‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 44 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

stitue avec éclat; Tautre ne se rapporte qu'à la chose objectée en elle-même , à sa valeur intrinsèque , à son sens , à sa portée. L'une est de fait et concrète, l'autre de droit et abstraite. C'est seulement dans les deux locutions adverbiales sans contradiction et sans contredit que ces mots sont vraiment synonymes. Sans contrtidiction , c'est-à-dire, sans qu'on contredise; sans contredit , c'est-à-dire sans qu'on puisse contredire. Une proposition passe sans contradiction (Pasc, Volt.), et elle est vraie sans contredit {Desc. , BouRD. , Volt.).

mSTITUTION, INSTITUT, fitabllssement fondé pour plus ou moins de temps.

Vinstitution est relative , peu durable , et n'a qu'une existence précaire; Vinttitut est absolu et fondé à toujours. Il y a entre ces deux mots la même différence qu'entre corporation et corp*, signifiant une réunion de personnes qui vivent d'après des règles communes. La première société savante de France porte le nom àHnstitut , parce que c'est une institution créée à perpétuité. On appelle aussi institut la règle de vie prescrite à un ordre religieux au temps de son établissement, et ce mot en marque la fixité, l'invariabilité. « Les religieuses de Port-Royal avaient loint à leur règle (c'est-à-dire à leur institut) iHnstitution du saint sacrement; elles avaient demandé et obtenu de Rome la confirmation de cette institution,* Pasg.

FUSION, FONTE. Liqué&ction, destruction de la cohésion.

La fusion est une action , et la fonte un état. « Il faut que le zinc soit chauffé presque au rouge avant qu'il puisse entrer en fusion. Dans cet état de fonte ^ sa surface se calcine et se convertit en chaux grise. » Buff. Gela est si vrai, que, dans une acception particulière, fonte signifie la matière même fondue : fer de fonte. « II ne reste alors à la mine que la quantité de calcaire nécessaire à sa /Wton , ce qui fait la bonne qualité de la fonte. » Buff. Que si fonte exprime aussi quelquefois l'action , il la représente comme un effet , comme une modification reçue : on facilite la fitsion des métaux (Buff.) en les aidant à se fondre; on leur donne une ou plusieurs fontes (Buff. , RsaN.).— D'ailleurs , fusion étant formé immédiatement du latin fusio , au lieu que fonte dérive du verbe français fondre , fusion est un terme scientifique de métallurgie , et fonte un mot du langage commun. « C'est un prodige que la fonte et la fabrication du veau d'or en vingt-quatre heures. » Volt. « Le goût nous donne la sensation par la fonte de certaines parties de matière. » Buff. La fonte des neiges , la fonte des humeurs.

PERDITION , PERTE. Ces mots n'ont de synonymie que dans le langage de la dévotion , car perdition n'est point usité ailleurs.

Ils signifient l'état d'une personne qui est dans une croyance contraire à celle de l'Église , ou qui se livre habituellement au vice. La perdition est relative, elle a des degrés; elle dure : la perte est absolue , c'est une chose faite , accomplie , irrémédiable par conséquent; elle se considère après et non pendant. Si l'on ne quitte la voie de perdition y on est bien sûr d'arriver à sa perte.

IMPOSITION , IMPÔT. Contribution, ce qui est imposé aiu citoyens , ce qu'ils payent au trésor public.

Le premier de ces mots est relatif, le second absolu. <c V imposition y dit Roubaud, est l'impôt considéré relativement à l'acte d'imposer. C'est un tel impôt particulier, ou une telle portion du revenu public établi en tel temps , de telle manière, avec telles conditions.» Et il faut ajouter, sur telles ou telles personnes. On répartit V impôt , et , Vimpôt réparti , chacun paye ses impositions, c'est-à-dire son contingent, sa part de Vimpôt général. Vimpôt, réunion des impositions , constitue le revenu public et pèse sur la masse ; l'imposition , variable suivant les membres de l'État , pèse sur les individus. « La crusade est une tmposttton sur le clergé , que les papes ont accordée souvent aux rois d'Espagne pour la guerre des Maures. » S. S. « Les cens^rs mirent sur fimilius une imposition huit fois plus forte que celle qu'il avait payée jusqu'alors. » Cono. « On lait , dit encore Roubaud , L'histoire économique de l'tmpdt et le détail historique des tmpositûms. » Il remarque aussi que quelquefois les impositions désignent particulièrement des charges variables , non pas constitutives de Vimpôt primitif et permanent, mais qui y sont ajoutées. « Outre les tailles , il y avait encore d'autres impôts, nommés aides, gabelle.... Le comte de Soissons tenta d'obtenir du roi une imposition de quinze sols sur chaque ballot de toile. » Gond. « On n'a jamais rien tiré des Pays-Bas par des impositions arbitraires. » Volt.

Il est à remarquer que outre que les substantifs examinés jusqu'ici ont la désinence ton, laquelle se distingue par un caractère de noblesse comme dérivant du latin, ils sont tous latins dans la composition de leurs radicaux. Au contraire , la plupart des participes qui leur sont unis par des liens de synonymie , au lieu d'être directement traduits de participes latins , se présentent sous les formes que prennent d'ordinaire ces sortes de mots dans notre langue. Il s'ensuit pour les premiers une supériorité qtii les rend plus propres à figurer dans le style relevé. De là vient en partie qu'on dit plutôt les productions de l'intelligence et les produits de l'industrie ; de là vient surtout que fusion s'emploie seul au figuré pour signifier alliance et mélange, ftbsion de deux systèmes , fusion de deux partis ' , et que perdition n'est d'usage qu'en matière de religion et de moralité.

On peut s'étonner de voir traiter ici comme participes passés les mots fonte et perte , tandis que nous avons considéré ailleurs comme des radicaux nus, pro^réf, acte, concept. {Voy. ces mots.) Cette irrégularité, vraie en elle-même, n'entraîne aucun inconvénient, et par conséquent importe fort peu. Tous ces mots, coamie

4. Fonte s*eal bien dit aussi au figuré, mais à une époque plus ancieune de notre langue , oii on avait d'autres préoccupations qu'A présent et où on n'affectait pas le langage technique. Remettez, pour le mieux, ces deux vers à \^/onte. Laf. « Il faut qu'il se fasse comme une fonte universelle du ccrar , pour porifiar l'amour divin.» FÉir.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

iMMU l'aTons dit à la fin de la règle générale établie ci -dessus , qn'on les prenne pour des participes passés ou pour des substantifs sans terminaison significative, diiTèrent de la même manière des substantifs en ion.

CROISSANCE, GRUE. Augmentation de grandeur ou de hauteur.

^nce marque la durée , la continuation de ce qui a été commencé , et par suite le mot croissance se rapporte i la durée du phénomène , dont on peut mesurer les périodes. La croissance est donc une augmentation successive et uniforme ; on h suit dans ses progrès. Tout au contraire , la cruf indique un effet, un simple résultat; elle montre Taction faite , et non pas se faisant et se faisant progressivement. « Dans ces arbres pétrifiés on remarque distinctement les veines de chaque crue annuelle. > Buff. Ou bien la crue est un accroissement subit , passager , instantané , inattendu , et c'est pourquoi ce mot se dit surtout en parlant des rivières et des fleuves que les orages ou les fontes des neiges font grossir tout d*un coup. On l'emploie bien aussi quand il s'agit des animaux et des arbres , mais c'est dans un sens tout absolu et objectif : on ne dit pas y arrêter la crue, âge de crue y comme on dit, arrêter la croissance , prendre beaucoup de croissance , &ge de croissance. « Les baleines ont longtemps Toidi la taille des femmes , et gêné la croissance des entants.» L.\h. « La naissance et la croissance du ténia sont également extraordinaires.» Volt. Bans la phrase , cet animal a pris toute sa crue , le mol crue exprime absolument et en elle-même Taugmentation de grandeur; dans cette autre, cet animal a pris toute sa croissatiee, le mot croissance rappelle le temps qu'il a fallu à ranimai pour croître , et les progrès successifs par lesquels il a passé pour devenir tel qu'il est- Pour parler avec une entière justesse , il faudrait toujours dire ocotr toute sa crue , et prendre toute sa croissance.

S H. SvbstanHfs à terminaison insigni^nte eomyarét avec des substantifs jnimitivemeni parti' ctpet passés eî synonymes des premiers.

Les substaptiis à terminaison insignifiante semblent équivaloir aux participes passés pris substantivement; car, considérés les uns et les autres, séparément, par rapport à des synonymes de même radical et à terminaisons significatives , ils en diffèrent de même. Cependant , si on les rapproche afin de déterminer précisément leur râleur respective, comme nous le faisons ici, on les trouve bien distincts les uns des autres. Jje participe , absolu quand il se trouve synonyme d'un substantif dont la terminaison modifie le sens, devient, à son tour, relatif et particulier quand on le compare à un substantif dont la terminaison est insignifiante; lui qui, dans le premier cas, représente la chose en elle-même et indépendamment de tout rapport , dans le second a rapport à l'action marquée par le verbe , et à toutes les circonstances de temps, de lieu, de personnes qui accompagnent cette action. Les substantifs à terminaisons sans valeur , ou , ce qui revient au même , les participes passés qui , tels

que rôt et arrêt , ont subi une altération ri profonde , qu'ils n'ont plus rien de commun avec le verbe que le sens fondamental , sont plus absolus et plus généraux. Les participes devenus substantifs sont, au contraire, relatifs, distributifs , représentatif , circonstanciels. Les substantifs-participes peuvent sans doute remplacer les substantifs absolus à l'égard des substantifs à terminaison significative; mais, quoiqu'ils aient le même caractère , ils ne l'ont pas au même degré , et , sitôt qu'un substantif-participe est mis en présence d'un substantif absolu , il reprend le sens relatif et rappelle l'action de son verbe.

RÔT, RÔTL Mets que l'on sert après les potages et les entrées.

Ces deux participes d'un même verbe tirent leur différence de ce que le premier, s'étant beaucoup plus éloigné de sa source, a perdu toute marque de relation. Rôt signifie un service de table composé de viandes rôties , l'ensemble de tout ce qui couvre la table , une partie ou une époque du repas , et non un plat parmi d'autres, a Cliton dit les entrées qui ont été servies et combien il y a eu de potages ; il place ensuite le rôt et les entremets. » Labr.

J'ullais sortir enfin quand le rât i para. Sur uo lièvte flanqué de six poulets étiqoes y S'élevaient trois lapins, etc.... Boxl.

Bôti particularise ce que rôt présente en général , parce qu'il rappelle l'action du verbe , parce qu'il indique expressément que l'action de cuire a été faite, accomplie, soufferte; il exprime une pièce qui a été cuite suivant un mode particulier. « On sert le rôt , dit Roubaud , et vous mangez du rôti. Le rôt est servi après les entrées; le rôti est autrement préparé que le bouilli. » Lorsqu'on en est venu au rôt , vous dites : Passez-moi le rôti. On dira bien d'une manière absolue nous aurons à dtner du rôt , et d'une manière relative, un rôti de poulet. On dira, en indiquant simplement le genre, du gros rôt , du menu rôt , le chat a fait un larcin de rôt ou de fromage. (Laf.); et en spécifiant davantage, en ayant égard à un objet réel , qui est ou a été rôti, une pièce (SÉv.) ou un plat (Les.) de rôti, le rôti est à la broche. (Volt.)

ARRÊT , ARRÊTÉ. Résultat des délibérations de quelques compagnies.

Arrêté rappelle expressément Taction du verbe arrêter; c'est ce qu'on arrête particulièrement, une décision spéciale , portant sur tel ou tel objet , émanant d'une autorité qu'on désigne : un arrête du préfet, du maire. Il se considère aussi comme un événement , comme ayant lieu dans certaines circonstances. Mais l'arr^^ se considère uniquement en lui-même , par rapport à sa teneur. L'arrêt est souvent invariable et étemel : les arr^ de la Providence, les arrêts du destin; l'arr^l^ correspond & un besoin du moment : le maire fait un arrêté k propos d'une fête nationale. Dans tous les cas, l'arrêt renferme une force, une autorité supérieure à celle de l'arr^. L'une est à l'autre comme la règle au règlement. « Varrêt , dit Leroy , est la décision d'un tribunal supérieur, décision que ce tribunal ne peut ni annuler ni corriger, lors même qu'il reconnaîtrait qu'il a mal décidé;

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