , est plus relative à la force et le pouvoir se rapporte plus à la liberté , c'està-dire à un usage raisonnable de la force ; et c'ejt pourquoi l'homme juste use de son pouvoir, l'homme injuste abuse de sa puissance, v Vous pouvez soulever ce fardeau, renverser cet obstacle , vous en avez effectivement la force ; voilà la puissance : vous pouvez vous perntiettre telle action , vous en avez le droit , vous y êtes autorisé ; voilà le pouvoir. « Attribuer à Dieu quelque puissance et quelque liberté de faire le mal , c'est lui attribuer le pouvoir de pécher. » Fén.

Girard et Roubaud donnent à peu près la même distinction, mais le premier la propose d'une manière beaucoup plus nette , quand il considère puissance et pouvoir dans leur seus restreint, dans le sens physique et littéral où ils sont synonymes de faculté. « Le pouvoir , dit-il , vient dei secours ou de la liberté d'agir; la, puissance vien des forces. L'honmie , sans la grâce , n'a pas \i pouvoir de faire le bien; la jeunesse nianqued savoir pour délibérer et la vieillesse manque d puissance pour exécuter. L'habitude diminue beat coup le pouvoir de la liberté ; l'âge n'affaiblit qu la puissance et non le désir de satisfaire ses pa:^ sions. a> Condillac établit la même différence e termes encore plus catégoriques : « Notre puii sance consiste, dit-il, dans les forces que no\ sommes maîtres d'employer, notre pouvoir dai réloignement des obstacles qui pourraient gêni notre liberté, d Et ailleurs : « La puissance < l'âme est plus relative aux facultés nécessair pour exécuter, le pouvoir est plus relatif aux d terminations de la volonté. » «Se figurer des co tradictions entre le powooir souverain de la grâ

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

SOT le libre arbitre et la puissance qu'a le libre arbitre de résister à la grftce. » Pasc.

Telle est bien la difTérence de puissance et de poutotr , et cette <tifféreace résulte bien de ce que le prenûer de ces mots est un substantif ordinaire à terminaison significatiTC et le second un infinitif pris suÈstantivement. Hais la terminaison de puissmee étant significative doit imprimer à ce mot une nuance propre dont nous n'avons encore rien dit. Ance, outre l'action, indi^ quelque chose de durable , de permanent , tandis que l'infîoitif pouvoir marque Faction simplement. D'aà il suivrait que pouvoir signiiîefait spécialement Vacte, et puissance Tétat pennanent de pouvoir; powcoir serait distributif , exécutoire relativement à puiuance , il aurait un rapport particulier à Vacte , une idée particulière d'efficacité et le soin de l'ejEécution. a Affirmer que Dieu n'ait pas le pouvoir d'accorder la pensée à tel être qu'il voudra , c'est borner la puissance du Créateur qui est sans bornes. > Vclt. En coDséquoice , on a la puissance et on exerce le poiftotr de faire une chose. <t Quand , étant enfermé , TOUS voulez rester chez vous , vous exercez le pouxmr que vous avez de demeurer : vous avez cette puissance , mais vous n'avez pas celle de sortir. » Volt. Ce caractère a été longuement déreloppé par Ronband. Mais, quoique également réel , il a moins d'importance que le premier. Rien n'empêche , néanmoins , de les garder l'un et Vautre.

SŒUCB, SAYOQL Choses apprises M sues.

La science est relative , le savoir absolu; on dit la science du navigateur, les sciences naturelles , les sciences philosophiques. « Quelque éclairé que vous soyez, vous apprendrez du moins , dans les instnictions de l'Église, que Totre locotr n'est rien, si vous ignorez la science du salut. » Mass. Non, le savoir chez moi n'est pas tout retiré; Mais, en im mot, je sais , pour toute ma science, Du bux avec le vrai faire la différence. Mol. Savoir se dit absolument par rapport aux travaux de l'esprit, et c'est pourquoi il ne s'emploie qu'au singulier. — Ensuite , le savoir n'étant pas spécial comme la science , est moins approfondi par cela même. < Le savoir n'est que la -science d'un homme qui n'est pas ignorant. « Gond. « Quelques-uns, par une intempérance de savoir, aiment mieux savoir beaucoup que de savoir bien, et être iaibles et superficiels dans diverses mirces, que d'être sûrs et profonds dans une seule, -a LAsa. — Enfin , comme le savoir suppose des connaissances étendues, mais superficielles sur chaque chose, il a naturellement plus de npport à hi pratique : la science en a davantage i la spéculAtioa. a Ce médecin a acquis un grand savoir par son expérience. » Acad. Molière fait voir dans la comédie des Femmes savantes que la science messied aux femmes, qu'elles la doivent laisser aux docteurs.

lEPE3ÇTm , REPEPCTANCB ; SOUVENIR , SOUVE- KA.5CB. Les deux premiers mots signifient regret de ses fautes : les deux derniers , idée que la mémoire conserve de quelque chose.

L'infinitifétaniabstrait, les substantifs à forme infinitiTe n'offrent point de déterminations à l'aide |

desquelles on puisse les distinguer de Icrars synonymes; ils équivalent donc à des substantife sans terminaisons significatives , et c'est comme tels que nous avons traité repentir et«ou«entr , dont la différence d'avec repentonoe et sotmenanee provient de ce que la terminaison de ces deux derniers marque une durée, un exercice continu, habituel , modification étrangère , comme toute autre , aux noms infiniti& repentir et soutenir.

STRORTM» naS StrBSTAHTIFS OaDIHAIRIS ATIG

des part1gipb8 passés passifs pus 8db8ta1itivbmbut.

§ I. Narration , narr^. Exposition , exposé» Énondation , énoncé. Prononciation , prononcé'. Délibération, délibéré. Production^ produit.

Composition , composé. Dénégation , déni. Contradiction , contredit. Institution , institut.. Fusion, fonte. Perdition^ perte. Imposition, impôt. Croissance t crue.

i U. Rôt, rôH. Arrêt ^ arrêté. Fosse, fossé.

Suivant que les substantif , arec lesqueb las participes passés passifs ont des rapports de synonymie , sont ou ne sont pas à terminaisons significatives, les synonymes de cette classe se partagent en deux espèces , qui exigent chacune une règle de distinction particulière. Cet article doit donc se diviser en deux parties. Ensuite , il est à remarquer que dans la première espèce on ne trouve , comme synonymes des participes passés, que des substantifs en ion, k l'exception d'un seul qui est en ance. Ce dernier devra faire l'objet d'un examen à part. La seconde espèce donne lieu à une remarque analogue : parmi les' substantif à terminaison indifférente, qui ont pour synonymes des participes passés , deux , rôt et arrêt , sont eux-mêmes des participes passés ; seulement ils s'éloignent un peu plus, par la forme , du verbe primitif et ne s'y rattachent pas aussi directement; mais un troisième, fosse, semble ne devoir pas être soumis à la même règle que les deux précédents , parce qu'il ne tire pas comme eux son origine d'un verbe antérieur.

S I. SvbstasUifs à terminaisons significatives corn' parés avec des substantifs primitivement participes passés passifs et synonymes des premiers.

La différence des uns aux autres varie nécessairement suivant la valeur de la terminaison des substantifs proprement dits. Or , ceux-ci se terminant presque tous en ton , tout se réduit k savoir d'abord ce qui distingue les substantifs français ainsi'terminés d'avec les substantifs participes dont il s'agit ici. Ion marque l'action , la réalisation présente de l'idée exprimée par le verbe; c'est une désinence subjective, c'est*>àdire qui montre le sujet faisant l'action. Le participe passif signifie un résultat , la chose constituée et faite; c'est une désinence objective, c'est-à-dire qui désigne la chose comme un objet ayant des qualités , mais sans rapport à l'agent qui l'a produite. De là résulte une telle distance entre les noms en ton et les participes correspon-

dants , qu'on conçoit à peine la possibilité de leur synonymie. Cette synonymie n'a lieu en effet que quand le substantif se prend objectivement comme le participe pour exprimer le résultat de l'action , une chose faite , quand , par exemple , production veut dire , comme produit , une chose qui a été produite. Alors subsistent entre les deux mots des différences qui tiennent à la diversité de leur signification primitive.

Les substantifs proprement dits sont relatifs P et concrets; les participes, absolus et abstraits. Les uns font connaître la chose extrinsèquement, iU la présentent dans ses particularités , dans ses rapports au temps , aux personnes , aux circonstances, à la manière; les autres la font connaître intrinsèquement, en elle-même, sans considération relative, indépendanunent de tout rapport à Tagent et à son mode d'agir, abstraction faite de toutes les circonstances qui ont accompagné l'action. En un mot , quoique le substantif ne' signifie pas l'action particulière de faire la chose , mais la chose faite , il la rappelle avec toutes ses particularités; tandis que le participe désigne la chose absolument, telle qu'elle est au fond, intrinsèquement, en soi. De sorte que le participe se trouve, à l'égard des substantifs en ton, identiquement dans le même rapport que les substantifs sans terminaison significative, dans le même rapport, par exemple , qu'octe et. action , progrès et progression , concept et conception,

NARRATION, NARRE. Le sens commun à ces deux mots est l'idée d'un fait raconté , ou de la relation d'un fait.

La narration se rapporte à celui qui fait le récit, et à la manière dont il le fait; elle indique ' de sa part des détails, de l'invention pour les circonstances accessoires , une manière à lui propre. Le narré ne se rapporte qu'aux choses narrées, au fond du récit; il le présente de la façon la plus simple , la plus brève , la plus abstraite , la plus absolue, indépendamment de tous les détails de forme et de tous les ornements qui ne tendent qu'à faire valoir le narrateur ou sa cause : c'est le récit pur et simple du fait , sans rapport à la manière. On donnera plutôt à narration les épithètes qui s'appliquent à l'auteur , à son style et à l'arrangement de son récit; à narré, celles qui conviennent au fait : une narration intéressante plaît par la manière fleurie, élégante , bien ménagée dont les faits sont racontés ; un narré intéressant plaît par ces faits eux-mêmes. La narration se qualifie comme une œuvre littéraire, poétique, ou oratoire; ce qu'on y considère le plus , ce n'est pas le fond , mais la forme ou la manière ; les incidents y dépendent du narrateur , qui peut à son gré les modifier, a Avoir le talent de la narration. » Lah. « Le cardinal Dubois avait des pointes de vivacité et des narrations amusantes. » S. S. a Les Grecs sont plus éloquents dans leur narration que curieux dans leurs recherches. » Boss. « Bocace est le premier modèle en prose pour le naturel de la narration. » Volt. Le narré se qualifie comme l'œuvre d'un historien ou d'im témoin; il doit être d'une fidélité rigoureuse ; il ne comporte ni les retran-

chements, ni les modifications; il faut qu'il n'ait rien de personnel, que le narrateur n'y mette rien du sien , que rien n'y soit laissé à son arbitraire, ce II y a dans ce discours d'Eschine un narré aussi long qu'infidèle de l'administration de Démosthène. » Lau. « Autant de mots, autant d'erreurs «grossières dans ce narré de La Beaumelle , sur lequel il lui était aisé de s'instruire. > Volt.

Un simple fait conté naïvement , Ne contenant que la vérité pure, Narré succinct sans frivole omemeol , Voilà de quoi désarmer la censure. 1d.

En littérature, on donne les règles de la narration , parce que dans la narration presque tout est relatif et à la discrétion de l'auteur; on ne donne pas de règles pour le narré ^ car il dépend entièrement de la nature des faits. Lorsqu'on veut exercer le talent des écoliers par des narrations, on leur dicte pour sujet le narré des faits qu'ils doivent raconter à leur manière.

EXPOSITION, EXPOSÉ. Chose exposée, mise sous les yeux par la parole ; récit d'un fait avec ses circonstances.

Vexpositûm admet plus de détails , elle laisse à l'auteur quelque invention et une manière propre ; Vexposé est plus abstrait , ce n'est point une explication détaillée , mais un récit dans lequel les faits sont présentés d'une manière nue et simple. Un.acte d'accusation contient Y exposé des faits qui ont provoqué les poursuites , et dont l'avocat donne ensuite V exposition. Dans l'erpo*^ de la cause , le juge d'instruction ne doit mettre que de l'impartialité; dans V exposition de la même cause , l'avocat se montre plus ou moins hal)ile- — L'exposition se« considère sous le point de vue de la manière , de la forme , de l'art. « Quel sera le meilleur modèle d'exposition dans une tragédie? Celle de Bajaxet passe pour un chef-d'œuvre de l'esprit humain. » Volt. « L'éloquence propre aux historiens consiste dans l'art de préparer les événements, dans leur exposition toujours élégante , tantôt vive et pressée , tantôt étendue et fleurie. » In. « Exposition lumineuse, animée, attachante. » Lah. — Dans Vexposé, on ne regarde que le contenu ou le fond des idées : un exposé fidèle ou infidèle (Lah.), faux (Boss., Lah.), absurde (Lab.), très-court (In.), a II résulte de cet exposé trois vérités incontestables. » J. J. « U fallait cet exposé pour entendre ce qui va être raconté. » S. S.

ÉNONCLiTION, ÉNONCÉ. Ce qu'on énonce, expression d'une idée, d'une proposition.

Vénonciaiion est relative ; elle se rapporte à la manière dont on énonce, ou dont on s'énonce; c'est la chose énoncée de telle façon , par telles personnes , dans telles circonstances de temps , de lieu ou autres. V énoncé est absolu; il consiste dans la formule courte et claire , dans les termes qui portent les idées à l'esprit; c'est la chose énoncée , abstraction faite de tout rapport et de tout détail de circonstances. « Les lettres de Voisin n'étaient que Vénoncé court de ce qu'il ordonnait en maître. » S. S. « Il n'y a pas là la moindre trace de figure ni de recherche : c'est le simple énoncé d'un fait. » Lah. On emploie bien

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME AADICAL

Hamoé^ sartoat en matbématiqiies , c'est-à-dire dans \e& sciences où il ne doit rien apparattre de la manière propre du savant : ViwmU d'une «[aestion , d'un théorème. L'^nonctaltbi» se qualifie par rapport à Tagent qui énonce : elle est agréable , babUe , intéressante , ou le contraire. U énoncé se considère par rapport au sens de la proposition énoncée. 12 est évident par cet ^honee que... (Yo£T.) « £;gin2iard met Rome et Ravenne panni les riliés métropolitaines de Charlemagne ; n'est-il pas certain par cet énoncé que Rome et Rarenoe n'appartenaient point aux papes? v Volt. Condamner quelqu'un sur son énoncé (Boss.) « Il importe^ pour avoir bien V énoncé de la volonté géoérale, qu'il n'y ait pas de société partielle dans r£tat. » J. J.

PRONONCIATION, PBONIXICÉ. On dit prononciation et prononce de la sentence , du jugement , de Varrèt , pour signi£er ce que prononce celui qui porte la sentence, le jugement, Tarrét, les paroles qui expriment sa décision.

Prononciation se rapporte à Faction et à la mam'ére de prononcer; il présente la chose comme un événement. « On nous fit entrer pour entendre la prononcûUton de l'arrêt. » S. S. Mais si on considère^es paroles du juge relativement à leur sens et à leur portée , c'est du mot prononcé qu'il faut se servir. Pendant la prononciation de la sentence , j'ai fait de vains efforts pour en comprendre le prononce.

BÉLIBÉSIATlOïl, DÉLIBÉRÉ. A vrai dire , il y a peu de synonymie entre ces deux mots; le second signifie une délibériUion qui a lieu à huis clos entre les juges d'un tribunal. Nous les plaçons ici uniquement pour montrer que leur différence s'expl^ue par notre règle générale , et par conséquent la, confirme. Délibération est un terme concret, représentatif, faisant image; il peint une foule d'incidents, la tergiversation, ropposition, l'attaque, la défense, la lutte du pour et du contre. Délàtéré étant un terme absolu et abstrait . qui signifie la chose indépendamment de toutes ces circonstances , convient merveilleusement pdur exprimer une délibération à huis clos.

PROMJCTION, PRODUIT. Chose produite ou ce qui est produit.

Uun reporte l'attention sur la manière dont la chose a été produite, l'autre la retient tout entière sur la chose , telle qu'elle est maintenant , en elle-même, bonne ou mauvaise. Quand on dit que tel ouvrage est une production remarquable de l'intelligence humaine , on a égard au travail qu'ii a fallu pour le produire et à la capacité de 'la cause quf l'a produit. « Considérer dans les productions des esprits les efforts qu'ils font pour parvenir à la vérité. » Pasc. Se bome-t-on à considérer la chose comme un simple résultat , on dira mieux produit : le produit d'une multiplication, des produite chimiques, l'exposition des produits de l'industrie française. Les productions sont les effets d'une cause active ou productrice dont elles rappellent l'action; les produits sont les résultats en soi d'une opération , d'un travail , d'un mélange , d'une combinaison , d'une transformation quelconque. Aussi dit-on les productions

de l'esprit ou de la nature , et les produiis de l'art ou des arts. « Les producttofif secondaires de la nature sont les seules auxquelles nous puissions comparer les produits de notre art. » Bdff. A la vérité , on appelle aussi quelquefois produits les biens de la terre , mais c'est lorsqu'on les apprécie en eux-mêmes , sous le point de vue de l'économie politique , relativement à leur valeur vénale et à leur quantité. Le coton est une production abondante , et le produit d'un arpent suffit pour habiUer trois ou quatre cents personnes. (CoND.). L'habitant de la campagne contemple et suit avec intérêt les progrès des productions de ses arbres , et il porte au marché les produits de ses terres.

COMPOSITION , COMPOSÉ. Ce qui résulte de l'action de composer.

Composition ^ comme production^ se rapporte à l'agent et à sa manière d'agir ; au lieu que composéy comme produit , fixe l'esprit sur la chose en soi , telle qu'elle est. On trouve à redire à la composition d'une chose , quand on s'en prend à celui qui l'a composée et qu'on critique sa manière; mais dans Lafontaine Jupiter dit aux animaux:

Si dans son composé quelqu'un trouvée redire, II peut le décUrer sans peur; Je mettrai remède i U chose.

DÉIŒGATION, DÉNI. Ces deux mots signifient, en termes de jurisprudence principalement , désaveu , refus de reconnaître qu'on ait fait ou dit quelque chose.

Mais d^^^otton est subjectif et d^t objectif: l'un représente la chose conune se passant et telle qu'elle se passe , et l'autre comme étant et telle qu'elle est ; en sorte que la dénégation est la manifestation dans un cas particulier de la chose appelée déni. Aussi la dénégation reçoit des épithètes qui rappellent un fait, sa manière, ses circonstances , sa durée ou son auteur ; au lieu que celles qui sont applicables au déni le caractérisent en lui-même , intrinsèquement , essentiellement , quant à sa nature : on dit une dénégation formelle , nette ou équivoque : persister dans ses dénégations; entendre des dénégations; et un déni suspect ou digne de foi. On rapporte en historien des dénégations qui ont été faites ; on examine ou on décide théoriquement , en légiste , quelle est la valeur d'un déni qui serait fait dans tels cas , dans telles conditions. Fénelon avait cherché , dans une Instruction pastorale , à adoucir certaines propositions contenues dans son livre des Maaimes des saints. Bossuet le reprend ainsi : « C'est là une explication directement contraire au texte; c'est là une de ces sortes de dénégations qui servent à la conviction d'un coupable , où le déni d'un fait évident marque seulement le reproche de la conscience. »

GONTBADICTION, GONTBEDIT. Ces deux mots signifient un dissentiment, une opposition que l'on fait à une proposition : tous deux emportent l'idée de contredire quelqu'un , ses pensées , ses opinions , ses paroles , c'est-à-dire de soutenir le contraire de ce qu'il avance.

Mais l'un se rapporte à l'idée du contradicteur, à son opposition manifestée , à la lutte qu'il in-

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