JECTIF QUI LEUR CORRESPOND POUR LE SENS ET
POUR l'âtthologie.
Engraisser , rendre gras. Chauffer , rendre chavà. Aiguiser, rendre aigu. Populariser y rendre populaire. Endurcir, rendre dur, Éclairtnr^ rendre clair. Embellir , rendre beau. Etc.
Deux différences principales empêchent de confondre ces expressions synonymiques. D*abord, le verbe montre à l'œuvre ; sa définition montre l'œuvre. En engraissant on rend gras , de même qu'en chauffant on rend chaud , de même qu'en aiguisant on rend aigu. C'est la même chose envisagée , là , du côté du sujet et de son action , ici , du côté de l'objet et du résultat qu'il subit , c'est-à-dire qu'on insiste , d'une part , sur l'action en la présentant dans son accomplissement , et , de l'autre , sur la qualité en la dégageant do verbe auquel elle est mêlée, en la mettant en saillie , en la faisant voir séparée , en la signalant en dernier lieu à l'attention, de telle^ sorte qii« nous croyons voir l'action se passer sous nc^s yeux. Une ferinière dira : J'engraisse de la vo* laille; c'est là ce dont elle s'occupe , et : Cette vo^ laille que j'avais achetée maigre , je l'ai reiuixt^ grasse; c'est là l'espèce de modification qu'elle a fait subir à l'objet. Lorsqu'on entend dire qu'uTi^ chose a été popularisée , on demande naturell^i
syhonymes qui oirr le même radical.
neat par qui, qoMoA et pooiqac»; et, s'il s'agit d^une chose rendue populatre , on songe uniquement à la qualité qu'elle a acquise. Il y a , dans la première expression, un caractère de subjectiTitè. et, dans la seconde, une nuance incontestable d'dbiectlTÎté. La guerre endurcttle corps et y&me , est une manière de s'exprimer qui présente la guerre comme produisant son effet; tan- ^s que la guerre rmd durs le corps et Tftme , fixe VeqMît tool entier sur la qualité contractée au miiiiett des armes. Ce qui domine dans le Terbe, c'est Fopération de l'agent , et dans la phiaseexpIicaliTe, c'est l'acquisition 2ie la qualité par l'objet. Les coounentateurs éeiaircitsent les textes; on les voit en action : leurs commentaires les rendent dami ici, ce qui frappe, c'est sçolement la modification subie par les textes. Le Terbe a tant de rapport à l'agrat, qu'il dénote quelquefois , de sa part , un antre motif que celui de donner à l'objet la qualité qu'il lui donne effeçti- Tement. On embeUit souvent une chose , non pour la rendre belle en elle-même , mais pour se faire honneur; on engraisse des esclaTes , afin de les retenir plus fkciiement sous le joug.
La seconde difiéroice se déduit de la première. Le Terbe montre à l'œuvre , indique l'action se frisant et tendant à produire le résultat, à &ire naître la qualité; il comporte tous les degrés, depuis le plus fiaible commencement, jusqu'à rentier acbèvem^it de l'opération. La phrase explicaiiye , au contraire , ayant pour office d'exprimer la quaUtè survenue dans l'objet , le fait d'une manière absolue, rigoureuse, complète, précise. La signification du verbe est plus vague , plus large, plus flottante. On grossit , on édaircif,etc., peoâpen, insensiblement, en partie, jusqu'à un certain point, pour un instant, même quand on essaye simplement ou qu'on commence à rendre gros on dair. Rendre gros ou dair ne comporte pas ces déterminations ou plutôt ces indétemûnations; il marque positivement l'effet comme produit. Pour rendre de la toile blanche , il Êtnt ia blanchir longtemps et à plusieurs reprises : pour fiendre gras , il &ut bien engraisser; pour rendre léger , aUéger beaucoup , et ainsi des autres. Populariser , c'est se mettre à rendre populaire, essayer, commencer ou être en train. au Terbe s'attache plutôt l'idée de la sorte début qu'on se propose et qu'on poursuit , et à la phrase explicative Vidée de ce but comme effectivement et exKtiètemenit atteint. Celui qui emplit un tonneau, aiguise ou polit un instrument, ne rend pas néeessaimoent et toujours , l'un pkin , l'autre aigu ou poli. Il y travaille. Rendre grand, c'est donner une qualité, la grandeur; ^ondtr indique le même effet, mais d'une manière vague ou peu précise. «Le mariage , dit Nicole , règle la coacapiscenee , mais il ne la rend pas réglée : eHe retient toujours quelque chose du dérèglement qui loi est propre, v
Non-seulement le Terbe peut vouloir dire donner une qualité peuà peu , à peu près , en partie , JQ3qa'à un certain point , mais quelquefois il signifie la faire augmenter dans ce qui l'a déjà; tant â est vrai q[u'il désigne l'effet relativement. iWw'peot nginfier ijonter à la pUeur; rendre
STH. FaAWÇ.
pdie suppose qu'on n'était point pâle et qu'on le devient ^ut à fut. Une forme d'habit tMtUtf , si on est déjà vieux , et rend vieùae si on ne l'est pas. Dire à une personne que ses vêtements l'emheUissent , c'est lui faire un compliment , car cela signifie qu'ils ajoutent à sa beauté : la modestie embeUit la beauté même. Dites à une personne que sa parure la rend belle, elle s'en offensera justement; car vous lui faites entendre qu'elle n'est point belle sans cela.
Le verbe ne signifie donc pas toTijours simplement rendre un objet tel pu tel, comme le disent les dictionnaires, mais parfois aussi commencer, ou travailler , ou tendre à produire cet effet , sans indiquer précisément où l'on est arrivé, et si l'on ne fait qu'sgoiiter à ce qu'était l'objet, à la qualité qu'il avait déjà. La phrase explicative est une forme nette, analytique, abstraite, qui exclut les à peu près , dont l'usage ne conmience qu'à une époque assez avancée de la civilisation pour qu'on y sente vivement le besoin de la précision et de la clarté. D'ailleurs , elle ne se prête pas et ne doit pas se prêter, comme le verbe, aux significations étendues et figurées. On ne dit pas au figuré rendre gros, comme on dit grossir, pour exagérer; non plus que, se rendre gras, comme on dit s'engraisser des misères publiques; non plus que , la prospérité rend ivre , comme on dit qu'elle entière , et ainsi des autres.
STNOUTMIS DB8 VSBBBS HBOTRia BT BB LBQR ni-
viHiTioif coKPOsiB BU TBmBB devenir bt d'or
▲nJBCTIF QOl LBUR GORRBSPONn.
Vieillir , devenir vieux. Pâlir , devenir pdle. Noircir, devenir noir. Mûrir, devenir mûr. Etc.
Il y a entre les synonymes de cette classe et ceux de la précédente une ressemblance visible; aussi admettent-ils à peu près les mêmes principes de distinction , quoique le verbe de la phrase explicatiTe ne soit pas le même.
Le verbe neutre a pour caractère principal de désigner le fait du changement , et sa définition en désigne plutôt l'espèce ou la nature. D'une année à une autre on trouve qu'un ami a vieilli; d'ordinaire un accusé pdlit en entendant prononcer sa*condamnation; il arrive à ceux qui séjournent quelque temps en Afrique de noircir. De jeune on devient vieua; de coloré , pdle; de blanc , noir. Vous direz d'un vin qu'il acquiert de Ib qualité en vieillissant , et alors vous montrerez le changement qui s'opère graduellement en lui, vous représenterez le vin comme se bonifiant à mesure qu'il subit Tinfluence du temps. Si vous dites qu'il acquiert de la qualité , quand il devient ou qu'on le laisse devenir vieux , en oe cas vous n'aurez égard qu'à la sorte de changement produit par l'&ge dans cette liqueur. Mûrir peint le travail de la maturation et le temps où eUe a lieu : les cerises mûriuent au mois de juin; devenir mûr montre la maturité comme la qualité qui survient dans l'objet : il faut attendre que les cerises deviennent ou soient deoenuet mâretpour les cueillir. Le verbe neutre constitue une expression synthétique et composée, dans laquelle l'adjeotifeftsibien tadii, d bien déguisé, que
PREHIËRE PARTIE
9ft signification l'eillu^e en quelcjut sorte pour ne laisser apparaître que Taction du Terb'e. Dans Texpression analytique commençant par devenir , o'est au contraire Tadjeclif qui prédomine, et devenir n'est qu'un auxiliaire qui n'attire en aucune sorte l'attention.
Le Terbe, destiné à désigner le fait de la réalisation de la qualité , le représente dans tous ses degrés, avec ses différentes Tariations et phases, mais d'une manière générale et yague. La définition, la phrase explicati?e, ayant surtout apport, non pas au fait, mais à la qualité, exprime celle-ci dans toute sa plénitude ; c'est une forme absolue, abstraite, simplement énonciative, qui ne comporte ni le plus et le moins , ni les à peu près d'aucune espèce. De sorte que le verbe neutre ne signifie pas toujours simplement devenir tel ou tel , mais le plus souvent conmiencer ou continuer à le devenir , ou le devenir un peu , ou le devenir un moment : c'est une expression de détail et de circonstance essentiellement relative. Un corps très-chaud peut refroidir, sans pourtant encore devenir froid. Une petite fille très-laide embellit en passant à l'adolescence, sans pour cela devenir belle. De même , une belle femme enlaidit par le seul efiet du temps, bien avant de devenir laidA. On vieillit à toutftge, môme au sortir du berceau : tout vieillit et dépérit en ce monde ; la rose vieillit en naissant. On ne devient vieux qu'à force de vieUlit; des Jeunes gens diront par forme de plaisanterie, nous devenons weuœ. Quand Jacob fut devenu vieux , et non pas , eut vieilli , il appela à lui tous ses enfants et leur donna sa bénédiction. C'est en ^issis5ant,Qn noircissant , en grandissant qu'on devient épais, noir y ^ond. Pour devenir mûr, un fruit a besoin de mûrir , ou ce fruit a besoin de mûrir encore.
Cette différence est trop profonde pour avoir échappé oux synonymistes. « On pâlit de colère , de crainte, à la vue d'un danger, dit Condillac; on devient pdk par maladie , parce que le tempérament s'aflaibUt, parce, qu'on a perdu une partie de son sang. » C'est-à-dire que le verbe exprime un changement de couleur faible et passager , au prix de celui qui est marqué par la phrase explicative. Pareillement , quand on dira de quelqu*un, il est devenu vieux, on voudra &ire entendre que sa vieillesse a pour cause Taccumulation des années plutôt que le chagrin , le malheur ou quelque grande catastrophe. Eberhard distingue de môme rou^tr et devenir rouge , dont le premier convient bien quand il s'agit des commencements de la rougeur , et l'autre quand il est question de la rougeur la plus foncée. Dites que leaoeriseeroi^rtstenl, si vous parlez des premières teintée que oommeaoe à leur donner de fait la maturation; ai vous dites qu'elles dmennmU rùugee , outre que vous indiquerez par là le caractère , la propriété qu'ont ces fruits de prendre cette manière d'être, nlutôt que le fait de la prendre, vous pourrez faire penser qu'ils la prennent au plus haut degré. Il en est de môme âu moral, quand \m deux expresaiona servent à vendre l'effist de la paàemt: U aeqonde est plua forte et suppose , non des sentiments de crainte
et de timidité , mais une grande colère et une vive indignation. Une honnête femme rougira d'une offre de mariage qui lui est faite par un homme digne de son amour, et deviendra rouge, si cette même offre part d'un homme vil et abject \