‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 53 sur 426 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tion d'une manière aussi directe et aussi pleine (£ue les verbes actifs; ils signifient éprouver quelque chose , soi aussi , pour sa part , n'y être pas étranger , ou n'en être pas exempt. Ils expriment donc la même chose , mais à un moindre degré. Celui qui se sent ou qui se ressent , sent ourestent en partie ou de loin, à une distance plus ou moins grande de l'impression.

ACQUITTER, S'ACQUITTER. On acquitte un devoir , un vœu , une promesse , et on s'en acquitte.

Mais acquitter est tout objectif, et s'acquitter subjectif: l'un fait penser à la chose sur laquelle tombe l'action , et l'autre à la personne d'où part l'action. Si vous acquittez yoXre promesse ou votre vœu, la chose promise ou vouée sera faite, réalisée ; si vous vous en acquittez ^ vous en serez quitte ou libre , vous n'aurez plus à y songer. L'obligation qu'on acquitte est un objet , un acte notarié ; l'obligation dont on s'acquitte est quelque chose d'idéal et de propre aux personnes , à la personne qui agit : l'obligation que vous avez acquittée n'a plus de valeur, l'obligation dont vous vous êtes acquitté ne vous pèse plus. — A peine est-il besoin d'ajouter que c'est toujours de quelque chose de personnel qu'on s'acquitte , et que c'est quelquefois les autres qu'on délivre en a^uittant. Le maréchal de Coigny avait toujours traité sévèrement le poète Bernard , qui lui était attaché. « Mais en mourant il le recommanda vivement à son fils , en le priant de réparer ses torts; devoir que celui-ci se fit un plaisir d'acquitter , et qu'il acquitta pleinement. »Lah. — Enfin on acquitte quelquefois mais on ne s'acquitte jamais , involontairement. Fontenelle donnait constamment sa voix (pour entrer à l'Académie) à l'abbé Trublet , < par un sentiment de reconnaissance dont le philosophe ne s'apercevait peut-être pas .lui-même, et qu'il acquittait comme sans le vouloir. > D'Al.

DÉPOUILLER une chose, 8'en DÉPOUILLER. La quitter , s'en défaire. On dit également au figuré , dépouiller son orgueil , sa fierté , la haine , l'artifice , et s'en dépouiller,

Koubaud a très-bien établi la difi'érence de ces deux locutions. « L'action de se dépouiller d'une chose , dit-il porte directement sur le sujet qui se dépouille; l'action de dépouiller la chose porte directement contre l'objet dont on veut être dépouillé. La première de ces images attire principalement votre attention sur la personne : vous assistez en quelque sorte à son dépouillement. Par la seconde , votre attention est plutôt fixée sur la chose , vous verrez tomber sa dépouille. Si le prince se dépouille de sa grandeur , vous le voyez tel qu'un homme privé : s'il la dépouille , vous la voyez s'évanouir. » Il est difficile de nous dépouiU&r des choses auxquelles nous tenons beaucoup , de nos goûts , de nos habitudes , de nos préjugés , et de dépouiller celles qui tiennent beaucoup à nous , les sentiments de la nature , l'humanité , la pudeur.

DÉCHARGER, SE DÉCHARGER.. Un portefaix décharge un fardeau et «'en décharge y c'est-àdire qu'il le dépose.

L'esprit se porte, d'un côté, vers le fardeau que l'on voit changer de position , passer de l'épaule de l'ouvrier sur la terre; de l'autre, vers

l'ouvrier que cette opération soulage et délivre de sa peine.

REVÊTIR un habit , SE REVÊTIR d'un habit Le mettre ou s'en couvrir.

Revêtir se rapporte à l'habit , et se revêtir , k la personne. Tant que vous n'avez pas revêtu un habit, il est nouveau ou inaccoutumé pour vous , et on ignore s'il vous va ; tant que vous ne votis êtes pas revêtu d'un habit , vous n'y êtes pas accoutumé , et on ignore si vous aurez bon air avec. Un habit est véritablement neuf quand on ne l'ajamaisrev^fu; un peuple est véritablement sauvage quand chez ce peuple on ne «'est jamais revêtu d'habits. Vous donnez à un pauvre des habits inutiles ou que vous ne mettez plus pour qu'il les revêtisse et afin de ne les pas laisser périr de vétusté ; vous donnez des habits à un pauvre pour qu'il s'en revêtisse et afin qu'il soit à l'abri des injures de l'air. — Les formes que revêt la pensée sont telles ou telles ; les formes dont se revêt la pensée la rendent telle ou telle.

RIRE , SE RIRE de quelque chose. Ne pas s'en soucier , s'en moquer.

On rit de ce qui se montre risible , on se rit de ce qu'on trouve ridicule. Quand de mauvais plaisants font rire le monde en employant des termes qui ne sont pas du bon usage , on ne rit pas de ce qu'ils disent , mais on se rit d'eux (Vaug.). La première expression énonce le fait simplement et le présente conmie provoqué par l'objet; la seconde ajoute à l'idée du fait celle de la hardiesse du sujet et de son opinion particulière sur la valeur de l'objet. — On distinguerait de même jouer quelqu'un et se jouer de quelqu'un , c'est-à-dire le tromper.

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