‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 55 sur 426 · STNONTMIB DES VERBES ACTIFS ET DE LEUR C · texte numérisé non relu

STNONTMIB DES VERBES ACTIFS ET DE LEUR C

NiTioN couposéE Da VERBE faire bt d'un substantif CORRESPONDANT.

Caresser , faire des caressés, ComplimetUer , fatn des compliments. Sauter, faire des sauts. Dessiner , faire des dessins. Broder , faire des broderies. Crier, faire des cris. Rêver, faire des rêves. Réfléchir , faire des réflexions. Questionner, faire des questions. Etc. — Choisir, faire choix. Courtiser, faire la cour. — Écarter, mettre à V écart. Envier, avoir envie. Mentir, dire des mensonges. Injurier, dire des ir^ures. Chasser, donner la chasse. Ste.

Les dictionnaireîis définissent plusieurs verbes actifs par , faire telles ou telles choses , dont Vidée se trouve contenue dans le radicaL Ainsi , ib expliquent caresser par, faire des caresses , complimenter par , faire des compliments , et de même de beaucoup d'autres. Mais, quoique ce soit,& tout prendre , la manière la plus juste et la plus convenable de déterminer le sens de ces sortes de verbes , il n'y a point d'identité entre la déOnition et le défini, l'une n'équivaut point à l'autre, et ce serait souvent une fkute de substituer l'une à l'autre.

Quelquefois la définition ne rend pas exactement l'étendue de l'idée; ou elle l'augmente, ou elle la diminue. Faire des choses marquées par le radical signifie en làire quelques-unes. Or, le même verbe veut dire , tantôt en faire une seule, tantôt en faire beaucoup. Ainsi , caresser répondrait plutôt à fatreune caireue dans certains cas, et dans d'autres à faire beaucoup de coreiter. Parmi les verbes ainsi définis, il y en a même

4 . Comme le verbe désigne avec toutes ses ctrconslances laréallsalionou racquisilion de la qualité dans le temps, il doit être concret et faire assister en qu<*Iqae sorte à TopénOion d'od provient le changement , montrer la chose se (kisant telle ou telle , raction n train de s'accomplir : c'est là en effet un de ses cartetères essentiels. Cependant , s'il marqne comme instantané un changement que son synonyme représente comme progressif, comme produit en vertu d'une cause lente, ce sera ce dernier qui paraîtra faire imaçe et montrer l'action en progrès. Ainsi, il a pâ/i, il a rougi, désignent un Tait si subit ou'on a eu à peine le temps de le remarquer.il est devenu pôle ou rou«i annonce au contraire, un événement asseï long potn qu'on en ait suit! graduellement toutes les phases. La phrase explieative serait done expreAive en meuM temps qu'indicative; elle peindrait le changeineat ai lieu de l'énoncer seulement d'une manière abstraite Ce serait pourtant une erreur de le croire. Il ne rësu)b de ces eiemples particuliers autre chose, sinon qu les déflniUons expriment des changements plus com plets, qui demandent plus de temps poor s'accom pUr; mais ils n'en peignent point du tout la grada lion, tandis que les veriies neutres peignent < leprésenlent le ùiit qu'Us signUleiity «aelqipo iiMU tané qu'il soit.

SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL

Si

qui indiquent essentiellement, les uns qu'il s'agit platôt d'une seule chose, les autres qu'il s'agit plutôt de beaucoup : sauter , complimenter , destiner , broder , donnent souvent Tidée d'un seul saut, d'un seul compliment, d'un seul dessin, d'une seule broderie; tandis que caresser, crier et rêter , c'est plutôt faire une suite de caresses , de cris et de rSres. D'ailleurs , quand on emploie le verbe, on a rarement l'intention d'exprimer que le sujet tût une ou plusieurs des choses marquées par son radical, on ne se décide point. comme le ferait croire la définition , entre l'unité et 1ê pluralité.

Kais supposons que la définition ne changeât rien à Tidée du yerbe quant à son étendue , elle la modifierait encore sous deux autres points de Tue assez importants.

En analysant et en étendant cette idée, qui eat comme compacte et comme concentrée dans le verbe , la i^rase explicative lui ôte beaucoup de sa rigueur: elle la rend susceptible d'applications qui l'élo^nent plus ou moins de sa irâîeur propre. Ainsi , suivant une remarque de Bonheurs , approuvée par Koubaud et Condillac, caresser, confonnément au sens primitif du radical, se dit plutôt en badinant et à l'égard des enfants à qui Ton lait de petites amiti&s. c Les femmes menaient par la main leurs petits enfants qu'elles tarusaieni. » FÉn.

Sans cesse, unit et joar, je le eoTMsMrw, Je le boodbonneni, baiserai, mangerai.

(Amelphe à Agaèt. ÉcoU des Femmes) Mol. Hais foire des coreisef ne se dit guère que sérieusement, et c'est traiter les gens d'un air qui marque de l'amitié, c H persuada l'empereur d'écrire de sa main an cardinal de Fleury de lui faire des caresses , de l'accabler de louanges et de confiance. « S. S. « Ces expressions de Corneille (dans Polifeucte) ne portent-elles pas dans l'esprit ridée que Pauline doit faire des caresses à Sévère poiir l'apaiser? » Volt. Phocas dit k Pnl- Ctèrie dans Héradims en parlant de l'empire : 1^ qne Je te le rends, et ieiaU des caresses Pour apaiser des tiens les ombres vengeresses.

CoElf.

A quoi Ronbaud ajoute : c Le verbe caresser eipnme proprement une action unique, toute en caresses; tandis que /btre des caresses comporte diverses actions du même genre ou de genres diflV rents , âîstinctes , entrecoupées , variées , entremêlées. U est bkn évident que fatre des caresses n'a pas le sens absolu, plein et entier qu'emporte le rerbe eareMser , qui exclut de l'action tout ce qui n'est pas caresses et la remplit tout entière par des démoiistralioas afiéctueuses , même Jusqu'à en ccmbler. » —Cest pourquoi si care««er s'emploie aussi quelquefois dans le sens étendu et figuré de faire des caresses ^ il en diffère toujours en ce qu'il «xprîm^, non une action particulière , mais quelque ehoee de constant et d'habituel , un système âe ooadnite. « RicheUen a aimé les gens de lettres , il les a caressés, favorisés. » Labr. «N'aije pas A peindre ceux qui caressent également tout le monde , qui promènent leurs civilités à droite et ^ gauche?» HoL. Et si, d'autre part, /bare des eoretret peut se dire au propre , conmie

caresser, ce n'est que dans un cas particulier, quand on raconte un certain fait. < Ayant bu beaucoup de vin , ce Lapon et cette Laponne commencèrent à se faire- des caresses à la laponne. » Regk.

Le verbe renferme plutôt une plénitude de sens , en raison de laquelle il est propre à être employé d'une manière absolue , et non distribor tivement , à certains égards. L'homme est un animal qui réfléchit; vous ne direz point , qui fait des réflexions, c L'éléphant semble réfléchir, délibérer, penser. » Bopf. De même , dans une acception moins générale, un homme qui réflé^ chit n'est pas seulement un homme qui fait des réflexions , car qui n'en fait pas , au moins quelquefois? C'est un homme qui en fait beaucoup , souvent, qui a l'habitude d'en faire; en un mot, c'est un homme réfléchi, qui est réfléchi. Par cette désignation on le caractérise absolument *. Dans un examen, c'est ordinairement le président qui qt^e^ttonne , et non pas, qui f^it des questions le premier. H vaut mieux laisser crier les enfants, et non pas, leur laisser fat're des cris , que de courir au-devant de leurs moindres caprices. Tous direz à une personne d'une manière toute générale et absolue : révex-vous la nuit? et d'une manière particulière et relative: avez-vous fait des rêves cette nuit , après avoir entendu le récit de cette sombre histoire? « Je lui dis : avez-vous fait aussi des rêves cette nuit? Elle rougit et répondit qu'elle rêvait bien rarement, s Mark. Pour s'élever aux idées générar les, l'esprit est obligé d'abstraire, et pour raisonner juste en parlant des opinions d'une personne , nous devons faire abstraction de nos sentiments pour elle. Quand vou^ avez taché un linge, il est tout taché; quand vous y avez fait des taches , il est taché en certains endroits , parci par-là. — Pareillement, le verbe raturer exprime une action unique, continue, complète, qui s'étend à toute la chose : si on rature une

4 . C'est le m6m« rapport qui existe entre iire faible ti avoir des faiblesses. Pans celle dernière locullon, le mot des étant parlitif , dislriboiif , Ole au sens de sa plénitude et raffaiblit. On est faible par caractère ; . on a des faiblesses par accldenl, par un entraînement de circonstance. On ne peut dire de chacun qu'il est faible f mais personne 'n'est exempt d'avoir des faiblesses, c Tous les hommes célèbres ont eu des faiblesses , nul d'entre eux n'a été un hotam^faible. » t. J.— Une différenee semblable a été remarquée par Voltaire entre être fantasque ei avoir «les fantaisies. oc U X a des nuances, dit-il, entre être fantasque et avtnr des fantaisies : le fantasque approche beaucoup plus du bizarre. Ce mot désigne un caractère inégal et brusqne. L'idée d'agrément est exclue du mot/ontasque , au Heu qu'il y a des fantaisies agréables. » -* ▲u reste , que le substantif employé avee mwV soit au pluriel ou an singulier, l'expression totale gaurde toujours le caractère que loi donne le ^, qui est esseniiellement partitif et distributif , et par conséquent propre à diminuer. C'est pourquoi être ami et être reconnaissant, par exemple, disent plus qu'tfvotr de l'amitié et avoir de la reeonnaissam». c Cher Deleyre, sans éttê votre ami, J*ai de l'amitié pour vous, et Je sois alarmé de l'état où voua êtes* i J. J. « Toos ceux qui s'acquittent des devein de la reoonnaissanee ne peuvent pas pour eela te flatlei d'Are raceamait-' sants. 9 LàmoGB.

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